Jouer en audition
Cet article ouvre une série d’articles sur les situations de jeu que l’on peut rencontrer (audition, concert, examen, concours).
Quel plaisir que de jouer en audition…
Enfin… toutes ces heures passées à répéter vont trouver un sens ; aboutir au partage, au plaisir d’offrir le fruit de notre labeur, en échange d’oreilles la plupart du temps bienveillantes. A l’instar du dompteur, jouer d’un instrument c’est apprivoiser un objet, notre corps aussi, afin de les mettre au service d’un art. Finalement cette histoire est très personnelle et les auditeurs vont y prendre leur part mais en nous renvoyant en fin de compte à nous même.
Jouer en audition (ou en concert) présente bien des aspects positifs pour notre progression, à condition, et uniquement à condition, de bien s’y préparer.
Le maître mot n’est pas le travail (dans le sens quantitatif tout du moins), car le trac, ce fameux TRAC peut réduire en poussière des heures et des heures passées à répéter. Le maître mot c’est la « CONCENTRATION ».
Jouer en audition est une situation « hors-norme » et exige donc d’utiliser un potentiel particulier. Cette situation exceptionnelle réclame de nous un effort à sa hauteur et nous devons alors chercher à « rassembler » nos forces : physiques, mentales et intellectuelles. Cela ne peut se faire que dans un environnement où les facteurs externes pouvant nuire à cette concentration sont réduits au minimum. Partant de ce principe, étudions les différents paramètres que nous pouvons « tenter de contrôler ».
1. le temps
C’est tout bête mais il faut arriver en avance sur le lieu du drame… Ceci afin de chercher à s’y sentir bien et de se l’approprier. Pensez que vous invitez le public CHEZ VOUS à venir vous écouter. Bien que, de manière totalement illusoire, on peut penser qu’il se soit installé avant vous lorsque vous arrivez sur scène, vous pouvez renverser les rôles en faisant de la scène VOTRE ESPACE. Baladez vous dessus comme si c’était l’endroit même où chaque jour vous travailliez votre instrument, prenez possession du lieu, aimez-le car vous allez y vivre un évènement particulier de votre vie (au même titre que le public finalement).
De plus, arriver en avance aura d’autres avantages (mais pas trop en avance non plus afin de ne pas faire monter le stress), et notamment celui de prendre le temps de vérifier votre matériel.
2. le matériel
En premier lieu bien sûr il faut que votre instrument soit opérationnel. Évitez les changements de cordes trop tardif en amont de votre prestation sinon vous aurez des problèmes d’accords. Accordez vous bien chez vous et prenez le temps de faire une vérification (si possible au calme…) sur place, il serait vraiment dommage de jouer très bien mais…faux !
Si vous le pouvez et même si vous connaissez bien le lieu, faites quelques notes sur scène pour tester l’acoustique, ce n’est pas au moment de la première note en public qu’il faut être surpris de la façon dont l’espace dans lequel vous jouez résonne. La scène est un instrument à part entière, avec ses propres caractéristiques acoustiques, et , vide ou pleine, elle peut parfois réagir très différemment.
Pour jouer il faut que le matériel que nous utilisons ait été vérifié et revérifié. Assurez vous que la chaise vous convient bien, vérifiez la hauteur du repose-pied avant de jouer, à chacun son réglage ! Le pupitre est-il adéquat, pupitre plein ou métallique, à quelle hauteur, est-il bien placé ? La lumière est-elle suffisante ? Préparez bien votre matériel : partitions collées ou pas, annotations claires, etc. De même si vous êtes en audition renseignez vous pour savoir quand vous passez, vous êtes dans une situation particulière, gardez le contrôle au maximum sur les évènements, cela vous mettra en confiance.
Ne vous laissez pas distraire lorsque votre prestation approche, c’est là le piège car c’est là LE TEMPS DE VOTRE CONCENTRATION.
3. la concentration
Je me garderais bien de donner telle ou telle recette car au final chacun sait ou doit chercher à savoir ce qui aide et permet d’entrer dans un ETAT de CONCENTRATION. Car il s’agit bien d’un ETAT dans lequel il faut rentrer au prix d’un EFFORT MENTAL ; et qui, par le fait, n’est PAS ACQUIS. A vous, par l’expérience et l’observation, de trouver votre propre voie : s’isoler, communiquer (sans se distraire), rien n’est figé et personnellement je reconnais que certaines recettes que je pensais éprouvées ont évoluées radicalement avec le temps et que ma concentration se produit de manière bien différente maintenant d’il y a seulement quelques années. Essayez de savoir aussi si cet état de concentration vous demande du temps ou pas. Il y a des cas étonnants de musiciens qui paraissent totalement déconcentrés juste avant une prestation importante, et qui se contentent en fait de quelques secondes de concentration pour une heure de jeu sans failles (au niveau de la concentration tout du moins) ! Il peut arriver aussi qu’en cherchant à se concentrer longtemps à l’avance l’on fasse monter le stress…
Jouer ou aller à un concert (ou un spectacle) consiste à se retirer du monde et à ouvrir une parenthèse dans notre vie, à nous de faire en sorte que celle ci soit la plus belle et la plus enrichissante possible.
Pour la suite je vous parlerai des examens car c’est là une situation bien particulière et peu naturelle, qu’il faut donc travailler et aborder comme telle.
Compteur
8 février 2010 à 16:13
Ca tombe bien, j’ai audition demain! Sonate de Turina
8 février 2010 à 22:00
Ben oui c’est sûr ! Bien que tu aies déjà une solide expérience j’espère que cela t’auras un peu aidé. Bon courage !
12 février 2010 à 10:52
bonjour, je suis le « relais » de Stéphanie pendant son absence.
Nous cherchons à constituer un « réseau pédagogique autour de la guitare acoustique », seriez vous intéressé?
Béatrice Tavan
22 février 2010 à 22:47
Eh bien je trouve cette idée excellente, il reste bien sûr à définir comment pourrait se concrétiser ce “réseau pédagogique autour de la guitare acoustique” mais je suis partant !