mar 4 2011

Journal intime de Salvatore Piracci

Publié par Solene dans Créer, Journal intime      

L’Eldorado…

Ce mot est maintenant ancré dans ma tête. Il vient de donner un nouveau sens à ma vie. Il m’empêche de dormir mais me fait rêver éveillé. Est-ce que l’Eldorado se trouve quelque part dans ce monde ?

Il est tard, peut-être trois heures du matin ou plus, j’ai perdu la notion du temps. Un mot vient de changer ma vie, il m’a donné un espoir, un but, autre que celui d’affronter la mer déchainée pour lui arracher des hommes. Je repense à la jeune femme que devient-elle ?  Est-elle morte ? Non.

Il  faut que je parte, plus rien ne me retient ici.  Angelo mon ami tu vas me manquer. Demain je partirai, seul, sans rien,  je vais devenir enfin un autre homme. Je vais laisser derrière moi Salvatore Piracci, pour devenir quelqu’un d’autre. Ceux-ci sont les derniers mots d’un homme qui  vient de devenir l’ombre de lui-même, une ombre…

L’Eldorado…


mar 3 2011

Journal intime de Salvatore Piracci

Publié par Charles dans Créer, Journal intime      


Mon cher et vieux journal, je rédige aujourd’hui mes dernières lignes, j’ai décidé de partir, de quitter cette vie qui est la mienne, pour une autre, je ne sais pas où mais j’irai, je ferai face a cette inconnue et tournerai le dos à tous ceux que j’aime, que je connais, que je quitte.

Peut-être diront-ils de moi que je suis fou, que je suis devenu fou avant même que l’âge ne s’en charge, mais je le ferai, quoi qu’ils disent, je partirai. Mais avant cela il y a une chose que je dois faire, une visite que je dois rendre, je ne veux pas partir sans dire au-revoir, peut-être même adieu, à Angelo, lui qui m’a tant écouté, lui avec qui j’ai tellement parlé, finalement je doute aurai-je assez de cran pour lui dire adieu le moment venu? Je ne sais pas et ne veux pas le savoir, pour le moment l’Eldorado dans lequel je vis s’est transformé, ou plutôt il s’est dévoilé à moi, comme si toutes ces années à chasser les hommes hors de cette terre qui pour eux est merveilleuse, m’avaient finalement fermé les yeux sur certains défauts de cette vie qui est la mienne.

Dans quelques minutes je partirai pour voir Angelo, ce sont là mes dernières lignes, adieu mon vieux confident, je m’en vais.


source image



mar 1 2011

Journal intime de la femme du Vittoria

Publié par pierre dans Créer, Journal intime      

Après la rencontre avec le commandant Piracci je suis partie à l’aéroport de Catane pour arriver à Beyrouth. De là j’ai cherché cet homme, Hussein Marouk, pendant plusieurs semaines. Je me suis demandé si jamais je le retrouverai,s si je le tuerais, et ce qu’il m’arriverait si j’échouais ? Toutes ces questions hantaient mes nuits et ce pendant plusieurs jours sinon des semaines. Que vais je faire après ? je n’en savais rien, l’avenir me le dira. C’est alors que lorsque je marchais sur la place que je le vis. Seul, dans un café, j’attendais qu’il s’en aille je ne voulais pas tirer en plein public avec tant de monde autour. Au bout d’un long moment, pendant lequel il lisait un journal, Hussein Marouk se leva et marcha, je le suivis tout au long des rues de Beyrouth. Je tirai alors qu’il prenait ses clefs. Cet instant je m’en souviendrai pour le restant de mes jours. Je me demanderai à quel moment j’ai fait une erreur et la détonation du revolver quand le coup partit. La balle l’a atteint au ventre, je l’ai regardé s’écrouler a terre et je suis partie. Autour de moi j’ai vu des visages inquiets aux fenêtres et des hommes se tourner vers moi, j’ai voulu m’enfuir mais deux personnes m’ont retenue, je leur ai crié de me lâcher, de laisser là. C’est après un moment que j’ai compris qu’ils m’emmenaient au poste de police, de là j’ai essayé de défendre mon geste, de dire pourquoi j’ai fait ça. Mais cela n’a servi à rien je me suis retrouvé dans une cellule et après en prison.

C’est dans ce lieu que j’écris ces mots, que je repense à cet acte, que j’exprime mes émotions dans ce journal et que je pense que je finirai mes jours.



fév 28 2011

Journal intime de Soleiman

Publié par laura dans Créer, Journal intime      

Lundi 12 mai 2006

C’est bon ! J’y suis! Enfin! Cela fait huit mois que j’attendais de voir ces terres, huit mois que j’avance avec rage dans la peur et la souffrance. La motivation a enfin payé. J’ai envie de crier au monde ma joie, d’embrasser les gens qui passent sur mon chemin. J’ai envie de pleurer de bonheur. Voilà, je pleure. Je sais que le pire est passé de toute façon. C’est extraordinaire, nous sommes passés. Je pense à mon frère, et dire qu’il devait venir avec moi. Je me demande ce qu’il fait. Je me demande s’il est toujours en vie, ou s’il agonise, là-bas. J’ai peur pour lui. Il me manque. J’aurais aimé qu’il sache que j’ai réussi. D’ailleurs, c’est un peu grâce à lui. C’est lui qui m’a emmener jusqu’à la frontière libyenne et qui m’a donné la force d’avancer. A chaque fois que je me sentais mal ou que je commençais à désespérer, je regardais son collier de perles vertes et je repartais du bon pied, près à tout. Boubakar y est pour quelque chose lui aussi, c’est vrai. Il m’a soutenu tout du long depuis notre rencontre. Sans lui, je ne serai jamais ici, bientôt en Europe, à vivre mon rêve, notre rêve. C’est lui qui m’a proposé de le suivre, sans que je n’ai rien demandé. Je l’admire. Je ne sais pas comment il a pu vivre sept ans dans ces conditions. Tout à l’heure, je l’ai aidé. Je pense que je l’ai aidé pour me retrouver. Je n’aurais pas voulu avoir sa mort sur la conscience,  seulement parce que je ne lui ai pas tendu la main. Cela m’aurait rendu fou. J’ai peur de voir ce que je suis devenu! Depuis que je suis parti, j’ai beaucoup changé, il a fallu vivre comme nous pouvions, quitte à voler. C’est dur de devoir ce battre pour chaque petit bout de pain, chaque gorgée d’eau… Mais c’est fini, je ne reviendrai plus en arrière. Je ne regarde plus les terres que nous venons de franchir, je ne repense plus au passé, maintenant, on oublie et on commence une nouvelle vie en Europe. Tout commence maintenant. Si seulement nous avions pu naître en Europe, cela aurait été tellement plus simple! Mais ce n’est pas le cas. Alors on oublie tout, on oublie la peur que nous ressentions, la nuit, ne sachant pas si la police allait surgir cette nuit ou celle d’après pour brûler nos affaires. On oublie la vie que nous avions là-bas dans les forêts, à cinq cents fugitifs. On oublie la peur dans les yeux de nos voisins. On oublie les centaines de personnes que nous laissons derrière nous, qui vont vivre un enfer et devoir essayer encore et encore pour réussir, mais grâce à qui nous avons pu passer. On oublie la raideur des fils barbelés griffant notre dos en passant sous les grilles. On efface tout, et on recommence. Je sens que la vie sera plus simple et plus agréable à présent. En plus, je suis avec Boubakar. Je l’aime bien. Ma jambe me fait atrocement souffrir. Mais c’est pas grave, c’est fini. Je vous laisse, je dois monter dans la camionnette, pour aller au centre de détention provisoire. Au revoir, au revoir Afrique. A nous l’ Europe! Mon dieu, j’ai hâte.

Source de l’image


fév 18 2011

Journal intime d’Ahmed

Publié par Margaux dans Journal intime      

gg

Journal intime d’Ahmed

marchand de  Zelfana

hhh

13 Mars 2006.

Je retournais à Zelfana, rejoindre ma femme et mes deux enfants, Assouan et Bilma. Je leur avais promis cette période de bonheur et d’abondance quand je serais revenu. Je leur avais promis d’aller acheter des sucreries au miel sur la Place Dongola, car ils n’en ont jamais le droit. Ce jour là je terminais la fin de mon commerce de bétails. Il n’a lieu qu’une fois par an, alors oui, j’étais riche. Le travail a été pénible. J’ai sué sang et larmes pour vendre ces maudites bêtes, ramener quelque chose à la maison. Le commerce a été bon. J’étais heureux. Heureux à l’idée de retrouver ma famille qui m’attendait avec impatience, heureux de les faire vivre avec le peu que je gagne. Content et excité de la sensation des billets sous mes habits. J’avais fait mon boulot quoi, les heures ont été longues, la chaleur étouffante et les clients jamais assez nombreux. Mais j’y étais arrivé. Que Dieu me bénisse, j’avais réussi. Et là dans mes poches était tout l’argent pour l’année. Alors je n’ai pas réfléchi, je suis monté dans le premier camion venu. Je me suis installé dans cette vieille carcasse délabrée, surpeuplée d’hommes de tous pays. J’ai vu, oh oui, du premier coup d’oeil que certains venaient de loin, et avaient encore un long chemin à faire. Des vagabonds qui n’appartiennent à aucune terre et dont le rêve est de s’évader de la misère.

Ouargla, Arrêt. Parti me soulager, je bordais les rues à la recherche d’un bon coin. Quand un de ces hommes qui ont le visage emprunt de douleur m’a assommé, puis plus rien. Ce sale chien m’a tout volé ! Je n’ai plus que mes yeux pour pleurer. Je me suis retrouvé étalé sur la chaussée, le visage plein de sang. J’avais mal partout. Je me suis juré de le retrouver, de le frapper si fort qu’il perdrait la vie. L’écraser au sol, attendant qu’il implore mon pardon, lui montrer la haine dans mes yeux, la colère. Je ne l’ai jamais retrouvé. J’ai cherché ce foutu camion pendant des heures, souillé de mon sang, perdu dans Ouargla.

Que vais-je dire à ma femme ? Je vais rentrer les mains vides, les côtes endolories. J’ai honte. L’humiliation est telle que j’ai pensé plus d’une fois ne jamais revenir à Zelfana. Le monde n’a plus de règles, maintenant on vole les plus pauvres. Ces hommes là sont des monstres sans cœur qui ne méritent pas de vivre. Ils ne méritent rien. Alors je rentrerai à Zelfana, humilié par ma femme, deshonoré par mon village. Et les mois seront longs avant de regagner cette somme.Voilà donc qui je suis aujourd’hui, une pauvre paysan qui a subi l’injustice du monde.

Ecriture

ahmed

source image source image


fév 15 2011

Journal intime d’un garde-frontière espagnol 2

Publié par Théo dans Créer, Journal intime      

25 Août 2007 :

Cher journal, aujourd’hui, les policiers marocains, les hyènes, comme on les appellent, moi et José, sont venus nous dire qu’un important groupe d’émigrés s’était installé derrière la colline et qu’ils (les hyènes) allaient faire une descente afin de les disperser… Moi et José, on n’est pas bête, on sait bien que c’est pour les taper qu’ils y vont… C’est pas pour rien qu’on les surnomme comme ça, Jose et moi…

27 Août 2007 :

Mon cher journal, j’ai passé hier la nuit la plus longue et la plus dure de ma vie… Vers minuit, José et moi, on était de garde devant la barrière, quand soudain, sur la colline, des tas et des tas de personnes sont apparus… le temps qu’on comprenne, ils étaient déjà en train de courir vers la barrière, vers nous ! Ils étaient des centaines et des centaines, on pouvait pas les compter ! Beaucoup avaient des barrières, et José, il leur a crié « Arrêtez-vous ! ». Mais ils ont continué à courir, alors j’ai tiré vers le ciel pour les effrayer, mais ça n’a pas marché… Au contraire ils ont couru encore plus vite… alors on a demandé à quelqu’un d’appeler du renfort, et on a sorti nos matraques et nos fusils-qui-tirent-des-balles-en-plastique-toute-dures… J’avais peur, je ne voulais pas me battre contre tous ces gens… Ils sont alors arrivés contre la barrière et ont commencé à poser des échelles contre les barbelés. Notre capitaine a hurlé « Feu ! » et j’ai tiré. Sans viser. Ca  ne servait à rien. Tu en touchais un de toute façon. J’ai donc tiré et puis j’ai frappé avec ma matraque, des hommes, des femmes, puis j’ai fait tomber des échelles, j’ai bousculé, je ne savais plus ce que je faisais… Certains ont réussi à passer malgré tout, et se sont retrouvés entre les deux barrières. Notre Capitaine a alors demandé à moi, José et un autre gars d’aller les stopper. Nous avons couru et lorsque nous sommes arrivés, l’étroit couloir était déjà noir de monde. José a immédiatement ouvert le feu, suivi de près par moi et l’autre gars. De l’autre côté les Marocains étaient arrivés. Certains tentaient de passer la deuxième barrière avec des échelles qu’ils avaient réussi à faire passer, mais ils ne montaient pas très haut, leurs échelles étaient aussitôt renversées par ceux d’en bas. Soudain je vis un petit groupe d’émigrés qui tentait de passer par-dessous les barbelés. Je m’élançais et réussi à saisir un jeune qui allait suivre son compagnon sous les barbelés. Sans réfléchir, je lui frappai le bras avec ma matraque. Il se retourna et me donna un puissant coup de poing qui me fit voir des étoiles. Je reculai en titubant et José vint me rattraper et m’emmena à l’écart de la bataille. Je vis trois collègues matraquer la jambe du jeune, qui réussit malgré tout à passer grâce à son compagnon. Je restais ainsi, sans force, à regarder les collègues et les marocains maîtriser peu à peu la foule en furie… Au bout de deux heures tout fut fini, nettoyé et embarqué. Certains étaient passés, d’autres pas. Quelques morts, beaucoup de blessés. Aujourd’hui, je me repose. Et j’espère ne plus jamais revivre ça.



fév 15 2011

Journal intime d’un garde-frontière espagnol 1

Publié par Théo dans Créer, Journal intime      

 

15 Août 2007 :

Voilà près de trois mois que je suis assigné à la garde de cette barrière, que les gens d’ici appellent la barrière de Ceuta. Avec Jose, mon ami depuis le service militaire, nous passons nos jours et parfois nos nuits à empêcher des malheureux de venir chez nous… Inutile de te dire, cher journal, que Jose et moi, on a parfois le cafard… Mais bon, c’est la mission qui nous a été confiée, et je l’accomplirai ! 

19 Août 2007 : 

Aujourd’hui, on a délogé un gamin de pas plus de douze ans qui avait été se coincer dans les barbelés… Il criait, il hurlait parce que les barbelés lui avaient profondément entamé la peau… Parfois, mais seulement parfois, je me demande si c’est vraiment bien ce que je fais… 


 


fév 13 2011

Page retrouvée du journal intime de Jamal

Publié par Stessy dans Créer, Journal intime      

triste Je ne sais plus ou j’en suis, je l’ai laissé partir seul vers l’inconnu alors que c’était NOTRE rêve. J’ai l’impression de l’avoir trahi et en même temps d’avoir fait le bon choix.

triste Si je n’avais pas eu cette maladie, je serais avec lui traversant les villes qui mènent là-bas… en Europe. Pourquoi dois-je subir cela? Pourquoi dois-je faire subir cela à celui que j’aime le plus, celui qui a rêvé de partir avec moi, mon frère? Je ne sais plus que faire. J’ai envie de hurler. Personne ne comprend autour de moi. Personne ne comprend que je vais vivre l’horreur. Combien de temps me reste-il avant de voir mon corps s’affaiblir ? Peut être quelques semaines ou au mieux quelques mois.

triste Je veux crier aussi fort que je peux, ou fermer les yeux puis les rouvrir en espérant que tout aille mieux. Mais rien ne changera. Mon destin est tracé. Maintenant je sais que je dois attendre. Je suis prêt à pleurer, je suis prêt à m’affaiblir, je suis prêt à ne plus me réveiller, je suis prêt à mourir.

triste Pardonne-moi mon frère, j’espère que tu gagneras l’Europe pendant que je perdrai la vie. Je sais que je vais devoir te quitter. Je voulais seulement m’isoler du monde pour ne pas que tu me vois mourir ainsi. Si j’ai eu tort, j’espère que tu ne m’en voudras pas.

Source image


fév 11 2011

Journal intime de Soleiman

Publié par soraya dans Créer, Journal intime      

Huit mois

Déjà huit mois que je suis parti, huit mois que je t’ai quitté mon frère, j’aimerai tellement que tu sois avec moi mais malheureusement tu as attrapé cette foutue maladie. Si seulement nous étions en Europe, là-bas tu pourrais être soigné , tu aurais des médicaments facilement. Bientôt je serai en Europe, je vais y arriver avec Boubakar. Déjà six mois que je l’ai rencontré, je ne le quitterai plus. Dans quelques minutes, nous allons passer de l’autre côté, traverser ces deux murs qui nous séparent du bonheur, nous allons réussir, Boubakar et moi, ensemble même s’il m’a fait promettre de ne pas m’occuper de lui quand l’assaut sera donné.  Je ne peux pas l’abandonner,  c’est la seule personne en qui j’ai confiance et qui m’accompagne dans cette aventure, celle qui te « remplace » un peu. Tu verras, je te ferai rencontrer Boubakar quand je viendrai t’apporter ce journal que j’écris pour toi mon frère.

Frontière entre le Maroc et l'Espagne


fév 9 2011

Journal intime de la femme du Vittoria

Publié par Marion I. dans Créer, Journal intime      

Après 2 jours de voyage …

C’est le désastre à bord du bateau.


Ce matin, nous avons été réveillés en catastrophe par les cris de deux passagers : l’équipage a déserté le navire à bord du seul et unique canot de sauvetage. Les hommes ont été voir dans le poste de pilotage et personne ne sait comment diriger un bateau de cette taille, le tableau de commandes déborde de différents boutons. Il n’y a pas de barre à roue, mais une multitude de petits leviers, de  cadrans, de clignotants, faisant penser plus à un vaisseau spatial qu’à un navire.

Qu’allons-nous devenir ? Nous n’avons ni nourriture, ni eau. La radio ne fonctionne pas non plus. Sommes-nous condamnés à dériver sur la mer, à errer dans cette immensité bleue  jusqu’à ce que mort s’en suive ?!

La cale du bateau est extrêmement inconfortable, nous sommes tassés les uns sur les autres bien que quelques personnes soient sorties sur le pont. Il y fait une chaleur étouffante. Tout à l’heure, j’ai amené mon petit prendre l’air et là, je me suis rendue compte qu’il n’y avait vraiment rien autour de nous. Nul ne sait que nous sommes là à part ces maudits passeurs. Je ne veux pas que nous mourrions ici, j’ai tellement travaillé pour parvenir sur ce bateau, cela ne peut se finir comme ça, c’est impossible. Cela serait tellement injuste. Mais bien sûr, ils n’en ont rien à faire, eux. Ils ont reçu leur paye et peu leur importe notre sort. Nous sommes de simples pions dans leur conquête de l’Europe …

Plus personne ne chante maintenant, de part et d’autre, on entend les pleurs et les cris d’enfants. Il règne une atmosphère de plomb. Cette cale est-elle destinée à devenir notre cercueil ? Qu’ai-je donc fait pour mériter cette fin ?

Que va-t-il advenir de mon bébé ?  Je ne le supporterais s’il lui arrivait quelque chose. Il est tout ce que j’ai, mon amour…

Mon petit chéri a faim, chacun de ses pleurs me fait de plus en plus mal au cœur, je me rends compte de mon impuissance, tous les câlins du monde ne le nourriront pas. Ce petit bonhomme qui n’a rien demandé souffre de la faim et de la soif à cause de ces hommes. Qu’ils aillent brûler en enfer. Je les y aiderai. Je le jure.



Source image


fév 7 2011

Journal intime de Soleiman

Publié par lucie dans Créer, Journal intime      

nnnnn

Le jour où j’ai rencontré Massambalo

Lundi 13 juin 2006

Cela fait déjà plusieurs jours que je regarde la route défiler. Je suis installé sur le toit d’un camion aux côtés de Boubakar et de dizaines d’autres hommes d’origines différentes. Certains sont commerçants, d’autres sont comme nous : à la recherche de terres meilleures. Nous voyageons vers Gardhaïa. C’est Boubakar qui a payé mon voyage et maintenant nous n’avons plus d’argent. La faim me tenaille le ventre. Je pense qu’il va falloir s’arrêter pour trouver du travail et que nous allons mettre des mois avant d’arriver jusqu’à la mer. Boubakar m’a tout expliqué : Gardhaïa n’est qu’une étape, de là nous irons à Oudja, au Maroc. Et le Maroc me paraît tellement loin…

Dans le bus, un Algérien me parle, il me raconte sa vie : j’apprends qu’il s’appelle Ahmed et qu’il est là pour ses affaires. Sa journée s’est bien passée, il est content. Il me semble heureux. Au bout d’un moment, le bus s’arrête à Ouargla. Nous avons quinze minutes de pause, pas une de plus. Le bus ne nous attendra pas. Je décide quand même de descendre, et c’est en marchant entre les petites échoppes d’Ouargla que j’aperçois Ahmed devant moi. Je ne sais pas encore pourquoi mais je décide de le suivre. Je me souviens de ce qu’il m’a dit : tous s’est bien passé pour lui aujourd’hui, cela signifie qu’il a de l’argent. Je le vois s’arrêter. Je marche alors précipitamment vers lui, il entend mes pas et se retourne. Je le frappe violemment au visage et il s’effondre. Je le fouille et lui prend tous son argent. Je retourne au bus, près de Boubakar, j’ai peur de voir surgir l’homme que j’ai volé. Alors, quand le bus redémarre et s’éloigne de la ville je suis soulagé. Je montre a Boubakar la liasse de billets. Je lui donne la moitié de l’argent. Cela me paraît normal. Il ne dit rien mais a l’air surpris. Je suis très fier de moi, avec cet argent nous allons gagner des semaines d’usure, voir des mois. Boubakar fini par comprendre comment j’ai eu cet argent. Je croise alors son regard et je vois dans ses yeux une étrange tristesse. Comme s’il était triste de voir ce que je devenais. A présent, j’ai honte de moi, un malaise m’envahit. J’ai tout pris à cet homme qui travail pour nourrir sa famille. Je l’imagine rentrer chez lui honteux, en pleurant devant sa femme et ses enfants. Que penserait mon frère de moi aujourd’hui ? Je suis laid. Je me dégoûte. Je ne suis plus rien.

Nous arrivons enfin à Gardhaïa à cinq heure. Avec l’argent que nous avons, nous pouvons aller directement à Oujda. C’est Boubakar qui s’occupe de trouver un bus. Moi, pendant ce temps, je m’éloigne dans la ville. Je ne pense pas où je vais, je vais me perdre à Gardhaïa, je vais perdre Boubakar. Le soir tombe doucement, j’atteins enfin une petite place. Je pense à mon frère, je pense à ma vie complètement brisée. Je n’ai plus aucun espoir, plus aucun courage. C’est alors que je l’aperçois, là, immobile, juste devant moi. Je l’observe longuement pour être certains que je ne me trompe pas. Non, c’est bien lui, j’en suis sûr. Alors je m’approche, et nos regards se croisent. Je décide de lui offrir ce que j’ai de plus précieux : mon collier. Le collier que mon frère m’avait donné, le seul souvenir que j’ai de lui, je le donne à cet homme. Maintenant, je me sens à nouveau plein de force. Je n’ai plus peur de rien. Je n’hésiterai plus. Alors, je me remet en chemin, je vais retrouver Boubakar mais je ne lui parlerai pas de ma rencontre, pour lui ce ne sont que foutaise et superstition. Mais moi je sais qui j’ai vu. Et plus rien ne viendra à bout de moi. Je veux aller jusqu’au bout. Je suis déterminé. La rencontre avec l’ombre de Massambalo m’a redonné de l’espoir et du courage pour mon voyage.


fév 6 2011

Journal intime de Soleiman

Publié par Manon Rol. dans Créer, Journal intime      

Samedi 21 juin ; 21h

Je suis dans le bateau. Je ressens tout à coup le besoin d’écrire. Le besoin de voir cela noir sur blanc. Peut-être parce que je n’arrive pas encore à y croire.

Je l’ai vu. Il était là, sur cette place bondée. De loin, je l’ai vu, il était seul. Assis par terre, il ne faisait rien. Il regardait la foule, sans la voir ; la foule passait, sans le voir. Il semblait rongé de solitude mais une sorte de pureté émanait de lui. Un souffle d’espoir m’a alors enveloppé et des questions m’ont assailli : Serait-ce possible ? Cet homme blanc ne serait-il pas un chaste symbole de la réussite en cet endroit rêvé, celui que l’on aimait à appeler  » L’Eldorado  »? Le doute et l’hésitation m’ont longuement tiraillé jusqu’au moment où, je ne sais pourquoi, ses yeux se sont posés sur moi. L’innocence et la détermination bleue de ses yeux m’ont fait frissonner. De tout mon corps. Alors, dans ma tête, tout s’est passé très vite. Cette histoire, que l’on m’avait racontée la veille, et de laquelle je ne savais pas vraiment quoi penser, m’avait l’air bien véridique tout à coup. Massambalo. Son nom résonnait dans mon esprit, me battait dans les tempes. Je me demandait si ce solitaire mystérieux pouvait être une de ses ‘ombres’. Mais à quoi bon attendre? Qu’avais-je à perdre? Donc je me suis lancé. Silencieusement, je me suis approché de lui. Peu à peu, je me rappelle avoir senti une odeur forte d’essence. C’était très étrange. Mais j’ai continué. Arrivé devant lui, je ne savais plus vraiment ce que je devais faire. J’ai donc décidé de m’asseoir à ses cotés. Et là, une boule dans la gorge et la peur au ventre, je lui ai demandé : Massambalo ? Un étrange silence s’est alors installé. J’attendais sa réponse, impatient. Il m’a regardé, le visage vide de toute expression, tel une ombre. Mon cœur battait à toute vitesse. A ce moment là, l’espoir était présent plus que jamais, mais l’homme, pourrai-je même dire l’ombre, ne répondait rien. Je me risquais alors à poser de nouveau ma question : Massambalo ? Il m’a regardé, de ses yeux réfléchis et semblait se poser un milliers de questions. Puis, lentement, il s’en est retourné à son observation du vide, au delà de la foule. Une grande déception m’a ainsi touché au plus profond, et je demeurait silencieux, empli d’un désespoir hargneux. J’allais juste me lever et retourner au camp , mais avant de partir, je me suis tourné vers l’homme blanc, et lui est demandé une dernière fois, sans y croire réellement : Massambalo ? Et là, lentement, il a acquiescé. D’un simple hochement de tête, un bonheur miraculeux m’est tombé dessus, et une chaleur intense a réchauffé ma poitrine, plus vive encore que le soleil de mon pays. Comme le voulait la tradition, je lui ai offert mon collier de perles vertes, et suis reparti plus heureux que jamais.

A présent je me sens plus fort que quiconque. Protégé par le dieu des immigrés, je suis sûr que j’y arriverai. Et sûr que Jamal vivra. J’ai hâte de, demain, reprendre mon voyage, et je n’oublierai jamais cet homme, celui qui m’a aidé. Plus tard, je me promets de montrer ce journal à mes enfants, pour que perdure la mémoire de l’ombre de Massambalo