Lettre au Père Noël

24 12 2006

Dans beaucoup de pays, le premier écrit que nos enfants partagent et veulent s’approprier est la lettre au Père Noël.
Le premier Noël aux alentours de trois ans est souvent le premier désir d’écriture.
Et si aujourd’hui c’est l’occasion de souhaiter de joyeuses fêtes à mes lecteurs, j’en profite pour souligner que le désir est le meilleur moteur de l’écriture.
Et que peut-être l’éducation est là pour l’entretenir…

Ludovic Bourely




Tout le monde devrait écrire

21 12 2006

tout le monde devrait écrire » Une pensée riche ou fine ne peut trouver une forme adéquate en dehors de l’écriture. »
« Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l’épreuve de l’écriture me paraît cruciale. »
« Le plus beau de l’écriture, c’est une tension entre ce qui est écrit et ce qui est à écrire, c’est l’usage d’une liberté qui prend ses risques en laissant ses traces. »

Tout le monde devrait écrire. Georges Picard, José Corti, 2006.

Je suis perplexe …
Ma santé qui m’éloigne depuis quelques semaines de mes apprenants doit y être pour quelque chose …
Mais pas seulement …
Comment continuer à écrire sur l’écriture après avoir lu l’essai de Georges Picard ?
Tout le monde devrait lire « tout le monde devrait écrire ».
Je sais, il y mieux comme introduction, mais je n’en ai pas d’autres.
L’essai de Georges Picard est une oeuvre trop riche, pour ne pas paraître banal en essayant d’en parler, qui plus est avec une rage de dent.
En nous livrant sa vision de la littérature, de l’écriture, de la lecture, de l’édition, de la critique, il se livre lui-même, dans le doute puissant et révélateur des grands esprits. Jamais il ne cède à la facilité. Essai autobiographique ? Non, essai borgésien, où l’intime se mêle à la philosophie. Un essai de grand lecteur. Mais là encore Georges Picard me reprocherait la comparaison, et la critique admirative. Trop facile…
Perplexe aussi parce qu’après ce premier jugement, on pourrait croire que j’épouse parfaitement les idées et les arguments de cet essai.
Ce n’est pas toujours le cas, notamment sur le pouvoir de l’éducation à changer les choses dans le domaine de l’écrit, (je suis peut-être naïf ou déraisonnablement optimiste, peut m’importe), et pourtant la modestie de l’auteur et l’invitation à la réflexion contre le dogmatisme, rendent cet essai particulièrement stimulant.
Encore une citation :
« …, l’écriture acharnée qui force à réfléchir reste l’une des armes les plus solides contre la sauvagerie ou l’impuissance. Chacun avec ses moyens propres peut facilement s’en emparer. »
Pour finir, le travail que je fais ici avec mes modestes moyens, et le travail sur l’écriture que je fais avec mes « apprenants/écrivants », se trouvent en même temps validés, dépassés, invalidés, enrichis …
Je ne sais plus, je suis perplexe.
Est-ce encore une fois là que l’on peut voir le pouvoir de l’écrit ?…

Ludovic Bourely




Teacher Man

11 12 2006

Commandez l'ouvrage« Le premier jour de ma carrière, j’ai failli être viré pour avoir mangé le sandwich d’un lycéen. Le deuxième jour, j’ai failli être viré parce que j’avais évoqué la possibilité d’une relation avec un mouton. » Teacher Man, Frank McCourt, Belfond, 10/2006.

Qui n’a jamais rêvé de rentrer dans la tête d’un prof ?
Que peut-il bien s’y passer ?
Si vous souhaitez une réponse, courez, abandonnez vite ce que vous êtes en train de faire, pour aller acheter le dernier McCourt.

Je ne suis pas un grand amateur d’autobiographie.
Je n’ai pas pu lâcher Teacher Man de Frank McCourt.

C’est quand on a entre les mains un ouvrage comme celui -là que l’on ne peut ignorer la connaissance du réel qu’apporte la littérature.
Une approche du réel différente de la science ou de la philosophie, mais tout aussi féconde.

Qu’est-ce que les mémoires d’un jeune prof à New York dans les années 60 peuvent apporter à l’éducation ?
Elles montrent l’universalité des questions pédagogiques.
Elles montrent le chemin universel, « aux sentiers qui bifurquent », de la vie d’un prof.
Elles montrent la quête de la place dans ce labyrinthe, le cerveau d’un prof.
Ce jeune Irlandais débarquant à New York à la fin des années 50, pourrait être n’importe quel prof, enseignant n’importe où et n’importe quand.
Il est l’un de « nous », aujourd’hui, en France.
Le plus troublant, c’est que si l’on n’a qu’une vision médiatique de la situation de l’éducation en France, on pourrait penser que celle des années 60 aux États-Unis ressemble beaucoup à notre situation actuelle.

La réalité est bien sûr beaucoup plus complexe, et nous avons eu la chance d’avoir de grands pédagogues comme Meirieu ou Charmeux, d’avoir des IUFM, qui ont permis à l’Éducation Nationale de ne pas envoyer au casse pipe tous les jeunes profs français depuis quelques années (et je suis convaincu que la qualité des apprentissages n’a cessé de progresser en France depuis bientôt 40 ans, souvent même je le constate sur le terrain, avec mes adultes) . Je reviendrai plus tard sur les chiffres de l’illettrisme en France qui montrent que s’il reste un problème, il était pire avant, et que ce n’est pas la nostalgie actuelle qui le résoudra à coup de dictées, de leçons de grammaire ou de policiers dans les établissements.
Excusez cette parenthèse …
McCourt nous propose « la longue route qui mène à la pédagogie », sous-titre de sa première partie, qui mérite au moins une citation :
« Ils pensaient que j’enseignais.
Je pensais que j’enseignais.
J’apprenais. »

N’allez pas croire que parce que c’est peut -être la meilleure autobiographie d’un prof, elle n’est faite que pour eux ; l’écriture est sincère, naturelle, vivante , tordue et limpide, américaine et universelle en même temps, remplie d’épisodes hilarants…
C’est aussi un morceau de civilisation américaine, une ballade de l’immigration d’un irlandais, une légende irlandaise …, un conte métaphysique parfois …, et bien plus que ça …

Je pense que c’est une lecture qui peut émerveiller et faire réfléchir les adolescents, les profs, les éducateurs de tous poils, les parents d’élèves, les élèves de parents, les citoyens, les exilés, les américanophiles, les américanophobes, les lecteurs, les non-lecteurs, les électeurs …

C’est, pour moi, le livre de cette fin d’année …
Aussi bien sûr parce qu’il parle d’écriture et de son apprentissage …

Je ne peux conclure qu’avec une dernière citation de la fin du livre :
 » Je ne crois pas que quelqu’un connaisse une liberté totale, mais ce que j’essaye de faire avec vous, c’est de reléguer la peur dans un coin. »

Ludovic Bourely




« Le passé ne me sert à rien. »

7 12 2006

« J’ai passé ma vie à lire et à analyser, à écrire ( ou à m’essayer à écrire) et à jouir de l’écrit. (…). Chaque fois que je me trouve confronté à la page blanche, je ressens la même impression : je dois redécouvrir la littérature par moi-même. Le passé ne me sert à rien. Ainsi donc, (…), je n’ai que mes perplexités à vous offrir. », Jorge Luis Borges, L’art de la poésie, Gallimard, 2002.

Pour en finir avec la grammaire, Jean Pierre Dubreuil a publié sur son blog la liste des commentaires sur le rapport Bentolila, j’y ajouterai la réaction de Lubin et de Lofi qui me fait l’honneur de me citer. Avec le rapport, finalement, cela constitue un formidable outil pédagogique (sous forme de dossier par exemple), pour le français (lecture, commentaire de textes, argumentation …), la philosophie, la communication, l’histoire même …
Ce rapport n’aura donc pas été inutile.
Même sans l’utiliser comme outil pédagogique, quand on aime le second degré, on peut beaucoup rire en lisant les 33 pages.

Et le rire est bon pour la santé …
De Robien, Ministre de la Santé !

Pour être plus sérieux, il faut bien de temps en temps, les journaux de bord peuvent être un formidable outil d’apprentissage de la grammaire …
Parce que faire de la grammaire à partir de ce que l’on a écrit s’inscrit dans une démarche complète de l’apprentissage de la langue. Parce que le journal de bord permet, par exemple, la réécriture qui elle aussi est une démarche stimulante et efficace.

Oui, et la citation ?…

À vous de voir ! …

Non, je vous aide un peu…
Premièrement, je n’avais aucune citation d’Eric Orsena sous la main. Ma bibliothèque serait-elle mal rangée ? Je n’ai pas la même bibliothèque que Monsieur le Ministre De Robien, ou que celle du candidat Sarkozy ?

Deuxièmement, et essentiellement, cette page blanche, c’est en se confrontant à elle que l’on apprend à écrire …
C’est l’une des convictions qui m’ont conduit à utiliser les journaux de bord.

Troisièmement, non cette fois à vous de trouver…

Ludovic Bourely