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« Paroles de l’ombre », à la lumière des archives

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Feuilleter des archives pour comprendre la Deuxième Guerre mondiale, c’est ce que propose « Paroles de l’ombre », un livre sorti en 2009. Mme Melgar l’a commandé et il est maintenant disponible au CDI. N’hésitez pas à aller le consulter, ça en vaut la peine…

Dans un précédent article, j’évoquais le goût de l’archive. L’historien déballe les archives, les épluche et les fait parler en quête de vérité. En remontant à la source, on plonge dans le passé en mettant en alerte tous ses sens. Entendre craquer les pages, toucher l’aspect rugueux du papier d’antan reste la meilleure manière de voir se dérouler le fil de l’Histoire…et de toucher du doigt les traces du passé.

L’année dernière, le Nouvel Observateur a consacré un dossier spécial à un livre intitulé « Paroles de l’ombre : lettres et carnets des Français sous l’Occupation (1939-1945)« . Un nombre incalculable d’ouvrages ont pour thème la Seconde Guerre mondiale… Le sujet est loin d’être tari et les approches se renouvellent. Bâti sur des sources, le livre historique retranche le plus souvent les archives en note de bas de page ou les reproduit en guise d’accompagnement au texte.  Pourtant, pour que l’Histoire s’incarne et que « les mots deviennent chair« , il faut pouvoir monter au grenier, ouvrir les tiroirs et déballer les souvenirs pour sentir une époque.  Conçu comme un livre-objet, « Paroles de l’ombre » réalise le pari de faire humer au lecteur l’atmosphère de l’occupation en France. Reproduits en fac-similé (à l’identique), des documents d’époque et des témoignages font resurgir un quotidien évanoui (tickets de rationnement, brochure de chansons parachuté par la Royal Air Force, …).

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DSC08376L’ouvrage suit le fil chronologique de la guerre : de « la drôle de guerre » à « l’ivresse de la victoire », les thèmes sont exposés en deux pages. Un résumé rappelle l’essentiel à savoir.  Puis, on manipule les archives. On tient entre nos main des pièces chargées d’histoire, on s’immisce dans des moments d’intimité, on suit l’écriture filante du Général. Les lettres d’adieu parlent de dignité, de liberté, de devoir accompli et d’avenir. On partage l’émotion et aussi l’abjection. Les lettres de dénonciation parlent d’argent, de « parole d’honneur » pour des bassesses  : « Monsieur, j’ai l’honneur de vous envoyer cette lettre pour vous faire savoir que je pourrais vous faire retrouver des jeunes qui ne sont pas repartis en Allemagne à condition que vous m’envoyé une prime de 10000 F parce que nous sommes cinq« .

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Les photos sont elles aussi bien choisies : mai 1940, des Français fuient devant l’avancée des troupes allemandes. Une photo en noir et blanc montre l’exode : sur un  char à bras, une famille a entassé ses biens. Que faut-il emmener alors que le temps presse ? Couvertures et valises bouclées, ces Français partent sur la route. Tous poussent et avancent mais une jeune fille se retourne, l’œil méfiant. Ils quittent leur terre, la guerre et la peur aux trousses.

A la lumière des archives, la société française apparaît en relief, avec ses abîmes, ses peurs, ses acceptations résignées et ses élans de bravoure. D’autres thématiques auraient pu être abordées (l’épuration sauvage, la tonte des femmes) mais cet ouvrage accessible à tous éclaire un pan de notre histoire de façon vivante.

Aller + loin :

* Dans la lucarne : l’occupation allemande à hauteur d’hommes à voir dans le téléfilm de France 2 « Un village français ». Le site de France 3 héberge des interviews de Français(es) ayant vécu l’occupation présentés par l’historien Jean-Pierre Azéma. Le teaser du téléfilm reste aussi à analyser…

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Sources images :

- Couverture du livre édité par Les Arènes

- Photographies de mon exemplaire personnel

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