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Les enseignants-documentalistes « non-concernés » pour former et évaluer les élèves ?

Samedi 15 mars 2008

Les propositions de M. Durpaire exprimées dans le dernier bulletin de la « Réunion des interlocuteurs académiques de documentation » en ligne sur le site Educnet laissent percevoir une conception « orientée outils » de la place de la documentation en milieu scolaire. Le rôle attribué aux enseignants-documentalistes semble ainsi dévolu à la conception de portails de ressources numériques au sein de systèmes d’information d’établissements tandis que le volet pédagogique de leur mission est désormais disqualifié. Sous couvert de “politique documentaire”, cette évolution de la profession traduit surtout une vision “économique” à court terme qui fait l’impasse sur les enjeux d’une éducation à la maîtrise de l’information.

Selon le document publié, il est urgent de valoriser une nouvelle offre éditoriale encore en jachère du fait de l’absence de dispositifs et de « personne-relais » au sein des établissements. En effet le marché des ressources numériques ne serait pas encore arrivé à maturité du fait du faible développement des systèmes d’information documentaire dans les établissements qui ne peuvent relayer l’offre déjà existante. Cette conclusion permet au fil du texte de disqualifier le débat en cours sur les enjeux de la « culture de l’information » au motif que le contexte de celle-ci serait « trop peu développé à l’interne de l’établissement ».

Ce constat ne réduit-il pas la question de l’éducation à l’information au seul angle des outils « réseaux ” et des modalités d’accès (interface et portails) aux produits documentaires en ligne ? Il ne s’agit au fond que de proposer un choix d’ « outils intuitifs », adaptés aux élèves. Est-ce bien là l’enjeu réel de la politique documentaire de l’établissement ? De fait ce concept est-il réellement transposable du monde des bibliothèques à l’échelle de l’établissement scolaire comme le souligne Olivier le Deuff sur son blog ? Alors qu’il est adapté au cadre du réseau Sceren, sa déclinaison au niveau de l’établissement cible avant tout une recherche de « débouchés commerciaux ».

Dans son analyse, Olivier Le Deuff préfère employer la “notion de stratégie documentaire” pour modéliser le système d’information documentaire de l’établissement. L’élaboration d’un portail constitue une réponse locale, « éditoriale et technologique » à des besoins d’information identifiés au sein de l’établissement. Mais le rôle des enseignants-documentalistes ne peut se limiter au « management » d’un “système d’information documentaire” et à la dimension de veille « informationnelle », au demeurant indispensable. Le chantier de la didactique info-documentaire répond aux enjeux liés aux mutations des usages de l’information .

Comme le soulignent Yves Jeanneret et Alexandre Serres, deux chercheurs qui ont participé à l’Université d’été 2006 De l’information à la connaissance” à l’invitation de M. Durpaire, il faut « déconstruire » l’apparente simplicité des outils de recherche, appréhender leur dimension “politique”, c’est à dire les parti-pris qui les fondent (popularité versus pertinence…). Et selon Pascal Lardellier, auteur d’ un essai sur «la culture numérique des adolescents », il est urgent de former les élèves à la maîtrise de l’information bien au delà des savoir faire méthodologiques (lire à ce sujet la contribution de Pascal Duplessis sur son blog).

Le chantier de la didactique info-documentaire” représente justement une réponse de la profession pour construire cette culture de l’information : dans ce contexte, les propositions de Françoise Chapron et Agnes Montaigne )lqui appellent à mutualiser les travaux et les expérimentations autour de la didactique info-documentaire, renouvellent en profondeur la question de la “formation des usagers”. Envisagée comme un “lieu commun” et sous une dimension “pratique” au sein de la politique documentaire, cette formation doit être réévaluée et refondée à travers les avancées des travaux en didactique. Et comme le démontre Agnes Montaigne sur le blog de Pascal Duplessis, il ne s’agit pas de revendiquer un enseignement magistral en documentation mais bien d’assumer notre rôle pédagogique à travers les dispositifs existants. “L’enseignant-documentaliste ne doit pas devenir un simple webmestre” ou gestionnaire de portail numérique selon les mots d’Yves Jeanneret prononcés en août 2006 devant M. Durpaire à l’Université d’été de l’ESEN  consacrée justement à la question de l’éducation à la maîtrise de l’information…