jan 27 2011

Journal intime

Publié par Mona dans Créer, Journal intime      

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Journal intime


de Jamal


J’ai laissé Soleiman depuis deux jours déjà. La maladie me ronge, mais bien moins que l’inquiétude. Je sais qu’il y arrivera, cependant, j’ai vu la peur dans ses yeux. En repassant la frontière, la joie de l’aller m’avait quitté ; je rentrais au pays, laissant derrière moi un frère libre, une vie riche, et belle, et devant moi.. une vie bien courte, remplie de souffrance, seul, mais avec la conviction qu’une part de moi aura réussi : mon frère. Je sais qu’il n’abandonnera pas, qu’il continuera d’avancer quoi qu’il advienne. Soleiman est un homme fort et bon, si besoin, Dieu lui viendra en aide. En repassant la frontière, j’ai pensé très fort à lui, et j’ai senti sur ma joue qu’une larme perlait. Puis j’éclatai en sanglots. Comme un homme, un vrai. J’aurais voulu continuer avec mon frère, à deux nous aurions été plus forts, mais mon état se dégrade, je n’aurais fait que ralentir notre périple et j’aurais été un lourd poids pour Soleiman. Il réussira, j’en suis certain. En repassant la frontière, j’ai eu en tête des images, j’ai vu mon frère seul, faible, blessé et pauvre. J’ai chassé cette idée de mon esprit, j’ai tenté de l’imaginer riche, beau et libre. Il ne sera pas seul, je serai avec lui tant que je le pourrai, je crois en lui. Je lui donnerai le peu de vie qu’il me reste si elle avait la moindre valeur. Je veux que ses enfants et petits-enfants entendent son histoire, comment il a franchi ces frontières, pour lui, et l’amour de son frère. Qu’un sourire apparaisse sur leur visage, car c’est grâce à lui que leur vie sera belle. En repassant la frontière, j’ai songé à mon collier de perles vertes, que je lui ai offert. Il le protègera et lui donnera la force, la chance, le courage dont il a besoin. De cette manière, je l’aurai aidé à réussir. Ce collier le tirera vers l’avant, vers sa liberté et son bonheur. Mon frère, promets-moi de vieillir pour nous, vis pour deux, car je suis bien trop faible, je sais que tu y parviendras. Quoi qu’il puisse t’arriver, tu passeras les frontières. Tu vivras, mon frère, car ta vie est longue, tu vivras, je crois en toi. Tu es mon seul espoir, mon unique sourire. Toi seul empêches encore la maladie de m’avaler. Vole, mon frère, vole, l’Eldorado s’ouvre à toi.


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jan 27 2011

Florilège

Publié par Marie F dans Florilège, Sélectionner      

-  C’est ce qu’il voulait. Que je n’aie pas le temps de regarder une dernière fois les amis, d’imaginer quels derniers mots je pourrais leur dire pour qu’ils comprennent ma douleur de les quitter. Que je n’aie pas le temps de flancher. »

-  «  Tu vois, Angelo, reprit le commandant, quand je repense à cette rencontre avec la femme du Vittoria, je ne peux m’empêcher de me dire que je lui ai donné mon arme mais que je ne sais pas ce qu’elle m’a donné en échange.

Le vieux Sicilien prit son temps avant de répondre puis il murmura :

L’insatisfaction. »

- L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes. »

- « Le camion roule. Je sens une force sourde qui monte en moi. Jusqu’à présent je n’avais fait que suivre mon frère, maintenant je pars pour le sauver. Je ne dormirai plus la nuit. Je me nourrirai de rien. Je serai dur à la tâche et infatigable comme une machine. On pourra m’appeler « esclave », je n’en aurai cure. La fatigue pourra me ronger les traits ; je n’en aurai cure. J’ai hâte. »

-  Je serai fort. C’est l’heure de l’être. Une fois pour toutes. Mais je me pose cette question : si je réussis à passer, qui sera l’homme de l’autre côté ? Est-ce que je le reconnaîtrai ?

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jan 27 2011

Article de presse

Publié par Elisa dans Articles de presse, Créer      

FAIT DIVERS

Le commandant d’un navire à la recherche d’immigrés s’en prend au capitaine d’une flotte de sans-papiers.


C’est en effet hier soir, à Lampedusa, que s’est déroulée une altercation assez violente entre le capitaine d’une embarcation de sans-papiers et le commandant de la frégate Zeffiro, Salvatore Piracci.

Pourtant, ce dernier âgé de quarante ans était respecté pour la qualité de son travail, son expérience et sa résistance à la tâche. Cela faisait plus de vingt année qu’il exerçait son activité professionnelle avec efficacité, consistant à sauver les émigrés perdus en mer et les livrer ensuite aux autorités pour qu’ils soient raccompagnés dans leur pays.

Il semblerait qu’il ait étonnamment perdu son sang froid face au capitaine d’un groupe de clandestins Libyens en état d’arrestation. Le marin l’aurait frappé de toutes ses forces au visage en l’empoignant fermement, avec tant de force et de rage qu’il lui aurait ouvert la pommette gauche sur plusieurs centimètres. Trois hommes ont du s’emparer de lui et ont mis quelques minutes à le maîtriser tant il se débattait avec vigueur ! L’homme Libyen, en état de choc, a été pris en charge par l’équipe de soin du poste d’immigration se trouvant non loin des lieux de l’incident.

Selon plusieurs de ses coéquipiers, le commandant sicilien avait depuis un certain temps perdu sa passion pour son métier et était tombé dans une sorte de dépression.. Mattéo, le second du navire, nous exprime son sentiment :

«  Le capitaine est un homme admirable et un marin excellent, qui a fait ses preuves dans le domaine de l’immigration. C’est quelqu’un de droit et de très compétant, mais il semble qu’il ait perdu la tête.. Cela fait quelques mois qu’il ne parle à personne, se renferme sur lui même.. Je ne sais quels éléments sont venus brutalement modifier son quotidien, mais il est évident qu’il en subit les conséquences, et ces dernières pourraient s’avérer irrémédiables pour lui.. ».

Nous tenterons de suivre la suite de cette histoire pour vous en publier le dénouement très prochainement!

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jan 27 2011

Question sur le personnage principal

Publié par Antoine dans Questions à Laurent Gaudé      

Pourquoi Laurent Gaudé a t-il décidé d’écrire un livre dont le personnage principal n’a pas du tout le profil d’un héros ? ( En effet le Commandant Piracci, la quarantaine, est célibataire, mène une vie austère, il a peu d’amis, est un peu distant…)

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jan 27 2011

Histoire littéraire – Eléments biographiques sur l’auteur

Publié par Marine-Océane dans Histoire littéraire, Informer      

Laurent Gaudé


Laurent Gaudé est né le 6 Juillet 1972 à Paris. Après avoir eu son bac, il entame des études litteraires de lettres modernes pour préparer une thèse en études théâtrales.

C’est alors en tant que passionné de théâtre qu’il décide d’écrire des pièces de théâtre pour gagner sa vie. Et commence par publier aux éditions Actes Sud, Combats de possédés, sa première pièce qui remportera un succès tel quelle sera traduite en allemand et jouée à Essen. Sa seconde pièce, Onysos le furieux(2000),  sera elle aussi jouée sur les planches du Théâtre Nationale de Strasbourg.

Laurent Gaudé est alors dans une fulgurante ascension et publie livres sur livres qui n’en sont pas moins bons. En effet, il publie en 2001 une troisième pièce, Pluies de cendres, et son premier roman, Cris, dont l’histoire relate des faits de la seconde guerre mondiale. Puis en 2002, parait deux nouvelles pièces, Cendres sur les mains, Le Tigre bleu de l’Euphrate et  La Mort du roi Tsongor, roman qui se verra décerné le Prix Goncourt des Lycéens l’année suivante.

2004 est l’année de la consécration, il écrit Le Soleil des Scorta, retraçant la lignée d’une famille malmenée par la vie mais qui essaie de s’en sortir coûte que coûte, sur les terres de sa femme Italienne. Pour ce roman, il recevra le prix Goncourt et sera vendu à plus de 80 000 exemplaires.

Mais il ne s’arrêtera pas à ce succès et continu sur sa lancée avec  Sofia douleur en 2008, Sodome ma douce en 2009 et Mille orphelins suivi de Les Enfants Fleuve côté théâtre. C’est avec  Ouragan que Laurent Gaudé refait parlé de lui en Septembre 2010.

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jan 27 2011

Histoire – Eldorado

Publié par angela dans Histoire, Informer      

ELDORADO

A travers « Eldorado », Laurent Gaudé cherche à démontrer l’inefficacité des frontières face à la volonté humaine mais l’impuissance de cette dernière face à la misère, la cupidité et l’égocentrisme. Les hommes ne sont pour lui beaux que par « les décisions qu’ils prennent » et nous le démontre en nous montrant ce que peuvent accomplir les hommes pour réaliser leurs rêves et à quel destin sont-ils voués s’ils n’espèrent plus rien. Il compare l’Europe, ce continent inatteignable pour des milliers d’immigrants, à l’Eldorado, ce monde utopique où l’or coule à flots et où la vie passe comme une caresse. A travers cette comparaison, il nous montre que de tout temps, il y a toujours eu des hommes qui rêvaient d’un monde meilleur et qu’il y en aura toujours…

« L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. (…) En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. »

« Oui, c’est cela qu’il murmura à la poussière. Que l’Eldorado était là. Et qu’il n’était pas de mer que l’homme ne puisse traverser. »



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