Les journalistes et le pouvoir

18 05 2007

Serge Halimi, Les nouveaux chiens de gardeA l’heure des grandes manĹ“uvres dans les ministères et les palais de la RĂ©publique, on apprend que deux journalistes, Catherine PĂ©gard (du “Point”) et Myriam LĂ©vy (du “Figaro”) ont Ă©tĂ© nommĂ©s conseillères Ă  Matignon et Ă  l’ElysĂ©e. Certains crient dĂ©jĂ  au scandale, y voyant le signe de la connivence entretenue, selon eux, entre les mĂ©dias et le pouvoir.

La dĂ©nonciation est classique, en fait: la tradition critique des mĂ©dias a toujours tentĂ© de dĂ©montrer l’asservissement des journalistes aux politiques.

Serge Halimi, notamment, dans Les nouveaux chiens de garde, a fourni une violente critique de ses pairs : incriminĂ©s comme “complices du pouvoir”, ils ont perdu leur fonction critique en se mettant au service d’idĂ©ologies politiques. Ainsi, pour Halimi, le journaliste, autrefois au service du public, s’est mutĂ© en relais du pouvoir, agissant contre le public. La manipulation est d’autant plus perverse, dit-il, que le public est trompĂ© par une institution en laquelle le public aurait confiance.

Pour Halimi, le public n’aurait donc aucune chance de comprendre le pouvoir, les journalistes organisant de concert avec les politiques l’opacitĂ© du pouvoir.

Trois points faibles de ce type de critique sont Ă  souligner :

  • la critique est fondĂ©e sur la puretĂ© du public, incapable d’esprit critique.
  • une conception angĂ©lique et manichĂ©enne du pouvoir.
  • une gĂ©nĂ©ralisation abusive : il n’y a pas le journalisme, mais des journalistes, qui n’ont souvent pas grand chose en commun, en terme de dĂ©ontologie ou de conditions de vie.

Que pensez-vous de ces deux nominations : cas isolĂ© ou symptĂ´me d’un lien trop Ă©troit entre journalisme et pouvoir ? Le nouveau pouvoir signifie-t-il la rĂ©surgence de l’intimitĂ© entre les deux institutions ?



Débat présidentiel: La politique de la guerre psychologique.

3 05 2007

Le dĂ©bat que nous ont offert hier soir les deux concurrents a Ă©tĂ© riche d’enseignements. Le mot “concurrent” n’est pas neutre. Certains prĂ©fèrent utiliser celui de “partenaire“. Ce qui est plutĂ´t piquant au regard de la relative violence de nombreux Ă©changes au cours du dĂ©bat.

En démocratie, nous explique-t-on en somme, la confrontation politique serait passée de mode, à ranger dans nos greniers idéologiques. Le débat serait quelque chose qui devrait être policé, aimable, bref ronronnant.

C’est ce ronronnement qui pourrait ĂŞtre Ă  l’origine du brouillement des positions entre gauche et droite. La virulence, si elle a le dĂ©faut d’obscurcir le contenu des propos, permet nĂ©anmoins d’Ă©claircir la personnalitĂ© de celui qui parle. Bref, elle donne des clĂ©s pour son choix en conscience.

A ce titre, le “qui” l’a largement emportĂ© sur le “quoi” Ă  l’issue de ce dĂ©bat. Plus qu’un dĂ©bat d’idĂ©es, les concurrents se sont livrĂ©s Ă  une guerre psychologique, oĂą la volontĂ© de dĂ©stabiliser l’autre l’emportait sur celle de le convaincre.

Certains pourraient regretter que le dĂ©bat n’ait que peu portĂ© sur les projets respectifs, mais il apparait que la vivacitĂ© des propos reflète la vivacitĂ© du clivage politique entre Royal et Sarkozy.

Le débat vous a-t-il semblé utile, digne, clair? Exprimez vous!



Le développement durable: une idée philosophique!

8 03 2007

L’Ă©cologie, n’en dĂ©plaise Ă  certains, n’ a pas Ă©tĂ© inventĂ©e par un animateur tĂ©lĂ© nommĂ©Centrale Ă©lectriques au charbon en Chine Nicolas Hulot, ni mĂŞme par les Verts ou les Ă©cologistes. Beaucoup l’ont dĂ©couverte aujourd’hui, mais ses racines sont profondes et s’inscrivent, de manière gĂ©nĂ©rale dans deux phĂ©nomènes historiques: le premier est l’après rĂ©volution industrielle (deuxième moitiĂ© du 19eme siècle), oĂą l’on a commencĂ© Ă  consommer sans retenue les ressources de la planète, le second phĂ©nomène date de Hiroshima, qui a donnĂ© lieu Ă  une prise de conscience de la vulnĂ©rabilitĂ© de la terre. Ces deux Ă©lĂ©ments permettent de poser une première dĂ©finition de l’Ă©cologie: l’homme peut dĂ©truire son lieu de vie et d’existence, le seul qu’il ait Ă  disposition, Ă  savoir la planète.

Creusons un peu. Un philosophe allemand, Hans Jonas, a publiĂ© dans les annĂ©es soixante-dix, un livre, Le principe responsabilitĂ© (un best-seller!), qui se posait la question: comment faire pour que l’humanitĂ© n’aille pas Ă  sa propre perte? Sa rĂ©ponse, c’est “l’heuristique de la peur“. Ce concept, un peu barbare, signifie que seule la peur, celle de la disparition de l’espèce humaine, peut amener les hommes Ă  modifier radicalement leurs modes de vie et de consommation des ressources natuelles. Or, le concept de dĂ©veloppement durable ne dit pas autre chose: il faut changer nos habitudes, adapter nos modèles Ă©conomiques. Le gĂ©nĂ©rations prĂ©sentes ont l’impĂ©ratif (morale et mĂ©taphysique) de ne pas hypothĂ©quer la vie des gĂ©nĂ©rations futures.

Et Jonas de conclure: “L’humanitĂ© n’a pas droit au suicide“.



Présentation

15 12 2006

Bonjour Ă  toutes et Ă  tous,

ce blog, intitulĂ© “philosophie et politique”, entend poursuivre deux objectifs:

- vulgariser et expliciter les grandes pensées de la tradition philosophique.

- penser les grands sujets d’actualitĂ© et les inscrire dans un contexte et une problĂ©matique se rattachant Ă  la philosophie politique.

Ce blog est un espace ouvert, n’hĂ©sitez donc pas Ă  vous y exprimez, librement.

Kierke.