“ A l’origine des découvertes,
il y a toujours un eldorado,
une route des Indes,
une pierre philosophale,
une question trop grande,
un mythe
dont seuls des illuminés
osent parler sans sourire. „
Roland Omnès.
S’il fallait retenir 5 citations du roman ….
« Parce qu’elle le voulait, répondit simplement le vieux buraliste. Et comme Salvatore Piracci restait interdit, il ajouta : Elle le voulait. De tout son être. Combien de fois dans ta vie, Salvatore, as-tu vraiment demandé quelque chose à quelqu’un ? Nous n’osons plus. Nous espérons. Nous rêvons que ceux qui nous entourent devinent nos désirs, que ce ne soit même pas la peine de les exprimer. Nous nous taisons. Par pudeur. Par crainte. Par habitude. Ou nous demandons mille choses que nous ne voulons pas mais qu’il nous faut, de façon urgente et vaine, pour remplir je ne sais quel vide. Combien de fois as-tu vraiment demandé à quelqu’un ce que tu voulais ? » Chap. 3, Tempêtes, p.57
« Il a raison. Je pourrais. Qu’est ce qui m’en empêcherai ? Ce ne serait même pas difficile. Je l’enfermerais ici. Personne ne vient jamais dans ma cabine. Puis il disparaitrait. Je pourrais. Faire basculer sa vie. Il l’a bien mérité. Il a échappé à la tempête. Tant d’autres sont morts ce soir. Qu’il en passe au moins un. Je pourrais. Oui. Mais alors pourquoi est-ce que je ne le fais pas ? » Chap. 5, Le cimetière de Lampedusa, p.100
« L’herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. De l’or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbéreront les rayons du soleil. Les forêts frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. L’eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’oeil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes. » Chap. 5, Le cimetière de Lampedusa, p.110
« Je voudrais demander à Boubakar ce que nous ferons si, une fois passés de l’autre côté, nous nous apercevons que nous sommes devenus laids. Boubakar veut que je coure et je courrai. Et s’il m’appelle, s’il me supplie, je ne me retournerais pas. Je n’entendrai même pas ses cris. Je vais me fermer aux visages qui m’entourent. Je vais me concentrer sur mon corps. Le souffle. L’endurance. Je serai fort. C’est l’heure de l’être. Une fois pour toutes. Mais je me pose cette question : si je réussis à passer, qui sera l’homme de l’autre côté ? Et est-ce que je le reconnaîtrai ? » Chap. 10, L’assaut, p.181
« Nous avons traversé la sauvagerie et si j’avais couru comme une bête, si je n’avais plus regardé ceux qui m’entouraient, je me serais perdu. Je serais passé bien sûr, parce que je suis rapide. Ma jambe, même, serait peut-être encore intacte. Mais je serais damné. Soleiman serait devenu une bête laide qui piétine ses frères. C’est pour cela, sûrement, que je suis allé chercher Boubakar et que je l’ai aidé. Pas pour le sauver lui mais pour me sauver moi. » Chap. 12, Frères d’enfer, p. 206