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Saint-Etienne et les Verts, toute une histoire

Pour la troisième année consécutive, l’Histoire sert de carburant aux troupes stéphanoises. En effet, le coach forézien a emmené les recrues estivales de l’ASSE au Musée de la mine de Saint-Etienne. Pour Christophe Galtier, il s’agit de « leur montrer ce que signifie aller au charbon » et de les « sensibiliser sur l’esprit et le tempérament à avoir ici à Saint-Etienne ». Cette initiative met face à face deux histoires, l’une sportive, l’autre industrielle. Elle interroge aussi sur l’utilisation de la mémoire minière à Saint-Etienne et le basculement de l’Histoire vers le mythe…

 

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[Réédition d’un billet publié le 12 août 2010]

A deux jours d’affronter le Paris Saint Germain pour le lancement du championnat de Ligue 1, l’encadrement de l’ASSE avait décidé d’emmener les Verts visiter le musée de la mine de Saint-Etienne.Initiative assez inédite en temps de préparation. Pourtant, la découverte d’un des sites majeurs de la cité ligérienne se justifie pour une équipe où l’on compte bien peu de natifs de la région. L‘exploitation du charbon a marqué les paysages et aussi les esprits des habitants du bassin houiller stéphanois : les valeurs de travail et d’humilité restent attachés au labeur des galeries et des galibots. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, les Verts entendaient descendre des tribunes « A la mine ! » quand ils décevaient leurs aficionados…

 


Cette visite est un signe après deux saisons ratées et le fiasco de l’équipe de France en Afrique du Sud. Au musée de la mine, les médiateurs ont senti des joueurs concernés et curieux lors de la visite. Même si leur passage à Couriot ne leur a pas porté chance pour leur montée à la capitale (défaite 3-1), il semble apprécié par les supporters stéphanois, fiers de leur club et de ses racines. Une histoire qu’ils défendent bec et ongles… En 2000, lors du traditionnel derby, l’opposition sociale entre les deux rivaux rejaillit sur une banderole lyonnaise : « Les Gones inventaient le cinéma pendant que vos pères crevaient dans la mine« .

 

Puisque le mauvais goût n’est pas un apanage exclusivement lyonnais, des supporters stéphanois répliquaient coup pour coup. Cependant, d’autres répondaient dignement avec leur « Fiers d’être fils de mineurs ». Cet épisode, qui n’est pas sans rappelé le tollé suscité par la banderole anti Ch’tis au Parc des Princes, montre qu’un match de football dépasse souvent les lignes du rectangle vert. L’identité stéphanoise s’est construite sur la fierté du passé minier mais aussi par opposition à Lyon, la voisine bourgeoise dans laquelle les Stéphanois ne se reconnaitraient pas.  Ce tifo déployé lors d’un match palpitant face à Châteauroux (volée splendide de Damien Bridonneau qui offre le titre de champion de Division 2) montre l’attachement des habitants à ce qui fait la marque de fabrique d’un paysage minier : les crassiers, le chevalement, la ligne de chemin de fer et les quartiers ouvriers.


Les liens entre l’industrie et le sport sont forts dans la Loire comme le note Pascal Charroin, un historien stéphanois : «Les références à la mine sont une image de marque mais les Houillères n’ont pas contribué au fonctionnement de l’ASSE, ce qui était vrai pour les petits clubs amateurs : Roche-la-Molière, Firminy, Côte-Chaude, l’Olympique de Saint-Etienne. Ce sont plutôt des industries de pointe qui s’investissent dans le club : le commerce avec Guichard, le BTP avec Rocher». Du côté des entraîneurs, les mêmes références reviennent. Jean Snella, dont une tribune de Geoffroy Guichard porte son nom, dira : « Mon père était mineur de fond, c’est peut-être pour cela qu’on s’est vite compris, les stéphanois et moi. Saint-Etienne est une ville où on travaille dur ».

 

 

Il n’y a pas eu de battage médiatique autour de cette visite pourtant incongrue pour un début de saison : aucun média n’était convié à la sortie hormis celui de l’ASSE. Le staff devait vouloir faire comprendre une chose simple aux joueurs venus en survêtement blanc au pays des gueules noires. L’histoire industrielle de la Loire participe à celle de l’ASSE et à l’ambiance du chaudron.  Quand on joue dans un club, il faut savoir pour qui on joue.

 

Pour compléter l’article, j’ai réalisé cette frise chronologique dynamique où se mêle l’histoire des Stéphanois et celle du ballon rond. Une sélection de dates qui marquent l’histoire du club et la construction du mythe des Verts… avec le tube de Jacques Monty, évidemment ! Des coquilles devraient être corrigées bientôt (aucun titre majeur depuis 1981 par exemple).  A consulter sur le site Viméo pour plus de visibilité.

Sources :

Pour aller plus loin, quelque articles à consulter


Foot story, le feuilleton d’un été pourri

Foot Story

Pezula Resort, un hôtel clinquant d’Afrique du Sud, est le théâtre de la nouvelle émission de télé-réalité de TF1 : Foot Story. Télé-réalité = télé-poubelle ? En tout cas, les joueurs ont la tête dans le sac…

Résumé de l’épisode précédent : Hier, dans Foot Story, Franck a dit que « c’est son cœur qui parle« , que Yohan « on a besoin de lui« , que c’est « n’importe quoi« , que « j’ai les boules« , qu’il « faut calmer un peu le truc parce qu’on est en train de faire n’importe quoi« . T’as vu la France comment elle souffre ? Je suis choqué.

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Pour dissoudre l’équipe française de football, tapez 1…

Pour demander la nationalité brésilienne, tapez 2…

« Les corons » : pays noirs sur tapis d’herbe

L’étude de l’âge industriel a commencé par l’étude de cas sur Firminy. La carte sur l’industrialisation au XIX°s et les vidéos de la machine à vapeur de Retournac ont permis de comprendre comment l’industrie révolutionne la façon de travailler. Avant de nous rendre mercredi au Musée de la Mine à Saint-Etienne, petite halte au Chaudron pour évoquer l’hymne des pays noirs…

Carte de FranceSamedi à Geoffroy Guichard, les Verts de l’AS Saint Etienne rencontrent les sang et or du RC Lens. Deux clubs connus pour la ferveur de leurs supporters et pour une histoire commune : celle des pays noirs et l’exploitation du charbon. Il y a deux ou trois ans, alors que j’assistais à ASSE-Lens, les supporters des deux camps avaient entonné durant l’entraînement la chanson symbole de ce passé minier : « Les corons » de Pierre Bachelet.


Pierre-BacheletNé à Paris en 1944, Pierre Bachelet passe son enfance à Calais, la ville natale de son père. En 1982, il interprète un texte de Jean-Pierre Lang « Les corons » où il chante avec conviction la fierté et les combats des mineurs. Hymne des supporters lensois à la mi-temps des matchs de leur club de football, cette chanson évoque aussi les paysages de la mine du Nord de la France. Ce passé et ce paysage sont communs aux habitants de la Loire et du Pas-de-Calais : les terrils sont les crassiers des Stéphanois.

Les valeurs du monde de la mine se retrouvent sur le tapis d’herbe et cela unit Stéphanois et Lensois. Sur le rectangle vert, les supporters attendent que leurs joueurs mouillent leur maillot sinon « A la mine ! ».

Pour préparer la visite au musée de la Mine, écoutez la chanson de Pierre Bachelet. J’ai passé en gras le vocabulaire de la mine : autant de termes que nous expliquerons la semaine prochaine. Pour les curieux, autant prendre de l’avance…

… et allez les Verts !

http://www.dailymotion.com/video/xecmu

Le vocabulaire de la mine à travers la chanson de Pierre Bachelet

Au nord c’était les corons
La terre c’était le
charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de
mineurs de fond

Nos fenêtres donnaient sur des fenêtres semblables
Et la pluie mouillait mon cartable
Mais mon père en rentrant avait les yeux si bleus
Que je croyais voir le ciel bleu
J’apprenais mes leçons la joue contre son bras
Je crois qu’il était fier de moi
Il était généreux comme ceux du pays
Et je lui doiis ce que je suis

Au nord c’était les corons
La terre c’était le charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de mineurs de fond

Et c’était mon enfance et elle était heureuse
Dans la buée des lessiveuses
Et j’avais
les terrils à défaut de montagne
D’en haut je voyais la campagne
Mon père était
gueule noire comme l’étaient ses parents
Ma mère avait des cheveux blancs
Ils étaient de
la fosse comme on est d’un pays
Grâce à eux je sais qui je suis

Au nord c’était les corons
La terre c’était le charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de mineurs de fond

Y a vait à la mairie le jour de la kermesse
Une photo de
Jean Jaurès
Et chaque verre de vin était un diamant rose
Posé sur fond de
silicose
Ils parlaient de
trente six et des coups de grisou
Des accidents du fond du trou
Ils aimaient leur métier comme on aime un pays
C’est avec eux que j’ai compris

Au nord c’était les corons
La terre c’était le charbon
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de mineurs de fond
Le ciel c’était l’horizon
Les hommes de mineurs de fond

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Sources :



Ô capitaine, mon capitaine !

Hier, les Bleus avaient la tête dans la sac. Thierry Henry, le capitaine expérimenté, a rajouté la main pour y trouver le ticket en partance pour l’Afrique du Sud. Fair-play, bas les pattes. Ô capitaine ! Mon capitaine ! Sans moyens, la fin justifie la main… A vaincre sans honneur, on triomphe sans gloire ! A Saint-Etienne, les supporters algériens ont fêté leur qualification à coup de klaxons et de chants. Heureux. A la 120ème minute du match France-Irlande, les klaxons m’ont laissé dormir. Ce match remporté « haut la main » a laissé un goût amer…

http://www.dailymotion.com/video/xb7al2