Interview de Jean-Pierre Thomasset

23 01 2007

De retour après un peu de silence … Avec une interview.
J’ai parlé dans d’autres textes du caractère polymorphe de l’outil journal de bord.
Je l’utilise en fonction de mes objectifs dont le principal est l’écriture elle-même.
Néanmoins, il peut être utilisé différemment, et pour d’autres objectifs.
J’ai proposé à Jean-Pierre Thomasset, avec qui je collabore d’utiliser cet outil dans une de ses formations. Il a accepté de nous parler de cette expérience.

Jean-Pierre Thomasset est Psychologue clinicien, Psychanalyste, Formateur à l’ANPASE et à l’AFORE, Directeur de l’Institut d’Études et de Recherches pour la Clinique de la Place. Il est auteur notamment de :
_ Accueil et éveil du jeune enfant, Privat, 1993
_ Le jeune enfant et l’architecte, ENCOLL, 1991
_ Contribution au Dictionnaire de Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, PUF 2000
_ La lutte des places, in Revue Spirale n°29, ERES
_ Contrer le réel hors cure, in L’insistance du réel, ERES, 2006
_ Auteur de livres pour enfant.

Comment analysez-vous le fait que les stagiaires acceptent de se soumettre à ce temps d’écriture ?

Offrir à des stagiaires de mettre en oeuvre la technique du journal de formation pose trois séries de questions :
Premièrement, le fait de proposer aux stagiaires en fin de journée un temps pour écrire constitue de fait une perte de jouissance.
_ Soit ils sont privés d’un temps de formation.
_ Soit la formation aurait pu se terminer plus tôt.
Deuxièmement, l’obligation d’en passer par la forme écrite, les assujettit aux lois du langage, et à la perte que constitue le fait d’avoir choisi les mots.
Troisièmement, ils se sentent tenus de produire un texte de qualité, qui parle d’eux-même avec le risque d’une blessure narcissique en cas de ratage ou d’échec.
Il importe donc qu’ils puissent repérer l’intérêt qu’il y a à passer par cette série de pertes.
_ La mise en forme de type professionnel valorise leur texte et lui donne un statut.
_Ils éprouvent la capacité de faire trace de quelque chose qui leur est personnel. Ils sont parfois étonnés eux-même de leur production.
_Ils se sentent enrichis par le texte des autres.
_ La peine que prend le formateur pour qu’un document de qualité leur soit rendu dès le lendemain matin et puisse servir de base à la discussion contribue aussi à valoriser leur écrit.

Quel intérêt voyez-vous à l’utilisation de cet outil pour le formateur ?

Premièrement, un certain nombre de questions ou de réactions n’auraient jamais émergé sans cet outil. Deux exemples :
_Plusieurs ont pu dire l’écart entre ce qu’ils ont repéré dans la formation et leur propre pratique, amenant à ce qu’un des stagiaires a appelé une auto-flagellation.
_ La difficulté qu’ils vont rencontrer à mettre en oeuvre sur le terrain ce que leur aura apporté la formation.
Deuxièmement, le formateur peut repérer ce qui a été reçu et peut ajuster la suite de son intervention en prenant en compte de ce qui lui est restitué

Voyez-vous un intérêt plus large à utiliser cet outil ?

Au-delà des enjeux pour la formation elle-même, l’intérêt d’une telle démarche est de confronter des sujets à l’acte d’écrire au travers d’un écrit dit « libre ».
Dans un contexte où il leur est enjoint de produire des écrits formatés, cette démarche peut permettre des retrouvailles avec l’acte d’écrire où ils sont engagés en tant que sujets.(Comme dans une lettre d’amour)
L’intérêt aussi de leur permettre l’épreuve de ce type d’écriture et de leur transmettre l’outil lui -même pour qu’ils puissent l’utiliser à leur tour dans leurs propres pratiques.
Je peux témoigner, inaugurant cette pratique pour la première fois, que je l’ai mise en oeuvre à reculons et en traînant les pieds. Je peux attester aujourd’hui qu’elle est du plus haut intérêt.

Propos recueillis par moi-même
Ludovic Bourely




Voeux ?

5 01 2007

Acheter en ligneJ’ai parlé dans d’autres textes du caractère « artificiel », ou du moins formel du point de vue de l’écrit des cartes de voeux. J’y opposais l’écrit libre. Cela ne signifie pas que la contrainte ne peut pas être une merveilleuse créatrice littéraire. Ce n’est pas Georges Perec qui m’aurait contredit, lui dont on publie aujourd’hui les voeux qu’il a envoyés entre 1970 et 1982. Des voeux Oulipiens donc, qui prouvent à la fois la force, la subtilité et la faculté d’adaptation de l’écrit. Et sa potentialité bien sûr. De toute façon, la carte de voeux n’est-elle pas l’exercice de style annuel de nombres d’entre nous ?
Ne serions-nous pas Oulipiens comme Mr Jourdain une fois par an ?
Je n’ai pas besoin cette année, de souhaiter que l’on parle plus d’éducation. La campagne électorale met le sujet sous le feux de l’actualité, j’espère juste que la qualité sera au rendez-vous…
Je souhaite donc à mes lecteurs ce qu’ils désirent … et je vous donne un petit lien

Si l’écrit de communication a décliné pendant quelques décennies, Internet change la donne. Sa démocratisation, (pas tout à fait finie malheureusement), redonne du pouvoir à l’écrit.
Une petite vidéo, pas totalement inintéressante malgré la source, sur la question.

Ludovic Bourely