Les enseignants-documentalistes « non-concernés » pour former et évaluer les élèves ?

Les propositions de M. Durpaire exprimées dans le dernier bulletin de la « Réunion des interlocuteurs académiques de documentation » en ligne sur le site Educnet ont semé le trouble en laissant percevoir une conception « orientée outils » de la place de la documentation en milieu scolaire. Le rôle attribué aux enseignants-documentalistes semble privilégier la conception de portails de ressources numériques au sein de systèmes d’information d’établissements tandis que le volet pédagogique de leur mission risque de se dissoudre.

Selon le document publié, il est urgent de valoriser une nouvelle offre éditoriale encore en jachère du fait de l’absence de dispositifs et de « personne-relais » au sein des établissements. En effet le marché des ressources numériques ne serait pas encore arrivé à maturité du fait du faible développement des systèmes d’information documentaire dans les établissements qui ne peuvent relayer l’offre déjà existante. Cette conclusion ne méconnaît-elle pas le débat en cours sur les enjeux de la « culture de l’information » ?

La question de l’éducation à l’information englobe et dépasse le seul angle des modalités d’accès (interface et portails) aux produits documentaires en ligne ? Contre une vision limitative de la politique documentaire,   Olivier le Deuff préfère  la “notion de stratégie documentaire” pour modéliser le système d’information documentaire de l’établissement.

L’élaboration d’un portail constitue une réponse locale, « éditoriale et technologique » à des besoins d’information identifiés au sein de l’établissement. Mais le rôle des enseignants-documentalistes doit englober et dépasser le niveau du « management » d’un “système d’information documentaire” et de pilotage de la veille « informationnelle » sans sous-estimer ce socle logistique dispensable.

Comme le soulignent Yves Jeanneret et Alexandre Serres, deux chercheurs qui ont participé à l’Université d’été 2006 De l’information à la connaissance” à l’invitation de M. Durpaire, il faut « déconstruire » l’apparente simplicité des outils de recherche, appréhender leur dimension “politique”, c’est à dire les parti-pris qui les fondent (popularité versus pertinence…). Et selon Pascal Lardellier, auteur d’ un essai sur «la culture numérique des adolescents », il est urgent de former les élèves à la maîtrise de l’information bien au delà des savoir faire méthodologiques

Le chantier de la didactique info-documentaire” représente justement une réponse de la profession pour construire cette culture de l’information : dans ce contexte, les propositions de Françoise Chapron et Agnes Montaigne )lqui appellent à mutualiser les travaux et les expérimentations autour de la didactique info-documentaire, renouvellent en profondeur la question de la “formation des usagers”. Envisagée comme un “lieu commun” au sein de la politique documentaire, cette formation gagnerait à s’appuyer sur les avancées des travaux en didactique. Et comme le démontre Agnes Montaigne sur le blog de Pascal Duplessis, il ne s’agit pas de revendiquer un enseignement magistral en documentation mais bien d’assumer notre rôle pédagogique à travers les dispositifs existants.

“L’enseignant-documentaliste ne doit pas devenir un simple webmestre” ou gestionnaire de portail numérique selon les mots d’Yves Jeanneret prononcés en août 2006 devant M. Durpaire à l’Université d’été de l’ESEN  consacrée justement à la question de l’éducation à la maîtrise de l’information…Par sa position, il permettra à l’équipe pédagogique d’approfondir cette question des contenus de la culture de l’information.

Un commentaire

  1. JP Hennuyer :

    article cité en lien

    http://www.snes.edu/observ/spip/spip.php?article3712

    Cela pose -t- il problème ?

    cordialement

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