Premier bilan définitif sur les retenus de Vincennes transférés à Nîmes.

23 07 2008

Un mois plus tard, et en attendant le communiqué de presse commun du RESF du Gard, de la Cimade, et de la Fraternité, quelques mots sur le bilan définitif …

Ils étaient 100 (pas 102, mais cela a été très flou sur les chiffres depuis le début), 7 ont été expulsés, 93 libér.. Mis dehors avec les simples vêtements qu’ils avaient sur eux!

Devant ce scandale humanitaire, le Réseau a décidé exceptionnellement de payer les billets de retour vers Paris. Une souscription nationale, aujourd’hui close, a suppléé l’incohérence, la discrimination et le mépris de l’État. Les cinq avocats escortés de la Préfecture de Paris, uniquement envoyés pour sauver la face devant les médias, ont couté certainement beaucoup plus que les billets de trains !

Les dizaines de milliers d’euros que l’opération a coûté en font aussi un scandale financier. Il faudra d’ailleurs un jour finir par savoir quel est le coût global de la politique d’immigration en France. Il semble qu’une estimation entre 2 et 4 milliards d’euros par an soit envisageable mais il nous manque une véritable étude économique …

Je publierai ici le communiqué de presse dans quelques jours, qui vous donnera plus de détails.

Je devrai aussi, je l’espère, pouvoir vous donner des nouvelles positives sur l’affaire Scotty.

Ludovic Bourely



Incendie de Vincennes : à quoi joue l’UMP et l’État sur ce drame humain ?

23 06 2008

RESFCe matin à 7 h 30 arrivaient à Nîmes 102 retenus en provenance de “feu” le CRA de Vincennes.
Un TGV spécial rempli de Gendarmes (2 par retenu) pour transporter (est-ce le bon terme ?) une centaine de personnes qui un jour se sont retrouvées sans papiers et avaient atterri arbitrairement au CRA de Vincennes.
Je suis donc parti rejoindre devant le CRA les militants RESF, nous savions que certains retenus sortiraient aujourd’hui.
Je suis parti rempli d’interrogations sur ce drame, le moins qu’on puisse dire est que la confusion régnait dans les médias : avant tout, dans quel état étaient-ils et quelles avaient été leur condition de transfert, et puis ces chiffres contradictoires sur les “disparus”, ces informations changeantes sur les circonstances  de l’événement, ces accusations ubuesques de l’UMP sur la responsabilité du RESF …
Huit retenus ont été libérés cet après-midi … Libérés … Foutus dehors dans les faits.
Huit parisiens laissés devant le Centre de Rétention de Nîmes, bien caché loin du centre ville, avec simplement les vêtements qu’ils avaient sur eux … à Vincennes.
Certains ce matin sont arrivés pieds nus, d’autres les vêtements noircis par l’incendie.
Puis sont venus les témoignages des “libérés”, bien sûr le traumatisme de la mort d’un des retenus quelques jours plus tôt, déjà avec quelques révélations, tous le décrivaient comme visiblement très malade…
Puis le déroulement d’une journée anormale … Alors que le moindre petit incident est réglé dans la minute grâce à la vidéo-surveillance, alors que trois jours avant, l’incendie d’un matelas avait été réglé plus que prestement. Comment se fait-il que cette fois-ci il ait fallu plus de vingt minutes avant la moindre intervention alors que tout le monde savait ce qui était en train de se passer. A-t-on volontairement laissé faire ? Cela a-t-il un rapport avec les compte rendus de l’audit, demandé par la Cimade à l’Inspection du Travail, qui devaient arriver le 12 juillet et qui auraient pu contraindre à la fermeture de ce centre ? L’impossibilité totale pour les retenus de s’enfuir, d’où sont venus les chiffres de ce matin, 50 “évadés” ! ??Alors encore plus de questions finalement …Les accusations ce matin de l’UMP sur une responsabilité du RESF puis l’ouverture d’une enquête qui commence avec le fait que la manifestation devant le Centre de Vincennes n’avait pas été déclarée en Préfecture (???) , manipulation de l’opinion publique sur le plus gros cafouillage du Ministère Hortefeux ? Volonté délibérée de commencer une chasse aux militants du Réseau ? Commencerions-nous à trop déranger ? Cet incendie et la propagande qui a suivi n’est pas sans rappeler certains événements historiques.
Mais revenons à l’humain, huit sont sortis aujourd’hui sans argent, sans solutions pour rentrer à Paris, sans un seul papier, perdus …Nous avons obtenu pour l’instant un hébergement pour la nuit, et des papiers de sortie du CRA, mais demain ? Leur retour à Paris ?
Et puis dès demain les plus de quatre-vingt-dix autres vont commencer à sortir …
Leur “transfert” s’étant fait illégalement : absence des dossiers par exemple … ils devraient sortir rapidement.Ceux qui sont sortis aujourd’hui étaient intégrés, avaient un travail, un logement, une vie de famille, payaient des impôts …
Puis la machine infernale s’est mise en route, jusqu’à leur transport comme du bétail à Nîmes, puis leur abandon pur et simple devant le Centre de Rétention …
Quel pays est devenu la France ?
Et à quoi joue l’UMP et l’État avec leurs ridicules accusations sur le Réseau ?
Ludovic Bourely



Et l’éducation ?

3 06 2008

Occupé ces derniers mois à lutter inlassablement contre les expulsions d’élèves étrangers de nos classes, en particulier le petit Scotty, tout mon temps est consacré notamment au Réseau Éducation Sans Frontières, et je n’écris plus sur l’actualité de l’éducation …
Même si ce sujet est aussi et surtout un sujet d’actualité de l’éducation … C’est promis d’ailleurs, je vous toucherai un mot du dernier livre de Miguel Benasayag et Angélique del Rey, La chasse aux enfants.
Mais il y en a d’autres et ce que je dénonçais il y a quelques temps déjà lors du rapport Bentolila (1,2) se met en place, et de manière plus grave que ce que je redoutais …
D’autres l’analysent infiniment mieux que moi, je leur laisse donc la parole …

http://www.meirieu.com/nouveautesblocnotes.htm

http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2008/06/02/79-quand-le-pouvoir-confond-conditions-necessaires-et-conditions-suffisantes

Cherche-ton obstinément à tuer l’école ?

Un document de Jean Paul Julliand :

Le lundi, c’est violet !

Ludovic Bourely



Mais où est donc Ornicar ?

27 02 2008

maisouestdoncornicarweb.jpg




RESF Laissez les grandir ici !

Un modeste support pour la “fausse nouvelle” grammaire de Sarkozy ?
Sur ce sujet cet excellent article d’Eveline Charmeux :

Crédits : Modèle photo Ornicar : Anissa Thompson

Et toujours la pétition

Ludovic Bourely



La femme est l’avenir de l’homme ?

30 04 2007

Après une longue absence involontaire et nécessaire, je suis de retour en plein milieu des deux tours …
Et parce que ce blog parle avant tout d’éducation et de mots, il me semble nécessaire de parler de ce qui, à cet instant, est le plus important pour l’éducation : le second tour des élections présidentielles, sous ces deux angles.
D’autres ont déjà analysé les programmes éducatifs et pédagogiques des deux candidats au deuxième tour des élections présidentielles.
Tout a été dit ?
Je ne le pense pas.
Si les deux candidats affichent une volonté de faire de l’éducation une priorité, les méthodes sont elles, diamétralement opposées, notamment sur l’idéologie pédagogique qui les sous-tend.
Le programme et les déclarations de Sarkozy sont dans la droite ligne de l’actuel Ministre de l’Éducation.
Nombre d’enseignants ont dénoncé, ou constaté le retour au “très loin en arrière” des décisions unilatérales en matière pédagogique du Ministre De Robien soutenu par le numéro deux du gouvernement Nicolas Sarkozy.
J’ai déjà dénoncé dans de précédents articles cette politique, sur la lecture et l’écriture en particulier.
Les nouveaux décrets sur les leçons de vocabulaire vont toujours dans le même sens. Les cinq années du gouvernement sortant sont à mon humble avis les pires pour l’école depuis des temps immémoriaux. L’incompétence en la matière ne peut relever que du crétinisme ou de la mauvaise foi.
L’éviction de nos plus grands pédagogues du débat éducatif, comme cela a été le cas pour Philippe Meirieu, l’arrêt ou la grande diminution des aides aux associations promouvant et faisant de la recherche pour une école nouvelle ou pour tout simplement améliorer pas à pas les pratiques , (le cas de L’AFL est symptomatique) n’en est qu’une preuve supplémentaire.
On ne construira pas l’école de demain, avec des méthodes d’avant-avant hier !
L’éducation est le plus grand enjeu d’une élection présidentielle, tout en dépend de près ou de loin, l’économie, l’emploi, la sécurité, l’environnement, la recherche …
Notre pays, comme le reste de la planète, appartient à ceux qui viendront après nous. Il convient donc de leur donner les moyens de construire la société qu’ils souhaiteront. Cela passe par l’éducation, par l’absolue nécessité de former de futurs citoyens responsables et libres de leur choix.
Cet affichage de volonté de faire de l’éducation une priorité peut sembler être une évolution positive. Pour ma part, je préférerais que ce ne soit pas une priorité pour le candidat Sarkozy …
Ses dérapages sur l’éducation en disent long, “le dépistage des signes avant-coureurs de délinquance chez les enfants de moins de trois ans ?!, les rafles aux sorties des écoles, le “j’inclinerais à penser qu’on naît pédophile” ou suicidaire, et j’en passe …
C’est aussi une certaine idée de la nation, où travail, famille, patrie remplacent liberté, égalité, fraternité et nous renvoie aux plus sombres heures de notre histoire …
C’est ” l’École des Fliques” de Vian …, Les bons élèves, in Les fourmis, Le Terrain Vague, 1968.
Ce sont les valeurs de la France de Vichy, pas celle de la République.
On ne verra plus de dérapages entre les deux tours, il se modèle une nouvelle image …
Malgré une campagne machiste, où son adversaire était toujours dans la situation où elle devait prouver sa compétence, une première pour un candidat de ce parti, parce qu’elle est une femme, il changera de discours, il a déjà commencé…
Une campagne où la question de la compétence de Nicolas Sarkozy n’a jamais été posée …
En tout cas pas dans les médias, et cela devient inquiétant car ceux qui ont voulu la poser ont rencontré certaines difficultés … comme Serge Portelli, membre du syndicat de la magistrature, et son Livre Ruptures, qui, au dernier moment, n’a pas été publié …
Je le mets à disposition ici.
Cela mène naturellement aux mots.
La sémantique de Nicolas Sarkozy est violente, pour quelqu’un qui veut imposer des leçons de vocabulaire à l’école, il ne semble pas trop insister sur le sens des mots et leurs pouvoirs …
La sémantique de Ségolène Royal est douce.
Je vous laisse comparer, en lisant les programmes, et en écoutant les discours …
Mais les mots aujourd’hui, ce sont aussi ceux que l’on entend et ceux qui restent inaudibles faute de leur présence dans les grands médias, et cela pose deux questions, la liberté d’expression et l’indépendance des grands médias.
Les exemples inquiétants ne manquent pas : la difficulté d’organisation du débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, la non-diffusion de certains reportages ou vidéos, comme celui-ci(http://www.marianne2007.info/Un-documentaire-inedit-decrypte-le-discours-de-Nicolas-Sarkozy_a1073.html) , ou celle là , les mots employés à l’encontre d’Azouz Begag (couverture médiatique très minimale), ou encore les rumeurs (qui sont en passant une malheureuse preuve du pouvoir des mots) persistantes sur internet et dans les cercles fermés parisiens, notamment sur la main courante pour violence conjugale de Cécilia Sarkozy (cette rumeur est tellement présente sur internet, que je ne sens pas coupable de me poser des questions et de vous en faire part, tant que les médias ne l’auront pas confirmé ou définitivement invalidée, même si en tant que rumeur, je m’interdis d’y croire, la question sur les médias qu’elle soulève est sans réponse …), cela peut en dire long sur une compétence de Nicolas Sarkozy : sa capacité à peser sur les médias, sur les mots autorisés et les mots interdits …
Ce documentaire (http://www.marianne2007.info/Un-documentaire-inedit-decrypte-le-discours-de-Nicolas-Sarkozy_a1073.html) est très instructif sur la sémantique de Nicolas Sarkozy …, je ne vais donc pas en rajouter.
Je vous laisse juger.
On pourrait m’attaquer en me plaçant dans les “agités” du “TSS” (tout sauf sarkozy), je ne fais que constater ce qui se passe pour l’éducation depuis cinq ans et que c’est en cohérence avec le programme éducatif de Sarkozy, et je vous invite à en juger vous-même, et je me pose des questions qu’il me semble légitime par rapport aux mots et donc aux médias, et c’est tout.
Quant à Ségolène Royal, sur l’éducation, il semble qu’on peut voir se dessiner des possibilités nouvelles, où tous ceux qui sont autour de l’enfant, vont pouvoir peut-être travailler ensemble …
Une nécessité depuis longtemps cernée mais qui n’arrive qu’infiniment peu à s’inscrire dans la réalité …
Si il ne s’agissait donc que choisir par rapport à l’éducation, le vote Royal serait déjà indiscutable.
Mais puisqu’il s’agit aussi de mots et de valeurs qui les sous-tendent aussi importante que la liberté, l’humanisme et bien d’autres à ne pas négliger, le vote Royal devient alors vital pour notre République. Même si pour certains il ne s’agira que d’un principe de précaution.
Il y va enfin de choisir entre une France qui donnerai le signe de la pacification, et celle de la violence (répression, pouvoir absolu ?, état policier ?, guerre civile larvée ?, …)
Et peut-être que ce n’est pas un hasard, qu’une femme porte la première et un homme la seconde …
Alors la chanson pourrait n’être plus utopique, la femme serait l’avenir de l’homme et ce serait historique …

Ludovic Bourely



Interview de Jean-Pierre Thomasset

23 01 2007

De retour après un peu de silence … Avec une interview.
J’ai parlé dans d’autres textes du caractère polymorphe de l’outil journal de bord.
Je l’utilise en fonction de mes objectifs dont le principal est l’écriture elle-même.
Néanmoins, il peut être utilisé différemment, et pour d’autres objectifs.
J’ai proposé à Jean-Pierre Thomasset, avec qui je collabore d’utiliser cet outil dans une de ses formations. Il a accepté de nous parler de cette expérience.

Jean-Pierre Thomasset est Psychologue clinicien, Psychanalyste, Formateur à l’ANPASE et à l’AFORE, Directeur de l’Institut d’Études et de Recherches pour la Clinique de la Place. Il est auteur notamment de :
_ Accueil et éveil du jeune enfant, Privat, 1993
_ Le jeune enfant et l’architecte, ENCOLL, 1991
_ Contribution au Dictionnaire de Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, PUF 2000
_ La lutte des places, in Revue Spirale n°29, ERES
_ Contrer le réel hors cure, in L’insistance du réel, ERES, 2006
_ Auteur de livres pour enfant.

Comment analysez-vous le fait que les stagiaires acceptent de se soumettre à ce temps d’écriture ?

Offrir à des stagiaires de mettre en oeuvre la technique du journal de formation pose trois séries de questions :
Premièrement, le fait de proposer aux stagiaires en fin de journée un temps pour écrire constitue de fait une perte de jouissance.
_ Soit ils sont privés d’un temps de formation.
_ Soit la formation aurait pu se terminer plus tôt.
Deuxièmement, l’obligation d’en passer par la forme écrite, les assujettit aux lois du langage, et à la perte que constitue le fait d’avoir choisi les mots.
Troisièmement, ils se sentent tenus de produire un texte de qualité, qui parle d’eux-même avec le risque d’une blessure narcissique en cas de ratage ou d’échec.
Il importe donc qu’ils puissent repérer l’intérêt qu’il y a à passer par cette série de pertes.
_ La mise en forme de type professionnel valorise leur texte et lui donne un statut.
_Ils éprouvent la capacité de faire trace de quelque chose qui leur est personnel. Ils sont parfois étonnés eux-même de leur production.
_Ils se sentent enrichis par le texte des autres.
_ La peine que prend le formateur pour qu’un document de qualité leur soit rendu dès le lendemain matin et puisse servir de base à la discussion contribue aussi à valoriser leur écrit.

Quel intérêt voyez-vous à l’utilisation de cet outil pour le formateur ?

Premièrement, un certain nombre de questions ou de réactions n’auraient jamais émergé sans cet outil. Deux exemples :
_Plusieurs ont pu dire l’écart entre ce qu’ils ont repéré dans la formation et leur propre pratique, amenant à ce qu’un des stagiaires a appelé une auto-flagellation.
_ La difficulté qu’ils vont rencontrer à mettre en oeuvre sur le terrain ce que leur aura apporté la formation.
Deuxièmement, le formateur peut repérer ce qui a été reçu et peut ajuster la suite de son intervention en prenant en compte de ce qui lui est restitué

Voyez-vous un intérêt plus large à utiliser cet outil ?

Au-delà des enjeux pour la formation elle-même, l’intérêt d’une telle démarche est de confronter des sujets à l’acte d’écrire au travers d’un écrit dit “libre”.
Dans un contexte où il leur est enjoint de produire des écrits formatés, cette démarche peut permettre des retrouvailles avec l’acte d’écrire où ils sont engagés en tant que sujets.(Comme dans une lettre d’amour)
L’intérêt aussi de leur permettre l’épreuve de ce type d’écriture et de leur transmettre l’outil lui -même pour qu’ils puissent l’utiliser à leur tour dans leurs propres pratiques.
Je peux témoigner, inaugurant cette pratique pour la première fois, que je l’ai mise en oeuvre à reculons et en traînant les pieds. Je peux attester aujourd’hui qu’elle est du plus haut intérêt.

Propos recueillis par moi-même
Ludovic Bourely



Voeux ?

5 01 2007

Acheter en ligneJ’ai parlé dans d’autres textes du caractère “artificiel”, ou du moins formel du point de vue de l’écrit des cartes de voeux. J’y opposais l’écrit libre. Cela ne signifie pas que la contrainte ne peut pas être une merveilleuse créatrice littéraire. Ce n’est pas Georges Perec qui m’aurait contredit, lui dont on publie aujourd’hui les voeux qu’il a envoyés entre 1970 et 1982. Des voeux Oulipiens donc, qui prouvent à la fois la force, la subtilité et la faculté d’adaptation de l’écrit. Et sa potentialité bien sûr. De toute façon, la carte de voeux n’est-elle pas l’exercice de style annuel de nombres d’entre nous ?
Ne serions-nous pas Oulipiens comme Mr Jourdain une fois par an ?
Je n’ai pas besoin cette année, de souhaiter que l’on parle plus d’éducation. La campagne électorale met le sujet sous le feux de l’actualité, j’espère juste que la qualité sera au rendez-vous…
Je souhaite donc à mes lecteurs ce qu’ils désirent … et je vous donne un petit lien

Si l’écrit de communication a décliné pendant quelques décennies, Internet change la donne. Sa démocratisation, (pas tout à fait finie malheureusement), redonne du pouvoir à l’écrit.
Une petite vidéo, pas totalement inintéressante malgré la source, sur la question.

Ludovic Bourely



Tout le monde devrait écrire

21 12 2006

tout le monde devrait écrire” Une pensée riche ou fine ne peut trouver une forme adéquate en dehors de l’écriture.”
“Pour être au clair avec soi-même, pour savoir de quoi sa propre pensée est réellement capable, l’épreuve de l’écriture me paraît cruciale.”
“Le plus beau de l’écriture, c’est une tension entre ce qui est écrit et ce qui est à écrire, c’est l’usage d’une liberté qui prend ses risques en laissant ses traces.”

Tout le monde devrait écrire. Georges Picard, José Corti, 2006.

Je suis perplexe …
Ma santé qui m’éloigne depuis quelques semaines de mes apprenants doit y être pour quelque chose …
Mais pas seulement …
Comment continuer à écrire sur l’écriture après avoir lu l’essai de Georges Picard ?
Tout le monde devrait lire “tout le monde devrait écrire”.
Je sais, il y mieux comme introduction, mais je n’en ai pas d’autres.
L’essai de Georges Picard est une oeuvre trop riche, pour ne pas paraître banal en essayant d’en parler, qui plus est avec une rage de dent.
En nous livrant sa vision de la littérature, de l’écriture, de la lecture, de l’édition, de la critique, il se livre lui-même, dans le doute puissant et révélateur des grands esprits. Jamais il ne cède à la facilité. Essai autobiographique ? Non, essai borgésien, où l’intime se mêle à la philosophie. Un essai de grand lecteur. Mais là encore Georges Picard me reprocherait la comparaison, et la critique admirative. Trop facile…
Perplexe aussi parce qu’après ce premier jugement, on pourrait croire que j’épouse parfaitement les idées et les arguments de cet essai.
Ce n’est pas toujours le cas, notamment sur le pouvoir de l’éducation à changer les choses dans le domaine de l’écrit, (je suis peut-être naïf ou déraisonnablement optimiste, peut m’importe), et pourtant la modestie de l’auteur et l’invitation à la réflexion contre le dogmatisme, rendent cet essai particulièrement stimulant.
Encore une citation :
“…, l’écriture acharnée qui force à réfléchir reste l’une des armes les plus solides contre la sauvagerie ou l’impuissance. Chacun avec ses moyens propres peut facilement s’en emparer.”
Pour finir, le travail que je fais ici avec mes modestes moyens, et le travail sur l’écriture que je fais avec mes “apprenants/écrivants”, se trouvent en même temps validés, dépassés, invalidés, enrichis …
Je ne sais plus, je suis perplexe.
Est-ce encore une fois là que l’on peut voir le pouvoir de l’écrit ?…

Ludovic Bourely



Teacher Man

11 12 2006

Commandez l'ouvrage“Le premier jour de ma carrière, j’ai failli être viré pour avoir mangé le sandwich d’un lycéen. Le deuxième jour, j’ai failli être viré parce que j’avais évoqué la possibilité d’une relation avec un mouton.” Teacher Man, Frank McCourt, Belfond, 10/2006.

Qui n’a jamais rêvé de rentrer dans la tête d’un prof ?
Que peut-il bien s’y passer ?
Si vous souhaitez une réponse, courez, abandonnez vite ce que vous êtes en train de faire, pour aller acheter le dernier McCourt.

Je ne suis pas un grand amateur d’autobiographie.
Je n’ai pas pu lâcher Teacher Man de Frank McCourt.

C’est quand on a entre les mains un ouvrage comme celui -là que l’on ne peut ignorer la connaissance du réel qu’apporte la littérature.
Une approche du réel différente de la science ou de la philosophie, mais tout aussi féconde.

Qu’est-ce que les mémoires d’un jeune prof à New York dans les années 60 peuvent apporter à l’éducation ?
Elles montrent l’universalité des questions pédagogiques.
Elles montrent le chemin universel, “aux sentiers qui bifurquent”, de la vie d’un prof.
Elles montrent la quête de la place dans ce labyrinthe, le cerveau d’un prof.
Ce jeune Irlandais débarquant à New York à la fin des années 50, pourrait être n’importe quel prof, enseignant n’importe où et n’importe quand.
Il est l’un de “nous”, aujourd’hui, en France.
Le plus troublant, c’est que si l’on n’a qu’une vision médiatique de la situation de l’éducation en France, on pourrait penser que celle des années 60 aux États-Unis ressemble beaucoup à notre situation actuelle.

La réalité est bien sûr beaucoup plus complexe, et nous avons eu la chance d’avoir de grands pédagogues comme Meirieu ou Charmeux, d’avoir des IUFM, qui ont permis à l’Éducation Nationale de ne pas envoyer au casse pipe tous les jeunes profs français depuis quelques années (et je suis convaincu que la qualité des apprentissages n’a cessé de progresser en France depuis bientôt 40 ans, souvent même je le constate sur le terrain, avec mes adultes) . Je reviendrai plus tard sur les chiffres de l’illettrisme en France qui montrent que s’il reste un problème, il était pire avant, et que ce n’est pas la nostalgie actuelle qui le résoudra à coup de dictées, de leçons de grammaire ou de policiers dans les établissements.
Excusez cette parenthèse …
McCourt nous propose “la longue route qui mène à la pédagogie”, sous-titre de sa première partie, qui mérite au moins une citation :
“Ils pensaient que j’enseignais.
Je pensais que j’enseignais.
J’apprenais.”

N’allez pas croire que parce que c’est peut -être la meilleure autobiographie d’un prof, elle n’est faite que pour eux ; l’écriture est sincère, naturelle, vivante , tordue et limpide, américaine et universelle en même temps, remplie d’épisodes hilarants…
C’est aussi un morceau de civilisation américaine, une ballade de l’immigration d’un irlandais, une légende irlandaise …, un conte métaphysique parfois …, et bien plus que ça …

Je pense que c’est une lecture qui peut émerveiller et faire réfléchir les adolescents, les profs, les éducateurs de tous poils, les parents d’élèves, les élèves de parents, les citoyens, les exilés, les américanophiles, les américanophobes, les lecteurs, les non-lecteurs, les électeurs …

C’est, pour moi, le livre de cette fin d’année …
Aussi bien sûr parce qu’il parle d’écriture et de son apprentissage …

Je ne peux conclure qu’avec une dernière citation de la fin du livre :
” Je ne crois pas que quelqu’un connaisse une liberté totale, mais ce que j’essaye de faire avec vous, c’est de reléguer la peur dans un coin.”

Ludovic Bourely



“Le passé ne me sert à rien.”

7 12 2006

“J’ai passé ma vie à lire et à analyser, à écrire ( ou à m’essayer à écrire) et à jouir de l’écrit. (…). Chaque fois que je me trouve confronté à la page blanche, je ressens la même impression : je dois redécouvrir la littérature par moi-même. Le passé ne me sert à rien. Ainsi donc, (…), je n’ai que mes perplexités à vous offrir.”, Jorge Luis Borges, L’art de la poésie, Gallimard, 2002.

Pour en finir avec la grammaire, Jean Pierre Dubreuil a publié sur son blog la liste des commentaires sur le rapport Bentolila, j’y ajouterai la réaction de Lubin et de Lofi qui me fait l’honneur de me citer. Avec le rapport, finalement, cela constitue un formidable outil pédagogique (sous forme de dossier par exemple), pour le français (lecture, commentaire de textes, argumentation …), la philosophie, la communication, l’histoire même …
Ce rapport n’aura donc pas été inutile.
Même sans l’utiliser comme outil pédagogique, quand on aime le second degré, on peut beaucoup rire en lisant les 33 pages.

Et le rire est bon pour la santé …
De Robien, Ministre de la Santé !

Pour être plus sérieux, il faut bien de temps en temps, les journaux de bord peuvent être un formidable outil d’apprentissage de la grammaire …
Parce que faire de la grammaire à partir de ce que l’on a écrit s’inscrit dans une démarche complète de l’apprentissage de la langue. Parce que le journal de bord permet, par exemple, la réécriture qui elle aussi est une démarche stimulante et efficace.

Oui, et la citation ?…

À vous de voir ! …

Non, je vous aide un peu…
Premièrement, je n’avais aucune citation d’Eric Orsena sous la main. Ma bibliothèque serait-elle mal rangée ? Je n’ai pas la même bibliothèque que Monsieur le Ministre De Robien, ou que celle du candidat Sarkozy ?

Deuxièmement, et essentiellement, cette page blanche, c’est en se confrontant à elle que l’on apprend à écrire …
C’est l’une des convictions qui m’ont conduit à utiliser les journaux de bord.

Troisièmement, non cette fois à vous de trouver…

Ludovic Bourely