jan 16 2011

Journal intime – La femme du Vittoria

Publié par Manon Dib. dans Créer, Journal intime      

Assise dans ce café, « Café Najjar ». J’ai envie d’écrire. Envie de libérer tous les poids que j’ai accumulés depuis des années. Là, sur cette feuille de papier. La tasse de café me brûle les doigts. Il fait chaud, très chaud. Je regarde autour de moi, je pense à ce que je dois accomplir. J’ai soif de cette vengeance. Je prends une gorgée de ce café serré. Voila, ça va mieux.

Pour aller au Liban, je n’ai pas voulu prendre l’avion même si j’en avais les moyens. J’ai voulu reprendre le bateau, pour me rappeler mon premier voyage. Quand je suis arrivée devant ce montre de ferraille, je me suis rappelée  mon départ pour l’Europe. Avec l’équipage qui nous donnait des ordres avant de monter à bord. J’ai revu des mères de famille.. Retour en arrière. J’ai mal, j’ai encore mal. Mon fils me manque terriblement. Le voyage fut long.

Quand je suis arrivée au port, je me suis empressée de prendre un taxi. Il m’a déposée dans la rue de Gimeysé. J’ai acheté le journal. J’ai regardé tous les articles de presse et je suis tombée sur celui d’Hussein Marouk. Je le tiens. Il se déplaçait en ville, au « Café Najjar » pour une affaire avec le Premier Ministre. J’y vais. L’arme était dans la poche de ma veste. J’avançais à vive allure. Je courais presque.

Une fois arrivée, je me suis installée près d’eux et j’ai commandé ce fameux café. Je le regardais. Le dévisageais. J’avais tellement de haine, tellement de colère, de rage. J’attendais le bon moment. Je m’imaginais toutes sortes de tactiques pour l’avoir. Je restais discrète. Je le regardais encore et encore. Je n’arrivais plus à détacher mon regard de cette homme, cette ordure qui nous avait fait payer notre mort à tous. Surtout celle de mon fils. Que ce soit des hommes, des femmes et surtout des enfants, il avait signé notre arrêt de mort. Un être sans cœur, et surement assoiffé d’argent. Il devait payer. Hussein et Le Ministre se levèrent. Mon cœur se mit à battre la chamade. Il se rapprochait de plus en plus de moi. Mon souffle était court. Je tâtais l’arme dans ma poche. Il était très proche de moi, je sortis mon arme. Je visais son cœur. Je tirai.



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jan 16 2011

Question à Laurent Gaudé sur l’importance du regard

Publié par Adèle dans Questions à Laurent Gaudé      

Vous semblez accorder beaucoup d’importance au regard et à sa signification.

En effet, on s’aperçoit que vous faites des références aux expressions du visage, mais surtout aux regards tout au long du roman. J’ai remarqué notamment cette métaphore « Le commandant leva les yeux et posa sur lui un regard limpide et profond qui semblait l’écho du ciel. » De plus, au début du roman, lorsque Piracci croise le regard de la femme du Vittoria, il est « frappé par la volonté qui émanait de cette immobilité et de ce calme. Elle le regardait comme on fixe un point lointain que l’on veut atteindre. » A la fin, lorsque les destins de Piracci et de Soleiman se croisent, c’est leur regard qui les unit.

Pourquoi avez vous choisi d’écrire cette histoire entre deux regards ?

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