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Le projet d’écriture comme dynamique de la médiation documentaire ?

Dimanche 4 mai 2008

Thomas Mailloux me faisait principalement deux remarques à propos de mon billet précédent sur le « copier /coller » : le processus de citation peut-il vraiment s’envisager « comme renvoi du lecteur à un univers de références partagées » et « la pratique du blog peut-elle être considérée comme vecteur d’apprentissage de ce processus de citation » si on les mesure à l’aune des pratiques spontanées des adolescents qui abusent du plagiat et pour qui la citation relève plus du narcissisme que de l’argumentation à bon escient.

Rappelons qu’il s’agit d’abord de relier la lecture documentaire à une visée interprétative et argumentative qui se traduit par l’écriture d’annotations, de commentaires et de renvois. L’élève édite ses “traces de lecture” qu’il faut ériger au statut de “texte” à part entière. Le blog figure ici comme une modalité de pratique sociale de l’écrit d’écran auquel adosser cette forme d’écriture interprétative.

La recherche documentaire s’inscrit ici dans une visée de production d’un “texte inédit” . Tel est aussi le propos de Frédéric Rabat dans un article publié sur le site Docs pour docs : à travers l’exemple de l’ECJS, il s’interroge sur le rôle du projet d’écriture comme dynamique du processus de recherche documentaire qui ouvre les élèves à la dimension collective de l’écriture et les amène à dépasser le stade du plagiat servile. Ce faisant il ouvre des pistes inédites pour renouveler la réflexion sur les enjeux et les instruments de la médiation documentaire.


la question difficile de l’apprentissage de la prise de notes

La question du plagiat renvoie à la question difficile de l’apprentissage de la prise de notes. J’ai tenté de définir cette opération de sélection de l’information en la référant au contexte précis de la lecture numérique, à l’opération de « clôture du texte » pour reprendre l’expression d’Alain Giffard. J’évoquais alors la notion de « dimension triviale de la culture » qu’a forgée Yves Jeanneret afin de nommer ce lien étroit qui régit l’économie des supports documentaires et le partage social des inscriptions qu’elles consignent. Ce chercheur postule que nos structures de pensée sont « informées » par les conditions de production et diffusion des supports documentaires dans une époque donnée, tant au niveau individuel qu’à l’échelle collective. Les nouveaux médias récapitulent et hybrident les formats du passé : l’écrit d’écran ne crée pas un type de document totalement inédit mais il phagocyte les formes d’écriture précédentes qu’il unifie sur une même surface : le système des hyperliens inscrit à même le texte une dimension d’intertextualité généralisée.
Le vecteur « écran » facilite l’accès aux textes mais rend plus difficile une lecture d’études puisque le lecteur doit prélever des informations dans un cadre qui n’est ni balisé strictement comme celui du livre, ni stabilisé par toute une tradition d’usage pluriséculaire.

Dans l’univers du texte « imprimé », les renvois ou parcours secondaires proposés au lecteur procèdent d’une démarche académique qui vise à donner un surcroit d’information, une annotation, une définition…Le jeu des hyperliens fonctionne à l’inverse de manière anarchique comme une invite permanente à une lecture aléatoire.

L’écrit d’écran opacifie donc et complexifie les opérations de scrutation attentive du texte. C’est dire combien la question du copier / coller devrait avoir pour corollaire une interrogation épistémologique sur notre rapport aux dispositifs techniques de lecture et d’écriture, c’est-à-dire à cette « dimension triviale » de la culture.


Comment envisager dès lors de former les élèves à cette délicate opération de sélection de l’information, comment transformer le copier /coller servile en posture argumentative ?

Une hypothèse de travail consiste à poser le processus de citation comme instrument d’argumentation, à l’envisager sous l’angle de la rhétorique au sens où citer un document équivaut à convoquer un auteur ou une autorité à l’appui d’un « dire ». On retrouve par là l’opération de prises de notes envisagée sous l’angle de la « création d’un inédit » dont parle Pascal Duplessis (http://docsdocs.free.fr/spip.php?article289)

Selon le point de vue de Frédéric Rabat, il faut alors repenser le modèle canonique du texte : il s’agit ici de donner toutes leurs lettres de noblesses au brouillon, à l’annotation, à la prise de notes et au commentaire alors que toute une tradition a sacralisé et figé l’exemple de l’écrit discursif de type dissertation. Selon lui, “On cherche pour écrire. C’est peut-être une évidence sur laquelle il convient de revenir. Il faut comprendre ici l’écriture comme conservation et trace. La mémoire est aussi une écriture. Une image mentale est une forme d’écriture, une manière de fixation, une réservation pour soi avant d’être restitution pour autrui.” ]

Eriger le projet d’écriture, la prise de notes, l’annotation comme dynamique de la recherche documentaire

Frédéric Rabat développe ainsi une nouvelle approche iconoclaste mais nécessaire des apprentissages info-documentaires dans le cadre de l’ECJS : pour apprendre aux élèves à sérier les types de discours, les niveaux d’arguments, à hiérarchiser les sources, il convient de les former à des niveaux de discours, à des « programmes d’écriture » et non plus aux recettes des étapes de la recherche documentaire qui occultent en réalité les problèmes d’interprétation auxquels sont confrontés les lecteurs. En effet la recherche documentaire doit se penser désormais sous l’angle de l’interprétation et du dialogue intertextuel – cette rhétorique et cette herméneutique- qui constitue la meilleure arme pour lutter contre le plagiat. Pour reprendre l’expression de Frédéric Rabat, tout [« projet d’écriture de l’élève, aussi modeste soit-il, est toujours déjà en relation, en communication avec d’autres projets existants qui sont également en relation entre eux. Dès l’énoncé de la recherche les élèves sont déjà placés au cœur d’une situation d’intertextualité. »]

L’hypothèse que je propose découle de cette problématique : il serait possible de s’appuyer - pour les enrichir- sur les pratiques d’écriture spontanée des élèves comme celle qu’ils pratiquent au cœur des blogs. Au fond il s’agit bien comme le préconise Frédéric Rabat de les mettre d’emblée en posture d’auteur, de situer la recherche documentaire comme visée et méthode argumentative au cœur d’un projet d’écriture ciblé : dès qu’il formule un argument, un lecteur convoque d’autres textes et engage par là un “dialogue” avec d’autres auteurs. Cette médiation de la parole d’autrui à l’intérieur de mon propre discours que permet d’engager la citation par l’hyperlien désigne alors un univers de références partagées, un système d’intertextualité.
Si l’écrit d’écran facilite le copier/coller et le plagiat, il peut aussi devenir instrument d’écriture et d’autonomie intellectuelle. Il devient alors un dispositif d’écriture qui favorise l’écriture d’annotation et de citation et qui participe de cet art de la glose célébré par Montaigne. Dès lors la recherche documentaire doit être reliée à son objectif final qui est d’éditer un discours qui va piloter la sélection des énoncés et des arguments : les pratiques de lecture et d’écriture des élèves pourront s’ancrer dans une posture argumentative et dépasser le stade du plagiat pour relier énoncés et points de vue, sources des informations et contextes de production. Former les élèves à la culture de l’information, c’est leur donner les clés et les pratiques de cette intertextualité matérialisée par les hyperliens, les introduire en tant qu’auteur et éditeur à la “dimension triviale de la culture”.

A partir du cadre de l’ECJS, Frédéric Rabat inaugure donc une réflexion fondamentale qui interroge le rôle de l’écriture et le statut du texte dans les activités de recherche et lecture documentaires. Sa réflexion ouvre aussi de nouvelles perspectives pour refonder le rôle de l’enseignant-documentaliste dans la médiation documentaire. (http://docsdocs.free.fr/spip.php?article386)

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Le copier / coller ou l’impossible « clôture du texte »

Dimanche 20 avril 2008

La banalisation du plagiat, les emprunts massifs de textes dont l’auteur n’est pas cité deviennent monnaie courante dans les productions d’élèves. Au-delà de l’aspect moral qui considère la copie comme une faute, comment prendre en compte les pratiques spontanées des élèves pour mieux les transformer. Faut-il réhabiliter la copie comme stratégie cognitive semblable à la pratique de l’imitation en art ? La rhétorique du commentaire et du lien propre au blog peut-elle favoriser une transformation des pratiques « serviles » des élèves vers un usage de la citation à des fins d’argumentation ?

Si l’ordinateur permet de dupliquer documents et textes à l’infini, le musicien qui relève note à note un solo de John Coltrane ne reconduit en rien ce paradigme mécaniste : chez lui, la copie procède d’un exercice de concentration mentale de longue haleine qui suppose la maîtrise de l’harmonie, du rythme et avant tout une mémoire musicale entraînée. Il en va de même pour l’imitation en art. La notion de copie ne peut être dissociée d’un contexte et d’un dispositif technique, faute de réduire celle-ci à une pure “spéculation” mentale indépendante de toutes conditions de réalisation. (A Serres, 1995)

Dans le cas des écrits d’écran, la copie envisagée comme simple « duplication électronique » comporte en filigrane le risque d’une approche compilatoire de la lecture qui prélève et engrange des données sans questionner les contextes de production. Or les textes en ligne sont livrés sans mode d’emploi fixé par une tradition, sans appareil documentaire ou péritexte stable : comme le souligne Alain Giffard, c’est désormais au lecteur de « clôturer un texte » et une recherche dans le cas d’une lecture d’étude. (Giffard, 2007)

 

 

La lecture d’études ou la nécessaire « clôture du texte »

La lecture des « écrits d’écran » suppose donc un héritage de stratégies de lectures et de « copies » qui se déploient dans un nouvel espace communicationnel. Cette activité de lecture d’étude ne se confond pas avec un butinage intuitif : “Les lecteurs confirmés …ne confondent pas information et connaissance structurée. Ils ont appris à suspendre la navigation et clôturer le texte pour mieux se concentrer…” (Giffard 2007).

Les copies de textes ainsi “clôturés” peuvent être regroupés indépendamment dans des compilations qui seront par la suite annotées, voire indexées par le lecteur. Le copier/coller agit comme le révélateur de stratégies de lecture orientées vers l’annotation : à ce niveau, la définition du concept de “prise de notes”que propose Pascal Duplessis dans le dictionnaire des notions info-documentaires permet d’envisager cette activité comme un processus éditorial qui transforme le lecteur en auteur :

- soit il s’agit de rééditer, de conserver les “traces d’un savoir existant” : pour reprendre l’expression d’Alain Giffard, la référence bibliographique servirait alors à nommer cette « clôture » du texte, à identifier les indices qui attestent son contexte de production.

- soit il s’agit d’annoter les informations existantes et d’y éditer ses marques personnelles

On verra plus loin que cette activité de citation et d’annotation semble constituer une matrice pour modéliser en partie l’écriture pratiquée dans les blogs.

La circulation de la copie ou l’éloge de la glose

La citation et la paraphrase semblent en effet constitutives des blogs qu’il faut envisager comme un nouveau genre éditorial. Le blog favorise l’écriture de rebond et le commentaire qui se nourrit d’emprunts et de renvois…Tout se passe comme si le format et les contraintes de cet outil éditorial induisaient une forme de discours et d’écriture : selon Yves Jeanneret, le statut et la forme du texte ne sont jamais indépendants de ses conditions de production et de circulation.

Par ailleurs tout discours singulier se fonde sur un univers de références partagées, chaque auteur puisant dans le « répertoire collectif» des citations, des métaphores qui font sens pour ses contemporains.

 

La dimension « triviale » de la culture

Dans la rhétorique médiévale, les stéréotypes qu’on retrouve sous la plume des clercs, les « redites », les « paraphrases » et les commentaires de textes sacrés ne témoignent pas d’une pauvreté stylistique et d’un répertoire limité : ces lieux communs fondent l’appareil culturel et l’univers mental d’une époque, sa « trivialité », sa “manière de dire et d’écrire”. Un peu plus proche, le « Don Quichotte » qui récapitule en introduction les lectures romanesques et chevaleresques du héros cartographie en fait la circulation du roman et des idées en Europe à l’époque de Cervantes ainsi que que l’a bien vu Karl Heinz Stierle ( Stierle, 1998).

Le processus de citation agit donc comme un catalyseur dans la culture de l’écrit : il renvoie le lecteur à un univers de références partagées.

 

La pratique du blog comme vecteur d’apprentissage info-documentaire

S’agissant de l’éducation à la culture de l’information, on pourra se demander comment les pratiques d’écriture en jeu dans les blogs pourraient constituer un carrefour d’apprentissage sur cette dimension réticulaire des savoirs : peut-on s’appuyer sur cette rhétorique du commentaire qui caractérise les « billets » pour apprendre aux élèves à relier un argument à son auteur, une paraphrase à son original.

Comme le souligne Alain Giffard, “c’est au(x) public(s) des lecteurs numériques que revient finalement le rôle de se former collectivement. Imiter, copier, renseigner, livrer des secrets, critiquer : la lecture comme les autres pratiques numériques s’accompagnent d’une circulation du savoir - faire, une sorte de compagnonnage en réseau”.

Au plan pédagogique, la question de ce compagnonnage mérite alors d’être posée : à quelles conditions les blogs peuvent-ils favoriser chez les élèves un apprentissage de la citation qui aille au-delà du copier / coller servile. Outil de gestion des « traces » et des annotations, le blog permettrait à l’élève de “clôturer” son périmètre informationnel, de le référencer et de l’annoter selon la double distinction établie par Pascal Duplessis.

 

Références

Duplessis, Pascal. “Petit dictionnaires des notions info-documentaires”. En ligne sur Savoirscdi. http://savoirscdi.cndp.fr/culturepro/actualisation/Duplessis/dicoduplessis.htm#prise_notes

Giffard, Alain. “Le public des lecteurs numériques”. 2007. En ligne sur http://alaingiffard.blogs.com/culture/2007/09/le-public-des-l.html

Jeanneret, Yves. « Le procès de numérisation de la culture : Un défi pour la pensée du texte ». 2004. En ligne sur http://www.erudit.org/revue/pr/2004/v32/n2/011168ar.html

Serres, Alexandre. “L’Obsession de la question technique : pour un autre regard sur les technologies numériques”. DEA, Université Rennes 2, Université Rennes 2, novembre 1995. En ligne sur Memsic http://memsic.ccsd.cnrs.fr/mem_00000438.html

Stierle, Karl Heinz. “Eurocentrisme et romanocentrisme”. Le Monde du 15 décembre 1998

 

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Congrès de la Fadben : quelles avancées ?

Vendredi 4 avril 2008

Le huitième Congrès de la Fadben qui a eu lieu à Lyon les 28,29 et 30 mars 2008, portait sur la « culture de l’information » ou « information literacy », une notion qui englobe les savoirs, les médiations et les compétences liés aux nouveaux modes de circulation des écrits d’écran en réseau. Ces nouvelles pratiques sociales apparues avec Internet ont une incidence sur les manières de se documenter et d’apprendre. C’est dire que ces mutations interrogent la place et l’usage de la documentation à l’école bien au-delà des habiletés instrumentales et des savoir-faire.

Comment fonder dès lors une éducation à l’information adossée à un socle épistémologique et des savoirs identifiés ? Comment la profession d’enseignant-documentaliste peut-elle se saisir de ces enjeux ainsi clarifiés par la recherche universitaire afin de situer cette nouvelle mission en articulation avec l’héritage de la pédagogie documentaire ?

Un héritage que Pascal Duplessis, formateur à l’IUFM des Pays de Loire a présenté au cours du congrès comme une résultante des apports de l’ « école nouvelle ». Les CDI ont été dès les années 1970 le tremplin d’une pédagogie « non transmissive» qui se posait en alternative au cours magistral. La circulaire de mission de 1986 a ainsi légitimé le rôle pédagogique de l’enseignant-documentaliste en fondant le cadre de son action pédagogique sur le modèle des étapes de la recherche documentaire.

 

La mise en question de l’héritage : le point de vue de l’Institution

Dès les années 2000, l’irruption massive des réseaux numériques et les nouveaux modes d’accès à l’information en ligne ont profondément bouleversé les rapports à la documentation, ce que consacre le rapport intitulé « l’Ecole et les réseaux numériques » de 2002. Prenant en compte ces mutations au niveau de la fonction d’enseignant-documentaliste, le rapport de J.L. Durpaire “Les politiques documentaires des établissements scolaires” appelle à une refondation des missions autour du pilotage du système d’information conçu à l’échelle de l’établissement. Prônant une vision systémique de l’établissement scolaire, il entend impulser une dimension de management documentaire dans un contexte renouvelé où « la pédagogie documentaire ne sera plus assurée par le seul documentaliste et c’est ce qui paradoxalement sauvera la fonction documentaire en la sortant de la marginalité » (cf p. 44).

L’auteur du rapport prend bien soin de souligner qu’il emprunte cette formule à une formatrice d’Iufm mais derrière le procédé rhétorique pointe un constat d’échec sans appel qui énonce une remise en cause du rôle pédagogique de l’enseignant-documentaliste. Ce même leitmotiv du changement se retrouve dans le récent compte-rendu de la rencontre de M. Durpaire avec les Iante : l’accent est mis sur la nécessaire généralisation de l’implantation de systèmes d’information, sans que l’on sache ce que recouvre précisément cet objectif (cadre conceptuel pour une approche systémique, système documentaire en réseau intranet …)

C’est dans ce contexte de mise en tension autour de la problématique de l’héritage que s’ouvrait donc le congrès : si pour l’Institution l’évolution du métier vers un rôle d’expert de la « veille informationnelle » et de pilotage du « système d’information » semble une priorité destinée à valoriser un portail de ressources numériques ciblées au sein du système d’information de l’établissement, la Fadben revendique son héritage pédagogique et entend dépasser la simple logique de l’offre documentaire pour questionner l’axe des médiations : quels savoirs info-documentaires sont nécessaires à l’éducation du « futur citoyen » et quelles notions recouvre cette culture de l’information qui pourrait fonder les « capacités de jugement et d’esprit critique » que préconise le socle commun ?

Cette mise en perspective permettra à Françoise Albertini, présidente de la Fadben de questionner en conclusion du congrès le concept de système d’information qu’il faut aussi “didactiser” : l’enseignant-documentaliste ne doit pas devenir “un simple webmestre” avait déjà souligné Yves Jeanneret lors d’une conférence à l’Esen

 

Penser les ruptures au-delà des lieux communs et des simples habiletés

Si l’enjeu éducatif des apprentissages documentaires est bien d’apprendre aux élèves à « penser » comme l’a rappelé M. Durpaire en introduction du congrès, comment définir les contenus de cette « culture de l’information » ? Pour Sylvie Chevillotte, Conservateur de bibliothèques, la définition de l’américain Jeremy Shapiro trace les lignes d’une éducation qui doit aller bien au-delà des habiletés aussi floues que transversales. Pour ce dernier, « la culture de l’information devrait être conçue plus largement comme de nouveaux arts libéraux qui iraient de la maîtrise de l’usage des ordinateurs et de l’accès à l’information, son infrastructure technique et ses contextes et impacts culturels, sociaux et même philosophiques. Aussi essentiel pour la formation de l’homme de la société de l’information qu’a pu l’être le trio grammaire, logique, rhétorique pour la personne éduquée de l’époque médiévale. »

En contrepoint, les intervenants du congrès ont souligné l’importance des ruptures induites par la numérisation généralisée des supports documentaires au niveau des pratiques sociales de lecture et d’écriture et en écho à ces interventions, on peut rappeler l’enquête du sociologue Pascal Lardellier, qui évoque une crise majeure dans la transmission de la culture dans son essai « le pouce et la souris : enquête sur la culture numérique des adolescents ».

Claire Belisle du CNRS et Alain Giffard, chercheur proche de Bernard Stiegler, nous ont invités à replacer les mutations en cours dans la longue durée, c’est-à-dire dans le cadre général de l’histoire des pratiques de l’écriture et de la lecture depuis la Renaissance. A l’image des moines irlandais qui ont inventé la ponctuation au 12ème siècle pour le confort de la lecture, nous sommes tenus d’adapter nos modes de lecture des « écrits d’écran » qui s’enchâssent à l’infini par le truchement des hyperliens. La lecture numérique génère de nouvelles formes d’appréhension de l’information, le rapport aux textes devenant plus séquentiel et fragmentaire.

Mais au-delà de la morphologie du document, c’est tout le processus d’édition que révolutionne le web 2.0 puisque n’importe qui peut publier ou commenter des textes en ligne sans passer par aucune instance de validation. Le rapport au livre, au savoir et à l’ « autorité », stabilisé par des siècles de culture de l’écrit est tout à coup balayé par ces nouvelles machines textuelles connectées en réseau. Au final, de nouvelles formes d’édition collective à l’image de la presse collaborative réalisent l’utopie d’une « société des esprits » à moins qu’elles ne préfigurent le cauchemar d’un formatage généralisé des opinions.

Observer et s’appuyer sur les pratiques « numériques » des jeunes

Il apparaît déjà que les nouveaux médias ont un impact irréversible sur les pratiques de lecture et de communication des adolescents : Evelyne Bevort du Clemi a rappelé les grandes conclusions de l’enquête Mediappro. Le rapport des adolescents à la culture écrite et aux médias traditionnels diminue au profit de l’usage d’Internet perçu comme plus ludique à travers ses fonctions de communication. De son côté Annette Beguin, de l’Université de Lille 3, souligne que les adolescents ont une pratique très routinière de la recherche d‘informations.

Pour dépasser ces constats et en guise de propositions, Annette Beguin souligne justement qu’une éducation à la culture de l’information devrait développer chez les élèves de nouvelles stratégies dont le ressort passe par l’appropriation de savoirs info-documentaires. Ces notions, autrefois apanage des métiers de la documentation, constituent désormais un cadre intellectuel indispensable au citoyen pour un usage critique des outils de recherche d’information : pour utiliser avec discernement un moteur de recherche, il est nécessaire de comprendre les notions d’indexation, d’index, de chaîne de caractères. Il ne suffit pas de connaître le mode de recherche avancé de Google mais bien de comprendre les principes d’indexation et de sélection de l’information par ce moteur, masquées par la simplicité d’usage.

 

Comment envisager la mise en œuvre de cette culture de l’information

Pour Jean Pierre Archambaud, chargé de veille au CNDP, cette entrée par les notions et par les concepts semble tout aussi nécessaire pour refonder les contenus d’une culture informatique qui donnerait aux élèves une compréhension des réseaux comme Internet et des systèmes de bases de données à la base de la circulation des informations. Or, le B2I rappelle t-il, constitue une mauvaise réponse puisqu’il développe des compétences floues, répétitives. Il plaide pour la fondation d’une nouvelle discipline qui prendrait l’informatique comme objet d’étude.

Lui emboîtant le pas, Alexandre Serres propose, lui, la création d’une discipline élargie qui articulerait les « territoires communs » de l’éducation à l’information, l’éducation aux médias et à leurs technologies (il développe ce point de vue fédérateur dans une communication en ligne sur le site de l’Urfist Bretagne). Le grand dénominateur commun entre éducation à l’information et éducation aux médias se situe, selon lui, au niveau de l’évaluation de l’information qui permet de décliner les notions « intégratrices » de source, auteur, autorité, caution scientifique…

Il évoque de fait une « porosité des concepts info-documentaires entre cultures voisines », pour souligner l’enjeu d’un travail d’élucidation des contenus à enseigner. Il rappelle au passage le travail imposant réalisé par Pascal Duplessis et Ivana Ballarini avec le « petit dictionnaire des savoirs info-documentaires », qui constitue d’ores et déjà un outil incontournable pour les enseignants-documentalistes et pour les chercheurs.

 

Le chantier de la didactisation

La Fadben s’est attelée elle-aussi à cet objectif de clarification des contenus de la culture de l’information avec la parution en mars 2007 d’un numéro de la revue Mediadoc consacré à la didactisation d’un ensemble de notions info-documentaires.

Françoise Albertini a souligné que ce travail ne rompt pas avec la pédagogie documentaire mais qu’il contribue à un nouvel éclairage sur la réflexion et la mission pédagogique de l’enseignant-documentaliste. Il s’agit d’aider la profession à faire émerger les notions info-documentaires en jeu dans certaines situations-problèmes. Souvent rappelle Jean-Louis Charbonnier, ces notions de « source », d’ autorité sont tenues pour des « allant de soi », des « lieux communs ». Il est donc nécessaire de bâtir au niveau de la profession un cadre théorique qui organise les notions info-documentaires sous forme de matrice conceptuelle.

Pour Agnes Montaigne et Nicole Clouet, formatrices de l’Iufm de Rouen, ce travail définitoire ne vise pas à élaborer des cours d’ « info-documentation » : son objectif premier est de clarifier pour l’enseignant en amont de toute action pédagogique les « concepts info-documentaires » à mettre en œuvre afin d’accroître la pertinence des situations d’apprentissage proposées.

Pascal Duplessis a rappelé enfin la place fondamentale de l’évaluation des apprentissages info-documentaires, seule démarche qui leur confère une « valeur institutionnelle ». De fait cette question du rôle et de la place des enseignants-documentalistes dans l’évaluation des élèves est toujours « en suspens », marginale et négociée localement.

Selon Pascal Duplessis, c’est l’élaboration par l’Institution d’un curriculum, à la fois, plan et programme d’enseignement des notions info-documentaires, qui permettrait de sortir de l’impasse actuelle qui confie les apprentissages info-documentaires à toute l’équipe pédagogique sans en clarifier les contenus et les modalités d’évaluation.

Le programme « humaniste » de Shapiro dévolu à la culture de l’information peut-il se réduire à des savoir faire ? Pour ne citer qu’un exemple s’agissant de la bibliographie, à quel moment cette production documentaire qui participe de la visée de « l’esprit critique » cité par le socle commun est-elle évaluée comme processus d’argumentation ? Comment transposer au plan de l’évaluation les axes du programme d’Ecjs de seconde qui recommandent d’amener les élèves à « croiser les sources d’information» et à « repérer les interprétations divergentes » si rien ne permet référer ces “intentions” à une « culture de l’information » explicitée sous forme de matrice conceptuelle ? Ne s’agit-il pas au fond de former à de simples habiletés dans le même registre que les modalités du B2i ?

Le chantier de la didactisation des notions info-documentaires que la Fadben a initié diverge fortement de la stricte approche transversale prônée par l’Institution : sans doute sera t-il nécessaire que l’association précise par la suite ses propositions sur le pilotage “du système d’information” de l’établissement, reprenant par là à son compte les principes de l’analyse systémique pour présenter sa vision de l’articulation des différentes tâches qui incombent aux enseignants-documentalistes.

 

Une dynamique de recherche collective…ignorée par l’Institution

Les enseignants-documentalistes, les formateurs et les universitaires se rejoignent sur la nécessité de prendre en compte les pratiques et besoins réels des élèves face aux enjeux de la « culture de l’information ». L’attitude de l’Institution semble elle en retrait de ce mouvement de recherche : les travaux de l’Ert é ( équipe de recherche en technologie de l’éducation ) « culture informationnelle et curriculum documentaire » ne sont pas encore cités par l’Inspection générale qui semble chercher ses « autorités » ou ses cautions intellectuelles du côté des conservateurs de bibliothèque universitaire…(lire le paragraphe « Education à l’information » du propos d’ouverture de M. Jean-Louis Durpaire à la Réunion des interlocuteurs académiques de documentation, Paris, les 28 et 29 janvier 2008.


 

Un long chemin vers un curriculum ?

La revendication d’un curriculum, dont découlerait une discipline info-documentaire et un programme d’enseignement en info-documentation décliné de la sixième à la terminale, ne semble pas faire encore consensus entre les universitaires, les formateurs en Iufm et au sein même de la profession des enseignants-documentalistes.
Selon Eric Delamotte, professeur en sciences de l’information à Lille3, la recherche universitaire, peut favoriser des « alliances », des carrefours réflexifs avec les expérimentations de terrain. Vincent Liquete, enseignant-chercheur à l’Iufm de Bordeaux, souligne de son côté dans un entretien paru sur savoirscdi les apports et les limites d’un travail de didactisation : selon lui, l’inventaire de notions info-documentaires reste un instrument pour avancer dans l’expérimentation mais la culture de l’information doit construire sa légitimité par un approfondissement de ses contenus épistémologiques.

 

Il n’en reste pas moins que la réflexion et les expérimentations engagées par les enseignants-documentalistes traduisent une volonté de prospective qui questionne les mutations des systèmes socio-techniques et des pratiques liées aux écrits d’écran. Par là cette profession se saisit des enjeux humanistes liés à la culture de l’information.

En guise de conclusion, voici quelques réflexions de Frédéric Rabat publiées sur le blog de Pascal Duplessis : [ Je milite pour une médiation qui serait aussi dialogue. J'invoque un professeur documentaliste qui serait le champion du dialogue des intelligences. De ce point de vue le document ne saurait être réduit à son usage, ni même à sa richesse informative mais devient complice. Complice d'un esprit à la recherche d'une rencontre, complice d'une modestie qui admet ses manques et manifeste ses besoins, complice enfin d'une volonté qui cherche à établir un dialogue respectueux (même dans la contradiction) avec d'autres discours que le sien. La recherche documentaire impose d'abord un travail sur soi et la connaissance profonde des enjeux culturels qui se dissimulent derrière cet acte. Une culture de l'information nous manque...]

http://esmeree.fr/lestroiscouronnes/idoc/blog/1#le-document-complice-ou-le-retour-de-la-mediation-documentaire

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Les enseignants-documentalistes « non-concernés » pour former et évaluer les élèves ?

Samedi 15 mars 2008

Les propositions de M. Durpaire exprimées dans le dernier bulletin de la « Réunion des interlocuteurs académiques de documentation » en ligne sur le site Educnet laissent percevoir une conception « orientée outils » de la place de la documentation en milieu scolaire. Le rôle attribué aux enseignants-documentalistes semble ainsi dévolu à la conception de portails de ressources numériques au sein de systèmes d’information d’établissements tandis que le volet pédagogique de leur mission est désormais disqualifié. Sous couvert de “politique documentaire”, cette évolution de la profession traduit surtout une vision “économique” à court terme qui fait l’impasse sur les enjeux d’une éducation à la maîtrise de l’information.

Selon le document publié, il est urgent de valoriser une nouvelle offre éditoriale encore en jachère du fait de l’absence de dispositifs et de « personne-relais » au sein des établissements. En effet le marché des ressources numériques ne serait pas encore arrivé à maturité du fait du faible développement des systèmes d’information documentaire dans les établissements qui ne peuvent relayer l’offre déjà existante. Cette conclusion permet au fil du texte de disqualifier le débat en cours sur les enjeux de la « culture de l’information » au motif que le contexte de celle-ci serait « trop peu développé à l’interne de l’établissement ».

Ce constat ne réduit-il pas la question de l’éducation à l’information au seul angle des outils « réseaux ” et des modalités d’accès (interface et portails) aux produits documentaires en ligne ? Il ne s’agit au fond que de proposer un choix d’ « outils intuitifs », adaptés aux élèves. Est-ce bien là l’enjeu réel de la politique documentaire de l’établissement ? De fait ce concept est-il réellement transposable du monde des bibliothèques à l’échelle de l’établissement scolaire comme le souligne Olivier le Deuff sur son blog ? Alors qu’il est adapté au cadre du réseau Sceren, sa déclinaison au niveau de l’établissement cible avant tout une recherche de « débouchés commerciaux ».

Dans son analyse, Olivier Le Deuff préfère employer la “notion de stratégie documentaire” pour modéliser le système d’information documentaire de l’établissement. L’élaboration d’un portail constitue une réponse locale, « éditoriale et technologique » à des besoins d’information identifiés au sein de l’établissement. Mais le rôle des enseignants-documentalistes ne peut se limiter au « management » d’un “système d’information documentaire” et à la dimension de veille « informationnelle », au demeurant indispensable. Le chantier de la didactique info-documentaire répond aux enjeux liés aux mutations des usages de l’information .

Comme le soulignent Yves Jeanneret et Alexandre Serres, deux chercheurs qui ont participé à l’Université d’été 2006 De l’information à la connaissance” à l’invitation de M. Durpaire, il faut « déconstruire » l’apparente simplicité des outils de recherche, appréhender leur dimension “politique”, c’est à dire les parti-pris qui les fondent (popularité versus pertinence…). Et selon Pascal Lardellier, auteur d’ un essai sur «la culture numérique des adolescents », il est urgent de former les élèves à la maîtrise de l’information bien au delà des savoir faire méthodologiques (lire à ce sujet la contribution de Pascal Duplessis sur son blog).

Le chantier de la didactique info-documentaire” représente justement une réponse de la profession pour construire cette culture de l’information : dans ce contexte, les propositions de Françoise Chapron et Agnes Montaigne )lqui appellent à mutualiser les travaux et les expérimentations autour de la didactique info-documentaire, renouvellent en profondeur la question de la “formation des usagers”. Envisagée comme un “lieu commun” et sous une dimension “pratique” au sein de la politique documentaire, cette formation doit être réévaluée et refondée à travers les avancées des travaux en didactique. Et comme le démontre Agnes Montaigne sur le blog de Pascal Duplessis, il ne s’agit pas de revendiquer un enseignement magistral en documentation mais bien d’assumer notre rôle pédagogique à travers les dispositifs existants. “L’enseignant-documentaliste ne doit pas devenir un simple webmestre” ou gestionnaire de portail numérique selon les mots d’Yves Jeanneret prononcés en août 2006 devant M. Durpaire à l’Université d’été de l’ESEN  consacrée justement à la question de l’éducation à la maîtrise de l’information…


Approche des notions info-documentaires en terminale STG

Jeudi 7 février 2008

Comment aborder les notions de source et de référence en série STG

Le BO n° 10 du 9 mars 2006 décrit la nouvelle épreuve pratique du baccalauréat STG [ celle-ci prend appui sur une étude et sur un projet réalisés dans l'établissement de formation au cours de l'année de terminale ...

L'étude est un travail de recherche et d'exploitation d'informations sur un sujet, à partir de ressources documentaires disponibles et/ou directement produites à partir de l'observation d'une ou plusieurs organisations ou de situations réelles.
Elle vise à sélectionner au regard du sujet, des informations pertinentes, à les analyser et à effectuer une synthèse rédigée dégageant les conclusions de l'étude.... »

[L'étude est présentée à l'examen sous la forme d'un dossier regroupant :
- une fiche de travail synthétique (conforme au modèle joint en annexe 1 à la présente note de service) rendant compte de la délimitation du sujet, des méthodes de recherche, de sélection et de validation des informations, des technologies mises en œuvre, du calendrier observé et décrivant la démarche suivie par le candidat ;
- les documents et les informations sélectionnés ;
- les conclusions rédigées de l'étude (1 page).... ]

Les constats effectués par les jurys d’examen du baccalauréat :

Les enseignants membres des jurys de baccalauréat soulignent l’importance de la démarche d’évaluation, de validation et de hiérarchisation de l’information qui n’a pas toujours été comprise par les candidats. Tout se passe comme si certains élèves n’avaient pas saisi que la citation d’une référence documentaire doit être comprise comme le moyen de convoquer une preuve, un fait, un argument tirés d’un document dont la source doit être fiable et le contenu pertinent au regard des objectifs suivis.

Les impasses d’une approche strictement méthodologique :

Pourtant de nombreux outils méthodologiques existent sur le web et sont régulièrement recommandés aux élèves (y compris dans leur manuel scolaire) : l’analyse de la fiabilité d’un site web est décrite sous forme d’une série de questions à se poser. Si les élèves ne les utilisent finalement pas dans leur pratique spontanée, elles servent surtout à rassurer les enseignants et à les dédouaner du point de vue de l’éducation à la maîtrise de l’information.

Ces grilles d’évaluation de l’information masquent aussi les concepts qui les sous-tendent : celle de source, de caution ou fiabilité de la source, celle de référence documentaire… En somme, les “recettes méthodologiques” réduisent l’apprentissage de l’évaluation à une prescription de questions à se poser, sans expliciter les fondements de ce questionnement.

Posée en aval des situations d’apprentissage, la recherche des notions ou concepts qui sont en jeu dans l’évaluation d’un site web permet au pédagogue de mieux discerner les problèmes épistémologiques auxquels sont confrontés les élèves lors de l’évaluation de l’information en ligne. Cet objectif définitoire ne vise pas à élaborer un savoir abstrait à transmettre aux élèves : il s’agit pour l’enseignant de modéliser et comprendre ce qui est en jeu dans ces activités de recherche et d’évaluation de l’information.

l’apport de la didactique des notions info-documentaires

Les travaux menés depuis 2005 en didactique des notions info-documentaires permettent justement d’analyser le problème de la citation d’une référence documentaire sous l’angle de l’argumentation et de la rhétorique. (voir le numéro de mars 2007 de la revue Médiadoc consacré aux « Savoirs scolaires en information-documentation)

A ce sujet, on peut examiner la définition que donne le Dictionnaire des concepts info-documentaires de la notion de SOURCE (en ligne sur le site Savoirscdi : http://savoirscdi.cndp.fr/culturepro/actualisation/Duplessis/dicoduplessis.htm#source

Cette définition invite à distinguer la source (qui précise l’origine et la visée du discours) de la référence documentaire (qui a pour seul but d’identifier précisément un document par une description bibliographique formalisée) :

[ Dans son emploi singulier, la source désigne une catégorie d'intérêts, une classe ou un groupe d'acteurs sociaux caractérisés par un regard particulier sur le monde et produisant un discours identifiable à des fins propres ...On citera par exemple les institutions publiques, les organes de presse ou les partis politiques......Ainsi la source doit-elle être distinguée de la référence avec laquelle elle entretient des liens étroits, et se confond même lorsqu'elle est employée au pluriel. Ne dit-on pas «donner ses sources» ? C'est là un écart à éviter. La référence ne prétend qu'à l'identification objective et raisonnée d'éléments bibliographiques, dont le nom de l'auteur, relatifs au document, alors que la source vise à déceler et à rendre compte des intentions des médias... producteurs d'information. La reconnaissance de la source permet ainsi de construire un jugement sur la validité des informations proposées. ]

On voit donc que la notion de source entretient un réseau de liens avec d’autres notions comme celle de caution scientifique, de qualité de l’auteur.Un groupe de travail de l’Académie de Nantes piloté par Pascal Duplessis et Ivana Ballarini, a justement construit une carte conceptuelle de ce terme afin de montrer les relations qu’il entretient avec d’autres notions.

Carte conceptuelle de la notion de “source”

cette carte est une version abrégée de celle réalisée par Pascal Duplessis, publiée en ligne sur le site de l’Académie de Nantes

De la lecture de cette carte, on peut proposer les objectifs pédagogiques suivants :

Il s’agira d’amener les élèves à comprendre et différencier :

- les notions de SOURCE et d’AUTEUR : l’analyse de la source dévoile le contexte d’énonciation et l’origine du discours tenu par l’auteur.

- La REFERENCE DOCUMENTOGRAPHIQUE identifie seulement de manière les caractéristiques du document (entre autres critères le type de support, l’identité de la source, celle de l’auteur…). Elle ne donne aucun élément sur les conditions d’énonciation du discours.

Dès lors, citer un document (par sa référence documentographique) signifie

- convoquer une information dont on a identifié la fiabilité de la source

- convoquer une information dont on a évalué la pertinence par rapport à son besoin d’information

Ces deux activités nécessitent comme on le voit dans la carte conceptuelle un travail de confrontation des sources. Une information n’est pas fiable sur le seul plan de la caution ou de la notoriété de sa source. L’attitude critique consiste donc à vérifier une information en « croisant » les sources : sur l’exemple suivant : pour connaître les avantages et les limites du marketing par mail, on ne peut se contenter des informations trouvées sur le site d’une entreprise qui vend des solutions logicielles pour ce type d’applications. Il est nécessaire de comparer le « discours tenu » avec celui d’un site à priori plus neutre comme celui d’un organe de presse spécialisé dans la gestion et l’économie de l’entreprise exemple.

Comment remédier aux difficultés des élèves à évaluer les sources et « maîtriser l’information »

Dans un premier temps, il sera utile de construire la notion de « source » chez les élèves, ce qui permettra ensuite de lui adjoindre la notion de référence documentaire qui la complète.

Par le truchement d’une activité de recherche et d’évaluation d’informations en ligne, il s’agit d’amener les élèves à développer une posture critique qui les amène à interroger de manière systématique les sources des documents issus d’une page de résultats d’un moteur de recherches.

Par exemple, s’il s’agit d’un article « en ligne » provenant du site web du magazine économique « L’Entreprise », l’élève devra distinguer ce qui relève

- de l’analyse de la source : le site web de ce magazine est-il fiable ? quel est son lectorat ? comment apprécier son crédit scientifique ? Si oui, quels critères justifient cette opinion ?

- de la référence sitographique (nom du journaliste, titre de l’article, adresse ou URL de l’article, date de publication.)

Proposition de séquence pédagogique sur la notion de SOURCE

Il s’agit pour les élèves, d’analyser les sources provenant du résultat d’une recherche documentaire en ligne via le moteur de recherche « Google »

Objectifs :

- analyser la source des résultats obtenus (à partir des mentions légales de la page d’accueil du site quand elles existent)

- déterminer le type de source (institutionnelles, entrepreneuriales, privées…)

- discerner les contextes ou points de vue des sources sur le sujet (quel est l’objectif du discours de la source , prise d’intérêt, neutralité…)

- mutualiser les résultats et en conclusion, s’interroger sur le fonctionnement du moteur de recherche Google (présentation des résultats, positionnement payant et liens publicitaires, différence entre taux de popularité et niveau de pertinence)

déroulement : les élèves travaillent par binôme : ils doivent sélectionner et analyser les sources d’au moins trois sites provenant des deux premières pages de résultats d’une recherche portant sur la mesure de la performance en entreprise

a : dans les deux premières pages de résultats, choisir trois sites qui paraissent pertinents sur le sujet

b : pour chaque site, relever précisément la source, c’est-à-dire le responsable éditorial du site (voir la page d’accueil du site où figurent normalement les mentions légales identifiant la source)

c : noter le point de vue de cette source : selon vous à qui s’adresse t- elle ? quel est son objectif (affiché ou caché..)

production : Les élèves doivent justifier les critères de leur sélection (pourquoi avoir choisi ces trois sites dans la liste de résultats) et remplir une grille d’évaluation de la source de chaque site.

évaluation : claque groupe d’élèves justifiera ces choix par oral devant la classe

pour consulter ou télécharger la grille d’exercice, cliquer sur le lien ci-dessous :Grille d’exercice de comparaison des sources (au format PDF)



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Le Monde selon Google

Dimanche 20 janvier 2008

Un article de Frédéric Rabat, en ligne sur le site Formdoc de l’académie de Rouen expose le modèle économique de Google. Il montre que les services innovants de Google, au delà de sa fonction de recherche, visent d’abord à capter une population d’internautes en tant que clientèle garante d’une forte audience publicitaire.

L’auteur plaide aussi pour une formation critique des élèves à cet outil pour contrer”les fausses représentations” et l’illusion d’un cyber-monde sans économie, sans loi, sans auteur…”. Comme le souligne Emmanuelle Bernès, “le moteur de recherche devenu le principal point d’accès à la collection en ligne , tend à se confondre avec elle, en devient l’unique interface, le seul artefact visible, un peu comme si une bibliothèque se limitait soudain à sa salle de lecture.”

Cette métaphore a deux intérêts : d’une part, elle démontre comment l’écran masque la complexité des opérations de sélection et de mise en scène des objets documentaires. D’autre part, elle souligne en contrepoint l’impérieuse nécessité de la démarche de validation des sources de l’information. En remontant par hyperliens successifs à la source d’un document ciblé, le lecteur reconstruit cette “dimension spatiale” de la page de résultat du moteur de recherche. Mais il ne peut interpréter ce cheminement que s’il dispose de savoirs sur les critères d’indexation du moteur de recherche.

Yves Jeanneret esquisse cette problématique dans son introduction à l’ouvrage “Politique documentaire” ed ADBS quand il souligne que “la culture de l’information suppose une mémoire des formes et une prise en compte de l’épaisseur documentaire…”. C’est justement cette notion d’”épaisseur” que gomment le dispositif de l’écran et les algorithmes du moteur de recherche.

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