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à propos de John et Yoko sont dans un hosto

articles, critiques, avis divers

Une lecture de Laurent Girardon :

« Fin des années 60. L’adolescent John Lennon et son petit frère adoptif Yoko Ono réchappent par miracle à un accident de la circulation qui voit leur mère Billie Holliday et leur sœur Janis Joplin périr sur le coup. Salement amochés, les deux garçons intègrent le pavillon Netter à l’hôpital Raymond Poincaré pour suivre un programme de rééducation. Mais bientôt le centre médical va devenir le théâtre de phénomènes et de disparitions étranges…

Jan Thirion est un auteur à part, unique, qui construit des œuvres atypiques, que l’on peut traiter d’ovni de la littérature noire puisqu’il aime être assimilé à ce genre. John et Yoko sont dans un hosto ne fait pas exception. En enchaînant les premières pages, me voilà confronté à des personnages qui portent des noms célèbres, pour la plupart des chanteurs, malades ou accidentés comme John, ou membres du personnel médical. En toile de fond, une entité aseptisée, l’hôpital, personnage à part entière qui n’est pas sans nous rappeler le Kingdom Hospital de Stephen King… Et ce John Lennon, jeune paumé qui découvre les affres et les tourments de l’adolescence, les émois des premiers amours et enfin, bien malgré lui, une panoplie de pouvoirs qui très vite le submerge et fera des envieux.

Anachronique. Tel est le terme qui me vient à l’esprit pour qualifier ce roman de Jan Thirion, qui inonde le lecteur de situations absurdes, incongrues mais jouissives, le tout à la limite du surnaturel à la Lynch. La trame est assez bien construite pour susciter de l’intérêt et on se prend au jeu de cette expérience verbale, avec en fond sonore, le souvenir des tubes des groupes phares des années 60. » (Laurent Girardon – Black Mamba)

Qu’en dit Francis Mizio :

« Un autre petit livre qui est inclassable. Je l’ai acheté celui-là. J’ai été attiré par une préface de JB Pouy. On m’avait dit :  lis du Jan Thirion, c’est complètement déjanté.

Alors pour être déjanté c’est déjanté. Jan, si tu m’écoutes envoie par mail l’adresse de ton dealer, parce que ça doit être la bonne.

C’est un ovni qui se passe dans un hôpital. Les personnages prennent un accident de voiture à la troisième page et sont complètement explosés. Jan Thirion se passe de décrire les personnages en leur attribuant des noms de célébrités, très souvent de l’époque yéyé, de la fin des années 60 ou du début des années 70, et il y a beaucoup d’extraits de chansons. C’est un ovni absolu, une entreprise littéraire surréaliste. Jan Thirion, faut qu’il arrête le traitement ou qu’il le continue. Si on aime la même qualité de substance que Jan, on y trouve largement son compte. » (Francis Mizio – Les Habits Noirs – Podcast n° 21)

Marin Ledun a lu :

« Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jan Thirion a l’humour et la sensibilité exacerbée d’un enfant dans un esprit d’adulte. Et le sens des vieilles rengaines pop, comme celui d’une écriture fine, toute à le fois morbide, triste, drôle et impatiente. Une belote mémorable entre John Lennon, Franck Sinatra, d’un côté, et Dario Moreno et Ivan Rebroff de l’autre. Une très poétique mais glaciale comme la mort partie de jambes en l’air avec Sylvie Vartan, sous l’oeil agonisant de Françoise Hardy. le suicide de Brian Jones, d’une fenêtre du troisième de l’hôpital où tous ces artistes pop sont internés. Un Charles Aznavour reconverti en médecin, échappant de justesse à la furie d’un kangourou. On en apprend des vertes et des pas mûres dans ce roman qui se lit d’une traite comme un petit plaisir sucré, en plein milieu de la nuit, devant la porte du placard à confiserie entrouverte, une seringue d’insuline plantée dans le bras. Comme le dit Pouy en préface, avec justesse, ça lui arrive aussi, l’adolescence est morbide. « Je pense toujours qu’en italien, mobido signifie moelleux. Comme un oreiller malmené. De ces oreillers où l’on s’enfonce avec délices et qui peuvent, une nuit d’orage, vous étouffer à jamais« . (Marin Ledun – Polars pourpres)

Une lecture de Claude Le Nocher :

« … Avec ce roman, Jan Thirion prend le risque de rejoindre la catégorie des “inclassables”. Échapper à l’étiquetage règlementaire doit le réjouir. John et Yoko, dans les biographies de célébrités ? Évidemment pas. Parmi l’avalanche de polars ? Non plus. Suspenses médicaux ? Pas vraiment ça. Documents et témoignages ? Beaucoup de vécu, mais trop de fantaisie. Peut-être un jour imaginera-t-on un genre “création littéraire”, qui conviendrait à cet auteur et aux autres hurluberlus de son espèce. Admettre que l’inventivité est une richesse ? Rêvons ! Thirion mêle archives chansons-photo-télé-cinéma-scopitones, pour décrire un “hôpital en folie”, ni absolument comique, ni réellement inquiétant. Un endroit bizarre, curieux, absurde, hors de la vie, proche de la mort. Rangeons-le dans la rubrique “Divers”, ça ira ! On l’y retrouvera plus facilement quand, dans peu de temps, on voudra le lire une nouvelle fois. Un roman d’écrivain mérite d’être gardé à portée de main. » (Claude Le Nocher – Rayon Polar)

Patrick Boman :

« J’ai fini de lire « John et Yoko… », qui m’a bien plu en réveillant pas mal de souvenirs très profondément enfouis… Quelle avalanche de noms et de groupes oubliés ! Yvan Rebroff, que des paysans cévenols de ma connaissance s’obstinaient à appeler Yvan(e) Rébrock(e), comme pébroque ! Donovan ! Guy des Cars ! Quels revenants ! J’ai beaucoup ri par moments. De plus, tout l’aspect hospitalier est absolument implacable mine de rien. » (Patrick Boman)

 

La parole à Dj Duclock :

« Le nom des personnages, tous issus de la chanson française et francophone, du rock ou de la variété, de la pop des années 60-70, et les « éléments perturbateurs » qui touchent au fantastique distillent une ambiance très forte et rare qui n’est pas sans rappeler l’imaginaire de Boris Vian. Petit à petit on s’enfonce dans cet univers – le huis clos de l’hôpital – qui bascule pour rejoindre l’Histoire du rock. Toute une époque est là avec ses odeurs, son tour de France et ses tubes.

Après avoir lu les dernières lignes de John et Yoko sont dans un hosto je me suis farci plusieurs fois l’album blanc des Beatles, puis j’ai été relire les chroniques d’Alain Distel sur la mort de John Lennon.
Jan Thirion cause – avec une lenteur savoureuse et une liberté rare – d’amour, d’amitié, d’adolescence et de l’hosto. Il a fallu un long moment de digestion avant que je me replonge dans un autre livre. Et je me rends compte qu’il s’agit là d’un livre hanté – comme ces chansons qui contiennent à la fois un souvenir et le présent – et pas seulement par le nom des chanteurs, des chanteuses ou des groupes… Direct dans la bibliothèque idéale du Dj Duclock
. » (Dj Duclock - http://duclock.blogspot.com)

Ce qu’en dit Magali Duru :

« Que reste-il des sixties en ces temps de crise une fois écroulé, enterré à jamais le mirage des trente glorieuses ?

Il me suffit de regarder l’Ipod de mon ado où Rollings Stones et Beatles, eh oui,  voisinent avec les Ting Tings et les Arctic Monkeys: de la musique, de la musique, de la musique.

Jan Thirion a l’art et la manière de prendre ce genre de constat au pied de la lettre. Dans l’Ami 6 qui roule droit vers l’hôpital, dès les premières lignes du roman, le ton est donné : c’est Billie Holiday (ah oui?) qui conduit, c’est Janis Joplin (ah bon ?)  « sourire de dame patronnesse, grimace à faire fuir les démons » qui est assise à la place du mort. Et John Lennon, 14 ans peut-être, qui, assis à l’arrière à côté d’un petit orphelin nommé Yoko Ono (forcément), « s’amuse de cette vision accablante ».

Vous savez tout : humour,  pointe de fantastique à l’occasion et petite musique douce-triste de douleur contenue. Achetez le bouquin et lisez la suite.

N’allez surtout rien lire de plus, ni la  4° de couverture trop bavarde à mon goût, ni le site (excellent, mais qui vous ravira mieux après lecture) consacré au roman par son auteur (je sais, vous donner le lien maintenant relève de la double injonction, celle qui rend schizo, mais autant vous habituer, vous ne rencontrerez pas que des héros positifs et normaux dans cet hôpital où bondissent les kangourous rouges et où Dario Moreno tient la table de poker).

Vous n’avez que le droit de lire, relire et même apprendre par cœur l’inestimable préface de Jean-Bernard Pouy dont j’ai la bonté de vous recopier mes deux paragraphes préférés :

« De sa voix calme et posée, Jan nous sabre, avec des trucs plus ou moins monstrueux où se baladent en toute impunité, le manque, la douleur et le désespoir. ».

Et

« On dit souvent que l’adolescence est morbide. Je pense toujours qu’en italien, morbido signifie mœlleux. Comme un oreiller malmené. De ces oreillers où l’on s’enfonce avec délices et qui peuvent, une nuit d’orage, vous étouffer à jamais ».

Pas un mot auquel je n’adhère.

Mais s’il m’est permis de parler après le grand Pouy de sagesse, je dirais qu’on s’amuse aussi beaucoup dans ce roman d’apprentissage, et que c’est la force de Jan que de tendre à tous les ados présents et passés ce miroir exact de l’âge si douloureux et si niais des premières découvertes et d’en résoudre l’oxymore en un grand éclat de rire salvateur. » (Magali Duru - http://magali.duru.over-blog.com/)

 

Jeanne Desaubry apprécie :

« … Les références à Boris Vian sont constantes, l’écriture fine, légère, désespérée. Entre drame et loufoquerie, clins d’œil à « l’Écume des jours » et références musicales datées, c’est peu dire que Jan Thirion nous offre une œuvre totalement originale résolument inclassable

On retrouve l’émerveillement ressenti à la lecture de Vian. Loin de tout formatage, l’écriture de Jan est un objet rare, une exception : LIBRE !

Libre et un peu fou, poussant avec obstination ses pas sur des sentiers personnels, il nous offre un condensé de fantaisie à faire pâlir la crise. » (Jeanne Desaubry - http://jeanne.desaubry.free.fr)

La préface de Jean-Bernard Pouy à John et Yoko sont dans un hosto :

« D’abord, Jan Thirion m’énerve : il a les cheveux les plus fins et les plus raides du monde, ce qui est, depuis ma prime enfance, depuis que je suis capable de me mater dans un miroir, mon rêve le plus cher. Et un fantasme aussi récurrent qu’un tampon Jex. Ne plus avoir sur la tête la serpillière de douilles que je me trimballe depuis toujours et qui, à force, ressemble à une punition. Il fallait que ce fût dit, un peu d’autofiction, de temps en temps, ne fait pas de mal et soulage la république des égo.

Jan, cet olibrius, je tenterai même, à son propos, le terme olibrillant, je l’ai vu, pour la première fois, au salon de Gaillac, célèbre pour se tenir dans une abbaye toute en briques roses et pour avoir en son sein directeur un énervé du syntagme nommé Polisset, c’est-à-dire l’exact contraire de Jan. Et ma foi, celui-ci avait sa place dans cette ambiance crypto- monacale. Tant il ressemble en fait à un moine, un de ces êtres pervers qui hantent les romans gothiques. On sent immédiatement, sous l’apparente douceur du visage, de la voix et de ses mains de pianiste, une lave brûlante qui ne demande qu’à cuire à fond le monde alentour. Car de sa voix calme et posée, presque triste, Jan nous sabre avec des trucs plus ou moins monstrueux où se baladent, en toute impunité, le manque, la douleur et le désespoir. Et, dans ces parts de gâteau, il y a toujours une fève qui casse les dents.

Il suffit de lire ses textes. Sous la patience de l’écrivain, du vrai, celui qui prend le temps du conte, coule l’impatience du style. Et pas de n’importe lequel, le plus complexe, dérangeant et éclairant à la fois, le style adolescent, celui qui trouble, qui cisaille, qui parle d’âme et de tripe et qui évoque un intangible absolu.  Rares sont les stylistes avoués qui ne soient pas furieux, péremptoires, frimeurs. Ceux qui restent pusillanimes, ces honnêtes qui nous dérangent par le biais, nous sont d’autant plus précieux.

Dans le texte qui suit, du Kafka mâtiné de l’intense beauté des chansons idiotes de notre jeunesse, la fin des années soixante nous prend à la gorge. Toutes ces années, où les mythes se fabriquaient à la même, grande, vitesse que les trente biens de notre glorieuse consommation, ont été celles où s’est fomenté notre malheur présent. Et sous la futilité de la musique d’époque, perce le malheur de l’évidence. Tout va mal, tout va aller de plus en plus mal, rendez-vous à l’hôpital. Et, ma foi, la mort de John Lennon peut être considérée à l’aune de celle, rampante, de Rimbaud. Un monde, celui des illusions, de l’innocence, un autre monde, celui de la cruauté pardonnée, s’éteignent brusquement. Et tout est dépeuplé.

On dit souvent que l’adolescence est morbide. Je pense toujours qu’en italien, morbido signifie moelleux. Comme un oreiller malmené. De ces oreillers où l’on s’enfonce avec délices et qui peuvent, une nuit d’orage, vous étouffer à jamais. » (Jean-Bernard Pouy)

Boris Lamot a son mot à ajouter :

« Jan Thirion avec la petite musique des mots qui est sa marque nous propose un voyage initiatique, mêlant fantastique et banalité, au rythme des chansons oubliées que l’on fredonne au fur et à mesure de leur citation. Un récit à part qui ne demande, pour peu qu’on accepte le pacte proposé par l’auteur, qu’à nous entraîner. » (Boris Lamot - 813)

On en parle sur le site Pol’Art Noir :

« … Totalement étrange, drôle, absurde, poétique. Dans un hôpital, en plein années 60, suggérées par la musique et les voitures, l’ambiance est forte. Les personnages portent des noms célèbres, pour la plupart des chanteurs, à l’image de la psy Annie Cordy, ou de Léo Ferré le chirurgien. Peurs et rêves de gosses, la mort et la vie dans un lieu tentaculaire, parfois inquiétant. Difficile de raconter l’histoire de ces éclopés, de ces enfants qui grandissent, de ce type qui entend la radio dans sa tête, qui veut se suicider en se jetant sous les roues d’une voiture… miniature… Le mieux, c’est de se lancer dans le monde de Jan Thirion. Chacun devrait y trouver son bonheur. » (Gemini – Pol’Art Noir)

 

« Il est « à fond » dans sa mission d’écriture… habité par cette sorte de nécessité d’écrire qui fait les grands auteurs. « John et Yoko… » est, à ce jour, le point d’orgue qui exprime son originalité… inventivité, ecclectisme, personnalisation, décalage, voilà ce que développe (il n’est pas le seul, quand même), le sieur Jan Thirion. Il fait de la FICTION, tout en étayant sur des situations plausibles (voir ses précédents titres, « Ego fatum », »Rose bême ») ou déjantées (voir « John et Yoko »). Les « donneurs de leçons » moralisateurs, d’un bord ou de l’autre, quelle que soit leur propagande sur telle ou telle valeur, n’arrivent pas à le cheville d’un type qui utilise autant de fantaisie – avec, pourtant, du fonds. » (C. Romans – Pol’Art Noir)

De Joël Jegouzo du site k-libre :

Bienvenue dans la fosse aux chansons.

« Circulation fluide. L’Ami 6 roule vers le bonheur. À son bord : Billie Holliday, Janis Joplin, John et le petit Yoko. Jusqu’au crash. Janis et Billie meurent sur le coup. Direction l’hosto. Une bande de paras s’y éclatent, le rock des amerloques à fond dans les oreilles, Françoise Hardy et Sylvie Vartan en aguicheuses indolentes. Interlude. John et Yoko aux neuroleptiques. John reprendra les cours, à l’hosto : c’est long de guérir. Mais de quoi ? C’est douloureux de s’en remettre. Les Shadows passent, il est cinq heures, Paris s’éveille. Dès l’aube, la France éberluée. Qu’est-ce qu’il a donc le doux pays ? Donovan est parti chercher du secours, mais il est tard. Un autre monde arrive, la parenthèse soixante-huitarde va déjà se refermer. Trop tôt peut-être. Trop mal sans doute. Cimetière tranquille désormais. Là-bas, les années marbrées de désertions. Gibson et Fender, Jim Morrison halluciné, Dalida en veilleuse de nuit. Ici, maintenant, le monde sans aspérité. Plus rien d’extra. Les Moody Blues se sont tus. Sauve-toi John, disparais : nous sommes morts. Ne reste que l’exploration des souffrances que depuis nous avons appris à chérir. Ce ne sont pas les souvenirs qui tuent, même lorsqu’ils nous rappellent âprement que nous étions vivants ! Du superbe Je te donnerai / Tous les bateaux / Tous les oiseaux / Tous les soleils, Thirion exhume une ronde poignante, celle des bras déliés de foules qui ne savent plus faire peuple. L’imaginaire français des dernières barricades aurait pu, sous une autre plume, finir en convoi funéraire. Rien de cela chez Thirion. Une ballade, une fable, les Vietnam’s songs en bandoulières. L’intrigue ne compte plus. Ni l’histoire. Osez simplement, depuis cette dédicace somptueuse – de la part d’Untel pour Machin -, cette superbe chronique polardeuse des fièvres terrassées. » (Joël Jegouzo – k-libre)

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