Retour …

12 05 2010

Après une longue pause dédiée à la réflexion, aux livres, à l’écriture, l’envie de partager à nouveau sur l’éducation, la lecture, l’écriture, la solidarité m’a poussé à reprendre le cours de ce blog.

Beaucoup d’évènements se sont produits pendant ce retrait volontaire.

Un événement en particulier a touché à toutes les valeurs qui m’importent depuis toujours, parce qu’il touche à la société, à l’éducation, à l’avenir …

Il s’agit du débat nauséabond qui a eu lieu sur « l’identité nationale ».

J’ai bien entendu refusé par principe d’y participer. Mais aujourd’hui que le débat est officiellement clos, et avant d’écrire à nouveau sur d’autres sujets, je tiens juste à partager un texte qui me semble fondamental et dont il peut être utile de se souvenir dans ces temps troublés …

Ce texte, c’est l’article Patrie de l’Encyclopédie (ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers) publié de 1751 à 1780 sous la direction de Diderot et d’Alembert.

Patrie

le rhéteur peu logicien, le géographe qui ne s’occupe que de la position des lieux, et le léxicographe vulgaire, prennent la patrie pour le lieu de la naissance, quel qu’il soit; mais le philosophe sait que ce mot vient du latin pater, qui représente un père et des enfants, et conséquemment qu’il exprime le sens que nous attachons à celui de famille, de société, d’état libre, dont nous sommes membres, et dont les lois assurent nos libertés et notre bonheur. Il n’est point de patrie sous le joug du despotisme. Dans le siecle passé, Colbert confondit aussi royaume et patrie (…)

Les Grecs et les Romains ne connaissaient rien de si aimable et de si sacré que la patrie (…)

La patrie, disaient – ils, est une terre que tous les habitans sont intéressés à conserver, que personne ne veut quitter, parce qu’on n’abandonne pas son bonheur, et où les étrangers cherchent un asile. C’est une nourrice qui donne son lait avec autant de plaisir qu’on le reçoit. C’est une mère qui chérit tous ses enfants, qui ne les distingue qu’autant qu’ils se distinguent eux – mêmes; qui veut bien qu’il y ait de l’opulence et de la médiocrité, mais point de pauvres; des grands et des petits, mais personne d’opprimé; qui même dans ce partage inégal, conserve une sorte d’égalité, en ouvrant à tous le chemin des premières places; qui ne souffre aucun mal dans sa famille, que ceux qu’elle ne peut empêcher, la maladie et la mort; qui croiroit n’avoir rien fait en donnant l’être à ses enfants, si elle n’y ajoutait le bien – être. C’est une puissance aussi ancienne que la société, fondée sur la nature et l’ordre; une puissance supérieure à toutes les puissances qu’elle établit dans son sein, archontes, suffetes, éphores, consuls ou rois; une puissance qui soumet à ses lois ceux qui commandent en son nom, comme ceux qui obéissent. C’est une divinité qui n’accepte des offrandes que pour les répandre, qui demande plus d’attachement que de crainte, qui sourit en faisant du bien, et qui soupire en lançant la foudre.

Telle est la patrie! l’amour qu’on lui porte conduit à la bonté des moeurs, et la bonté des moeurs conduit à l’amour de la patrie; cet amour est l’amour des lois et du bonheur de l’état, amour singulierement affecté aux démocraties; c’est une vertu politique, par laquelle on renonce à soi – même, en préférant l’intérêt public au sien propre; c’est un sentiment, et non une suite de connaissance; le dernier homme de l’état peut avoir ce sentiment comme le chef de la république. (…)

Après ces détails, je n’ai pas besoin de prouver qu’il ne peut point y avoir de patrie dans les états qui sont asservis. Ainsi ceux qui vivent sous le despotisme oriental, où l’on ne connaît d’autre loi que la volonté du souverain, d’autres maximes que l’adoration de ses caprices, d’autres principes de gouvernement que la terreur, où aucune fortune, aucune tête n’est en sureté; ceux – là, dis – je, n’ont point de patrie, et n’en connaissent pas même le mot, qui est la véritable expression du bonheur.

Dans le zèle qui m’anime dit M. l’abbé Coyer, j’ai fait en plusieurs lieux des épreuves sur des sujets de tous les ordres: citoyens, ai – je dit, connaoissez – vous la patrie! L’homme du peuple a pleuré, le magistrat a froncé le sourcil, en gardant un morne silence; le militaire a juré, le courtisan m’a persifflé, le financier m’a demandé si c’était le nom d’une nouvelle ferme. Pour les gens de religion, qui comme Anaxagore, montrent le ciel du bout du doigt, quand on leur demande où est la patrie, il n’est pas étonnant qu’ils n’en fêtent point sur cette terre.

Un lord aussi connu par les lettres que par les négociations, a écrit quelque part, peut – être avec trop d’amertume, que dans son pays l’hospitalités’est changée en luxe, le plaisir en débauche, les seigneurs en courtisans, les bourgeois en petits maîtres. S’il en était ainsi, bien – tôt, eh quel dommage! l’amour de la patrie n’y régnerait plus. Des citoyens corrompus sont toujours prêts à déchirer leur pays, ou à exciter des troubles et des factions si contraires au bien public. (Le Chevalier de Jaucourt.)

Il s’agit d’un texte philosophique du XVIII ème siècle, et il convient de le lire comme tel.

Au delà de son contenu, on peut se dire qu’un peu plus de place pour la philosophie dans l’éducation est une nécessité dans un monde dominé par la communication et la propagande …

Ludovic Bourely

Tags : , , , , , , , , , , , ,

Actions

Informations

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire