25 Août 2007 :
Cher journal, aujourd’hui, les policiers marocains, les hyènes, comme on les appellent, moi et José, sont venus nous dire qu’un important groupe d’émigrés s’était installé derrière la colline et qu’ils (les hyènes) allaient faire une descente afin de les disperser… Moi et José, on n’est pas bête, on sait bien que c’est pour les taper qu’ils y vont… C’est pas pour rien qu’on les surnomme comme ça, Jose et moi…
27 Août 2007 :
Mon cher journal, j’ai passé hier la nuit la plus longue et la plus dure de ma vie… Vers minuit, José et moi, on était de garde devant la barrière, quand soudain, sur la colline, des tas et des tas de personnes sont apparus… le temps qu’on comprenne, ils étaient déjà en train de courir vers la barrière, vers nous ! Ils étaient des centaines et des centaines, on pouvait pas les compter ! Beaucoup avaient des barrières, et José, il leur a crié « Arrêtez-vous ! ». Mais ils ont continué à courir, alors j’ai tiré vers le ciel pour les effrayer, mais ça n’a pas marché… Au contraire ils ont couru encore plus vite… alors on a demandé à quelqu’un d’appeler du renfort, et on a sorti nos matraques et nos fusils-qui-tirent-des-balles-en-plastique-toute-dures… J’avais peur, je ne voulais pas me battre contre tous ces gens… Ils sont alors arrivés contre la barrière et ont commencé à poser des échelles contre les barbelés. Notre capitaine a hurlé « Feu ! » et j’ai tiré. Sans viser. Ca ne servait à rien. Tu en touchais un de toute façon. J’ai donc tiré et puis j’ai frappé avec ma matraque, des hommes, des femmes, puis j’ai fait tomber des échelles, j’ai bousculé, je ne savais plus ce que je faisais… Certains ont réussi à passer malgré tout, et se sont retrouvés entre les deux barrières. Notre Capitaine a alors demandé à moi, José et un autre gars d’aller les stopper. Nous avons couru et lorsque nous sommes arrivés, l’étroit couloir était déjà noir de monde. José a immédiatement ouvert le feu, suivi de près par moi et l’autre gars. De l’autre côté les Marocains étaient arrivés. Certains tentaient de passer la deuxième barrière avec des échelles qu’ils avaient réussi à faire passer, mais ils ne montaient pas très haut, leurs échelles étaient aussitôt renversées par ceux d’en bas. Soudain je vis un petit groupe d’émigrés qui tentait de passer par-dessous les barbelés. Je m’élançais et réussi à saisir un jeune qui allait suivre son compagnon sous les barbelés. Sans réfléchir, je lui frappai le bras avec ma matraque. Il se retourna et me donna un puissant coup de poing qui me fit voir des étoiles. Je reculai en titubant et José vint me rattraper et m’emmena à l’écart de la bataille. Je vis trois collègues matraquer la jambe du jeune, qui réussit malgré tout à passer grâce à son compagnon. Je restais ainsi, sans force, à regarder les collègues et les marocains maîtriser peu à peu la foule en furie… Au bout de deux heures tout fut fini, nettoyé et embarqué. Certains étaient passés, d’autres pas. Quelques morts, beaucoup de blessés. Aujourd’hui, je me repose. Et j’espère ne plus jamais revivre ça.
