John et Yoko sont dans un hosto
22 janvier 2009 Non classé 0 commentaire
Editions Krakoen - Collection Forcément noir
Préface de Jean-Bernard Pouy
Alors qu’un terrible accident de la route ôte la vie à Billie Holiday et à Janis Joplin, John Lennon et Yoko Ono en réchappent miraculeusement et sont admis dans un hôpital plutôt spécial où l’on ne rencontre que des chanteurs, qu’ils soient malades ou membres du personnel. Dans leur sillage, les tubes des sixties tourbillonnent dans l’air comme des feuilles enfiévrées. Sous l’hôpital, un petit train circule entre les cuisines, les urgences et la morgue. John et Yoko ne sont pas pressés d’y monter – destination l’âge de raison. Leurs armes pour conjurer ce cauchemar musical s’appellent amour et fantaisie. Quand le mutisme tue les vivants, la musique réveille les morts.

préface de Jean-Bernard Pouy
« … Jan nous sabre avec des trucs plus ou moins monstrueux où se baladent, en toute impunité, le manque, la douleur et le désespoir. Et, dans ces parts de gâteau, il y a toujours une fève qui casse les dents.
En plus ; il habite à Toulouse. To loose, comme on dit en rocklangue. Il suffit de lire ses textes. Sous la patience de l’écrivain, du vrai, celui qui prend le temps du conte, coule l’impatience du style. Et pas de n’importe lequel, le plus complexe, dérangeant et éclairant à la fois, le style adolescent, celui qui trouble, qui cisaille, qui parle d’âme et de tripe et qui évoque un intangible absolu…. » (extrait)
BO de John et Yoko sont dan un hosto
intégrée au roman
dans l’ordre de passage des chansons
Nights in white satin, The Moody Blues
Le sirop typhon, Richard Anthony
Jumpin’ Jack Flash, The Rolling Stones
Tous les bateaux tous les oiseaux, Michel Polnareff
Oh Happy Day, Edwin Hawkins Singers
Alouette, Gilles Dreu
Comme un garçon, Sylvie Vartan
I started a Joke, The Bee Gees
Wight is Wight, Michel Delpech
The Dock of the Bay, Otis Redding
Comme d’habitude, Claude François
Bridge Over Troubled Water, Simon and Garfunkel
Il est cinq heures Paris s’éveille, Jacques Dutronc
Those Were the Days, Mary Hopkins
Delilah, Tom Jones
Lindberg, Robert Charlebois et Louise Forestier
In the Summertime, Mungo Jerry
L’Amérique, Joe Dassin
My Lady d’Arbanville, Cat Stevens
Bonnie and Clyde, Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot
Le monde est gris le monde est bleu, Eric Charden
San Francisco, Scott McKenzie
Imagine, John Lennon
Venus, The Shocking Blue
Adieu jolie Candy, Jean-François Michaël
Good Vibrations, The Beach Boys
Comment te dire adieu, Françoise Hardy
A Whiter Shade of Pale, Procol Harum
Suzanne, Leonard Cohen
La Maritza, Sylvie Vartan
Monia, Peter Holm
Hurdy Gurdy Man, Donovan
C’est extra, Léo Ferré
Whole Lotta Love, Led Zeppelin
Chimène, René Joly
Animal on est mal, Gérard Manset
Les cornichons, Nino Ferrer
Daydream, Wallace Collection
Lay Lady Lay, Bob Dylan
Laissons entrer le soleil, Julien Clerc
Rain and tears, Aphrodite’s Child
I’m so tired, The Beatles

Hôpital Raymond Poincaré, Garches, 1968, 1969 (pavillon Netter vu de l’entrée)
« … Taxis, voitures, camionnettes emmènent les externes chez eux, hors de l’hôpital, dans Paris et sa banlieue. Les cinq amis se dirigent lentement vers Brézin. Main à la poignée, Françoise et Sylvie se tiennent chacune d’un côté du fauteuil de John. On longe la grande façade de Netter à l’horloge carrée. A cette heure, les bureaux de l’admission du rez de chaussée et le centre de radiographie sont fermés… » (extrait)

Plan de l’hôpital aujourd’hui
« … Un demi-tour après, il se retrouve en présence d’un Fenwick, immobile, silencieux, planté au milieu du souterrain.
Le tracteur orange se promène habituellement en tirant son convoi de cantines, de Brézin au bâtiment des cuisines, au-delà de Netter. Deux allers-retours par jour pour ce gros ténia mécanique dans l’intestin de l’hôpital. On en voit de semblables, avec wagonnets porte-bagages, sur les quais de gares et dans les aéroports… » (extrait)

Entrée, boulevard Raymond Poincaré
« … Quatre marches le mèneraient de la rotonde à la contre-allée et au boulevard s’il décidait de quitter l’abri. Il pourrait monter dans l’une des voitures garées en double file. Il ne peut s’empêcher de les voir pliées dans un accident. La Dauphine jaune devant lui ferait un excellent cercueil contemporain. Mourir dans un pot de moutarde. En DS, ça ferait plus attentat du Petit Clamart.
Il s’attarde sous le porche. Ici, c’est encore l’hôpital, même les grilles franchies. Il va louper son bus. Il est dix-huit heures huit. L’arrêt l’attend en face, direction porte Saint-Cloud… » (extrait)

l’hôpital vu du ciel
… A l’extérieur, les ténèbres s’avancent comme une nuée d’oiseaux. A l’automne, parfois, des milliers de passereaux envahissent les toits de la ville. Sur l’hôpital Raymond Poincaré, à présent, on pourrait les croire énormes et bruyants tels des bombardiers en colère dans un ciel de guerre.
Une plainte lugubre. L’éclairage des lustres vacille. Chacun pense à la foudre qui pourrait descendre par les boules de verre mat accrochées au plafond comme dans Tintin… » (extrait)

Brézin, arcades et chapelle
« … De Brézin, une voie discrète monte au cimetière. Qui ne la cherche pas ne la trouve pas. John et Françoise découvrent les lieux secrets de l’hôpital. Bâtiments anciens sans plaque, sans panneau explicatif pour indiquer leurs fonctions. Des portes cochères dignes des Mystères de Paris que John n’a jamais lu. Une multiplication de fenêtres démesurées dissimulant des menaces derrière des rideaux ou des stores. John soupçonne ce qui ressemble à un temple romain de cacher la morgue… » (extrait)

Netter, le lycée au rez-de-chaussée
« … Dehors, personne, comme prévu. Lycée silencieux d’un côté, bâtiment de la lingerie en face, avec sa longue estrade de ciment où déambule un seul chat roux, à moins qu’il s’agisse d’un chien.
— Qu’est-ce que tu fous ici, petit mec ?
John est seul.
Aucune fenêtre du lycée ouverte et personne de visible à celles des étages au-dessus.
La voix répète sa question.
Plusieurs secondes avant qu’il ne détecte cet interlocuteur tombé du ciel. Celui-ci le surplombe, penché à la balustrade au-dessus des sous-sols. Un chevelu au blouson de cuir. Jim Morrison, cigarette au bec, jouant avec un objet qui se révèle être un couteau à cran d’arrêt… » (extrait)

Orchestre de Netter 3, 1968
« … Trois guitares, une batterie, un orgue électrique partent à l’assaut des murs de l’hosto. Ils veulent les voir s’écrouler. Jéricho rock. Tremblez, fissurez-vous, éclatez, explosez, lâchez le fleuve de vie qui gronde dans chacun. Mort à l’ennui. Mort au quotidien. Mort à la maladie. Mort à la mort.
Les spectateurs s’excitent.
Possible que le groupe se soit lancé dans une impro à la Pink Floyd. Métal mélodieux. Sonorités oniriques. Voyage cosmique. Volutes sonores telles des nuages tabagiques. John rend sourire pour sourire à Françoise. Elle ressort le bonbon de sa bouche et le porte directement aux lèvres de John. Elle insiste. Il cède.
L’orchestre enchaîne. Hey Joe cette fois. John reconnaît. Il se met à chanter. Il répète Hey Joe, le noyant dans de l’anglais de yaourt.
On peut tout se permettre. Planer, c’est vivre… » (extrait)
