Jouer en examen, euh, youpi ?!

Voilà bien une curieuse situation, finalement assez peu naturelle. C’est une façon de placer la pratique de la musique au regard des notions de compétence et de performance, ce qui est somme toute le but d’une école de musique (?).

Quiconque s’est déjà trouvé face à un « jury » sensé évaluer des années d’investissement dans la musique sur la foi d’une audition de quelques minutes, n’a pu que ressentir : soi de la frustration, dans le cas d’une prestation en deçà de ses possibilités ; soi, au mieux, le plaisir de s’être sorti d’une situation fort périlleuse, ce qui est un plaisir…tout relatif !

Et pourtant, la plupart du temps, les personnes qui constituent le jury (qui sont bien sûr eux-mêmes professeurs), ainsi que le directeur ou autre représentant de l’école, ont un grand plaisir à entendre des élèves (élèves qu’ils n’ont pas forcément l’occasion d’entendre pendant l’année). C’est donc en général un « bon moment » pour le jury, qui va découvrir ce qui se passe dans une autre classe que la sienne et échanger avec ses collègues.

Je conseille vivement à ceux qui vont présenter un examen ou un concours de faire l’effort d’imaginer le plaisir que les personnes présentes ont à être là pour les écouter.

Le plaisir de jouer est fondé sur le plaisir de l’échange et devrait être présent quelles que soient les situations dans lesquelles nous nous trouvons. Car c’est bien lui qui nous guide.

Mais attention ! si l’on ne maîtrise pas ses pièces, si l’on ne se sent pas « au niveau », il sera bien difficile de tirer parti de cette notion de plaisir, complètement « théorique » au regard d’une situation d’échec. Dans ce cas (et même dans le cas contraire d’ailleurs), il est très important de connaître ses points forts, nous en avons tous, et il faut tirer parti de ces points forts.

C’est le moment de mettre en évidence le ou les aspects que vous pensez avoir le plus et le mieux exploité dans la maîtrise de l’instrument ou la musicalité.

C’est le moment de montrer (à défaut de démontrer).

Qui a une belle présence sonore : soignez le début de votre prestation, qui possède une belle énergie rythmique (même avec un petit son) : faites danser vos doigts ! qui joue lentement (trop ?) avec calme , jouez lentement avec calme !

Soyez fiers de votre parcours même si vous en connaissez les faiblesses, la musique est aussi affaire d’humilité !

Mettez-y votre âme et le public (le jury) ne pourra être insensible à votre concentration (tiens, tiens !), votre investissement, votre présence.

Enfin pour un aspect plus pratique des choses, je vous renvoie au précédent article concernant le jeu en public, la situation de l’examen ne diffère pas (à mon sens) d’un concert. Pour mémoire, pensez à :

- avoir de bons outils : cordes pas trop neuves ni trop vieilles, un accord parfait, des ongles « aux taquets » (si c’est possible et pour les guitaristes uniquement !),
- une gestion du temps maîtrisé (arriver en avance),
- pas de surprise au moment de la prestation, l’acoustique doit avoir été testée.

Jouez la situation plusieurs fois

Puisqu’il s’agit d’une situation qui, qu’on le veuille ou non, est assez stressante, je préconise vivement de jouer cette situation plusieurs fois auparavant. Convoquez quelques amis, des membres de votre famille et jouez leur vos morceaux, vous découvrirez ainsi votre capacité à bien exploiter ces points forts et ce qui peut éventuellement vous déstabiliser.  Cela vous donnera des repères dont vous pourrez vous servir pour prendre confiance avant l’heure fatidique. De plus en vous entraînant à l’avance, vous banaliserez ainsi cette situation et vous finirez par vous l’approprier et la faire vôtre.

Maîtrisez votre prestation

Le jury paraît parfois peut attentif avant (et même parfois pendant !) votre prestation, vous ne devez absolument pas en tenir compte ! Bien sûr, attendez qu’il ait rassemblé les partitions avant de commencer à jouer, mais surtout, avant de jouer, vous êtes dans votre phase de concentration. Peu importe que le jury discute ou fouillle son sac, vous vous con-cen-trez, point final.

Pour terminer, si l’on vous dit « vas-y », surtout n’y allez pas ! ou plutôt allez-y mais uniquement lorsque vous l’avez décidé et vous seul.

Il n’y a que vous qui puissiez savoir si vous êtes prêt à jouer ou pas.

On dit que le silence est la maison de la musique, partez du silence (intérieur) pour y revenir à la fin.

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