Les ornements dans la musique baroque

A l’occasion d’un travail en ensemble de guitare sur un double chœur de  Ludovico Viadana intitulé « La Padovana », la question de l’interprétation de ce texte « tel quel » s’est naturellement posée . Et bien que ce texte soit plus proche d’une canzone italienne que d’un air baroque proprement dit, l’occasion était de commencer à parler de l’ornementation dans la musique ancienne .

Les textes de cette époque, comme pour la musique renaissance, sont sujets à d’importantes transformations (parfois quasi improvisées) tant sur le plan rythmique que sur le plan mélodique.

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L’interprétation de la musique baroque est consituée (entre autres) de deux éléments fondamentaux :

  1. les valeurs inégales (action de transformer par exemple deux croches égales en : une valeur longue + une valeur courte, une sorte swing propre à cette musique à l’instar du jazz)
  2. les ornements ou agréments

Concernant les ornements, voici un petit résumé des principales caractéristiques de l’interprétation de la musique de cette époque.


Pour une plus grande clarté il est courant d’utiliser le mot « ornement », terme générique utilisé à l’époque, mais l’on peut distinguer les ornements des agréments.

AGRÉMENTS : destinés à « orner » le texte musical, ils n’en dénaturent jamais la structure (appuis mélodiques, mouvements ascendants ou descendants), ils sont rapides et courts et doivent avant tout « augmenter la beauté  d’un texte » (saint Lambert).  Voici quelques termes pour les qualifier : « notes de goûts », appogiatures, trilles, etc.

ORNEMENTS : ils sont destinés à broder autour d’un texte par ajout de notes par exemple dans le cas des « diminutions » (dont l’origine se trouve dans la musique renaissance), ou bien encore ils varient ce même texte comme dans le cas des… « variations ». Quelques termes qui les caractérisent : variations, passages (passaggios),  diminutions.

LES AGRÉMENTS

CHÛTE : « La chûte est une inflexion de la voix qui, après avoir appuyé un son pendant quelques temps, tombe doucement et comme en mourant sur un degré plus bas sans s’y arrêter. La chûte donne un grand agrément aux chants pathétiques (Montéclair) ».

COULADE : « La coulade se marque par plusieurs petites notes postiches qui se suivent par degrés conjoints en montant ou en descendant sans que la suite, la liaison, ni la beauté du chant en soit interrompues (Montéclair) ».

COULÉ : « Le coulé est un agrément qui adoucit le chant et le rend onctueux par la liaison des sons. Ils se font par le moyen d’une ou plusieurs notes supposées entre les notes portantes ou essentielles du chant (Montéclair) ». On peut noter au passage la relation directe à une technique propre à notre instrument, « le coulé » trouve donc bien sont origine dans la recherche d’une technique à l’origine typiquement vocale.

« On observera que l’on doit faire un coulement presque dans tous les intervalles de tierces en descendant (Hotteterre le Romain) ».

PINCÉ : ( mordant, battement) : il fait partie des « tremblements » au même titre que le trille. Simple ou double, le pincé ne comprend en général qu’un seul battement et s’exécute par la note inférieure ou supérieure (pincé renversé). Il est toujours rapide court.

PORT DE VOIX (appogiature) : Toujours accompagné d’un pincé, « le port de voix préparé et soutenu se fait en montant, et il tire son origine de la note au dessous de celle où l’on va asseoir le son. Il l’orne de manière si gracieuse qu’il peut exprimer tout ce que l’âme peut sentir… » (Quantz, Montéclair).

TOUR DE GOSIER : il peut être la terminaison d’un trille et se fait par cinq notes partant de la note principale et y revenant.

TRILLE (tremblement, battement, cadence), quelques règles essentielles :

  1. Il est toujours constitué d’un tremblement (d’un ton ou d’un demi ton selon le mode et la note dont il tire sa source).
  2. Si le tempo le permet il va en s’accélérant
  3. Sa terminaison est précédée d’un point d’arrêt et est toujours rapide.

Afin que tous ceci ne reste pas théorique vous trouverez des exemples écrits de chaque agréments dans la page  » cours  » (à venir…).

Si vous voulez vous en savoir plus dans ce domaine, je vous renvoie à la « bible » concernant ce sujet : « Les règles de l’interprétation musical à l’époque baroque » de Jean-Claude Veilhan aux éditions Leduc et aux excellents articles sur la période baroque  de Stéphanie Foret sur son blog « autour de nos guitares ».

Quelques exemples :

Philippe Jarrousky : Pianti Sospiri (Vivaldi)

Une Chaconne de Charles Mouton par Franco Pavan


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Un commentaire

  1. stephanieforet :

    Merci beaucoup pour cet article qui permet d’entrer en détail dans le sujet de l’ interprétation de la musique baroque. On attend avec impatience les exemples en images, et, pourquoi pas, en sons…

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