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La Pédagogie Institutionnelle

Mardi 23 janvier 2007

La Pédagogie Institutionnelle s’inscrit dans la suite du travail de Célestin Freinet, elle prend en compte l’inconscient dans la classe, ce que Freinet ne faisait apparemment pas.

C’est Fernand Oury qui en est le premier initiateur.

Dans la classe il y a des enjeux d’ordre psychanalytique. La PI tente par les mécanismes mis en place de les gérer :
- dégagement de l’imaginaire,
- remobilisation du champ symbolique.

Et surtout la parole est au centre de tout. L’homme n’est-il pas le seul animal doué de parole ?

La prise en compte de l’individu, du sujet par le biais d’institutions amène à une conduite de classe se rapprochant de la classe coopérative ; tout le monde n’est pas obligé de faire la même chose en même temps, le maître ne s’adresse pas à tous les élèves au même moment…

Bon c’est un peu théorique tout ça, mais concrètement il s’agit de mettre en place des institutions où les élèves peuvent s’exprimer sur le vécu, le vivre ensemble du groupe. L’enseignant peut bien évidemment s’y exprimer, mais d’une certaine manière sa parole n’est pas plus importante que celle des enfants. Attention, l’enseignant reste le garant du bon fonctionnement de ces institutions et aucun cas tout est permis.

La plus importante des institutions est le conseil.
C’est une instance où les élèves vont être amenés à prendre des décisions. Les enfants s’y interrogent sur ce qui se passe en classe et y font des propositions. Ils vont exposer les motifs des propositions, définir sur quoi cela débouche et penser aux moyens pour mettre en pratique les décisions prises. On pourra revenir sur toute décision prise.

Les enseignants sont garants de la Loi supérieure. Ainsi, il y a des programmes, des lois, des règles de fonctionnements que l’on ne peut pas remettre en cause. Oui, les élèves peuvent proposer des aménagements dans l’emploi du temps, non on ne peut pas passer de deux à six heures d’EPS par semaine. Ce n’est pas parce qu’on donne la parole que tout est permis.

Un jour un élève a proposé de supprimer les mathématiques :)

Pour chaque conseil un ordre du jour est établi.

Un président mènera la séance et distribuera la parole.

En début d’année ce président est l’enseignant, mais bien sûr qu’ensuite président sera un élève. C’est lui qui distribuera la parole et demandera le silence.

Pour moi c’est de l’éducation civique.

L’assemblée Nationale n’est-elle pas quelque part un grand conseil où les gens proposent discutent argumentent ?

Le président de La République n’est-il pas le garant des institutions ?

Ne devrait-il pas s’appliquer en premier à lui-même les lois que les citoyens doivent respecter. Je ne me prends pas pour le président, mais je me dois de m’appliquer à moi-même ce que je demande aux élèves. Le plus dur est d’accepter de leur laisser la parole sans intervenir d’entendre parfois des critiques.

Comme institution il y a également le quoi de neuf

On y parle de ce qu’on veut, de quelque chose de personnel, mai j’en déjà parlé dans un blog et j’ai peur de faire long.

Bon tout est clair vous avez compris ce qu’est la Pédagogie Institutionnelle, c’est un remède contre la fascisme et des fois le fasciste c’est le prof COMPRIS ?!!!

Comme quoi …

Samedi 23 décembre 2006

Dans ma banlieue, dans ma ZEP le jour de l’Aïd est un jour férié, la majorité des élèves est absente. Du coup je reçois avec joie des gâteaux orientaux au miel, aux amandes, etc…

Par contre à Noël, rien, pas un chocolat, en dix ans je n’en ai reçu qu’une boite.

Dans ma classe de CM1, je n’avais que des enfants issus de l’immigration, même celui qui avait un prénom français, avait un père d’origine magrébine. Le seul qui était « français de souche » (on ne sait plus comment dire) était un antillais.

Bref, tout ça ajouté à une certaine pensée altermondialisteanticapitaliste et j’allais faire le minimum pour noël, mettre deux trois boules, quelques décorations et on n’en parlait plus.

Mais, un jour je passe devant la classe d’une collègue débutante de CE1, et je vois qu’elle avait acheté une dizaine de calendriers de l’Aven. Quelle mémère me suis dit-je, c’est ringard son truc.

Seulement l’image des calendriers adossés à la fenêtre restait dans mon esprit comme quelque chose d’agréable et de coloré.

Et comme par hasard, au conseil suivant, les élèves de ma classe proposèrent de fêter noël, d’acheter un vrai sapin, deux calendriers de l’Aven (on était vingt-sept) et que chacun ramène une boule ou une guirlande.

Ce fut terriblement sapin, on eu un vrai sympa dans la classe, payé par
la coopérative. Je tins dès lors une liste où je notais les tours de chacun pour ouvrir le calendrier, je peux vous assurer que je n’avais pas intérêt à me tromper. Les élèves s’étaient mis d’accord (je ne sais plus comment d’ailleurs) pour désigner ceux qui en auraient deux, et surtout ceux qui ouvriraient les derniers chocolats.

Quand on a dix ans c’est toujours quelque chose d’ouvrir ces beaux calendriers.

Alors que la société fête de toutes parts noël, que les rues sont belles, nos élèves même issus de cultures étrangères, ont peut être envi de participer à
la fête. Et de toute façon, on ne va pas laisser noël aux marchands.

Cette année j’ai des élèves de seize ans, il y a toujours un sapin et ils l’ont décoré. Il faut juste qu’ils arrêtent de fumer les épines.

Corvée de cahiers

Mardi 28 novembre 2006

License: SXC termsJe me passerais bien de corriger.

Attention, bien évidemment que je donne la correction d’un exercice ou d’une dictée. Je parle ici de la correction des cahiers où les élèves notent les leçons et s’entraînent.

Quel intérêt d’aller rajouter au stylo rouge un « s » sur une page que l’élève ne relira plus ?

Sans doute cela nous permet-il de nous rendre compte de la manière dont il prend les cours, de quel soin il apporte à son travail. On entre ainsi dans un univers propre à chaque individu. Pour dix cahiers où sont inscrits les mêmes choses à la virgule près, il y dix écritures différentes, dix personnes différentes derrière.

N’allez pas croire que je « m’extasie » sur leurs cahiers de leçons, je m’éclate plus en lisant leurs poésies et leurs textes.

Il est important que les enfants sentent qu’un regard se pose sur tous les travaux fournis (primordiaux ou pas), surtout en ZEP où les parents ne regardent pas trop ce que font leurs enfants.

Plus je regarde le travail de mes élèves, plus je les cerne et les connais, mais avouons-le, corriger chaque jour vingt cahiers de CM2 est une corvée.

Mettons-nous d’accord

Vendredi 3 novembre 2006

Les escaliersEn primaire on fait huit trajets par jour dans les escaliers. Quand on est au deuxième étage ça fait seize étages, et quarante minutes par jours. Quand il y a quatre classes qui se suivent ça fait une centaine d’élèves dans l’escalier, et on voudrait le silence… ?

Il y a les enseignants qui rangent les élèves comme des soldats et qui attendent que toutes les têtes soient alignées, du coup ça bouchonne derrière. Il y a ceux qui montent en discutant avec les collègues du coup les gamins en profitent Il y a ceux arrivent toujours en retard et qui ne rangent même pas leur classe.

Bref, chacun sa méthode. Il n’y en a pas de meilleure, mais un minimum d’ordre est nécessaire, ne serait-ce pour des raisons de sécurité, et de bruit aussi, ça fatigue le bruit.

Des CM2 livrés à eux-mêmes pour descendre des escaliers c’est spectaculaire et effrayant à la fois.

D’où l’importance que les enseignants se mettent un minimum d’accord sur les règles et qu’ils se parlent, même si ils ne s’aiment pas.

C’est terrible de demander le silence à sa classe quand celle du collègue qui est juste de derrière fait la fête. Comme c’est la honte pour vous quand c’est le contraire.

Je ne suis pas partisan du silence total, on peut monter en classe en racontant son week-end à son copain sans crier, d’ailleurs celui qui crie le plus c’est souvent moi.

Mon problème c’est la casquette, il faut l’enlever dans les escalier mais garder les bonnets, les chouchous et les foulards (pas ceux qui posent problème, mais ceux genre bandana), allez faire respecter ça à des mômes de dix ans. Mon autre problème, c’est que le matin je suis parfois le genre de gars qui est de mauvaise humeur qui ne supporte rien. Par contre, passé dix heures je suis bien plus cool, je me surprends même à siffloter en montant ma classe, quel blasphème.

Encore une fois la loi est là pour nous aider, pour nous permettre de nous repérer et elle est la même pour tout le monde (je me trouve parfois moins ridicule avec ma casquette de randonneur qu’avec mon bonnet de marin).

Elle s’applique toujours, mais peut être modifiée à tout moment, dans la concertation entre adultes bien évidemment, mais aussi avec les enfants.

La loi est pour tout le monde qu’on soit mal luné, heureux d’être là ou pressé d’être en vacances, ou les trois à la fois.

Les risques du métier

Mercredi 25 octobre 2006


Je suis de la génération Marc Dutroux. Souvenez-vous de toutes ces horreurs dans les actualités à partir de 1995. Les prêtres et enseignants pédophiles rattrapés par leur passé. Il y en avait toutes les semaines. Et le cuisinier d’un centre de vacances qui avait abusé d’une fillette de dix ans, quelle horreur, ou l’instituteur d’Alsace qui était accusé à tort et qui s’était suicidé.

A l’IUFM, on se disait que si un gamin se faisait bobo aux fesses on ne le soignerait pas et qu’on appellerait une femme.

Lors de ma première année, Marc Dutroux s’était échappé de sa prison belge la veille de ma réunion de parents pour la classe de découverte. Je me suis mis la pression tout seul, j’allait pas leur dire : « Ne vous inquiétez pas je ne suis pas pédophile », n’empêche que le sujet fut longuement évoqué et qu’une mère préféra que sa fille ne parte pas avec nous.

A la piscine avec les CM2, parfois certains garçons me demandaient de sortir, ils en avaient le droit. Mais gars ou filles, en cas de pépins, j’entrais sans me gêner dans les vestiaires, bien évidemment je les prévenais.

Les textes disent qu’un enseignant n’a pas le droit de rester seul dans une classe avec un élève, à moins que la porte soit ouverte.

Il y a de multiples risques inhérents à notre métier. La rumeur s’installe vite chez les parents devant la grille : « Celui-là est sympa, celui-ci est souvent absent, l’autre est bizarre… »

Nous sommes sous les projecteurs et l’image que nous donnons de notre personne est importante.

C’est pour ça que je ne m’habille plus en cuir et que j’ai rasé ma crête rose.

PS : voir le film avec Jacques Brel, Les risques du métier.

Quoi de neuf ?

Mercredi 18 octobre 2006

Tous les matins, il y avait dans ma classe de cycle 3 un Quoi De Neuf ?
Les élèves prenaient la parole pour parler de ce qu’ils voulaient, les autres pouvant ensuite lui faire une remarque ou poser une question. Il y avait quelques règles non négociables dont le maître était le garant :

  • Pour parler, il fallait s’inscrire
  • Le respect
  • Ne pas se moquer
  • Tout ce qui se disait était secret (sauf si le maître estime qu’aux dires de l’élève celui-ci est en danger)

Garder secret ça voulait dire ne pas jouir de la parole à l’encontre de celui qui l’avait déposée, ne jamais lui en tenir grief, et ne surtout ne pas l’exploiter devant tout le monde pour faire une remarque à l’élève.

A l’élève qui racontait ses sorties nocturnes durant lesquelles il ne semblait pas faire grand-chose d’intéressant, je m’interdisait de lui en parler en classe devant tout le monde quand celui-ci somnolait en classe ou me cassait les pieds (je n’ai pas dit que je ne le disputait pas, j’hurlais même des fois).

Par contre à la fin du Quoi De Neuf je rappelais qu’il n’était pas souhaitable que des enfants de dix ans soient dehors à 22 heures. Mais le mieux était lorsqu’un autre enfant le lui disait, quand le rappel à la loi ou à la prudence était fait par un de ses pairs, un enfant du même âge que lui.

Les enfants sont capables de se parler entre eux et savent trouver les mots qui leur conviennent.

Mais libérer la parole peut être destructeur si celle-ci n’est pas cadrée. Les enfants doivent se sentir en sécurité d’où l’importance des règles.

Et surtout le maître doit appliquer ces règles à lui-même, bien qu’il en soit le garant, c’est là que se joue l’autorité.

A chaque nouvel arrivant en classe au moment du Quoi de neuf, un élève lui en donnait les règles, et que ce fut l’inspecteur ou le ministre qui vînt c’eut été la même chose.

On ne rigole pas avec les règles de la démocratie.

En plus, tous les matins ça me permettait de commencer la journée en douceur, éliminant de cette façon l’angoisse et le stress.

Et puis des enfants ou des ados qui racontent leur vie, quand celle-ci n’est pas pourrie, c’est plutôt marrant.

Rendez-vous avec le maître

Jeudi 5 octobre 2006

J’avais dit aux parents qu’ils pouvaient venir me voir sans rendez-vous, ou en mettant un mot dans le cahier de correspondance. Pourtant en ZEP on ne voit jamais grand monde durant l’année, à part les parents des élèves qui posent des problèmes (toujours les mêmes…).On a que très peu de retour sur l ce que l’on fait en classe, néanmoins à noël ou pour l’aïd on reçoit des chocolats et gâteaux, c’est bien que l’on parle de nous à la maison.

Un jour il y a un père qui est venu me voir à la fin des cours, j’étais pressé, j’allais raté le tram, il parlait mal le français je ne comprenais rien à ce qu’il me disait.

Et puis j’ai fini par entendre ses problèmes (il venait se réinstaller dans la cité après que son déménagement en Afrique n’eut pas marché) et j’ai lu inquiétude à propos de sa fille. J’ai fini par changer mon attitude.
Cinq minutes le soir accordées à des parents c’est parfois lourd après une journée de classe, mais pour eux c’est énorme. Parfois c’est le moment le plus important de la journée, ils en ont parlé entre eux, et l’enfant sait qu’ils seront là ce soir. Ils ne viennent pas pour rien parfois c’est par inquiétude (souvent), parfois par simple intérêt (tant mieux) ou parfois pour faire des histoires (ça arrive). Notre réponse et notre attitude doivent être à la hauteur de l’institution que nous représentons (l’Ecole, pas l’éducation nationale et son ministre, l’Ecole), ça fait parti de notre mission.

J’en sais quelque chose, mon fils est entré en Ce1 et a pris 20 lignes à copier trois jours de suite la semaine de la rentrée parce qu’il jouait quand les autres travaillaient. Ce n’est pas possible, pas mon petit ange, qu’est-ce qui se passe madame l’institutrice…… ?

PS : je ne lui dirais rien sur ce que je pense des vertus pédagogiques des lignes en Ce1 !

Premiers jours de rentrée

Dimanche 3 septembre 2006

C’est toujours sa première rentrée, on a toujours le trac, et même avec les années on reste un débutant. C’est pour ça qu’il faut bien profiter de ses vacances pour être en forme à la rentrée, parce que c’est vraiment un métier où il faut être en forme.
Les parents d’élèves veulent que leurs enfants apprennent le mieux possible, mais ils veulent surtout les récupérer dans le même état qu’ils les ont laissés le matin. Ce qui veut dire qu’à partir de neuf heures le quatre septembre on est responsable de leur intégrité physique dès la mise en rang dans la cour. Ce n’est pas là une charge moins importante que le volet pédagogique de notre mission. Ce qui veut dire aussi que débutant et enseignant proche de la retraite ont la même responsabilité, et donc une place égale dans l’équipe enseignante.

Bien sur, il vaut mieux avoir préparé sa journée avant d’accueillir les élèves, ça se passera sûrement mieux, et se présenter à la classe est une choses évidemment incontournable. C’est souvent l’un des rares moments de l’année ou l’on a le silence total, à ce moment-là , les enfants ont d’après moi autant le trac que l’enseignant.
Tutoiement, vouvoiement, monsieur, madame ou mademoiselle, à vous de choisir ! Il n’y a pas de règles, mais à partir du Ce2 ils sont tout à fait capables de vous vouvoyer. Le titre qui passe bien c’est maître ou maîtresse, le maître c’est celui qui maîtrise les connaissances et celui qui rassure, pas celui qui commande.
Bon en écrivant ces quelques lignes et en pensant à ma rentrée, j’ai quand même une petite boule au ventre, je vais retourner sous mon parasol.