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Playlist du bac philo 2017 !

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Quelle musique  avoir dans les oreilles (ou au moins en tête car les baladeurs seront interdits !) demain avant, pendant et après l’épreuve de philosophie ? Quelques suggestions:

Juste avant l’épreuve:

Une musique préparatoire pour la mise en condition et le « mental », ni trop évasive, ni trop stressante (la situation l’est déjà suffisamment)

Par exemple: la musique du film La leçon de piano

 

Au moment de la découverte du sujet:

alors là c’est comme vous le sentez, peut-être juste le silence infini: celui qui effraie, ou celui qui rassure, mais surtout celui qui rend réceptif au fameux étonnement philosophique dont je vous ai chanté (ou crié !) les charmes et les dangers toute l’année…La musique montre peut-être ici ses limites.

 

Au moment de l’analyse du sujet, de la recherche du problème, et de la construction du plan:

une musique sobre mais stimulante qui incite à la recherche assidue des idées, des exemples pertinents, de la méthode à suivre pour démontrer votre thèse.

Par exemple: la musique du film A serious man

 

Au moment de la rédaction:

C’est le moment de finaliser votre travail: une musique un peu euphorique (mais pas délirante…) est de mise !

Par exemple: un extrait valsant de la musique du film: Le fabuleux destin d’Amélie Poulain

Après avoir rendu la copie et avant de penser aux autres épreuves qui vous attendent !

 Free

BONNE EXPERIENCE DE PHILOSOPHIE A TOUS !

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DERNIERE SEANCE DE REVISION

Deux questions directrices pour préparer la dernière séance du 13 juin (14h à 16h Batiment D, salle 107) ouverte à tous les élèves de Terminale du Loquidy:

  • La religion se résume-t-elle à l’obéissance ?  
  • Autrui est-il au coeur de nos désirs ?

Au menu de cette dernière séance, je vous propose:

– une étude détaillée de la question: »Autrui est-il au coeur de nos désirs? ». Voir ici: Plan autrui est-il au coeur de nos désirs ?

– une étude d’un ou deux textes de Spinoza à partir de la question: « La religion se résume-t-elle à l’obéissance ? ». Voir ici: La religion et l’obéissance

– des réponses aux questions diverses sur la méthodologie de l’explication de texte et de la dissertation de philosophie ou sur d’autres thèmes du programme. Voir en attendant  l’article du blog ici  sur la gestion du temps et les fiches ressources plus précisément: ici et pour les deux types d’épreuves (attention au conseil 8 de l’épreuve d’explication de texte: vous pouvez  ne pas faire de partie séparée pour le commentaire critique !)

Bon courage et bonne révision à tous !

JFC

P.S:  Merci aux (nombreux !) élèves présents pour cette dernière séance de révision ! Les documents en lien avec la séance sont disponibles sur le cahier de texte de Scolinfo (onglet ‘Document permanent’), ainsi que les derniers documents liés aux sujets étudiés en fin d’année (la politique, le bonheur, le langage).

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LA TRANQUILLITE DE L’AME de Sénèque (ES)

      Entretien dialogué sur

La tranquillité de l’âme de Sénèque

(autre lien: ici)

Les numéros renvoient aux minutes de l’entretien consacrés aux thèmes présentés (ex: 8’40).  Les extraits sont choisis dans les parties étudiés en cours (I-IV). Attention: ils sont lus dans une autre traduction que celle de l’édition GF

Thèmes du programme: La conscience – Autrui – Le devoir – La politique – La morale – Les échanges – Le bonheur

– Sur la participation du sage à la vie de la cité (8’40 et suiv avec l‘extrait 1 du texte de Sénèque (IV, 2-7) et un extrait du film  L’exercice de l’Etat de P. Schoeller (2011)

– Sur  l’action publique comme remède à l’intranquillité et comme devoir moral (16’30…)

– Sur la vanité des voyages pour guérir l’intranquillité de l’âme (20’…). Extrait 2 du texte (II, 13)

– Sur la question du rapport entre la vie des affaires – negotium –  et la vie de loisir – otium – (25’…).

– Sur la quête idéale  du port de la sagesse et la faiblesse réelle de l’humanité (29’…)

– Sur la nature raisonnable de l’homme et le devoir d’agir envers les autres (30’…)

– Sur la difficulté de la compagnie de soi-même et l’oisiveté mal vécue (32′ – 35’38). Extrait 3 du texte (II, 10-12)

– Sur le devoir de l’homme de s’habituer à l’imperfection de sa condition naturelle (40′)

– La mort de Sénèque comme suicide socratique (43’30)

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REVISIONS DU BAC: LIENS ET RESSOURCES

Des liens pour réviser en suivant l’un ou l’autre des grands axes du programme de Terminale:

1/ Réviser par notions et sujets de dissertation: sur France TV éducation, vous avez d’abord 18 fiches interactives de cours et de préparation à la dissertation et l’explication commentée de textes philosophiques. Voyez au moins la première, sur la notion de conscience (elle s’ouvre directement sur le lien qui précède) avec une analyse de l’étymologie, une présentation des éléments de définitions et les trois grands axes problématiques de la notion.

2/ Réviser par auteurs et par sujets d’explication de texte: sur le site de Stéphane Pélissier, vous avez une liste de textes d’auteurs rassemblés par catégories correspondant aux chapitres et aux notions du programmes: voyez par exemple le texte de kant sur le beau

Pour finir et en complément, une frise chronologique des philosophes dans l’histoire pourrait vous éviter de faire des anachronismes dommageables à l’épreuve de philosophie  du baccalauréat !

Très bonnes révisions à tous,

 

Votre professeur de philosophie

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L’art permet-il de discuter des goûts ?

 

Malévich Carré noir (1915)

Discuter: établir un dialogue obéissant à des règles communes et visant à établir ensemble un accord sur la vérité d’une proposition, le bien d’une action, ou la beauté d’un spectacle

Les goûts: préférences personnelles marquant, chacune à sa façon, la singularité d’un jugement d’appréciation

L’art: domaine de l’esthétique (science du beau) aux frontières largement indéfinies

Thèse 1: l’art est le domaine où se constate le mieux la divergence des goûts, leur opposition conflictuelle, et donc où se manifeste l’impossibilité de toute discussion sur les goûts

Argument A: c’est pour juger de ce qui est ou non artistique que les individus ont le plus de mal à s’accorder, alors qu’ils s’accordent mieux sur le vrai (par la démonstration scientifique) ou sur le bien (par reconnaissance d’une communauté de valeurs éthiques)

Argument B: le désaccord esthétique sur ce qui est artistique ou non-artistique peut prendre la forme de malentendus spectaculaires opposant un amateur passionné et un connaisseur raisonnable, chacun estimant l’autre dans l’erreur de jugement. La dispute est alors ce qui empêche toute discussion courtoise. On finit par ne plus parler d’art pour les mêmes raisons qu’on évite de parler de religion et de politique.

« Argument » C: repli sur l’adage (paradoxalement) commun: « Des goûts et des couleurs on ne discute pas »

Thèse 2: l’art est le domaine où s’apprend une certaine forme de discussion qui conduit à la naissance du jugement de goût esthétique

Argument A: discuter des goûts demande un apprentissage de la liberté d’expression que n’apprend ni la démonstration scientifique, ni le respect moral. On peut être être très savant ou intègre et ne pas savoir discuter.

Argument B: discuter des goûts signifie apprendre à se mettre à la place de l’autre: cela signifie s’ouvrir à l’altérité du « ton » jugement et ne pas s’enfermer dans l’identité de « mon » jugement. C’est l’apprentissage de la relation intersubjective ou personnelle. C’est une école de dépassement des conflits parce que cette discussion n’a aucun enjeu scientifique ou moral.

Argument C: la discussion sur les goûts n’engage donc que la volonté libre de s’accorder ou non avec l’autre sur la valeur artistique d’une oeuvre. Elle conduit à exprimer librement un goût proprement esthétique dont la caractéristique sera d’être désintéressé, capable de faire reconnaître la beauté prétendument universelle d’une oeuvre d’art, et non seulement d’exprimer l’émotion particulièrement agréable ressentie devant un objet de satisfaction. (Kant Critique de la faculté de juger – §1 à 5)

Thèse 3: Pour que l’art permette effectivement de discuter des goûts, des conditions de communication sont requises, conditions qu’instituent par exemple le musée, la galerie, ou encore la publication de la revue d’art. L’art est un milieu socio-culturel qui demande à être institué en permanence pour favoriser la discussion des goûts

Argument A: la discussion des goûts est souvent étouffée par le conformisme social qui impose le goût d’une classe dominante à une classe dominée (Bourdieu La distinction).

Argument B: pour lutter contre ce conformisme, il faut non seulement proclamer le droit à la liberté d’expression des goûts mais en permettre l’exercice de fait au sein d’un espace public dans lequel le choix des oeuvres exposées sera toujours plus discutable pour les goûts qui s’y expriment !

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L’histoire peut-elle remédier aux falsifications de la mémoire ? (ES)

 

 

ANALYSE DE NOTIONS :

Falsification : rendre faux

Mémoire :  faculté de se souvenir

Remédier : contribuer à soigner –  guérir

Histoire : 2 sens (Aron): devenir de l’humanité ou science que les hommes s’efforcent d’élaborer de ce devenir à partir d’un reportage sur le passé ( historia (grec): enquêter – rapporter ce que l’on sait)

ANALYSE

Pour beaucoup de sociétés humaines traditionnelles, la mémoire n’a rien d’historique, mais relève intégralement d’une croyance en l’irréalité du devenir humain. Pour ces sociétés archaïques,  il n’y a de réel que de ce qui ne connait aucune transformation radicale, aucun changement fondamental. La seule histoire possible est alors une « histoire mythique » (Elliade) qui raconte tout ce qui a été à l’origine, et annonce tout ce qui sera à la fin. Ce récit souvent oral a une fonction thérapeutique : il apaise les inquiétudes des hommes, non seulement devant l’avenir, mais aussi devant l’ignorance dans laquelle ils sont de leur passé, et il les pousse ainsi à ne vivre que dans une sorte de perpétuel présent, où le temps, cyclique, n’a pas vraiment d’autre sens que celui de la répétition du même. Que change alors la modernité de l’histoire dans le rapport de la société à la mémoire de son passé ? Permet-elle de se garder de toute erreur, voire de tout mensonge ? Peut-elle prétendre remédier à une supposée falsification de la mémoire ?

L’idée que la mémoire puisse être falsifiée ne peut naître que dans une culture de la recherche historique de la vérité. Etablir des faits en éliminant tout ce qui contribue à entretenir la croyance en des fables : telle est la tâche de l’historien. Celui-ci va donc instaurer un rapport critique (Krinein (grec): juger avec la raison) à la mémoire, rapport fait de sélection de témoignages, de recoupement d’archives, et d’invention de procédés techniques (ex : datation au carbone 14). L’historien ne se contente ainsi pas de relater le passé, il en déconstruit le souvenir subjectif pour en reconstruire la représentation objective. Il remédie à ce qu’on peut estimer raisonnablement être les défauts de la mémoire : l’oubli, les faux-souvenirs, les zones d’ombre, mais aussi les dissimulations volontaires et délibérées

Ainsi, l’art de falsifier les documents  peut rivaliser avec celui d’en établir l’authenticité historique, comme le montre l’exemple de la photographie retouchée du deuxième anniversaire de la Révolution d’octobre du 7 novembre 1919, sur laquelle la trace de la présence de Trotsky a été, sans doute à l’époque stalinienne, effacée. De plus, cet usage de la raison critique tend paradoxalement à instaurer un climat de méfiance au sein de la culture savante: tout critiquer revient en effet à valider la thèse de n’importe quelle « théorie du complot » qui encourage la paranoïa plutôt que l’investigation raisonnée. Toutes les méthodes historiques peuvent ainsi être retournées contre leur objectif initial d’éclaircissement de la vérité des faits. Enfin, quand le pouvoir politique instaure le contrôle du passé d’une nation, il est presque capable d’anéantir jusqu’à l’existence objective des faits historiques eux-mêmes, projet d’un « ministère de la vérité » tel que le représente Orwell dans son roman 1984.

Tout cela signifie-t-il l’échec de la connaissance historique devant les puissances trompeuses de la propagande politique, des révisionnistes et des négationnistes, ces anti-historiens qui ressemblent « comme chien et loup » aux historiens véritables ? Le comble du mépris de la vérité historique a en effet sans doute été atteint avec les manœuvres déployées pour nier l’existence des chambres à gaz et le projet d’extermination des juifs d’Europe de la seconde guerre mondiale. Ce sont en effet des symboles de l’atrocité de l’histoire contemporaine qui ont été visés par ces pseudo-historiens. Ces provocations ont eu au moins l’avantage de rappeler qu’au-delà de l’investigation historique, le passé fait aussi l’objet d’un vigilant devoir de mémoire qu’il convient d’observer avec le respect dû aux peuples et aux personnes niées dans leur humanité lors de ces périodes sombres. Si l’historien est le gardien de la mémoire, il ne garantit malheureusement pas absolument contre ses tentatives d’assassinat.

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Qu’est-ce que le moi ?

Narcisse (Le Caravage 1593)

Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants ; si je passe par là, puis-je dire qu’il s’est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu’un à cause de sa beauté, l’aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu’il ne l’aimera plus.
Et si on m’aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m’aime-t-on, moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps, ni dans l’âme ? et comment aimer le corps ou l’âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu’elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l’âme d’une personne, abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.
Qu’on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n’aime personne que pour des qualités empruntées.

Pascal, Pensées, « Qu’est-ce que le moi ? » Laf. 688

Dans ce texte, extrait du recueil des Pensées de Pascal, il s’agit en quelques leçons d’apprendre une  vérité sur le moi, et d’en déduire la valeur de l’amour que l’on peut lui porter. Mais quelles leçons de vérité le philosophe peut-il nous donner sur le sens de l’amour que l’on porte à soi-même ? Et pourquoi ces leçons sont-elles si importantes pour moi ? L’intérêt de ce texte est qu’il ne présuppose pas un savoir prétendu de philosophe sur l’identité du moi ou le sens de l’amour mais bien plutôt met en question ce prétendu savoir tout autant que les opinions du sens commun dont il partage au fond les mêmes préjugés.

Première leçon: Que je vienne à passer dans la rue, aperçoive un homme à sa fenêtre, et je peux me croire alors l’objet de son attention. C’est que je ne me considère pas comme n’importe quel passant anonyme: je  suis moi-même, et moi-même, du point de vue de mon amour-propre, ce n’est pas n’importe qui ! Or la leçon consiste à reconnaitre que le regard de l’homme a sa fenêtre n’a sans doute que faire de moi qui passe par là. Il peut ne chercher dans cette activité d’observation  qu’un simple passe-temps. Pascal parle dans d’autres textes du « divertissement » comme de l’occupation principale de la plupart des hommes. Cet homme ne voit passées que des silhouettes anonymes. Je ne suis donc, pour lui personne en particulier. C’est la première leçon: accepter de n’être personne pour quelqu’un qui vous regarde avec indifférence, comme un simple passant anonyme.

La deuxième leçon est plus difficile: il s’agit de comprendre la vérité sur l’amour de la beauté. Cet amour ne consiste jamais à aimer quelqu’un pour lui-même mais d’abord seulement pour sa beauté physique.  Pour obtenir l’amour, l’aimé (e) montre  son plus beau profil, et cherche ainsi chez l’amant (e) les preuves de cet amour. Mais l’amour de la beauté prouve justement le contraire de ce qui est recherché ! L’amant va s’attacher à la beauté et non à la personne. Il y a donc dans l’amour de la beauté une illusion qui fait tout son charme mais aussi toute sa cruauté quand l’illusion de dissipe. On peut parler d’une « vanité » de cet amour esthétique, c’est-à-dire d’une valeur séduisante mais trompeuse de la beauté. La petite vérole en tuant la beauté  éclaire  la vanité de l’amour esthétique, et nous rapproche ainsi de la vérité sur nous-mêmes.

Troisième leçon: Si ce n’est pas la beauté qui nous rend aimable, on peut trouver heureusement des valeurs-refuges qui m’assurent quand même l’estime d’autrui. Si je suis un esprit reconnu pour son intelligence, je peux me croire mieux aimé que pour une beauté fragile et périssable. Or, je ne suis pas mon intelligence, pas plus que je ne suis ma beauté ! Mon jugement ne fait pas de moi ce que je suis, et pas plus ma mémoire. Abruti par la passion, rendu amnésique par la maladie, je resterais moi-même.  La troisième leçon se charge donc de  démasquer comme tout aussi vaines que la beauté ces qualités si mal nommées propriétés intellectuelles.

Que reste-t-il de ce que je croyais pouvoir identifier comme le propre de moi ? Quelqu’un qui ne peut ni être ni localisé, ni à proprement parler aimé. Ce qu’on aime en moi, ce n’est en effet jamais  moi-même mais des qualités impropres du corps ou de l’âme, lesquels ne sont dès lors aimables qu’à proportion de ces qualités. Ce « on » cache peut-être cependant dans sa formulation impersonnelle le secret de la relation amoureuse qui est d’être une relation entre un « je » et un « tu ». Dès lors la propriété essentielle du moi pourrait bien être de constituer, non pas une « substance » pensante ou matérielle comme le soutiennent des philosophes comme Descartes, mais le désir d’être aimé au travers d’une relation personnelle: « parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Telle est ainsi selon Montaigne, le secret de l’amitié. On pourrait alors soutenir que Pascal ne caractéristique ici qu’une forme inférieure d’amour, celle qui n’accède pas au coeur de la relation amoureuse, et en reste à la jouissance  des qualités superficielles et impersonnelles car « périssables », qu’elles soient qualités du corps ou de l’âme.

La fin du texte prend ainsi une tournure morale: la question de la nature du moi n’est en effet pas essentiellement une question métaphysique. Elle interroge la dignité, c’est-à-dire la valeur de la personne qui me constitue, et qui me rend essentiellement aimable.  Pascal ne fait pas comme Descartes de la  substance pensante ce qu’il y a de plus digne en moi. Le sujet pensant est un sujet abstrait qui sera toujours aimé pour des qualités qui ne lui sont pas essentielles, et qui ne sera donc jamais aimé pour lui-même.

Cela doit conduire à éviter les défauts d’une attitude courante chez les philosophes. Estimant à tort le moi adorable dans sa substance, ils en viennent à mépriser la recherche des honneurs: ces charges et offices qui consacrent souvent une position sociale, et sont souvent le résultat d’une laborieuse lutte pour la reconnaissance. Ce que veut dire Pascal est qu’il est tout aussi vain de rechercher les honneurs que de chercher à être aimé pour des qualités physiques ou intellectuelles qu’on estime à tort pouvoir caractériser son identité personnelle. Le secret de l’amour, et peut-être aussi de la gloire est ailleurs.
« Ne pas rire, ne pas pleurer mais comprendre » dira Spinoza pour qualifier l’attitude du vrai philosophe devant le spectacle des passions humaines. Comprenons ici que les hommes qu’ils recherchent des honneurs ou la satisfaction de leur amour-propre n’en recherche pas moins  maladroitement l’amour. Les premiers n’ont pas à être plus moqués que les seconds.

La vérité du moi est cruelle:  Le moi est malade, passionné d’amour-propre et cet amour l’aveugle sur la vraie nature de lui-même qui est justement de ne posséder en propre aucune qualité.
Mais cette vérité est aussi libératrice: elle permet de comprendre le paradoxe du moi: Le moi n’est pas aimable et pourtant il ne désire follement qu’une chose: être aimé, d’où la folie de la passion amoureuse !
Que peut faire le philosophe ? Non se moquer d’une attitude qu’il n’est pas le dernier à reconduire, mais comprendre le vrai chemin personnel et tortueux de la relation amoureuse,  et pour cela reconnaître qu’être un sujet, pour moi, c’est toujours désiré au plus haut  point être ce que je ne suis pas,  ce désir animant toutes mes conduites, les plus folles comme les plus sages.

Autre explication du même texte plus analytique et érudite: ici

PEUT-ON PENSER AU BONHEUR SANS MELANCOLIE ?

Sandrine Bonnaire dans A nos amours de M.Pialat (1983)

C’est un fait. Nous ne nous sentons heureux que quand nous ne nous préoccupons plus ou pas encore  de l’être. Penser au bonheur, c’est soit avoir la nostalgie d’un moment du passé enfui, soit se laisser aller à espérer un tel moment à venir. En ce sens penser au bonheur – pire penser le bonheur comme un concept philosophique qu’il faudrait définir, distinguer, analyser, critiquer… – apparaît comme une mauvaise façon d’accéder à une vie heureuse. C’est pourquoi on peut soutenir qu’il n’y a pas de pensée du bonheur sans mélancolie c’est-à-dire sans un sentiment durable de tristesse attaché à la considération de notre existence. En effet, si la mélancolie ressemble à un vague à l’âme que pourrait chasser un travail de la pensée sur elle-même,  c’est sans doute sous-estimer la force d’une telle passion que de s’en tenir à une telle ressemblance. Nous sommes mélancoliques quand nous constatons malgré nos plaisirs, nos joies, et nos succès que nous ne sommes pas aussi heureux que nous aimerions l’être, et qu’il nous manque toujours un petit quelque chose pour le devenir et enfin être « comme un dieu parmi les hommes » selon l’expression par laquelle Epicure désigne le bonheur du sage.

On se demandera donc d’abord si le bonheur relève seulement de la consolation par l’illusion d’un divertissement nous permettant d’échapper provisoirement à la mélancolie, et si les prétentions des soins de l’esprit à nous en guérir définitivement sont bien fondées. Sinon, n’est-il pas nécessaire de faire droit à la thèse pessimiste selon laquelle  l’homme ne serait pas « fait » pour le bonheur, cet être se définissant par l’impossibilité d’être heureux se devrait alors lucidement de considérer la mélancolie comme la marque de son incapacité au bonheur ? Enfin, si saisir vraiment l’idée de bonheur dans son impossibilité humaine, et en combattre ses simulacres, expose immanquablement à affronter la mélancolie jusque dans toute la profondeur d’un désespoir existentiel, il importe de se demander si cette épreuve n’est pas finalement la clé d’un étrange et inespéré bonheur, ou comme dit Victor Hugo, si la mélancolie n’est pas paradoxalement « le bonheur d’être triste », et même le chemin du seul vrai bonheur humain.

I Tendance à fuir et art de prévenir la mélancolie: du bonheur de l’illusion au soin de l’esprit

– Le divertissement : se consoler de ses misères dans le bonheur de l’illusion et échapper à l’ennui

« Misère. La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c’est la plus grande de nos misères. Car c’est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela nous serions dans l’ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d’en sortir, mais le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort . »

Pascal Pensée 414 (Lafuma)

– Le soin de l’esprit: prévenir ou soulager la souffrance mélancolique par la recherche de la paix de l’âme (ataraxie)

« C’est une impression générale qu’éprouvent tous les hommes, quoiqu’ils ne l’observent pas tous, que sur les hautes montagnes, où l’air est pur et subtil, on se sent plus de facilité dans la respiration, plus de légèreté dans le corps, plus de sérénité dans l’esprit; les plaisirs y sont moins ardents, les passions plus modérées. Les méditations y prennent je ne sais quel caractère grand et sublime, proportionné aux objets qui nous frappent, je ne sais quelle volupté tranquille qui n’a rien d’âcre et de sensuel. Il semble qu’en s’élevant au-dessus du séjour des hommes, on y laisse tous les sentiments bas et terrestres, et qu’à mesure qu’on approche des régions éthérées, l’âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté. On y est grave sans mélancolie, paisible sans indolence, content d’être et de penser: tous les désirs trop vifs s’émoussent, ils perdent cette pointe aiguë qui les rend douloureux; ils ne laissent au fond du cœur qu’une émotion légère et douce; et c’est ainsi qu’un heureux climat fait servir à la félicité de l’homme les passions qui font ailleurs son tourment. Je doute qu’aucune agitation violente, aucune maladie de vapeurs pût tenir contre un pareil séjour prolongé, et je suis surpris que des bains de l’air salutaire et bienfaisant des montagnes ne soient pas un des grands remèdes de la médecine et de la morale.»

Rousseau Nouvelle Héloïse Lettre 23, Partie 1

II La pensée mélancolique de l’impossibilité humaine du vrai bonheur

– Le « blues » comme pensée mélancolique qui peut nous surprendre au milieu du moment le plus joyeux de notre vie: voir la scène finale du film Café society de Woody Allen (2016)

– Le vrai bonheur est au-delà des satisfactions terrestres

«Il n’y a point de vrai bonheur sur la terre. J’ai pour mari le plus honnête et le plus doux des hommes; un penchant mutuel se joint au devoir qui nous lie, il n’a point d’autres désirs que les miens; j’ai des enfants qui ne donnent et ne promettent que des plaisirs à leur mère; il n’y eut jamais d’amie plus tendre, plus vertueuse, plus aimable que celle dont mon cœur est idolâtre, et je vais passer mes jours avec elle; vous-même contribuez à me les rendre chers en justifiant si bien mon estime et mes sentiments pour vous; un long et fâcheux procès prêt à finir va ramener dans nos bras le meilleur des pères; tout nous prospère; l’ordre et la paix règnent dans notre maison; nos domestiques sont zélés et fidèles; nos voisins nous marquent toutes sortes d’attachement; nous jouissons de la bienveillance publique. Favorisée en toutes choses du ciel, de la fortune, et des hommes, je vois tout concourir à mon bonheur. Un chagrin secret, un seul chagrin l’empoisonne, et je ne suis pas heureuse.» Elle dit ces derniers mots avec un soupir qui me perça l’âme, et auquel je vis trop que je n’avais aucune part. Elle n’est pas heureuse, me dis-je en soupirant à mon tour, et ce n’est plus moi qui l’empêche de l’être !
Cette funeste idée bouleversa dans un instant toutes les miennes, et troubla le repos dont je commençais à jouir. Impatient du doute insupportable où ce discours m’avait jeté, je la pressai tellement d’achever de m’ouvrir son cœur, qu’enfin elle versa dans le mien ce fatal secret et me permit de vous le révéler.»
Rousseau Nouvelle Héloïse Lettre 15, Partie 4

– Le vrai bonheur est inaccessible à l’homme

« Que notre vie était heureuse, c’est ce dont nous ne nous apercevons qu’au moment où ces jours heureux ont fait place à des jours malheureux. Autant les jouissances augmentent, autant diminue l’aptitude à les goûter le plaisir devenu habitude n’est plus éprouvé comme tel. Mais par là même grandit la faculté de ressentir la souffrance ; car la disparition d’un plaisir habituel cause une impression douloureuse. Ainsi la possession accroît la mesure de nos besoins, et du même coup la capacité de ressentir la douleur. »

Schopenhauer Le monde comme volonté et comme représentation

– Lhomme n’a pas été conçu pour le bonheur

« On serait tenté de dire qu’il n’est point entré dans le plan de la « Création » que l’homme soit « heureux». Ce qu’on nomme bonheur, au sens le plus strict, résulte d’une satisfaction plutôt soudaine de besoins ayant atteint une haute tension, et n’est possible de par sa nature que sous forme de phénomène épisodique. Toute persistance d’une situation qu’a fait désirer le principe du plaisir n’engendre qu’un bien-être assez tiède ; nous sommes ainsi faits que seul le contraste est capable de nous dispenser une jouissance intense, alors que l’état lui-même ne nous en procure que très peu. Ainsi nos facultés de bonheur sont déjà limitées par notre constitution. »

Freud Malaise dans la civilisation


III La mélancolie comme « bonheur d’être triste »

« Le bonheur seul est salutaire pour le corps mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit (…) A chaque nouveau chagrin acceptons le mal physique qu’il nous donne pour la connaissance spirituelle qu’il nous apporte. (…) Les idées sont des succédanés des chagrins. Au moment où ceux-ci se changent en idées, ils perdent une partie de leur action nocive sur notre cœur, et même, au premier instant, la transformation elle-même dégage subitement de la joie. »

Proust La recherche du temps perdu – Le temps retrouvé

SENS ET NON SENS DU TRAVAIL (TERMINALES ES)

Analyse par la philosophe et sociologue Dominique Méda de de la notion  de Travail: de 6’17 à 15’50:

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Idée directrice:  Le sens du travail est altéré par sa relativité historique (modernité d’une notion inexistante dans l’antiquité)  mais aussi par la contradiction entre  ses significations modernes

PLAN

A/ Préhistoire de la notion: – Pas de notion générale de « Travail » dans la culture de la Grèce antique ou dans les sociétés primitives,  « Pas de mot distinct pour distinguer les activités productives des autres comportements. » – Élaboration de la notion d’ « Opus »  pour comparer  l’œuvre divine et l’œuvre  humaine (St Augustin) – Invention de la notion d’utilité commune (St Thomas) – Reconnaissance des métiers interdits et valorisation du travail manuel (Moyen-Âge)

B/ Trois couches de signification moderne de la notion à partir du XVIIIème siècle: 1/ Travail comme moyen pour produire de la richesse: il est marchand – détachable – abstrait. Travail est au centre de la mécanique sociale (Adam Smith). Ce qui fait sa valeur, c’est ce qu’il produit 2/ Travail comme libération créatrice et joyeuse de l’homme par laquelle le travailleur transforme le monde et se transforme lui-même.  Ce qui fait sa valeur, c’est l’essence de l’homme qu’il révèle dans la communication avec les autres: « Dans le travail, j’ai envie de dire à l’autre qui je suis. » Exigence de libération du lien salarial (Marx)  3/ Travail comme pivot de  la société salariale: instauration de droits et de protection sociale en fonction de l’emploi – Condition salariale devient la norme sociale. 

Conclusion: Travail appréciable pour quoi ? sa productivité ? sa source d’épanouissement ? les droits auxquels il donne accès ? Caractère  contradictoire de ces trois significations modernes  de la notion de « Travail » (3/ contredit 2/ et 2/ contredit 1/ et l’actualité sociale  nous montre le spectacle du déchirement de la contradiction entre 3/ et 1/) – Éthique du devoir cède la place à une éthique de la reconnaissance – Le travail est devenu un lieu de « réalisation » de soi,  une « arène » où donner à faire voir ses « performances ».