John et Yoko sont dans un hosto

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Editions Krakoen - Collection Forcément noir

Préface de Jean-Bernard Pouy

Alors qu’un terrible accident de la route ôte la vie à Billie Holiday et à Janis Joplin, John Lennon et Yoko Ono en réchappent miraculeusement et sont admis dans un hôpital plutôt spécial où l’on ne rencontre que des chanteurs, qu’ils soient malades ou membres du personnel. Dans leur sillage, les tubes des sixties tourbillonnent dans l’air comme des feuilles enfiévrées. Sous l’hôpital, un petit train circule entre les cuisines, les urgences et la morgue. John et Yoko ne sont pas pressés d’y monter  – destination l’âge de raison. Leurs armes pour conjurer ce cauchemar musical s’appellent amour et fantaisie. Quand le mutisme tue les vivants, la musique réveille les morts.

 

Présentation de l’éditeur :

 Thirion habite et travaille dans le Sud-Ouest. Auteur de trois ouvrages publiés chez Krakoen : Mikko, Ego fatum et Rose blême, il se distingue par la fertilité narrative et la fantaisie iconoclaste à l’intérieur du genre. Avec lui, le lecteur est à cent lieues du formatage ronronnant d’un nombre croissant de polars actuels. Inclassable, donc conforme à la ligne éditoriale de Krakoen.

 


préface de Jean-Bernard Pouy

« … Jan nous sabre avec des trucs plus ou moins monstrueux où se baladent, en toute impunité, le manque, la douleur et le désespoir. Et, dans ces parts de gâteau, il y a toujours une fève qui casse les dents.
En plus ; il habite à Toulouse. To loose, comme on dit en rocklangue. Il suffit de lire ses textes. Sous la patience de l’écrivain, du vrai, celui qui prend le temps du conte, coule l’impatience du style. Et pas de n’importe lequel, le plus complexe, dérangeant et éclairant à la fois, le style adolescent, celui qui trouble, qui cisaille, qui parle d’âme et de tripe et qui évoque un intangible absolu…. » (extrait)

 

 

BO de John et Yoko sont dan un hosto

intégrée au roman

dans l’ordre de passage des chansons

 

Nights in white satin, The Moody Blues

Le sirop typhon, Richard Anthony

Jumpin’ Jack Flash, The Rolling Stones

Tous les bateaux tous les oiseaux, Michel Polnareff

Oh Happy Day, Edwin Hawkins Singers

Alouette, Gilles Dreu

Comme un garçon, Sylvie Vartan

I started a Joke, The Bee Gees

Wight is Wight, Michel Delpech

The Dock of the Bay, Otis Redding

Comme d’habitude, Claude François

Bridge Over Troubled Water, Simon and Garfunkel

Il est cinq heures Paris s’éveille, Jacques Dutronc

Those Were the Days, Mary Hopkins

Delilah, Tom Jones

Lindberg, Robert Charlebois et Louise Forestier

In the Summertime, Mungo Jerry

L’Amérique, Joe Dassin

My Lady d’Arbanville, Cat Stevens

Bonnie and Clyde, Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot

Le monde est gris le monde est bleu, Eric Charden

San Francisco, Scott McKenzie

Imagine, John Lennon

Venus, The Shocking Blue

Adieu jolie Candy, Jean-François Michaël

Good Vibrations, The Beach Boys

Comment te dire adieu, Françoise Hardy

A Whiter Shade of Pale, Procol Harum

Suzanne, Leonard Cohen

La Maritza, Sylvie Vartan

Monia, Peter Holm

Hurdy Gurdy Man, Donovan

C’est extra, Léo Ferré

Whole Lotta Love, Led Zeppelin

Chimène, René Joly

Animal on est mal, Gérard Manset

Les cornichons, Nino Ferrer

Daydream, Wallace Collection

Lay Lady Lay, Bob Dylan

Laissons entrer le soleil, Julien Clerc

Rain and tears, Aphrodite’s Child

I’m so tired, The Beatles

Hôpital Raymond Poincaré, Garches, 1968, 1969 (pavillon Netter vu de l’entrée)

« … Taxis, voitures, camionnettes emmènent les externes chez eux, hors de l’hôpital, dans Paris et sa banlieue. Les cinq amis se dirigent lentement vers Brézin. Main à la poignée, Françoise et Sylvie se tiennent chacune d’un côté du fauteuil de John. On longe la grande façade de Netter à l’horloge carrée. A cette heure, les bureaux de l’admission du rez de chaussée et le centre de radiographie sont fermés… » (extrait)

 

Plan de l’hôpital aujourd’hui

« … Un demi-tour après, il se retrouve en présence d’un Fenwick, immobile, silencieux, planté au milieu du souterrain.

Le tracteur orange se promène habituellement en tirant son convoi de cantines, de Brézin au bâtiment des cuisines, au-delà de Netter. Deux allers-retours par jour pour ce gros ténia mécanique dans l’intestin de l’hôpital. On en voit de semblables, avec wagonnets porte-bagages, sur les quais de gares et dans les aéroports… » (extrait)

 

Entrée, boulevard Raymond Poincaré

« … Quatre marches le mèneraient de la rotonde à la contre-allée et au boulevard s’il décidait de quitter l’abri. Il pourrait monter dans l’une des voitures garées en double file. Il ne peut s’empêcher de les voir pliées dans un accident. La Dauphine jaune devant lui ferait un excellent cercueil contemporain. Mourir dans un pot de moutarde. En DS, ça ferait plus attentat du Petit Clamart.

Il s’attarde sous le porche. Ici, c’est encore l’hôpital, même les grilles franchies. Il va louper son bus. Il est dix-huit heures huit. L’arrêt l’attend en face, direction porte Saint-Cloud… » (extrait)

 

l’hôpital vu du ciel

… A l’extérieur, les ténèbres s’avancent comme une nuée d’oiseaux. A l’automne, parfois, des milliers de passereaux envahissent les toits de la ville. Sur l’hôpital Raymond Poincaré, à présent, on pourrait les croire énormes et bruyants tels des bombardiers en colère dans un ciel de guerre.

Une plainte lugubre. L’éclairage des lustres vacille. Chacun pense à la foudre qui pourrait descendre par les boules de verre mat accrochées au plafond comme dans Tintin… » (extrait)

 

Brézin, arcades et chapelle

« … De Brézin, une voie discrète monte au cimetière. Qui ne la cherche pas ne la trouve pas. John et Françoise découvrent les lieux secrets de l’hôpital. Bâtiments anciens sans plaque, sans panneau explicatif pour indiquer leurs fonctions. Des portes cochères dignes des Mystères de Paris que John n’a jamais lu. Une multiplication de fenêtres démesurées dissimulant des menaces derrière des rideaux ou des stores. John soupçonne ce qui ressemble à un temple romain de cacher la morgue… » (extrait)

 

Netter, le lycée au rez-de-chaussée

« … Dehors, personne, comme prévu. Lycée silencieux d’un côté, bâtiment de la lingerie en face, avec sa longue estrade de ciment où déambule un seul chat roux, à moins qu’il s’agisse d’un chien.

— Qu’est-ce que tu fous ici, petit mec ?

John est seul.

Aucune fenêtre du lycée ouverte et personne de visible à celles des étages au-dessus.

La voix répète sa question.

Plusieurs secondes  avant qu’il ne détecte cet interlocuteur tombé du ciel. Celui-ci le surplombe, penché à la balustrade au-dessus des sous-sols. Un chevelu au blouson de cuir. Jim Morrison, cigarette au bec, jouant avec un objet qui se révèle être un couteau à cran d’arrêt… » (extrait)

 

Orchestre de Netter 3, 1968

« … Trois guitares, une batterie, un orgue électrique partent à l’assaut des murs de l’hosto. Ils veulent les voir s’écrouler. Jéricho rock. Tremblez, fissurez-vous, éclatez, explosez, lâchez le fleuve de vie qui gronde dans chacun. Mort à l’ennui. Mort au quotidien. Mort à la maladie. Mort à la mort.

Les spectateurs s’excitent.

Possible que le groupe se soit lancé dans une impro à la Pink Floyd. Métal mélodieux. Sonorités oniriques. Voyage cosmique. Volutes sonores telles des nuages tabagiques. John rend sourire pour sourire à Françoise. Elle ressort le bonbon de sa bouche et le porte directement aux lèvres de John. Elle insiste. Il cède.

L’orchestre enchaîne. Hey Joe cette fois. John reconnaît. Il se met à chanter. Il répète Hey Joe, le noyant dans de l’anglais de yaourt.

On peut tout se permettre. Planer, c’est vivre… » (extrait)