A chaque réunion de parents, il se trouve au moins un parent qui me dit : « Mon fils (variante : « ma fille ») est très mauvais en orthographe : il est dyslexique ! »
Tiens donc, il est dyslexique ?! N’est-il pas, tout simplement, distrait, brouillon, peu rigoureux, lorsqu’il s’agit d’écrire ou de prendre un texte sous la dictée ? Ne tombons pas dans l’excès : de même qu’un élève qui s’ennuie ou qui est agité n’est pas forcément surdoué, un enfant qui fait des fautes d’orthographe n’est pas forcément dyslexique !
Un second excès consisterait à ne pas prêter attention à ces fautes, à ne pas chercher à comprendre.
Alors, comment savoir ? Et surtout, que faire, en tant que parents ? Et avant tout, la dyslexie, qu’est-ce que c’est que cette bêbête ?
Les dyslexies-dysorthographies sont un ensemble de difficultés durables d’apprentissages fondamentaux de la lecture et de l’orthographe chez un enfant ou un adulte,
- ayant évolué dans un environnement affectif, social et culturel normal, ayant été normalement scolarisé,
- présentant un niveau intellectuel normal (les performances en langage écrit sont nettement inférieures aux capacités exprimées dans d’autres domaines: oral, culturel, autres matières hors écrit),
- ayant une absence de troubles sensoriels ou perceptifs (ouïe, vue)
- et ayant une absence de troubles psychologiques primaires.
Comment cela se manifeste-t-il ?
Par un langage oral mal organisé.
Par un mauvais repérage dans le temps et l’espace.
Par une lecture lente ou inexistante.
Par un écart ou une discordance entre la capacité de compréhension et de réflexion de l’enfant et ce qu’il exprime à l’écrit.
Par des difficultés d’accès aux règles grammaticales ainsi que des difficultés de mise en place d’automatismes de lecture et d’écriture. Ces difficultés sont à l’origine de sa grande lenteur.
Par des difficultés à découper correctement les mots avec des confusions auditives ou visuelles ou dans la suite temporelle des sons.
Par une grande fatigabilité et un mal être persistant devant les apprentissages.
Le plus simple, si vous vous posez des questions, est encore de demander à un orthophoniste d’effectuer un bilan.
Comment réagir, face à la dyslexie de son enfant ?
Assurez-vous que chacun des enseignants de votre enfant est informé de l’évaluation et des recommandations formulées par le thérapeute : faites-en des copies à remettre à chacun d’eux. N’hésitez pas en début d’année à adresser une lettre au maître de classe en indiquant les difficultés spécifiques de votre enfant, son parcours scolaire, les efforts entrepris (traitement en cours, organisation de ses devoirs…). Notez soigneusement le temps qu’il met pour faire son travail à la maison et parlez-en avec son enseignant, qui n’est peut-être pas conscient du temps que votre enfant consacre à ses devoirs.
Aidez-le à gagner du temps. Utilisez un code de couleurs pour tous les livres et pour les cahiers de votre enfant, afin qu’il les reconnaisse instantanément (ex : cahiers de math en vert…); c’est efficace et ça lui permettra de gagner un temps précieux.
Montrez à votre enfant comment faire son cartable, ranger sa trousse à stylos, et classer les nombreuses feuilles volantes qu’il reçoit à l’école. Ne partez pas du principe qu’il apprendra à le faire tout seul.
Adoptez une démarche fondée sur le bon sens:
Si un enfant en train d’écrire vous demande de l’aide pour l’orthographe d’un mot ou pour une question grammaticale, répondez-lui pour lui permettre de continuer son travail. C’est également valable pour les maths : répondez à sa question en vous assurant qu’il a bien compris la marche à suivre pour résoudre le problème.
Lisez à votre enfant ou aidez-le à lire les livres et autres documents qu’on lui a demandé de lire.
Pour enrichir ses connaissances et sa compréhension, expliquez-lui la signification des mots nouveaux et le sens général de chaque texte.
Aménagez des moments de pause (loisirs-récupération) pour que le travail reste de qualité.
A éviter !
Ne vous acharnez pas à lui dicter encore et encore des mots de vocabulaire, des phrases, car cela ne pourra que l’amener à constater douloureusement son échec et son incapacité à progresser. Il est plus judicieux, par exemple, de lui faire copier le texte concerné en lui demandant d’entourer les difficultés qu’il rencontre dans un mot (utiliser des couleurs différentes pour faire ressortir certaines caractéristiques) et de lui faire analyser la phrase (où est le verbe, quels sont les accords… ?). L’essentiel est qu’il ait le sentiment d’avoir fait ses devoirs, sans que ceux-ci ne se terminent sur une impression négative.
A partir de l’école secondaire, il est généralement préférable de travailler davantage les branches où l’enfant peut réellement progresser, que de consacrer toute son énergie aux matières ingrates pour un dyslexique (langues).
Familiarisez-vous avec les outils électroniques et apprenez à votre enfant à s’en servir (agendas et dictionnaires électroniques, vérificateurs d’orthographe, logiciels de gestion du temps et des rendez-vous).
Ne lui supprimez pas ses loisirs (entraînements de sport, cours de musique, activités artistiques, etc.), car il est primordial qu’il puisse s’épanouir dans un domaine où il éprouve du plaisir, tout en conservant une vie sociale. Si l’école est un fardeau pour lui, il est indispensable qu’il puisse se « ressourcer » dans un contexte favorable et valorisant, lui permettant de garder l’estime de lui-même.
Gardez confiance en votre enfant et faites-le lui sentir. A terme, chacun trouve sa place dans la société ; la scolarité obligatoire est le passage le plus difficile pour un dyslexique. L’accabler pour ses mauvais résultats ne ferait qu’accroître ses difficultés.