Jeux de formation pour français sur objectifs spécifiques

22 05 2012

Marie-Camille Debourg, auteure de nombreux ouvrages pédagogiques, nous invite à découvrir trois outils ludiques de formation pour grands ados et adultes dont elle est l’auteure:

Je ne connais pas encore ces titres, a priori intéressants, surtout le premier d’entre eux, qui inclut « Un ensemble de 5 jeux pour découvrir la communication dans ses aspects personnels, professionnels, managériaux et dans la relation commerciale, mieux en comprendre le fonctionnement, les enjeux et être efficace. » Les deux autres titres peuvent s’avérer utiles aussi dans le cadre d’un cours de langue sur objectifs spécifiques.

Je dois avouer que le nom de la maison d’édition m’était jusqu’à présent inconnu. Céléades offre d’autres produits prometteurs pour la classe de langue, dont le jeu « Sauvez le grand livre de contes« . Piste à explorer! Vous m’en direz des nouvelles…




Activités papier/crayon sur le site de Groupement FLE

6 04 2012

Groupement FLE, « le groupement des écoles de français en France » organise les 9 et 10 novembre 2012 des journées pédagogiques consacrées au jeu, à l’Alliance Française de Paris. Je n’ai hélas pas trouvé davantage d’informations sur le site.

Par contre, j’ai parcouru les documents relatifs aux journées pédagogiques 2011, qui se sont tenues au CAVILAM de Vichy, et dont le thème était « De la pratique quotidienne en classe à l’innovation pédagogique ». Parmi les documents intéressants, il y a le descriptif de l’atelier animé par Gisèle Pou et Jean Lamoureux sous le titre «Papier/Crayon». Le texte réunit neuf activités simples, courtes, visant divers niveaux de compétence langagière et facilement adaptables à divers objectifs. IL ne s’agit pas toujours de jeux, mais elles sont toutes liées à l’expression. J’ai personnellement bien aimé « Venir au contact des autres », dont je connais diverses variantes (par exemple, le « domino vivant », dont j’ai déjà parlé sur ce blogue) et « Le mot inducteur ».

 




Sur la lettre nº 53 de l’Éducation authentique

28 03 2012

Voici quelques phrases et idées à découvrir ou/et à approfondir, avec bien d’autres, dans LEA n° 53 d’avril.

À vous de les savourer, voire de les réutiliser en classe, avec des apprenants (lors d’un débat?), avec des (futurs) formateurs, avec des parents… En gras, mes préférées à moi…

- L’envers, c’est les autres

- Le dominant affirme qu’il a éradiqué toute violence en exerçant la violence de sa domination.

- La violence, le conflit, l’éducation… existent. Sont-ils pour autant nécessaires ?

- La violence n’est pas un problème, c’est une solution (non-ajustée) à ma propre peur.

- Qu’est-ce que je gagne, quand je perds ?

- Heureux l’élève qui, comme la rivière, suit son cours sans sortir de son lit

- D’un enseignement non-sollicité découle un obstacle à l’apprentissage.

- La beauté est dans les yeux de celui qui regarde.

- Tu ne vois pas le monde tel qu’il est, mais tel que tu es.




Qui est-ce? avec des Lego

24 03 2012

Mario me fait découvrir cette énigme sympathique qui pourrait être utile dès le niveau A1:  on  présente les séries de personnages une par une et on demande aux apprenants organisés par équipes de 3 à 4 de découvrir l’identité des personnages représentés. Lorsqu’une équipe pense avoir trouvé la réponse, elle la justifie à l’oral: « Ce sont les Simpson. Il y a Homer, le père; il est petit et blond, il porte un jean et un t-shirt; la suivante, c’est Marge, la femme d’Homer, qui a les cheveux bleus; elle porte une robe verte; ensuite, il a a leurs trois enfants, Bart, Lisa et la petite  Maggie… » Avec des apprenants un peu créatifs, apportez les Lego: au groupe de découvrir les personnages proposés par les uns et les autres…

PS Ce qui serait vraiment génial, ce serait que vous preniez le temps de fabriquer les personnages avec de vrais Lego: succès assurè, même auprès d’un public adulte!

Pour retouver les images une par une , allez sur La boîte verte.

Besoin d’aide? Voici les réponses, d’après moi… Mais ne les lisez qu’après avoir fait l’effort de trouver par vous-même!

NE

 

TRI

CHEZ

 

PAS

 

1. La famille Simpson.

2. Les tortues Ninja (Raphael, Leonardo, Michelangelo, Donatello).

3. Les personnages de South Park (Eric Cartman, Kyle Broflovski, Stanley March, dit Stan, Kenneth McCormick, dit Kenny).

4. Les Schtroumpfs (le grand Schtroumpf, la Schtroumpfette).

5. Astérix, Idéfix et Obélix.

6. Ernest et Bart (personnages de 1, rue Sésame).

7.  Donald Duck et ses neveux  Riri, Fifi et Loulou.

8. Les frères Dalton et Lucky Luke.

 




Moi quand j’étais petit

27 09 2011

Jeudi dernier, j’étais à Querétaro et j’ai parlé aux profs qui assistaient à mon atelier de l’importance de travailler le rythme isosyllabique de la langue française. Et aujourd’hui, en écoutant la chanson « Quand j’étais minot » de Massilia Sound System, je me suis dit qu’il y avait là de quoi travailler et le rythme et l’interculturel et la grammaire et la narration et la comparaison et la cause et la conséquence et le lexique et… j’en passe.

Voilà les paroles (en italiques, les couplets qui peuvent choquer des âmes sensibles):

Moi quand j’étais minot, j’avais pas de persil. Maintenant je suis grand, j’en ai jusqu’au nombril.

Moi quand j’étais petit, il n’était pas bien long. Maintenant j’ai grandi, on dirait un bâton.

Moi quand j’étais minot, je volais des bonbons. Maintenant je suis grand, j’attaque des fourgons.

Moi quand j’étais petit, je jouais au mécano. Maintenant j’ai grandi, je vole des autos.

Moi quand j’étais minot, j’aimais bien colorier. Maintenant je suis grand, je fais des faux billets.

Moi quand j’étais petit, j’aimais bien les Légos. Maintenant j’ai grandi, j’amasse les lingots.

Moi quand j’étais minot, je jouais à la poupée. Maintenant je suis grand, j’en ai qu’il faut gonfler.

Moi quand j’étais petit, je jouais aux dominos. Maintenant j’ai grandi, je joue au casino.

Moi quand j’étais minot, je regardais Nounours. Maintenant je suis grand, je regarde la Bourse.

Moi quand j’étais petit, je regardais Mannix. Maintenant j’ai grandi, je fais des films X.

Moi quand j’étais minot, je fumais en cachette. Maintenant je suis grand, je deale des barrettes.

Moi quand j’étais petit, j’aimais bien le vélo. Maintenant j’ai grandi, je vends de l’E.P.O.

Moi quand j’étais minot, j’ai chopé la rougeole. Maintenant je suis grand, j’ai guinté la vérole.

Moi quand j’étais petit, j’ai eu la varicelle. Maintenant j’ai grandi et j’ai le viet qui pèle.

Moi quand j’étais minot, tout le temps je mentais. Maintenant je suis grand, je passe à la télé.

Moi quand j’étais petit, je trichais tout le temps. Maintenant j’ai grandi et je suis Président.

Notez le très classique alexandrin 6 + 6 qui structure toute la chanson…

On peut faire écouter le texte, discuter les références (inter)culturelles, puis compléter le texte à partir du canevas suivant:

« Moi quand j’étais minot + 6 syllabes. Maintenant je suis grand, + 6 syllabes. »

« Moi quand j’étais petit, + 6 syllabes. Maintenant j’ai grandi + 6 syllabes. »

On fait finalement lire les productions des apprenants, en portant une attention particulière au rythme ta-ta-ta-ta-ta-ta / ta-ta-ta-ta-ta-ta.

 




Les femmes profs au foyer?

12 09 2011

Voici un intéressant article pour lancer le débat sur la discipline à l’école: pour caser les soldats devenus chômeurs, les militaires revenus à la vie civile remplaceront les femmes profs  sans autorité qui portent sans doute la responsabilité de la débâcle éducative (???!!!). C’est la thèse de Cameron, en Angleterre… et celle des internautes qui semblent approuver cette lecture simpliste des choses.

Et si vous utilisiez cet article en classe pour un jeu d’argumentation? (Merci à la revue de presse de Francparler)

Première étape: lecture de l’article pour dégager les idées clés. Quelles sont les mesures proposées? Quels sont les arguments en faveur de telles mesures?

Deuxième étape: préparation du débat. Recherche de nouveaux arguments mais aussi de contre-arguments, puis mise en commun.

Troisième étape: (c’est la partie la plus drôle) on tire au sort qui sera pour, qui sera contre. Tant pis ici pour l’opinion personnelle, qui pourra émerger lors de la 4e étape. L’essentiel est de savoir tenir sa position. Puisqu’il y a un nombre égal de gens qui sont pour et de gens qui sont contre, on met face à face des tandems. Tous ceux qui sont d’un côté sont pour, tous ceux qui sont de l’autre sont contre, le débat ou plutôt les débats en parallèle commencent. Là où ça devient rigolo, c’est qu’au signal (environ trois minutes après le début), il faut céder et changer d’avis, tandis que les autres aussi changent d’avis: on n’est jamais d’accord!. On travaille alors le vocabulaire de la concession (Certes… je n’avais jamais vu les choses de cette façon… Tiens, il vrai que…) Puis le laps de temps entre chaque signal se réduit (et on ne sait plus très bien si on est pour ou contre). Au bout d’une dizaine ou une quinzaine de minutes de débat schizophrène, on passe à la…

Quatrième étape: ayant avancé pour faire le tour de la question, le vrai débat s’engage, où chacun défend sa vraie position, reconnaît la psrt de vérité dans la position de l’autre, tâche de trouver la voie de la conciliation.

Pour le signal, j’utilise personnellement des grelots… (‘faudra peut-êt’ que je me procure un fouet, pour renforcer mon autorité…)




Les clés du bonheur (?)

12 09 2011

Les clés du bonheur ne sont pas les mêmes pour tout le monde, mais voici une idée d’activité permettant de travailler divers actes de parole: raconter, donner des conseils, parler de ses projets…

D’abord, vous faites visionner la vidéo sous-titrée Être heureux 2’41 » (merci Michèle) en demandant aux apprenants de prendre note des idées qui leur semblent les plus importantes.

Ensuite, vous faites reconstituer la liste, par équipes (la version complète, brièvement commentée, se trouve sur http://lapleineconscience.com/2011/03/02/les-30-cles-du-bonheur-1/ et http://lapleineconscience.com/2011/03/04/les-30-cles-du-bonheur-2/).

Finalement, vous décidez ce que vous faites de la liste. Vous pouvez par exemple demander aux apprenants de…

  • raconter à l’oral, par sous-groupes, ce qu’ils font pour être heureux en s’inspirant de la liste de la vidéo.
  • rédiger un texte où ils parlent des cinq principales actions dans leur vie qui sont dans la lignée du bonheur.
  • compléter à l’oral ou à l’écrit la liste des clés du bonheur (« apprenez des langues! impliquez-vous dans votre apprentissage! »…).
  • dire à l’oral ou à l’écrit ce qu’ils vont faire pour appliquer certaines des clés du bonheur qu’ils n’utilisent pas encore.
  • réfléchir aux différences interculturelles par rapport à l’idée du bonheur.
  • débattre des différentes voies pour atteindre le bonheur.
  • essayer de définir le bonheur (définition générale, définition personnelle…).
  • effectuer une recherche sur le bonheur (définitions, citations, réflexions…)
  • créer une nouvelle version illustrée des conseils pour de la filmer en vidéo.

Les possibilités sont encore plus nombreuses, à vous de les mettre en pratique.

 

 




Les contradictions de la langue française

19 08 2011

Toujours grâce à Nuria, voici une liste non exhaustive des contradictions de la langue française… Elle peut donner l’occasion à vos apprenants d’exprimer leur propre étonnement face à certains éléments apparemment illogiques du français (par exemple, le fait que le verbe « apprendre » désigne aussi bien l’activité de l’enseignant que celle de l’apprenant proprement dit, que « personne » exprime l’absence de toute personne, etc.).

N’en restez pas là! Pointez aussi les « incohérences » de la langue maternelle des apprenants, soulignez que la langue est un code conventionnel en évolution constante et non strictement soumis à la logique, explorez avec vos élèves les raisons de ces contradictions (je vous raconterai un de ces jours comment on en est arrivé aux glissements sémantiques des verbes « embrasser » et « baiser », par exemple, ou encore la rôle de la double négation…), réjouissez-vous ensemble du caractère vivant et certes surprenant des langues en devenir…

 

  • On remercie un employé quand on n’est pas content de ses services.
  • On passe des nuits blanches quand on a des idées noires.
  • Pourquoi dit-on d’un pauvre malheureux ruiné qu’il est dans de beaux draps ?
  • Pourquoi, lorsque vous dites à quelqu’un : « Je ne partage pas votre avis », il peut répondre « Les avis sont partagés » ?
  • Pourquoi un bruit transpire-t-il avant d’avoir couru ?
  • Quand un homme se meurt, on dit qu’il s’éteint. Quand il est mort, on l’appelle « feu ».
  • Pourquoi lave-t-on une injure et essuie-t-on un affront ?
  • Pourquoi parle-t-on des quatre coins de la terre, puisque la terre est ronde ?
  • Comment distinguer le locataire du propriétaire lorsque ces deux personnes vous disent à la fois : « Je viens de louer un appartement ?
  • Comment peut-on faire pour dormir sur les deux oreilles ?
  • Pourquoi appelle-t-on coup de grâce le coup qui tue ?
  • Pourquoi lorsque l’on veut avoir de l’argent devant soi, faut-il en mettre de côté ?
  • Le pot a des oreilles et nous disons : « sourd comme un pot ».
  • Pourquoi dit-on : « embarras de voitures » quand il y a trop de voitures, et « embarras d’argent » quand il n’y a pas assez d’argent ?

 

 




À chacun la sienne

30 07 2011

Quelques minutes volées à un emploi du temps désormais bien chargé… Je commence ma série d’idées d’adaptations ludiques mentionnnée dans mon billet précédent.

Planet’Anim propose dans son fichier jeux le jeu « À chacun la sienne« , décrit comme suit (je me permets de corriger au passage quelques coquilles):

Résumé : Un jeu avec des chaussures, proposé par Bélinda

Matériel : Toutes les chaussures droites des participants. Un bandeau.

Règle : On fait un tas avec toutes les chaussures du groupe et on désigne une personne pour qu’elle retrouve sa chaussure en un temps limité. Si elle ne la trouve pas, on lui donne un gage. On peut éventuellement bander les yeux de la personne.

« Bon d’accord -diront les plus sceptiques parmi vous-, mais que faire de cela dans la classe de langue? ». Cela ferait une activité originale de brise-glace, peut-être, mais j’ai bien parlé d’adaptations. L’idée, c’est de prendre la matrice du jeu et de la réutiliser en classe.

Ici, d’après moi, le point intéressant c’est que tous les participants mettent en commun quelque chose d’inhabituel et intime (une chaussure) puis doivent le retrouver….

Une acvitité de présentation. Oral/écrit. Tous niveaux. Ce qui me vient d’abord à l’esprit, c’est une activité de présentation où chacun parle de lui pendant 30 à 60 secondes. Le reste du groupe écoute attentivement et prend des notes (l’animateur prévient les participants qu’ils devront être capables de restituer une info importante au sujet d’une personne désignée par le hasard). À la fin du tour de table, l’animateur distribue des petits papiers où figure le nom de chaque participant. Chaque joueur est donc associé par le hasard à un autre: il doit écrire sur une bandelette de papier  l’élément qui l’a le plus marqué à propos de la personne en question, en éliminant les marques du féminin et du masculin: par exemple, « Comme moi, il/elle est passionné(e) par les animaux ». Toutes les bandelettes sont mélangées puis affichées (au tableau, sur la table, par terre). Le groupe prend connaissance de l’ensemble de phrases puis chaque participant essaye d’identifier la bandelette qu’il/elle a inspirée. C’est dans la discussion et dans les erreurs d’attribution que réside l’intérêt du jeu: finalement, c’est peut-être A qui est passionné(e) par les animaux, mais B et C se reconnaîtront peut-être dans la même phrase.

Une acitvité de description. Oral et expression graphique. Dès le niveau A2. Autre idée, à peine ébauchée: partir de dessins fait par les participants, dont les autres doivent deviner l’auteur. J’ai ici une réserve: il ne faut pas tomber dans la séance psy! Il faut doncà mon avis  éviter de demander aux participants de se dessiner eux-mêmes ou de dessiner un autre membre du groupe. On leur demandera plutôt de dessiner la maison de leurs rêves, puis on tirera au sort deux ou trois maisons que tout le groupe décrira ensemble en essayant à la fin de deviner qui les a dessiné (attention tout de même à empêcher les moqueries ou les commentaires blessants). Puis ceux dont les maisons n’auront pas été décrites et qui souhaitent prendre brièvement la parole pourront le faire (c’est important de ne pas demander aux apprenants un engagement qui sollicite des fibres personnelles et affectives pour ensuite en négliger le résultat sous prétexte qu’il s’agit d’une activité purement pédagogique; on passe un contrat de confiance en demandant aux apprenants d’agir en tant qu’individus qui  impliquent tout leur être et ce contrat doit être tenu).

Une activité d’évaluation formative autour de la littérature. Dès le niveau B1 (ou langue maternelle). Troisième et dernière idée, très différente mais toujours inspirée par le jeu des chaussures: dans un cours de langue et littérature, on présente différents courants (romatisque, baroque, classicisme, etc.). On fait lire de courts textes (extraits ou poèmes brefs) pour bien identifier les caractéristiques de chaque courant.  On attribue ensuite à chaque équipe un courant, et on proposeau groupe un tas de petits papiers avec des textes illustrant les différents courants. Gagne la première équipe à avoir retrouvé les petits papiers correspondant à leur courant…

Un activité d’évaluation formative autour de la didactique des langues. Profs ou futurs profs. Tiens, je sens que je vais peut-être appliquer cette dernière idée à l’histoire des méthodologies dans l’enseignement/apprentissage du FLE: après avoir étudié le panorama historique, je pourrais préparer des papiers avec des concepts clés, la vision de l’apprenant et de l’enseignant, la vision de la langue, etc., puis leur demander de reconstituer un paradigme…

Et vous, qu’en ferez-vous?




La manipulation dans la classe : sujet de débat

25 07 2011

Pour faire débattre nos élèves, nous choisissons souvent des thèmes galvaudés : pour ou contre l’interdiction de fumer dans les lieux publics, pour ou contre l’avortement, pour ou contre le mariage homosexuel. Ayant eu l’occasion de voir à deux ou trois reprises comment ces débats sont menés, je peux vous assurer que ce n’est pas pour autant des thèmes faciles, et il faut un grand doigté pour mener à bien la gestion de la séance. Cela vaut toujours, pour tous les sujets: il ne suffit pas de prendre un sujet polémique puis de fournir des outils linguistiques aux participants, en espérant qu’ils en sortiront en maîtrisant leurs locutions adverbiales et leurs connecteurs logiques et sans se soucier des dégâts éventuels d’une discussion qui n’a pas pour principe le respect, l’écoute authentique de l’autre.

Cette intro pour vous proposer un sujet original, difficile certes mais pas moins que celui de l’avortement ou celui de l’homosexualité, et plus intéressant à un certains titre dans la mesure où les apprenants sont peut-être moins habitués à en entendre parler et devront donc prendre position depuis leur position personnelle. Il s’agit de la question de la manipulation liée au pouvoir, qui s’exerce à tout moment, dans tous les contextes, y compris à l’école.

Voici le texte à faire lire pour ensuite organiser une dynamique de discussion:

La manipulation au quotidien

Un instituteur directif et un instituteur non directif ont certainement des discours (et peut-être même quelques comportements) très différents qui suscitent certainement des conduites elles-mêmes très différentes chez leurs élèves. Ils restent néanmoins, tous les deux des maîtres dans la structure hiérarchico-corporative de l’institution pédagogique dont les objectifs et programmes impliquent un ensemble obligé de comportements pour l’un comme pour l’autre, pour les élèves de l’un comme pour les élèves de l’autre. Si vous observez une classe du second, vous y verrez peut-être les élèves travailler en petits groupes, réaliser des dossiers, couper la parole à leur maître, comportements que vous avez peu de chances d’observer dans la clase du premier. Mais dans les deux classes, vous verrez toujours des enfants apprendre leurs tables de multiplications, leurs conjugaisons etc. bref, se livrer aux apprentissages impliqués par les programmes scolaires sous la responsabilité du maître qui est supposé détenir leur rationalité et justifier leur valeur. […]
L’exercice du pouvoir ne peut céder la place. Il ne peut que changer de moeurs. C’est bien pourquoi dans une structure organisationnelle donnée, obtenir ce qu’il faut obtenir des dominés peut donner lieu à des pratiques d’exercice du pouvoir très diverses de la part des dominants. Certaines peuvent ainsi paraître bien plus respectables que celles qui ont cours dans des organisations comme la mafia ou l’armée. Si elles sont acceptables, c’est parce qu’elles donnent à penser que les dominés sont, à leur niveau (qui reste le niveau des dominés) dotés de quelques-uns des attributs du citoyen responsable et autonome. Certaines pratiques, ou certaines moeurs, peuvent même faire croire que l’exercice du pouvoir s’est dispersé dans l’organisation. Les concepts de permissivité ou de libéralité, de démocratie industrielle, de cogestion, voire d’autogestion (pédagogique il est vrai) sont là pour dénoter la valeur de telles pratiques. Ces concepts restent très actifs dans le discours des pédagogues et des travailleurs sociaux. Tous mettent en avant l’exercice le plus libre possible de la décision individuelle ou collective. Ils ne peuvent donc avoir pour effet que de donner à chacun un sentiment de liberté qu’on souhaite le plus élevé possible – sur lequel repose la stratégie de manipulation.

(C’est un extrait de Joule et Beauvois, Petit traité de manipulation, que j’ai moi-même emprunté à la Lettre nº 45 de l’Éducation authentique, CREA, F-71300 MARY; vous trouverez dans ce numéro d’autres textes sur la question « Dominant ou dos miné ? »).

Des idées pour organiser et mener un débat? Vous en trouverez ici, du plus basique au plus complet:

Et pour finir, une idée loufoque de débat: faut-il placer le rouleau de papier toilette comme dans A ou comme dans B?