Journal intime
Publié par Mona dans Créer, Journal intime
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Journal intime
de Jamal
J’ai laissé Soleiman depuis deux jours déjà. La maladie me ronge, mais bien moins que l’inquiétude. Je sais qu’il y arrivera, cependant, j’ai vu la peur dans ses yeux. En repassant la frontière, la joie de l’aller m’avait quitté ; je rentrais au pays, laissant derrière moi un frère libre, une vie riche, et belle, et devant moi.. une vie bien courte, remplie de souffrance, seul, mais avec la conviction qu’une part de moi aura réussi : mon frère. Je sais qu’il n’abandonnera pas, qu’il continuera d’avancer quoi qu’il advienne. Soleiman est un homme fort et bon, si besoin, Dieu lui viendra en aide. En repassant la frontière, j’ai pensé très fort à lui, et j’ai senti sur ma joue qu’une larme perlait. Puis j’éclatai en sanglots. Comme un homme, un vrai. J’aurais voulu continuer avec mon frère, à deux nous aurions été plus forts, mais mon état se dégrade, je n’aurais fait que ralentir notre périple et j’aurais été un lourd poids pour Soleiman. Il réussira, j’en suis certain. En repassant la frontière, j’ai eu en tête des images, j’ai vu mon frère seul, faible, blessé et pauvre. J’ai chassé cette idée de mon esprit, j’ai tenté de l’imaginer riche, beau et libre. Il ne sera pas seul, je serai avec lui tant que je le pourrai, je crois en lui. Je lui donnerai le peu de vie qu’il me reste si elle avait la moindre valeur. Je veux que ses enfants et petits-enfants entendent son histoire, comment il a franchi ces frontières, pour lui, et l’amour de son frère. Qu’un sourire apparaisse sur leur visage, car c’est grâce à lui que leur vie sera belle. En repassant la frontière, j’ai songé à mon collier de perles vertes, que je lui ai offert. Il le protègera et lui donnera la force, la chance, le courage dont il a besoin. De cette manière, je l’aurai aidé à réussir. Ce collier le tirera vers l’avant, vers sa liberté et son bonheur. Mon frère, promets-moi de vieillir pour nous, vis pour deux, car je suis bien trop faible, je sais que tu y parviendras. Quoi qu’il puisse t’arriver, tu passeras les frontières. Tu vivras, mon frère, car ta vie est longue, tu vivras, je crois en toi. Tu es mon seul espoir, mon unique sourire. Toi seul empêches encore la maladie de m’avaler. Vole, mon frère, vole, l’Eldorado s’ouvre à toi.






