Réécritures croisées 2 – Soleiman

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Deuxième passage : Soleiman


tentative de certains migrants africains pour passer la frontière

C’était alors qu’il sentit les mains de Boubakar qui lui saisissaient les poignets. Il le tractait avec force. Sa vigueur lui tirait à lui. La jambe de Boubakar était tordue mais ses bras étaient épais comme des troncs d’arbre. Il tirait comme s’il voulait le démembrer. Il sentit les barbelés lui labourer les chairs de son dos. Il était comme un escargot empêché par sa coquille à moitié écrasée. Boubakar ne lâchait pas, il tirait toujours. Il glissait, lentement, avec cruauté, sous les nœuds acérés des barbelés. Lorsque ses jambes eurent fini de passer, il se retourna sur le dos, épuisé. Il avait le temps d’apercevoir ce qu’il quittait.

Les trois Espagnols furent bousculés par la foule. C’est à cela qu’il devait son passage. Ils n’eurent pas le temps de s’occuper de lui. Ils se mirent dos contre le barbelé pour stopper les autres. Il devait sa chance à ceux qui ne passeraient pas et qui, en se jetant sur ses assaillants, les avaient détournés. Il ne saurait jamais de qui il s’agissait. Il ne pourrait jamais remercier ceux qui l’avaient sauvé. C’était une foule indistincte. Une foule qui lui avait permis de la quitter.

Il sentit la main de Boubakar qui lui tenait encore le poignet. Il était là, au-dessus de lui. Il le regardait entre deux éblouissements de fatigue. Il pleurait. Il venait de mettre un terme à sept années d’errance. Il pleurait comme un enfant. Il voulait lui parler, lui dire qu’il avait tort : ils ne passèrent pas parce que Dieu l’avait voulu, mais parce qu’ils avaient gardé un œil l’un sur l’autre. Il voulait le prendre dans ses bras mais il n’avait pas la force de bouger. Il saignait. Son corps était assailli de douleur. Des os fracturés, des plaies ouvertes. Il sentit la terre nouvelle sous lui. Il voulait l’embrasser mais avant d’y parvenir il s’évanouit, et tout disparut.

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Pour moi,ce passage est mieux au présent cette fois ci parce que là on veut la réussite de Soleiman, on est avec lui. On veut le pousser lorsqu’il est sous les barbelés, empêcher les policiers de l’attraper. Ici on se sent comme un clandestin dans la foule, nous sommes les yeux de Soleiman pour lui prévenir des dangers. Dans les deux cas, les temps et les points de vue du narrateur sont bien choisis car ils donnent plus d’émotion au lecteur.

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