Histoire des arts : Le Corbusier à Firminy

Adulé, apprécié, surcoté ou détesté, Le Corbusier laisse rarement les gens indifférents. Charles-Edouard Jeanneret dit Le Corbusier est un artiste complet (architecte, peintre, sculpteur, designer et poète) qui a marqué l’histoire du XX°siècle. Quarante-six après sa mort, l’homme au nœud papillon et aux lunettes rondes cerclées de noir est toujours au centre de discussions animées. Courant après les commandes publiques, il propose ses services à des hommes en mesure de lui donner du travail : Blum, De Gaulle mais aussi Mussolini, Staline, Pétain. Cela entretient la confusion autour de l’homme et certains le disent extrémiste ou antisémite. Pourtant, seul Nehru (premier ministre indien) lui confiera une œuvre majeure à réaliser : Chandigarh. Le Corbu semble avant tout être un opportuniste, prêt à tout pour travailler. Bref, Le Corbusier alimente aussi bien les Unes des journaux (lire l’article du Matin, « Faut-il brûler le Corbusier ?) que le programme d’Histoire de la classe de 3ème.

Pour les habitants de Firminy, Le Corbusier fut aussi un sujet de polémiques. Au menu de l’épreuve de l’Histoire des arts, il devient pour vous un sujet d’étude passionnant et révélateur de l’histoire contemporaine de la cité appelouse. Pour guider vos pas sur le patrimoine Le Corbusier à Firminy, voici quelques informations utiles collectées après la visite des lieux en compagnie d’Yvan Mettaud, conservateur du patrimoine à Firminy.

Vous pouvez retrouver un fil de discussion et plus de photos de l’œuvre du Corbusier à Firminy sur le groupe La p@sserelle sur Facebook. Pour cela, cliquez sur le logo !

 

Le Corbusier : l’homme et l’architecte

1887 : Charles-Edouard Jeanneret naît à la Chaux-de-Fonds en Suisse. Il y étudie l’art.

1908 : Il découvre la technique du béton armé.

1907-1911 : Cet autodidacte continue sa formation en voyageant beaucoup (en Europe centrale et autour du bassin méditerranéen). Il est à la fois admiratif des grandes réalisations comme celle du Parthénon et à l’initiative d’un nouveau langage architectural.

1920-1925 : Il fonde la revue « L’Esprit nouveau ». Il écrit sous le pseudonyme de Le Corbusier. Pour lui, la maison est une « machine à habiter » et « l’écrin de la vie« .

1922 : Il fonde une agence d’architecture à Paris. Dans un projet pour la ville de Paris appelé le plan Voisin (du nom d’une marque automobile), il propose de raser la moitié de la ville ! A Paris, une partie de l’habitat est insalubre, indigne selon lui de la condition humaine. Il faut également adapter la ville aux nouveaux moyens de transport comme l’automobile. Il ne sera pas suivi…

1933 : Il énonce les 5 points d’une architecture nouvelle (les pilotis, l’ossature indépendante, le plan libre, la façade libre, le toit jardin) et les 4 fonctions de la ville (habiter, travailler, se cultiver le corps et l’esprit, circuler) qui seront repris dans la Charte d’Athènes de 1933. Cette charte est le fruit des réunions des CIAM (Congrès International d’Architecture moderne).

1946 : Le Corbusier rencontre Claudius-Petit, le futur maire de Firminy.

1954 : Il se voit confier la construction du centre civique de Firminy (Maison de la Culture, stade, piscine, église Saint-Pierre) puis la conception de trois Unités d’Habitation.

1965 : Il meurt noyé à la suite d’une baignade à la Roquebrune-Cap-Martin (Alpes maritimes) où il possédait un simple cabanon.

Le Corbusier et l’architecture moderne

L’œuvre de Le Corbusier s’inscrit pleinement dans le mouvement moderne, un courant architectural apparu après la Première Guerre mondiale (1918). Il est aussi connu sous le nom de Style international car ses principes se diffusent à l’échelle mondiale. C’est un retour à des choses simples et aux couleurs primaires. L’ornement et la décoration laissent place aux formes épurées, aux volumes, au jeu avec la lumière. Le modernisme né avec l’ère industrielle et la standardisation fait la part belle aux nouveaux matériaux : le métal, le béton et le verre. C’est une architecture fonctionnaliste : la forme d’un bâtiment dépend de sa fonction. Pour Le Corbusier, la maison est une « machine à habiter » : il construira aussi bien des villas blanches (villa Savoye, 1931) que de l’habitat collectif (les Cités radieuses). Cette architecture est une réponse au besoin de logements sociaux qui émerge après-guerre. La vision de Le Corbusier est résumée dans Les Cinq Points d’une nouvelle architecture (1926) :

  • les pilotis transforment le rez-de-chaussée en espace dégagé.
  • le toit-terrasse peut servir de jardin, d’espace sportif, de solarium, …
  • le plan libre libère l’espace dans les appartements.
  • l’ossature indépendante : un poteau remplace un mur portant. Les fenêtres sont d’un bout à l’autre de la façade pour plus de lumière.
  • la façade libre : ainsi la façade peut facilement être modelée par l’architecte (fenêtre en bandeau).

Autres grands noms de l’architecture moderne français : Jean Prouvé, Charlotte Perriand.

Le Corbusier à Firminy-Vert (1953-1965)

En Europe, c’est à Firminy que l’on trouve la plus grande concentration d’œuvres du Corbusier. Ce n’est pas rien pourtant le site n’attire pas encore des foules de visiteurs. Retour sur l’histoire d’une rencontre et d’une réalisation architecturale atypique…

 

Habiter à Firminy, c’est vivre dans une ville chargée d’histoire. Proche de Saint-Etienne et de l’Ondaine, la cité a grandi au XIX°s au moment où l’industrie s’est développée. Les travailleurs de la Haute-Loire voisine et de l’Ardèche descendent « bosser » dans la vallée, dans les mines ou les usines. Le village devient alors une ville qui attire une main d’œuvre étrangère. En 1820, la population s’élève à 2627 habitants. Un siècle plus tard, la ville accueille plus de 20000 habitants, venant d’un peu partout. Pour loger tout ce monde, on construit des habitations de façon désorganisée. L’essor industriel fonde des projections démographiques optimistes durant les Trente Glorieuses : on prévoit toujours plus de monde dans la ville…


En 1953, le maire Eugène Claudius Petit fait le point sur la situation économique et sociale de la ville : il y a des taudis, beaucoup d’Appelous n’ont pas accès à l’eau potable, les équipements scolaires, sportifs et culturels manquent cruellement. C’est sur la base de ce constat que le maire Claudius Petit lance le projet de Firminy-Vert. Avec une équipe d’architectes inspirés par le mouvement moderne, ils repensent la manière de vivre la ville au XX°s. L’idée est de réserver 80% de la surface aux espaces verts en misant sur la verticalité et l’économie d’espace (grands immeubles), de socialiser l’espace public et de suivre les principes édictés par Le Corbusier. 11 immeubles d’habitation et 7 bâtiments sortent de terre.


C’est en 1955 que le conseil municipal vote à l’unanimité le choix de Le Corbusier pour la réalisation d’un centre civique à Firminy-Vert. Un an plus tôt, l’architecte était déjà venu incognito à Saint-Etienne. Son séjour avait été discret car après la réalisation de la Cité Radieuse à Marseille, l’homme était sous le feu des critiques. On l’accuse par exemple de défigurer le paysage français (« La maison du fada »). Ainsi, il faut le soutien indéfectible de Claudius-Petit pour mener à bien le projet qui donnera naissance à cinq réalisations pensées par Le Corbusier.


  • La maison de la culture (1961-1965) est le seul bâtiment réalisé de son vivant.
  • Le stade (1966-1968) est construit par deux de ses collaborateurs : André Wogensky et Fernand Gardien.
  • La construction de la piscine (1969-1971) est aussi confiée à André Wogensky.
  • L’Unité d’habitation est pensée par Claudius-Petit et Le Corbusier (trois unités étaient prévues au départ). Cité-jardin verticale, on y retrouve les principes de Le Corbusier. Commencée en 1965, elle est achevée par Wogensky en 18 mois.
  • L’église Saint-Pierre (1970-2006) culmine à 33 mètres de hauteur. Le chantier s’interrompt en 1976 et ce n’est que dans les années 2000 que l’on décide de continuer les travaux.

Réponse au Firminy noir, l’œuvre de Le Corbusier n’a pas fait l’unanimité dans la population appelouse. Si les habitants de l’Unité ont conscience de vivre dans un immeuble pas comme les autres, l’idée d’appartenance et de collectif s’est atténuée au fil du temps. Conçu pour une cité en pleine expansion, l’équipement culturel et sportif de Firminy est aujourd’hui exceptionnel pour une ville de 17 000 habitants.

 

 

Quelques phrases de Le Corbusier

  • « La vie moderne demande, attend un plan nouveau, pour la maison et pour la ville. »
  • « La maison ne doit plus être faite au mètre mais au kilomètre. »
  • « Les matériaux de l’urbanisme sont le soleil, les arbres, le ciel, l’acier, le ciment, dans cet ordre hiérarchique et indissolublement« .
  • « La maison a deux fins, c’est d’abord une machine à habiter (…). Mais c’est ensuite le lieu utile pour la méditation, et enfin le lieu où la beauté existe et apporte à l’esprit le calme qui lui est indispensable…« 
  • « Le grand art est simple, les grandes choses sont simples. Mais n’oublions jamais que si le simple est grand et digne c’est qu’il n’est par définition que la synthèse du compliqué, du riche, du complexe. »

L’oraison funèbre de Le Corbusier par André Malraux, ministre chargé des affaires culturelles (1965), est restée célèbre.

« Le Corbusier a connu de grands rivaux, dont quelques-uns nous font l’honneur d’être présents et les autres sont morts. Mais aucun n’a signifié avec une telle force la révolution de l’architecture, parce qu’aucun n’a été si longtemps, si patiemment insulté.« 

Aller + loin

Quand les femmes des sixties chantaient « Liberté, Egalité, Féminité »…

En 1967, fièrement cambrée sur sa machine, Brigitte Bardot clame « Je n’ai besoin de personne« . Au cours des années 1960, les femmes s’affirment et leur émancipation se voit. Cuissardes, mini-jupes et cheveux au vent, elles sont prêtes à botter au loin les vieilles traditions. Serge Gainsbourg, le mécano de la célèbre « Harley Davidson », dessine en notes et paroles les contours d’une femme qui brise les chaînes d’une autre époque.

http://www.dailymotion.com/videox61djx

Bien sûr, les femmes n’attendent pas les sixties pour revendiquer leurs libertés. En 1904, les féministes brûlaient le Code civil vieux d’un siècle qui affirmait « la femme doit obéissance à son mari » (article 213). En 1943, « une loi supprime la nécessité d’autorisation maritale pour l’ouverture d’un compte bancaire. Mais en pratique, les banques continuent de réclamer l’accord du mari. A partir de 1965, la femme mariée peut ouvrir un compte à son nom et en disposer librement. » L’indépendance économique qui se dessine en 1943 précède la charge de citoyenne à part entière. En 1944, les Françaises obtiennent le droit de vote et prennent légitimement part au débat politique.

A  l’occasion du travail sur les publicités de Moulinex, nous avions pu voir ce renversement de la condition féminine. L’épouse modèle, fée du logis et mère attentionnée (pub de 1959), cède la place à la femme active qui se défait du carcan des obligations ménagères. Le célèbre slogan « Moulinex libère la femme ! » (1962) prend étrangement les initiales d’un collectif féministe qui ne naîtra qu’à partir de 1968 : le Mouvement de Libération des Femmes. Sur cette affiche, la cuisinière tombe le tablier et laisse apparaître la séductrice, qui de ses bras en V, nous envoie le signal de la victoire des femmes.

publicités Moulinex MLF


 

France, Etats-Unis : même combat. La chanson de Nancy Sinatra, « These boots are made for walking » (1966), véritable hymne de l’émancipation, met en avant un symbole fort de la féminité (les bottes). Le mari infidèle n’arrache plus les larmes à sa femme mais réveille chez elle l’instinct de mutinerie.

Image de prévisualisation YouTube

« You keep saying you got something for me
Something you call love but confess
You’ve been a’messin’ where you shouldn’t ‘ve been a’messin’
And now someone else is getting all your best
Well, these boots are made for walking, and that’s just what they’ll do
One of these days these boots are gonna walk all over you« 

Traduction trouvée sur le site lacoccinelle.net

« Tu dis sans cesse que tu ressens quelque chose pour moi
Quelque chose que tu appelles de l’amour mais tu avoues
Que tu as gâché ce que tu n’aurais jamais dû gâcher
Et maintenant une autre prend ce qu’il y a de meilleur en toi
Eh bien, ces bottes sont faites pour marcher et c’est exactement ce qu’elles vont faire
Un de ces jours ces bottes vont te piétiner« 

Nançy Sinatra bootsNancy marche sur le mâle et piétine ce qui lui reste de virilité… Au-delà de la mode et des codes vestimentaires, les bottes en disent long sur les femmes qui les portent.

D’ailleurs, quand retentit l’air de la chanson dans le film « Full Metal Jacket » (1987), il ne faut pas se fier aux apparences. La jeune femme qui se déhanche n’est pas la femme objet que l’on croit… et le GI mord à l’hameçon. Notons tout de même que ce tube des années 1960 a été composé par un homme Lee Hazlewood : le combat des femmes peut aussi être celui des hommes…

Liberté, égalité, féminité : les chanteuses des sixties ont incarné à merveille cet idéal. Chapeau mesdames ! … et bottes de cuir.

Sources : Les extraits cités dans cet article proviennent du site du Planning familial.

Les Trente Glorieuses : la consommation, une arme de séduction massive ?

Cette publicité réalisée en 1959 par Moulinex (fabricant français d’électroménager) illustre à merveille la société de consommation née des Trente Glorieuses.

Les publicitaires nous offrent une scène de ménage heureux. Dans une cuisine, où une ménagère est toute à sa préparation culinaire, arrive un homme au complet rayé. Il rentre du bureau et se glisse derrière sa belle et tendre pour lui offrir un cadeau. Cette femme est le stéréotype de la cuisinière modèle : tablier ajusté, cuisine étincelante, plats mitonnés avec amour.

Aux anges, elle semble dire à son mari : « Mais quelle merveille m’as tu encore apporté ? J’apprends tout juste à utiliser le merveilleux robot-charlotte et tu me couvres encore de cadeaux !« . Les mains jointes en signe de rêve exaucé, elle est sûre que son cher mari a pensé à la dernière nouveauté de chez Moulinex : le batteur électrique qui lui allégera bien la tâche pour monter ses œufs en neige…

Le mari a le beau rôle : il travaille et assure le bien être de sa petite famille. En 1959, les indicateurs (PIB, PNB) sont au vert et il peut compter sur une promotion professionnelle (le costume) et sociale (une belle résidence, les cadeaux). Généreux, il n’en reste pas moins intéressé dans ses offrandes puisque son regard oblique clairement vers les tomates farcies. Son regard approbateur montre que la cuisine de sa compagne le met en appétit. Il continuera à l’équiper pour leur plus grand plaisir car comme le dit le slogan :

« Pour elle, un Moulinex

Pour lui, des bons petits plats »

Cette publicité offre une vision assez machiste (l’homme travaille, la femme cuisine) d’un couple de Français. On y voit clairement que l’achat fait le bonheur dans une société de consommation. Dans une époque où le portefeuille devient une arme de séduction massive, le chansonnier Boris Vian écrit la “complainte du progrès (les arts ménagers) », une satire pétillante de la consommation de masse. Ecoutez bien cette chanson écrite en 1955 : il semble bien que les publicitaires de Moulinex aient écouté Boris Vian pour vanter les mérites de leurs mixers, batteurs et des robots géniaux.

Image de prévisualisation YouTube

“Autrefois pour faire sa cour, on parlait d’amour…Aujourd’hui, c’est plus pareil, ça change, ça change. Pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille : Oh Gudule, viens m’embrasser et je te donnerai un frigidaire, un joli scooter…et une tourniquette pour faire la vinaigrette…”

NB : Cette publicité a été analysée en classe (manuel - 2 p 174-) selon la méthode habituelle (1. Présenter 2. Décrire 3. Interpréter) que je reprends d’ailleurs ici.

Pour aller plus loin :

- « Au petit bonheur la France » : une réflexion sur le pouvoir d’achat et les indicateurs du bien-être aujourd’hui :

- Boris Vian (1920-1959) est un chanteur, trompettiste de jazz, écrivain, un artiste touche à tout. Nous pourrons aborder une autre de ses chansons « Le déserteur » évoquant son refus de combattre pendant les guerres coloniales françaises (1954 : guerres d’Indochine et d’Algérie)

 

Douce France, « les façons d’être français »

En 2009, le débat sur l’identité nationale avait provoqué une polémique. Face à cette initiative du gouvernement français, l’historien Pap NDiaye avait fait part de ses craintes : « Il y a tellement de façons d’être français qu’il serait triste que le gouvernement nous dicte ce qu’est être français. » A cette époque, le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, évoquait une chanson dont l’air trotte encore dans la tête de nombreux Français : « La défense de notre modèle culturel et de la Douce France chantée par Charles Trenet, passent par la redéfinition de notre identité nationale« . La référence à ce monument de la chanson française mérite bien une petite explication.

Pour aborder ce thème, vous allez écouter et comparer deux versions de ce standard de la chanson française : celle de Charles Trenet et du groupe Carte de séjour.

Document3

En 1942, alors que les Allemands occupent le pays, Charles Trenet écrit « Douce France« . A l’époque, il est la nouvelle grande star de la chanson française : il s’intéresse au jazz, se proclame « zazou d’honneur » ce qui déplaît fortement au pouvoir en place. « Douce France » est une véritable déclaration d’amour à la France qui vit alors les moments sombres de son histoire. Plusieurs interprétations de la chanson existent mais pour l’INA « si les censeurs de Vichy font mine de prendre pour un acte d’allégeance à la révolution nationale pétainiste cette apologie du terroir et de ses valeurs ancestrales, la population n’est pas dupe et l’entend à l’inverse aussitôt comme l’hymne de cœur d’une sorte de résistance passive dans laquelle commence alors de s’installer une partie du pays. »

http://www.dailymotion.com/videox4yrv6

 

Questions :

1. Relève des paroles montrant que « Douce France » ressemble à une chanson d’amour.

2. Explique « Oui, je t’aime dans la joie et la douleur« 

3. A quoi ressemble la France de Charles Trenet ?


Document3 - copie

L’INA rappelle que « Carte de Séjour, jeune groupe fondé au tournant des années 80 et composé essentiellement de musiciens français issus de ce qu’on appelle alors la « seconde génération » de l’immigration maghrébine, n’est pas totalement inconnu lorsqu’il met à son répertoire en 1986 ce monument de la chanson française. Sa participation en 1983 au grand concert organisé Place de la Bastille en point d’orgue à la « Marche des Beurs » (cette imposante manifestation nationale « pour l’égalité et contre le racisme » faisant suite aux émeutes des Minguettes) en a déjà fait l’un des porte-drapeaux politique et artistique d’une jeunesse issue de l’émigration, et désirant prendre pleinement sa place au sein de la communauté nationale. Mais c’est incontestablement cette version arabisante de Douce France qui va marquer les esprits et servir de tremplin décisif, en pleine montée de l’extrême droite à travers les succès électoraux du Front National, aux revendications des jeunes beurs.« 

Ecoute maintenant la version de Carte de séjour en cliquant ici.


Image 1

Image de prévisualisation YouTube

4. Quelles sont les influences musicales de cette version de Douce France ?

5. A ton avis, quel message veut faire passer le groupe ?


Résumé de la séance élaboré en classe

La version de Douce France interprétée par Charles Trenet évoque avec nostalgie et amour le territoire national (« Je t’ai gardée dans mon cœur », « Oui, je t’aime », …). La France apparaît comme un pays où il fait bon vivre alors qu’en 1942 la France est occupée.

Quand en 1986, Carte de séjour reprend ce titre, les artistes veulent montrer une autre facette de la France : un pays métissé et multiculturel. A cette période, le Front national se développe et les émeutes dans les cités sont très médiatisées.

En 2005, des émeutes ont embrasé certaines banlieues. Certains Français ne se sentent pas citoyens à part entière. Certains ne se sentent pas reconnus mais la violence n’est pas une solution. Il faut s’emparer de ses armes de citoyen : le droit de vote, l’association, l’art, …

Source image

Plantu, entre deux chaises, 1985, Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration

6 juin 1944, opération Overlord : cartes et quizz interactifs

Cette semaine, j’ai parlé aux 3°1 d’un quizz interactif sur le débarquement en Normandie. Il se trouve sur le site de Curiosphère et permet d’en savoir plus sur le débarquement allié mais aussi sur la libération de Paris en août 1944. Les cartes interactives expliquant les opérations Fortitude et Overlord sont de grande qualité…

Pour accéder au site, cliquez ici.

Une fois sur le sommaire, clique sur un des trois thèmes pour accéder aux ressources (cartes / photos / vidéos) et ensuite réponds aux questions du quizz.

Prends le temps de bien lire les informations données. Cette carte interactive explique très bien les préparatifs du débarquement et l’opération Fortitude, la supercherie des Alliés pour tromper l’ennemi… Pour « intoxiquer » les Allemands et leur faire croire qu’ils débarquaient au Pas-de-Calais, les Alliés entassent des engins de guerre factices comme les célèbres tanks en caoutchouc gonflable (voir photo). Une armée fantôme pour leurrer l’ennemi et détourner son attention…

Image 1Ensuite, réponds au quizz…

Image 2

Hiroshima, comment en est-on arrivé là ?

Le bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki est un tournant de la Seconde Guerre mondiale mais aussi dans l’histoire de l’humanité. Pour comprendre l’utilisation de l’arme atomique par les Etats-Unis, clique sur l’image et tu accéderas à une infographie très claire réalisée par l’AFP et Curiosphère.tv.

L’essentiel

Le 8 mai 1945, l’Allemagne capitule mais les forces de l’Axe ne sont pas toutes vaincues. Le Japon tient tête aux Américains et défend les territoires conquis durant la Seconde Guerre mondiale. Pour vaincre le dernier pays de l’Axe encore en guerre, le président américain Harry Truman décide d’utiliser la bombe atomique. Cette arme a été mise au point grâce au projet Manhattan et testée la première fois en juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique. Le 6 août 1945, le bombardier Enola Gay survole la ville d’Hiroshima et largue « Little boy », une bombe à l’uranium équivalente à 15 000 tonnes de TNT. Trois jours plus tard, « Fat man » est largué sur Nagasaki. Le bilan de ces deux attaques est très lourd : près de 400 000 personnes perdront la vie sur le coup ou suite à leurs blessures/séquelles de la radioactivité. Le 15 août, l’empereur Hirohito annonce que le Japon va capituler, cette décision est effective le 2 septembre 1945.

Une vidéo

Histoire des arts : Le chant des partisans

En temps de guerre, la musique dépasse son effet distrayant pour devenir une arme politique et un outil de propagande. Après la débâcle de 1940, les voix de la France mobilisent les esprits et ouvrent deux voies, deux choix pour le pays : la collaboration ou la résistance. Après l’étude de « Maréchal nous voilà ! », il convient d’étudier l’hymne des résistants : « Le chant des partisans ». Il est en écoute sur le lecteur Deezer de la p@sserelle.

Une fiche de travail sera distribuée en cours. Elle s’organise autour de trois points :

  • je présente
  • j’étudie les paroles de la chanson
  • j’explique

Pour présenter « le chant des partisans », voici quelques informations essentielles sur le contexte de création, les auteurs et la portée de cet hymne de la Résistance.

Image de prévisualisation YouTube

«Elle fit de son talent une arme pour la France » : cette phrase de Charles De Gaulle à propos d’Anna Marly résume l’oeuvre de celle que l’on surnomma « le troubadour de la Résistance ». Depuis Londres, cette artiste d’origine russe composa la musique de l’hymne officieux de la France libre. Le 30 mai 1943, depuis un hôtel de la banlieue londonienne, Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon vinrent poser leurs textes sur la mélodie : le Chant des Partisans fut interprété le soir même dans la capitale britannique.

Cette «Marseillaise de la Résistance» a été commandée par le réseau Libération et son chef Emmanuel d’Astier de la Vigerie au motif que l’on «ne gagne la guerre qu’avec des chansons». Diffusé clandestinement en France, le texte est médiatisé par les émissions de la BBC faites sous l’indicatif « Honneur et Patrie ». Parachuté par les aviateurs britanniques et transmis par la bouche à oreille, cette ode à la liberté sera chantée par les résistants dans les prisons ou au moment de leur exécution. Le manuscrit original de cet hymne emblématique de la Résistance et de la Libération (trois feuillets d’un cahier d’écolier où le chant est rédigé à l’encre bleue) est depuis 2006 classé comme monument historique, une oeuvre marquante de notre patrimoine immatériel.

Le chant des partisans a été repris par de nombreux artistes dont Jacques Brel ou Jean Ferrat. En 1997, pour le compte de l’association Tactikollectif, le groupe Zebda adapte la chanson dans l’album « Motivés ». L’idée du disque était de remettre au goût du jour des chants de lutte. C’est un succès populaire avec 200 000 exemplaires vendus. Ce disque est militant puisqu’il est produit en collaboration avec la Ligue Communiste Révolutionnaire, un parti d’extrême-gauche dont le nom est depuis 2009 le Nouveau Parti Anticapitaliste. Le chant des partisans transcende les époques et les sensibilités politiques. Ode à la liberté et à l’insoumission, il peut devenir un chant de lutte politique et de contestation sociale. Un morceau de notre patrimoine national qu’il convient de connaître et d’étudier.

Image de prévisualisation YouTube

Pour aller plus loin :

La Deuxième guerre mondiale : les voix de la France

L’hommage à Maurice Druon : « Ami, entends-tu … »






La Seconde Guerre mondiale : les voix de la France

 

La radio est pendant la Seconde Guerre mondiale un efficace instrument de propagande. Philippe Pétain et Charles De Gaulle s’en serviront les 17 et 18 juin 1940 pour montrer aux Français deux chemins différents après la débâcle militaire.

Image de prévisualisation YouTube

Voici l’appel du 22 juin 1940 lancé par le Général de Gaulle à la BBC. Celui du 18 juin 1940 n’a pas été enregistré.

http://www.dailymotion.com/videoxdee4y

« La guerre des ondes » commence. Le slogan de Radio Londres met en garde le peuple français envers la propagande allemande distillée sur Radio Paris : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est Allemand!« .

Les chansons étudiées en classe (« Maréchal nous voilà !« , « Le chant des partisans« ) et les extraits radio-diffusés de Pétain et De Gaulle sont disponibles sur le lecteur Deezer (à droite, sur la barre latérale du blog). Sur cette playlist, les chansons et messages historiques retracent l’histoire mouvementée de la France pendant l’occupation allemande. En bonus, deux thèmes musicaux célèbres sur la Seconde Guerre mondiale tirés de deux films incontournables, « La Grande évasion » et du « Jour le plus long« .

Pour aller plus loin :

Ci-dessous, deux autres chansons évoquées en cours et une autre version du Chant des partisans.

Le chant des partisans (Ana Marly, 1943)

http://www.deljehier.levillage.org/telechargements/le_chant_des_partisans.mp3

Ceux du maquis (Pierre Lefèvre)

C’est nous les Africains(présent dans le film Indigènes de Rachid Bouchareb et entonné par les acteurs du film lors du festival de Cannes au moment de la remise du prix d’interprétation masculine)

G6, G7, G8, G20 : les grands de ce monde

A partir 1975, l’idée d’une rencontre annuelle entre les dirigeants des plus grandes puissances industrielles au monde apparaît. Les problèmes économiques et politiques rencontrés par la communauté internationale sont au centre des discussions. Comme le montre cette caricature, le groupe est l’objet de critiques de la part de citoyens et d’associations. Ils estiment que les mesures prises par le G8 servent avant tout les intérêts des pays riches et pas ceux des habitants de la  planète. L’évolution de ce groupe est en tout cas révélatrice d’un monde plus multipolaire (plusieurs états décident des affaires du monde) mais encore très inégalitaire.

L’évolution et l’avenir des « grands de ce monde »

G6 (1975)

Lors du 1er sommet à Rambouillet (France), les 6 plus grandes puissances du moment sont réunies :

- les Etats-Unis, le Japon et quatre pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie)

G7 (1977)

En 1977, le Canada et l’Union européenne rejoignent ce club très fermé.

G8 (1997)

Le 8ème pays est la Russie. Si Mikhaïl Gorbatchev avait été invité au sommet du G7 en 1991, il faut attendre 1997 pour que Boris Eltsine s’attable avec les leaders occidentaux. C’est au sommet de Denver (Etats-Unis, 1997) que la Russie est associée au groupe car pour les Occidentaux ce pays a achevé « une transformation historique en devenant un Etat démocratique à économie de marché ».

Le fonctionnement

- une réunion par an dans un des pays membres

- des thèmes de discussion qui reflètent les préoccupations du moment (l’économie, le terrorisme, le nucléaire, la géopolitique, l’environnement, …)

- des sherpas représentent chacun des 8 dirigeants et préparent en amont le sommet du G8

- des véritablesmesures ou des effets d’annonce ? C’est la question que se posent certains observateurs…

CONSTAT : Le G8 est formé de puissances économiques de l’hémisphère Nord qui composent la Triade. 14% de la population mondiale se partagent 65% des richesses. L’élargissement à 14 pays (Chine, Inde,  Afrique du Sud, Égypte, Brésil et Mexique) a été évoqué par Silvio Berlusconi, 1er ministre italien, qui accueillait ses homologues à La Maddalena pour le sommet de 2009. 

Le G20 (1999)

Le G20

Les pays du G20 regroupent des pays riches et des pays émergents. Ils représentent 90% du PIB mondial, 80% du commerce international et les 2/3 de la population mondiale.

Sur le site du G20, on trouve une vidéo expliquant comment est né ce groupe, qui en fait partie et quels sont ses objectifs.

http://www.dailymotion.com/videoxfbro6

D’après La Dépêche.fr, le G20 est né « à l’initiative du G7. Suite aux crises financières qui avaient éclaté successivement en Asie, en Russie et en Amérique latine, ce club de pays riches a voulu mettre en place une instance élargie où les principales puissances mondiales, y compris les pays émergents, pourraient travailler en commun à résoudre et éviter ces turbulences. Plus largement, le G20 sert aussi de forum sur les questions budgétaires et monétaires, de croissance, de commerce et d’énergie. »

En 2009, le G20 se réunissait à Londres pour trouver des solutions à la crise financière et économique. A l’époque, chacun s’accordait à dire que « les dysfonctionnements du capitalisme sont à l’origine de la crise » mais deux visions s’affrontaient comme le dit le journaliste Jean-Bernard Cadier. La maison brûle : faut-il éteindre le feu ou tout reconstruire ?

Image de prévisualisation YouTube

En 2010, les 20 pays les plus industrialisés de la planète se retrouvent à Séoul (Corée du Sud). Le sommet a lieu en Asie, une preuve de la place prise par les pays émergents dans l’économie mondiale. Ce rendez-vous sera marqué par « la guerre des monnaies » (expliquée dans cette vidéo de France 24). La Chine est accusée de sous-évaluer sa monnaie pour doper ses exportations. La politique américaine est aussi critiquée car elle risque de fragiliser les économies européenne et asiatique.

Cette année, le G20 se réunit à Cannes. La crise grecque et le plan de sauvetage de la zone euro sont au centre de toutes les attentions. Le projet d’une taxe sur les transactions financières avance.

Robin des bois (un collectif d’associations comme Oxfam, Attac, …) demandait cette taxe bien avant le G20. Pourquoi ?

« Une taxe Robin des Bois sur la finance permettrait de dégager des centaines de milliards d’euros chaque année pour lutter contre la pauvreté et le changement climatique. Elle contribuerait à réduire la spéculation financière et à redistribuer les richesses. La France doit montrer l’exemple et la mettre en place en 2011 à l’occasion du G20.« 

Image de prévisualisation YouTube

Sources :

Dessin de presse : G-8, Angel Boligan, 06/08/2007 / CagleCartoons.com

Images : Infographies du journal Le Monde et de Liberation

Aller plus loin

Un article de France 24, « Le G20, à quoi ça sert ?« 

Une leçon d’économie à la sauce Mozinor : le G20 vu par le docteur CAC de France 5 qui « explique avec simplicité et humour les grandes questions économiques. »
Image de prévisualisation YouTube

D’une crise à l’autre, Dollar de Gilles et Julien

Alors que le célèbre duo Nicolas et Angela peine à s’entendre sur la mise en musique de la monnaie unique, je suis tombé sur « Dollar », une chanson interprétée par Gilles et Julien.Deux clics plus loin, je tombe sur un mash up. En musique, un mash up c’est l’art de superposer deux chansons l’une sur l’autre pour créer un morceau hybride. Dans le domaine vidéo, il s’agit de coller sur des images (la crise financière de 2008) une chanson d’une autre époque (un morceau de 1932 sur la vénération du dieu dollar, une des causes du krach boursier de 1929 et de 2008).

Image de prévisualisation YouTube

 

« Formé de Gilles (Jean Villard) et de Julien (Armand Maistre), ce duo allait révolutionner non seulement les tours de chant à deux interprètes mais tout simplement le tour de chant tel qu’on le concevait au milieu des années trente. » Leur chanson « Dollar » montre que ces artistes écoutent battre le cœur du monde et que celui-ci palpite plus fort à l’évocation d’un billet vert.  En comparant les crises financières de 1929 et 2008, on voit que l’histoire bégaye. L‘argent roi comme le « rêve américain » font partie de ces rêves immuables de l’humanité, pour le meilleur et pour pire…

Pour retrouver le texte intégral de la chanson, cliquez ici.

Paroles et musique de Jean Villard (Gilles)
Interprètes : Gilles et Julien – 1932
« De l’autre côté de l’Atlantique dans la fabuleuse Amérique
Brillait d’un éclat fantastique le Dollar
Y faisait rêver les gueux en loques
Les marchands de soupe et les loufoques
Dont le cerveau bat la breloque l’Dollar
Et par milliers d’la vieille Europe
Quittant sa ferme et son échoppe
Ou des bas quartiers interlopes on part
Ayant vendu jusqu’à sa chemise
Pour voir le dieu dans son église
Le dieu Dollar.
(…)On d’vient marteau. Dans leur folie
Les hommes n’ont plus qu’une seule envie
Un suprême désir dans sa vie
De l’or
S’ils s’écoutaient, par tout le monde
On en semerait à la ronde
Au fond de la terre profonde
Encor’ !
On en nourrirait sans relâche
Les chèvr ‘s, les brebis et les vaches
Afin qu’au lieu de lait elles crachent
De l’or !
De l’or partout, de l’or liquide
De l’or en gaz, de l’or solide
Plein les cerveaux et plein les bides
Encor’ ! encor’ !

Mais sous un ciel de cendre vous verrez un soir
Le dieu Dollar descendre du haut d’son perchoir
Et devant leurs machines sans comprendre encore
L’homme crever de famine sous des montagnes d’or
«