Les Trente Glorieuses : la consommation, une arme de séduction massive ?

Cette publicité réalisée en 1959 par Moulinex (fabricant français d’électroménager) illustre à merveille la société de consommation née des Trente Glorieuses.

Les publicitaires nous offrent une scène de ménage heureux. Dans une cuisine, où une ménagère est toute à sa préparation culinaire, arrive un homme au complet rayé. Il rentre du bureau et se glisse derrière sa belle et tendre pour lui offrir un cadeau. Cette femme est le stéréotype de la cuisinière modèle : tablier ajusté, cuisine étincelante, plats mitonnés avec amour.

Aux anges, elle semble dire à son mari : « Mais quelle merveille m’as tu encore apporté ? J’apprends tout juste à utiliser le merveilleux robot-charlotte et tu me couvres encore de cadeaux !« . Les mains jointes en signe de rêve exaucé, elle est sûre que son cher mari a pensé à la dernière nouveauté de chez Moulinex : le batteur électrique qui lui allégera bien la tâche pour monter ses œufs en neige…

Le mari a le beau rôle : il travaille et assure le bien être de sa petite famille. En 1959, les indicateurs (PIB, PNB) sont au vert et il peut compter sur une promotion professionnelle (le costume) et sociale (une belle résidence, les cadeaux). Généreux, il n’en reste pas moins intéressé dans ses offrandes puisque son regard oblique clairement vers les tomates farcies. Son regard approbateur montre que la cuisine de sa compagne le met en appétit. Il continuera à l’équiper pour leur plus grand plaisir car comme le dit le slogan :

« Pour elle, un Moulinex

Pour lui, des bons petits plats »

Cette publicité offre une vision assez machiste (l’homme travaille, la femme cuisine) d’un couple de Français. On y voit clairement que l’achat fait le bonheur dans une société de consommation. Dans une époque où le portefeuille devient une arme de séduction massive, le chansonnier Boris Vian écrit la “complainte du progrès (les arts ménagers) », une satire pétillante de la consommation de masse. Ecoutez bien cette chanson écrite en 1955 : il semble bien que les publicitaires de Moulinex aient écouté Boris Vian pour vanter les mérites de leurs mixers, batteurs et des robots géniaux.

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“Autrefois pour faire sa cour, on parlait d’amour…Aujourd’hui, c’est plus pareil, ça change, ça change. Pour séduire le cher ange, on lui glisse à l’oreille : Oh Gudule, viens m’embrasser et je te donnerai un frigidaire, un joli scooter…et une tourniquette pour faire la vinaigrette…”

NB : Cette publicité a été analysée en classe (manuel - 2 p 174-) selon la méthode habituelle (1. Présenter 2. Décrire 3. Interpréter) que je reprends d’ailleurs ici.

Pour aller plus loin :

- « Au petit bonheur la France » : une réflexion sur le pouvoir d’achat et les indicateurs du bien-être aujourd’hui :

- Boris Vian (1920-1959) est un chanteur, trompettiste de jazz, écrivain, un artiste touche à tout. Nous pourrons aborder une autre de ses chansons « Le déserteur » évoquant son refus de combattre pendant les guerres coloniales françaises (1954 : guerres d’Indochine et d’Algérie)

 

Le buste de César à Arles : le second souffle

Arles, cette ville des Bouches-du-Rhône, aimante les artistes. Attiré par la lumière méditerranéenne, Van Gogh, le peintre à l’oreille coupée, y a peint ses sublimes tournesols. L’arlésien Christian Lacroix a fait de sa ville natale une place de la haute couture. Arles aime les artistes, et ce, depuis toujours.

Fondée en 46 avant Jésus-Christ par César, Arelate est aujourd’hui réputée pour ses vestiges antiques. La rive gauche du Rhône correspond au centre de la ville et recèle de trésors architecturaux (l’amphithéâtre, le théâtre, l’arc du Rhône, les thermes de Constantin, …). La ville antique est une colonie romaine qui se développe très rapidement. Les activités portuaires et commerciales enrichissent la ville. Cette prospérité permet aux habitants d’embellir leur cité en commandant à des artistes, des monuments, statues et mosaïques à la mesure de la « petite Rome ». La rive droite du Rhône est aménagée au cours du Ier-IIème siècle après J-C et le pont de bateaux (procédé ingénieux qui permet de relier les deux rives) fait la renommée de la ville. En 2007, une équipe d’archéologues dirigée par Luc Long, décide de prospecter sur cette rive droite du fleuve (près du quartier de Trinquetaille) une zone jusque-là très peu fouillée.

http://www.dailymotion.com/videoxbqr84

En 2008, France 3 présentait une émission spéciale « Des racines et des ailes » sur les recherches menées par ces archéologues sous-marins. La chasse au trésor est lancée dans le Rhône.  Construite comme une enquête, l’émission est passionnante et offre aux téléspectateurs les splendides trouvailles des plongeurs-archéologues. La découverte d’une statue de Neptune, reconstituée pièce après pièce par les plongeurs, la remontée d’une statue de Vénus ou encore ce bronze d’un homme aux poings liés montrent les richesses englouties dans le limon du fleuve. Le documentaire tient en haleine avec la pêche inespérée d’une pièce unique en son genre. Le buste de César, fondateur de la ville et imperator romain (vers 100 à 44 av JC).  La ressemblance est frappante mais le travail de l’archéologue est de prouver qu’il s’agit bien de César. Luc Long fait appel aux technologies ahurissantes de précision (scanners), à l’œil expert de spécialistes, part comparer le buste de César avec un autre se trouvant à Turin (Italie) et finalement le verdict tombe. Ce buste serait la plus ancienne représentation de César faite de son vivant (cette hypothèse est contestée par l’historien allemand Paul Zanker). L’instantané d’un imperator est exceptionnel car « même à Rome, on n’a jamais retrouvé un portrait de César de son vivant » dit Luc Long.

Ces trouvailles redonnent un second souffle à des œuvres d’art endormies dans le lit du Rhône et à des archéologues plus habitués à remonter des tessons d’amphores que des objets d’exception. Aux téléspectateurs, une belle leçon d’Histoire et un moment de rêverie.

E.G

Sources :

- L’excellent reportage de France 3, « Le trésor englouti du Rhône »

Crédits et légendes des photos : C. CHARY/DRASSM

- Un buste grandeur nature de César âgé : pour Luc Long, ce buste en marbre constitue la plus ancienne représentation aujourd’hui connue du fondateur de la cité romaine d’Arles. Typique de la série des portraits réalistes d’époque républicaine (calvitie, traits dus à l’âge…), il date sans doute de la création de l’Arles romaine en 46 avant Jésus-Christ.

- Le buste lors de sa découverte par P. Giustiniani - Photographe : C.CHARY

Une statue de Neptune en marbre de près de 1,80 m de hauteur ; datée de la première décennie du IIIe siècle après Jésus-Christ.

- Le pont de bateaux

- Paul Zanker conteste que la statue retrouvée soit celle de César

La p@sserelle, première bougie

DSC0048017 décembre 2009, voilà un an pile que la p@sserelle existe. Douze mois d’existence et une longue liste de satisfactions. D’abord, parce que les élèves se sont appropriés l’outil. Auteurs d’articles, ils forgent l’identité d’un blog participatif. Support de travail en classe, le blog permet de prolonger la leçon et de mettre en lumière les productions des Waldeckien(ne)s. Simple promeneur ou randonneur chevronné, de Firminy ou d’ailleurs, chaque élève y fait son bout de chemin sans qu’il y ait de marche forcée. Le sentier est balisé mais libre reste la balade.

Depuis le lancement de la p@sserelle, j’ai pris pleinement conscience de l’intérêt pour les enseignants de travailler en réseau, d’échanger et de mutualiser. J’ai découvert sur internet des profs passionnés et des espaces d’échanges (Clionautes, Hors les Murs, …) qui ouvrent des perspectives. Enfin, ce blog est pour moi un espace d’expression et de liberté car le plaisir d’écrire et de partager ne peut se cantonner aux disciplines que j’enseigne.

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En 365 jours, un peu plus de 150 000 blogtrotters ont fait escale sur la p@sserelle durant leur escapades numériques. Le mérite en revient au Web pédagogique qui met à disposition des enseignants un outil efficace pour « partager la connaissance ». Un grand merci à toute l’équipe, à Vincent, à Marie et longue vie aux blogs officiels…

E.G

Ouvrons l’œil : le prof, ce héros ?

Hier, en feuilletant les pages de Télérama, je suis tombé sur une publicité mettant en scène un enseignant d’Histoire… Pas de logo de l’Education nationale sur cette campagne de communication. Alors, pour promouvoir le métier d’enseignant, on trouve une société privée spécialisée dans les cours particuliers, Acadomia.

Autant dire, que l’image et le texte m’ont interpellé. En classe, vous apprendrez à lire les images en suivant une méthode en trois temps (1. Je présente / 2. Je décris / 3. J’explique). J’aime particulièrement décrypter les images du quotidien. La méthode apprise en cours sert au jour le jour. D’ailleurs, j’ai déjà présenté le document dans le 1er § en répondant aux questions suivantes : quand ? où ? quoi ? qui ?

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Sur cette publicité, notre prof’ d’Histoire a la tête dans les nuages : les vacances sont là (les résultats du bac tombent en juillet), il peut enfin s’installer à la terrasse d’un café et profiter du ciel bleu.  Pourtant, l’enseignant reste consciencieux. Pas de bermuda, ni de tee-shirt ici : même en vacances, le prof d’Histoire est sérieux (il lit sûrement Le Monde). S’il a déboutonné un peu son polo, il garde le veston (pourtant, il a l’air de faire chaud) et reste absorbé dans des rélexions qui n’appartiennent qu’à lui.

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L’image nous montre un prof habité  et rêveur : quelles pensées parcourent ce pédagogue, qui, après une année scolaire bien remplie, pourrait aspirer à un peu de repos ?

A son air ravi, on dirait qu’il pense très fort « C’est bon les vacances… » ou qu’il chantonne « Copies, c’est fini…« . Mais non, rien de tout cela… Ce ne sont pas les conclusions du G8 qui lui occupent l’esprit, ni même les résultats de l’EuroMillion. Non, il en a « un peu honte » mais il pense à Robin. Robin, l’élève dont les parents lui ont mis un peu de beurre dans les épinards. Un peu d’argent qui lui permettra, j’espère, de renouveler une garde-robe bien triste pour un début d’été : en plus, les soldes arrivent, chic…

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Le prof vu par Acadomia est sérieux, sobre, consciencieux. Il arrive à placer l’élève (Robin) au-dessus de la connaissance (G8)… Un prof qui fait cours pour l’élève et pas simplement pour lui… mais qui a du mal à s’avouer qu’il travaille pour l’élève autant que pour son appétit intellectuel …

« Il se dit qu’après tout il était prof » : avec cette phrase, Acadomia résume les doutes et interrogations qui entourent le métier d’enseignant. On entend parler de crise, de manque de vocation, d’élèves intenables, de « ton métier de toute façon, je ne pourrais pas le faire ». Le prof se cherche comme le montre l’autre publicité qui met en scène Marianne, enseignante en français.

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Marianne a le même regard perdu que son collègue d’Histoire. Mais, ici Marianne se fait du souci…  Est-ce que mes élèves ont compris quelque chose à ce que je raconte ? Marianne, symbole de la République (le nom et l’échancrure de son corsage nous le rappellent), représente-elle cette école qui se fait « du souci » ? Si l’école républicaine ne permet plus à vos enfants d’avoir « envie apprendre », la publicité nous incite à penser qu’avec Acadomia ils le pourront… Après réflexion, Marianne dira alors « Garçon ! Un autre café serré. » Elle réglera sa note, s’en ira dans le bureau Acadomia le plus proche pour qu’enfin ses vœux deviennent réalité…

Pour finir, la question qui se pose est :

Qui Acadomia veut-elle séduire ? Des élèves ou des profs ?

Le prof de la campagne de pub d’Acadomia est un héros fragile, se questionnant sur son métier. Et si Acadomia me permettait de donner vraiment sens à ma vocation, qui s’évapore peu à peu par ces classes surchargées, ces élèves turbulents, des moyens qui disparaissent…

Une stratégie qui, peut-être, séduira Marianne. Mais, Marianne la républicaine se rappellera bien à un moment que l’idéal de partage et d’égalité est ailleurs. Dans sa classe sûrement…


PS : Il est bon de rappeler aux parents que des solutions gratuites et individualisées existent pour vos enfants. Le collège Waldeck-Rousseau propose l’accompagnement éducatif, le Prépabrevet en Histoire, le SOSMATHS, etc pour donner aux élèves les clés de la réussite.

+ d’info : l’excellent dossier d’Arrêt sur images où l’on en apprend plus sur le recrutement des professeurs d’Acadomia…

Images : Campagne de publicité de la société Acadomia

Le Labo : « Les voix de la France après la débâcle »

Les Clionautes regroupent des professeurs d’Histoire-Géographie. Depuis 1998, cette association œuvre pour diffuser l’usage des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement de l’Histoire-Géo. 

C’est avec plaisir que j’ai contribué à leur revue numérique appelée « Le Labo » en montrant que la Seconde Guerre mondiale pouvait être étudiée en chansons. « Maréchal nous voilà ! » et « Le chant des partisans » condensent l’Histoire de la France occupée par les Allemands.  En ces temps de guerre, la musique dépasse son effet distrayant pour devenir une arme politique et un outil de propagande. Après la débâcle, les voix de la France mobilisent les esprits et ouvrent deux voies, deux choix pour le pays : la collaboration ou la résistance.

A lire sur le Labo :  »Les voix de la France après la débâcle » 

Les objectifs d’un telle démarche sont multiples. La chanson en classe permet d’estomper la frontière entre le monde quotidien et l’univers scolaire et d’ancrer chez l’élève une culture du questionnement face aux médias et à sa consommation musicale (quel sens donner à ce que j’écoute ?). 

Liens sur la p@sserelle : 

La Seconde Guerre mondiale en chansons

L’hommage à Maurice Druon : « Ami, entends-tu … »











 

Sainte Sigolène : les visages de la ruralité

Le samedi 25 avril 2009, l’Association des Professeurs d’Histoire-Géographie (APHG) organise une journée découverte sur « Les pays de Sainte Sigolène et de Retournac : entre société rurale et société industrielle ». Contribuant avec Maurice Bedoin et Denyse Pouly à l’organisation de la matinée à Sainte Sigolène, nous tâcherons de montrer les visages de la ruralité du XIX° au XXI°siècle à partir de deux thèmes forts :

  • Sainte Sigolène : une terre de chrétienté à l’heure de la République (1880-1906)
  • L’industrie à la campagne : la plasturgie et les enjeux d’avenir

Sainte Sigolène est la cinquième ville de Haute-Loire, un département auvergnat aux paysages d’une grande beauté. Située à l’est du département, dans l’arrondissement d’Yssingeaux, la cité sigolénoise fait partie d’un territoire nommé « le Pays de la Jeune Loire et ses rivières » par l’INSEE.  Cet espace « se singularise en Auvergne par son dynamisme démographique, la jeunesse de sa population et la présence d’un tissu industriel diversifié.«  C’est aussi mon pays natal, là où se trouve ma famille, bon nombre d’amis et un territoire rural que je sillonne avec toujours autant de plaisir. En 2001, l’attachement à cette terre et à son histoire me décide à consacrer une année de recherches à ce coin de Haute-Loire.

Le fil directeur de ce travail a été de saisir l’influence de l’Eglise dans la vie des Sigolénois(es) de 1800 à 1906. Au XIX°s, Sainte Sigolène est une terre de chrétienté, « une des meilleures paroisses du diocèse » dira l’évêque du Puy-en-Velay. Alors, quand la Troisième République cherche à limiter le rôle de la religion par les lois scolaires et la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, les Sigolénois, emmenés par leur curé et leur maire, préparent la parade. En 1906, la révolte des Inventaires illustre la foi vigoureuse et le caractère bien trempé des habitants de l’Yssingelais.

Avec la loi de 1905, les églises et les objets se trouvant à l’intérieur deviennent propriété de l’Etat et des communes. Pour connaître ces biens et les mettre gratuitement à disposition de l’Eglise pour la pratique du culte, des inventaires sont organisés mais un article (sur l’ouverture des tabernacles) soulèvera l’indignation de certains catholiques français. Pour eux, « un cambriolage légal de l’église » est organisé. A Sainte Sigolène, les paroissiens barricadent et défendent leur église comme une forteresse assiégée. Cet épisode se lit encore aujourd’hui sur les portes de l’édifice, marquées par les coups de hache et une plaque centenaire commémorant la farouche résistance des paroissiens. En 2009, l’empreinte religieuse marque toujours Sainte Sigolène (la procession des Pénitents, un seul collège…privé, …).

L’attractivité de Sainte Sigolène doit beaucoup à la plasturgie, un secteur aujourd’hui en mutation. Les passementiers sigolénois qui partageaient leur temps entre leurs métiers et leurs champs ont vu leur cité se transformer en « capitale du plastique souple« . Amorcé dans les années 1950, le passage du textile à l’industrie plastique a donné naissance à un bassin d’emplois fort de 3000 emplois directs et 2000 emplois indirects en 2006. Le débat autour du sac plastique et les conflits d’acteurs (industriels, grande distribution, associations écologistes) qu’il suscite ont attiré les médias dans la cité sigolénoise (Libération, France 3, …). Si l’on a pu focaliser sur le sac de sortie de caisse, la visite de l’entreprise Barbier et de son site internet montre la diversité des produits (agriculture, distribution, industrie) et les perspectives d’avenir. Serge Vassal, PDG de l’entreprise, présentera aux participants à la journée du 25 avril les réponses de sa société aux enjeux de demain. Son intervention sera axée sur de la prise en compte du développement durable dans la logique d’entreprise : sacs biodégradables (BIOPACK®), recyclage des plastiques agricoles usagés (éco-taxe à l’achat pour l’agriculteur, éco-service en retour) et des films plastiques, bilan Carbone® de l’entreprise, …

Les sources :

Les liens :

Les images : Photographie prise le 21 février 1906 lors des Inventaires à Sainte Sigolène / Le site de l’usine Barbier à la Guide (Sainte Sigolène)

« Fais mes devoirs » et les nègres scolaires

L’équipe de « Fais mes devoirs » : parce que la tromperie vaut mieux que l’échec !

Terme péjoratif aux connotations racistes quand il est employé pour désigner une personne à la peau noire, « le nègre » est aussi une personne qui rédige pour de l’argent un travail qui sera signé par quelqu’un d’autre.

On parle de « nègre littéraire » quand un écrivain en panne d’inspiration commande à un autre le roman qu’il n’arrivait plus à rédiger. Devant la page blanche, la supercherie vaut mieux que l’échec

Aujourd’hui, le « nègre scolaire » devient une espèce médiatique en vogue. Un site appelé « Fais mes devoirs » embauche des jeunes, beaux et souriants   »nègres scolaires » pour faire le travail à la place des élèves. L’élève dit « Fais mon devoir d’Histoire ! » et le nègre scolaire rédige le travail contre 10 ou 20 €. Sur le site, on peut d’ailleurs faire la connaissance du préposé à l’Histoire-Géographie (voir copie d’écran). 

En apparence, c’est du solide : « après avoir étudié durant trois années à l’université du Caire, il est rentré en France pour faire une thèse sur l’histoire des civilisations« . Avec lui, le mythe d’Osiris c’est les doigts dans le nez et la main dans le portefeuille. Il vous analyse 4 à 6 documents pour 400 points soit la pharaonique somme de 20€. La seule chose dont je ne doute pas, c’est qu’il est bien « rentré en France » : sur la photo trône la Tour Eiffel et pas une pyramide. Par contre, je ne suis pas sûr qu’il ait beaucoup de temps à accorder aux élèves avec une « thèse sur l’histoire des civilisations« . S’il pense véritablement s’y atteler, j’espère qu’il peut compter sur plusieurs vies et plusieurs « nègres »…

Autrement dit, le site entretient le flou et l’apparence du prestige. Des étudiants de haut rang qui planchent pour des élèves et de l’argent sur des exercices de la 6ème à la Terminale : la solution à l’échec scolaire ? Comprendre par soi-même, là est le véritable sens de l’école. Vendre des corrigés à des élèves en manque de confiance ou de résultats, c’est de la poudre aux yeux. Quand on n’apprend pas à nager tout seul, on coule.

Le site de « nègres scolaires » poursuit parait-il une mission. Dans une phrase enrobée de philanthropie, il est dit :

« Fais Mes Devoirs est un outil pédagogique qui a pour vocation d’aider les élèves en difficulté. Toute autre utilisation irait à l’encontre de notre mission.« 

Peut-être espèrent-ils aussi être déclarés d’intérêt public pour qu’enfin cessent les « Tu vas voir ta gueule à la récré si j’ai pas l’exo de Maths !« .  Le seul objectif est le suivant :

- Fais mes devoirs est un non sens pédagogique qui a pour vocation de soutirer l’argent de poche d’élèves à plumer. Toute autre utilisation non lucrative irait à l’encontre de notre business plan -

Leur logo résume d’ailleurs très bien la note que j’attribuerais au site : O + O = la tête à Toto. Dans ses yeux, ne voyez-vous pas tourbillonner les euros ?  

Tant que les créateurs du site se payent la tête à Toto ça va, ne vous faîtes pas payer la vôtre … D’ailleurs, une fois sur le site vous n’avez plus qu’à suivre Toto et « par ici la sortie »Les conseils avisés de vos professeurs resteront toujours non déductibles de votre argent de poche.

E.G

Good Bye Lenin… parodié

Good Bye Lenin ! est un film allemand de 2003. Le réalisateur Wolfgang Becker raconte l’histoire d’Alex, un jeune habitant de Berlin-Est, dont la mère, Christiane, tombe dans le coma en octobre 1989. Quelques semaines plus tard, le Mur de Berlin tombe. Cette frontière séparait le monde issu de la guerre froide en deux : une partie communiste sous contrôle de l’URSS et un bloc capitaliste sous influence américaine.

En 1990, le réveil miraculeux de Chrisitiane pose un problème à son fils. Le médecin demande à Alex de tout mettre en œuvre pour éviter à sa mère une rechute : aucun choc ne doit venir troubler sa guérison. Alex décide ainsi de cacher la réalité de la réunification de l’Allemagne à sa mère, une fervente communiste. Le fils se met alors à réinventer l’Allemagne, un pays rêvé pour les nostalgiques de la R.D.A (République Démocratique Allemande). Avec un ami, il tourne de faux journaux télévisés où la réalité s’inverse : l’idéal communiste a vaincu et la R.F.A (République Fédérale Allemande) n’existe plus…

Nous étudierons prochainement quelques extraits ce film aussi bien en 4ème (Géographie : étude de l’Allemagne) qu’en 3ème (Histoire : la guerre froide). Pour découvrir ce film, clique sur le lien ci-dessous :

La bande annonce

En surfant sur le net, j’ai trouvé une parodie du film nommée Good Bye Lyonnais. Une parodie est une façon humoristique d’imiter une œuvre en la détournant de sens initial (ex : Les Guignols de l’info parodient les Journaux télévisés). Good Bye Lyonnais a été réalisé par l’équipe des Cahiers du football, un mensuel décalé sur l’univers du ballon rond. L’extrait de Good Bye Lenin est associé à un tout autre scénario : 

« À une supportrice des Verts qui se réveille après vingt-huit ans de coma, il vaut mieux cacher la vérité… »

Les supporters apprécieront… ;)

E.G

L’histoire à la source

« Les sources ?«  : cette question arrive souvent aux oreilles d’un(e) élève qui aurait lu un texte sans avoir indiqué d’où vient le document. Dire qui écrit, quand, où, comment, c’est déjà faire de l’histoire…  Il suffit ensuite de se poser les bonnes questions pour faire « parler » les sources.

« Pas d’affirmations sans preuves, pas d’histoire sans faits » dit Antoine Prost dans ses célèbres « leçons sur l’histoire ». Les preuves permettent de faire émerger une vérité. Mais pour avoir des preuves, il faut des sources écrites (textes, …), iconographiques (images en tous genres), orales (témoignages) ou vidéos.

Faire de l’histoire, c’est pister les traces du passé pour établir des faits. Pour arriver à son but, l’historien(ne) passe obligatoirement par la case « archives ». 

Aller aux archives, c’est voyager dans le temps et depuis peu, les archives nationales américaines nous proposent un périple outre-Atlantique à peu de frais. Derrière notre écran d’ordinateur, elles nous ouvrent leur album de famille… et de quelle manière. 

Télérama a consacré un article à cette plongée virtuelle dans l’histoire des Etats-Unis. 

« Ouvert cette année, le site des archives nationales américaines compte déjà 1 200 documents. Un patrimoine à explorer de manière ludique et intelligente. Envie de zoomer sur le manuscrit original de la Constitution des Etats-Unis ? Aucun problème, suivez le guide.« 

Lors de ma recherche, j’ai zoomé sur le visage d’un immigrant allemand relativement pas comme les autres (Einstein, 1940), suivi le moon-walk de Buzz Adrin (1969), vu l’encre qui s’estompe peu à peu sur l’original de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique (1776).

La série consacrée à la Deuxième Guerre mondiale nous rappelle qu’en temps de guerre la peur de l’espion est grande (voir posters dans la galerie d’images). Pour l’Oncle Sam, un bon patriote américain ne doit divulguer aucune information susceptible de servir l’ennemi. Motus et bouche cousue : c’est la devise pour ne pas compromettre la sécurité nationale. 

Emballantes, ces visites virtuelles ne remplacent pas encore le plaisir d’une journée passée à parcourir, feuilleter et déchiffrer les archives en feuilles et en encre.  L’historienne Arlette Farge raconte dans un livre le « goût de l’archive« . Se replonger dans le passé met en alerte tous les sens. Entendre craquer les pages, toucher l’aspect rugueux du papier d’antan reste la meilleure manière de voir se dérouler le fil de l’Histoire…et de toucher du doigt les traces du passé.

E.G

Captures d’écran : Digital vaults, site des archives nationales américaines

« En campagne » : La France des villages

« En campagne » : c’est le nom d’un nouveau programme de France 5 consacré à la vie des villages français. Deux reporters, Aurélie Sfez et Julien Cernobori, sillonnent des patelins des Alpes de Haute-Provence, du Berry, de Corse et sondent avec simplicité leurs habitants. C’est leur émission radio « Village people » qui a donné envie à France 5 de leur laisser un espace sur le petit écran. 

Avec tact et humanité, ils interrogent les habitants pour faire ressentir aux téléspectateurs l’atmosphère d’une bourgade de l’Hexagone. Le reportage sur Reillanne est en ligne sur le site de France 5. A la question, « qu’est-ce qu’un village ? », Jean Jacques, un habitant de Reillanne répond :

« Un village c’est un lieu chargé d’histoire, une photographie, une image qu’on a dans les yeux (…). C’est en priorité une communauté : un assemblage de gens si différents qui fait la richesse de ce village« .

Sans voyeurisme, l’interview de Mme Trouchet et de Thérèse, sa sœur, donne à voir une maisonnée où le temps semble s’être arrêté…Une séquence plus tard, c’est le groupe rock jouant dans « le bar un peu en marge »  de Reillanne qui anime le village et rappelle que les petits bleds ne sont pas hors du temps. 

Il faut aujourd’hui regarder le monde rural avec un œil neuf : ce n’est plus le monde agricole de naguère. « Villes et campagnes s’articulent » dit un rapport de la DATAR de 2003.

Mais une réplique m’a particulièrement fait sourire… me renvoyant à ma Haute-Loire natale où l’on prend le temps de vivre : 

Aurélie Sfez interroge un automobiliste à l’arrêt et lui demande : 

« - Vous êtes tout le temps là à vous balader dans le village ?

- Je suis venu voir si on jouait aux boules… ils ont pas joué. Il faut que je me balade, je peux pas resté sans rien faire.

- Qu’est-ce que vous avez fait aujourd’hui ?

- Rien. Non mais j’ai fait une sieste quand même…« 

E.G

A voir : Le reportage des reporters de « En campagne » à Reillanne

 

Captures d’écranhttp://www.france5.fr/videos/

Pour aller plus loin : le rapport de la DATAR (2003) sur les campagnes : http://www.pme.gouv.fr/essentiel/etudesstat/pdf/francerurale.pdf