Dès l’aube de la littérature française, poésie, musique et chanson ont partie liée : « toutes paroles mises en vers [sont] chansons », comme l’écrit Dante dans De l’éloquence en langue vulgaire. Troubadours et trouvères créent à la fois les poèmes et la musique qui les accompagne.

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Par la suite, poètes et musiciens deviennent indépendants, sans que les oeuvres poétiques cessent d’être mises en musique. Au XVIIe siècle, la poésie devient essentiellement une oeuvre de circonstance, et la chanson un genre prisé mais considéré comme mineur par ceux-là même qui la composent. Il en est de même au siècle des lumières où la poésie se fait « fugitive » et où la chanson ne cesse de circuler des lettrés au peuple et du peuple aux lettrés, tandis que la Révolution voit fleurir, comme lors de la Fronde, la chanson politique.

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A l’époque romantique, la poésie rompt totalement avec la musique, mais les poètes fréquentent les chansonniers et s’inspirent d’eux ; parallèlement, on redécouvre les poésies du Moyen Age et de la Renaissance, qui sont alors plus ou moins confondues avec les « vieilles chansons » du folklore français. Au fil du siècle, la poésie emprunte à la chanson sous différents vocables ballade, villanelle, pantoum, complainte pour donner une note ancienne, populaire ou exotique à son propos., alors que la chanson réaliste, avec Bruant, acquiert ses lettres de noblesse et que des musiciens comme Berlioz, Fauré ou Debussy puisent dans les oeuvres de nombreux poètes du siècle pour leurs mélodies.

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Au XXe siècle, des poètes s’intéressent à la radiophonie et composent, comme Desnos ou Tardieu, des poèmes aux allures de chansons. Aragon, Eluard, Prévert pour ne citer qu’eux sont chantés par des artistes en vogue ; quant à la chanson dite de variété, quand elle est écrite par Brel ou Brassens, elle se met à figurer dans les recueils poétiques. C’est sur les frontières poreuses entre poésie, musique et chanson et sur ce qui les lie les unes aux autres que l’on souhaite axer la réflexion de cette journée d’études.



La poésie est musique, d’ailleurs longtemps on a dit que le poète « chantait » le monde…

Beaucoup d’oeuvres poétiques ont été adaptées par des compositeurs. La variété regorge de chansons qui à l’origine étaient des poèmes.

Par exemple, connaissez-vous le célèbre Demain, dès l’aube, de Victor Hugo? Voici ce qu’en a fait J.M Grossi

Je garde le souvenir vivace d’un élève que j’ai eu il y a près de quinze ans, et qui avait épaté la classe (et moi!) en imitant Yves Montand interprétant Dans ma maison , de Jacques Prévert. Le chanteur a d’ailleurs repris un certain nombre de textes du poète.

Boris Vian n’a pas fait que composer Le Déserteur, il l’a aussi chanté!

Marc Lavoine a apporté une touche personnelle au Pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire.

Gilbert Fourny vous est sans doute inconnu. Je vous le présente car il a chanté Paul Verlaine et son Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches.

Si tu es en troisième, tu as certainement lu Sensations, d’Arthur Rimbaud. Ecoute ce qu’en a fait Jean-Louis Aubert :

Je pourrais continuer ainsi longtemps… Allez, un petit dernier!Léo Ferré, interrogé, explique le rôle du chanteur, qui apporte à des personnes qui ne les connaissaient des trésors de la littérature : Il chante Apollinaire, Hugo, Rutebeuf, Aragon.



Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire

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