L’éléphantastique

Ils jouaient dans la classe
avec les mots et les images.
Ils apprivoisaient
peu à peu le langage.
Ils faisaient des charades
des rébus des comptines
des bouts-rimés des acrostiches
et des calligrammes.
Ils dessinaient tout un bestiaire
d’oiseaux quadrupèdes
velus ou bicéphales
des martaureaux et des cerfeuilles
des serpaons des escargorilles.
C’est ainsi qu’il est né
avec sa trompe longue
de papillon et ses
huit pattes frêles
l’éléphantastique.

liens vers le site de l’auteur: Michel-François Lavaur

Bonne année

Voici la nouvelle année
Souriante, enrubannée,
Qui pour notre destinée,
Par le ciel nous est donnée :
C’ est à minuit qu’ elle est née.
Les ans naissent à minuit
L’un arrive, l’autre fuit.
Nouvel an ! Joie et bonheur !

Pourquoi ne suis-je sonneur
De cloches, carillonneur,
Pour mieux dire à tout le monde
À ceux qui voguent sur l’onde
Ou qui rient dans leurs maisons,
Tous les vœux que nous faisons
Pour eux, pour toute la Terre
Pour mes amis les enfants ….
Tristan Derème (1889-1941)

 

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La Cigale et la Fourmi

La Cigale, ayant chantéclara
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
« Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
Intérêt et principal. « 
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
– Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.

Jean de LA FONTAINE   (1621-1695)

LA FAUTE D’ORTHOGRAPHE

La derbouka de Mehdi

La derbouka de Mehdi

 

Je suis la faute d’orthographe.
On me poursuit, mais je reviens.
J’ai deux f pour la girafe
et je mets de l’a dans le vin.
Je confonds la pâte et la patte,
Je mêle les sauts et les sots.
J’oublie un t quand je me gratte
et je mets trois s à cerceau.

Les mots en al me turlupinent
et puis, je vais à ma façon.
J’’ai des quantités de copines
qui ne savent pas les leçons.

Très grosses et parfois énormes,
petites comme des toutous,
elles prennent toutes les formes,
elles se glissent n’importent où.

Dans la carte pour tante Adèle,
sur chaque page des cahiers,
c’est comme dans le vermicelle,
où l’alphabet s’est axelledessinembrouillé.

Je suis un lutin fantaisiste,
un clown léger, un prestidigitateur
qui vient sur la piste
faire un ouistiti d’un whisky.

Les consonnes et les voyelles
grâce à moi s’en vont voltiger
au pays des g et des geais,
au pays des l et des ailes.

Au pays du je ne sais quoi
où nous attendent des surprises
Une reine portant des bois,
Un renne aux couronnes exquises.

Un pays où les e muets
Poussent soudain la chansonnette,
un pays au fond des nuées
où les e font des omelettes.

Un pays sans conditionnel,
sans subjonctif, où toute chose
met son pluriel avec des roses.
Son singulier avec du ciel.

Pierre Gamarra

Le dessin

Sur la page de mon cahier,
J’ai dessiné… devinez quoi !
Sur la page de mon cahier,
J’ai dessiné une fleur pour toi.
Le maître a souri
Et puis il a dit :
“Une fleur comme ça,
ça n’existe pas !”
Je n’ai pas répondu.
Il n’a pas bien vu ;
Elle existe, je le sais,
Puisqu’elle est dans mon cahier !

Gilbert DELEHEDE