Dès l’aube de la littérature française, poésie, musique et chanson ont partie liée : « toutes paroles mises en vers [sont] chansons », comme l’écrit Dante dans De l’éloquence en langue vulgaire. Troubadours et trouvères créent à la fois les poèmes et la musique qui les accompagne.

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Par la suite, poètes et musiciens deviennent indépendants, sans que les oeuvres poétiques cessent d’être mises en musique. Au XVIIe siècle, la poésie devient essentiellement une oeuvre de circonstance, et la chanson un genre prisé mais considéré comme mineur par ceux-là même qui la composent. Il en est de même au siècle des lumières où la poésie se fait « fugitive » et où la chanson ne cesse de circuler des lettrés au peuple et du peuple aux lettrés, tandis que la Révolution voit fleurir, comme lors de la Fronde, la chanson politique.

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A l’époque romantique, la poésie rompt totalement avec la musique, mais les poètes fréquentent les chansonniers et s’inspirent d’eux ; parallèlement, on redécouvre les poésies du Moyen Age et de la Renaissance, qui sont alors plus ou moins confondues avec les « vieilles chansons » du folklore français. Au fil du siècle, la poésie emprunte à la chanson sous différents vocables ballade, villanelle, pantoum, complainte pour donner une note ancienne, populaire ou exotique à son propos., alors que la chanson réaliste, avec Bruant, acquiert ses lettres de noblesse et que des musiciens comme Berlioz, Fauré ou Debussy puisent dans les oeuvres de nombreux poètes du siècle pour leurs mélodies.

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Au XXe siècle, des poètes s’intéressent à la radiophonie et composent, comme Desnos ou Tardieu, des poèmes aux allures de chansons. Aragon, Eluard, Prévert pour ne citer qu’eux sont chantés par des artistes en vogue ; quant à la chanson dite de variété, quand elle est écrite par Brel ou Brassens, elle se met à figurer dans les recueils poétiques. C’est sur les frontières poreuses entre poésie, musique et chanson et sur ce qui les lie les unes aux autres que l’on souhaite axer la réflexion de cette journée d’études.



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        Victor Hugo est né à Besançon le 26 février 1802. Fils d’un général de Napoléon, il suivit d’abord son père dans le hasard des expéditions et des campagnes, en Italie, en Espagne, où il fut page du roi Joseph et élève au séminaire des nobles de Madrid. Vers l’âge de onze ans, il vint s’établir avec sa mère, séparée à cette époque du général, à Paris, dans le quartier, presque désert alors, du Val-de-Grâce. C’est là qu’il grandit dans une liberté d’esprit et de lectures absolue, sous les yeux d’une mère extrêmement indulgente et assez insoucieuse à l’endroit de l’éducation. Il s’éleva tout seul, lut beaucoup, au hasard, s’éprit, dès quinze ans, à la fois de vers et de mathématiques, se préparant à l’École polytechnique et concourant aux Jeux floraux.

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        Couronné deux fois par cette société littéraire, nommé par elle maître ès jeux floraux en1820, distingué par l’Académie française en 1817, à l’âge de quinze ans, pour une pièce sur les Avantages de l’étude, s’essayant à une tragédie (Irtamène dont on trouve quelques fragments dans Littérature et Philosophie mêlees), il comprit que sa vocation était toute littéraire, abandonna les mathématiques, et lança en 1822 les Odes. Il obtint une pension de 2 000 francs de Louis XVIII, peut-être pour son livre, peut-être pour un trait de générosité dont le Roi fut touché ; il se maria (1822), et ne songea plus qu’à marcher sur les traces de Lamartine, qui était l’idole du jour.

        Journaux (Le Conservateur littéraire), romans (Bug-Jargal, Han d’Islande), théâtre (Amy Robsart avec Ancelot, à l’Odéon, chute), vers (Ballades et nouveaux recueils d’Odes) l’occupent jusqu’en 1827. A cette date, il donne Cromwell, grand drame en vers (non joué), avec une préface qui est un manifeste. En 1828 il écrit Marion de Lorme, drame en vers, qui est interdit par la censure, en 1829 les Orientales, en 1830 Hernani, joué à la Comédie française, acclamé par la jeunesse littéraire du temps, peu goûté du public.

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        La Révolution de 1830 donne la liberté à Marion de Lorme, qui est jouée à la Porte Saint-Martin avec un assez grand succès.

        Dès lors Victor Hugo se multiplie en créations. Les recueils de vers et les drames se succèdent rapidement. En librairie, c’est Notre-Dame de Paris, roman (1831), Littérature et philosophie mêlées (1834), Feuilles d’automne, poésies (1831), Chants du crépuscule, poésies (1835), Voix intérieures, poésies (1837), Rayons et Ombres, poésies (1840), Le Rhin, impressions de voyage (1842). – Au théâtre, c’est Le Roi s’amuse, en vers (1839), représenté une fois, puis interdit sous prétexte d’allusion politique, Lucrèce Borgia, en prose (1833), Marie Tudor, en prose (1833), Angelo, en prose (1835), Ruy Blas, en vers (1838), les Burgraves, en vers (1843).

        En 1841 il avait été élu de l’Académie française, après un premier échec. En 1845 il fut nommé pair de France. En 1848 il fut élu député de Paris à l’Assemblée Constituante, fonda le journal l’Evénement pour préparer sa candidature à la Présidence de la République, et devint un personnage politique. A la Constituante, il siégea parmi la droite et vota ordinairement avec elle.

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Peu soutenu dans sa candidature à la Présidence, mais réélu député de Paris, il siégea à gauche à l’Assemblée législative, se marqu

a énergiquement comme anti-clérical (Loi sur l’enseignement) et inclina peu à peu vers le groupe socialiste.
Au 2 décembre 1851 il se mêla au mouvement de résistance, et dut prendre la route de l’exil.

        Il se retira en Belgique, puis à Jersey, puis à Guernesey, refusa de bénéficier des amnisties, et ne rentra en France qu’en 1870. Pendant son séjour à l’étranger, il publia Napoléon le Petit, et écrivit l’Histoire d’un crime, pamphlets politiques en prose, Les Châtiments (1853), satires en vers contre les hommes de l’Empire, Les Contemplations, poésies (1856), la première Légende des Siècles (1859), Les Misérables, roman (1862), William Shakespeare, étude critique (1864), Les Travailleurs de la mer, roman (1866), Les Chansons des rues et des bois, poésies (1865), etc.

        Revenu à Paris sous la troisième république, il vit le siège de 1870 et la guerre civile de 1871, qui lui inspirèrent l’Année terrible, poésies (1872). il donna encore la deuxième Légendes des Siècles, poésies (1877), l’Art d’être Grand-Père, poésies (1877), la troisième Légende des Siècles, poésies (1881), les Quatre vents de l’esprit, poésies (1882).
Il avait été nommé sénateur par le collège électoral de Paris en 1876. Il parla peu. Il vota constamment avec la gauche. Ses opinions politiques d’alors étaient représentées par le journal Le Rappel, fondé vers la fin de l’Empire par ses parents et alliés.

        Il mourut le 22 mai 1885, « dans la saison des roses », comme il l’avait prédit quinze années auparavant, à l’âge de 83 ans, comme Goethe. Son corps fut déposé au Panthéon, après les funérailles les plus magnifiques que la France ait vues depuis Mirabeau. Il a laissé une grande quantité d’œuvres inédites qui paraîtront successivement. En 1886 on en a donné deux, le Théâtre en Liberté, et la Fin de Satan, qui n’ont rien ôté à sa gloire.



La poésie est musique, d’ailleurs longtemps on a dit que le poète « chantait » le monde…

Beaucoup d’oeuvres poétiques ont été adaptées par des compositeurs. La variété regorge de chansons qui à l’origine étaient des poèmes.

Par exemple, connaissez-vous le célèbre Demain, dès l’aube, de Victor Hugo? Voici ce qu’en a fait J.M Grossi

Je garde le souvenir vivace d’un élève que j’ai eu il y a près de quinze ans, et qui avait épaté la classe (et moi!) en imitant Yves Montand interprétant Dans ma maison , de Jacques Prévert. Le chanteur a d’ailleurs repris un certain nombre de textes du poète.

Boris Vian n’a pas fait que composer Le Déserteur, il l’a aussi chanté!

Marc Lavoine a apporté une touche personnelle au Pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire.

Gilbert Fourny vous est sans doute inconnu. Je vous le présente car il a chanté Paul Verlaine et son Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches.

Si tu es en troisième, tu as certainement lu Sensations, d’Arthur Rimbaud. Ecoute ce qu’en a fait Jean-Louis Aubert :

Je pourrais continuer ainsi longtemps… Allez, un petit dernier!Léo Ferré, interrogé, explique le rôle du chanteur, qui apporte à des personnes qui ne les connaissaient des trésors de la littérature : Il chante Apollinaire, Hugo, Rutebeuf, Aragon.



Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Charles Baudelaire

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