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Blocus des lycées à Firminy : vous bloquez, ils débloquent

Depuis jeudi 7 octobre, les blocus de lycée agitent quelques rédactions en France. Dans la Loire, la Une du quotidien La Tribune-Le Progrès (édition Ondaine) est occupée depuis deux jours par l’action lycéenne :

  • « Les lycéens de la Loire à leur tour dans la rue » (8 octobre)
  • « Manifestation des lycéens : dérapages à Firminy » (9 octobre)

L’enchaînement des événements paraissait couru d’avance : les jeunes bloquent leurs lycées, des incidents éclatent, le mouvement est en grande partie décrédibilisé. Alors que l’histoire commence, on a l’impression d’avoir déjà lu la fin.

Les jeunes dans la rue :  les médias sont friands de ce type d’information. Dans l’inconscient collectif, cela rappelle Mai 68, les barricades, les pavés, une jeunesse rebelle qui a soif de libertés. Jeudi, à Saint-Etienne, Firminy et Feurs, près de 1400 lycéens assistaient/participaient au mouvement de contestation de la réforme des retraites et du lycée. Empressé de diffuser l’information, Le Progrès commet une erreur dans un article diffusé jeudi sur son site internet en écrivant que ces actions dénonçaient « non pas la réforme des retraites mais celle du lycée ». Dans l’emballement, seule la contestation de la réforme du lycée était évoquée. Une erreur corrigée dans l’édition de vendredi mais très révélatrice. L’empressement à traiter l’événement montre que les raisons de la mobilisation sont vite dépassées par les possibles conséquences sur l’ordre public. Dans l’article du Progrès de jeudi sur Firminy, il n’est pas question de slogans, de banderoles qui indiqueraient la nature des revendications, seuls les troubles à l’ordre public sont mentionnés. C’est un mouvement d’humeur désorganisé, une sorte de grande récréation qui est décrite (lire ici).

D’après le journal, le mouvement est « initié par les jeunes communistes de la Loire, aucun syndicat n’étant associé au mouvement. » En discutant avec des anciens élèves aujourd’hui à Albert Camus ou à Jacob Holtzer, j’ai l’impression que les instigateurs du mouvement ne sont pas clairement identifiés. Si la manifestation a effectivement au départ une coloration politique, tout semble se diluer par les canaux d’information utilisés par les jeunes. Avertis par SMS, MSN ou Facebook, ils relaient souvent l’information sans trop se demander qui en est à l’origine. L’avantage des réseaux, c’est que l’information passe vite. Le risque, c’est d’être instrumentalisé ou d’agir sans réfléchir aux conséquences que peut avoir un mode d’action tel que le blocus.

Le mode d’action : blocus, malus

En 2006, la lutte contre le CPE est marquée par de nombreux blocus en milieu scolaire (lycées, universités). Si à l’origine, « le blocage est une décision collective que les étudiants les plus mobilisés prennent au cours d’assemblées générales, en ayant soin de mettre cette décision au vote à la majorité absolue des personnes présentes« , on connaît aussi les limites de ce type d’action (le vote à main levée par exemple). Les blocus qui s’éternisent ont donné une très mauvaise image à ce type d’action. Priver les autres de la liberté d’étudier est aussi très problématique…

Pourquoi bloquer ? D’abord, parce qu’un blocus se monte à la vitesse d’internet. Il ne demande pas une longue réflexion : un appel est lancé (« AVIS A TOUS LES CAMUSIENS ! Demain blocus a camus, si vous aussi vous ne voulez pas bosser jusqu’a 70 ans, alors rejoignez nous ! ») et s’il est relayé massivement, c’est gagné. Le blocus doit servir de déclencheur à un mouvement de protestation, de signal d’alerte pour les médias et l’opinion publique. Souvent improvisé, le mouvement semble se construire au fur et à mesure : la justification du mouvement s’échafaude souvent en même temps que l’événement.

Si les lycéens ont évidemment leur mot à dire, le blocus est-il le bon ? Avec un blocus, tout va trop vite. Ce mode d’action s’impose aux jeunes et séduit un bon nombre : mais sans véritable organisation, on crée les conditions du désordre et nombreux sont les lycéens déçus de la tournure que prennent les événements. Il faut préparer son coup pour rendre lisible la manifestation… Si jeudi le journaliste de la Tribune se trompe sur les raisons du blocus à Firminy :

  • soit il s’est précipité pour rendre compte le plus vite possible de l’information
  • soit les motivations du blocus n’étaient pas assez lisibles : mettre des poubelles tête bêche ne suffit pas à faire passer un message.

Le côté spontané de l’action à Firminy (manque de porte-paroles identifiés, mouvement peu organisé) peut laisser penser que pour certains le blocus est une fin en soi. On s’aligne sur quelques mots d’ordre, on participe à un grand charivari, on s’époumone, on existe. Rite initiatique, séchage de cours et vraie mobilisation se mêlent : qu’en restera t-il ? Je pense  qu’un blocus n’est jamais une bonne solution, il faut débattre, libérer la parole, chercher des actions alternatives pour faire entendre sa voix. Fermer des portes, monter une barricade et empêcher le bon déroulement des cours font basculer l’action dans quelque chose de négatif, qui laisse la place au débordement et à la bêtise. Surtout quand on a rien fait avant. Pour réussir une action, il faut gagner l’opinion publique. Surtout pour des lycéens en quête de crédibilité. Deux anciennes élèves me disaient hier après-midi qu’elles avaient vu applaudir une dame, très émue par l’action de ses jeunes compatriotes. Mais les propriétaires de véhicules stationnés près de Jacob Holtzer n’auront pas la larme à l’œil en voyant leur rétro cassé ou leur pare-brise abîmé. De plus, dans des villes comme Firminy où il y a eu récemment des flambées de « violences urbaines »,  il faut réfléchir sérieusement à la portée d’une telle action. Un mouvement peut vite se faire déborder : c’est ce qui ressort des derniers articles en date dans le Progrès :

« La manifestation de 400 lycéens contre la réforme des retraites, ce matin à Firminy, a tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Cinq manifestants ont été interpellés pour avoir lancé des projectiles sur les policiers.« 


Le reste de l’article de vendredi décrit une journée de heurts et le champ lexical utilisé laisse facilement imaginer la réaction des lecteurs :

  • « forces de l’ordre »
  • « gazer »
  • « dégradations’
  • « casseurs »
  • « gaz lacrimogènes »
  • « projectiles »
  • « dissimulation du visage »
  • « contrôle d’identité »
  • « meneurs violents »
  • « gardes à vue »

Les raisons de la colère disparaissent complètement de l’article, ne reste que le côté sombre. Les participants peuvent s’estimer léser par le journal mais le jeu médiatique est ainsi. Le blocus alerte les médias mais le traitement de l’information tourne rarement en la faveur des bloqueurs à moins de l’avoir organisé et jugulé. Dans l’édition d’aujourd’hui (samedi 9 octobre), il y a plus de recul dans le contenu des articles, des lycéens ont la parole et certains font entendre leur déception :

« Les casseurs nous empêchent de faire ce que l’on souhaite et donne une image négative de notre mouvement. Nous ne nous faisons pas entendre comme il faut, c’est dommage. »

Des propos sensés comme celui-ci, il doit y en avoir beacuoup. Mais comme toujours ne restera que : « Vous bloquez, ils débloquent ».  Puisqu’ils n’ont pas le bulletin de vote, comment les jeunes peuvent-ils se faire entendre sans systématiser le recours au blocus ? Cela pourra être l’objet de commentaires de votre part dans cet article. Une chose est sûre, il faut débattre de ces sujets d’actualité en cours et réfléchir aux armes que possèdent le citoyen pour faire entendre sa voix. Réfléchir avant d’agir. Aux professeurs de faire de la compréhension de l’actualité et de la citoyenneté des raisons d’être à l’école, au collège et au lycée.  L’ECJS (Education civique juridique et sociale) est faite pour ça. Que le blocus et ses répercussions deviennent un thème d’étude dans les lycées de Firminy : en voilà une revendication claire, utile et citoyenne.

Sources :

Les images viennent du site internet de La Tribune-Le Progrès (copyright Damien Nore, Yves Salvat) et la copie d’écran vient du site de l’UNL.

Les articles de la Tribune-Le Progrès

Jeudi 7 octobre : 600 jeunes dans la rue et quelques débordements

Vendredi 8 octobre : Firminy : affrontements entre lycéens et policiers

Samedi 9 octobre : Manifestations à Firminy : des casseurs se mêlent aux lycéens


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3ème : Orientation et journées portes ouvertes

Depuis l’année dernière, une réforme du lycée est en cours. Pour comprendre les changements et faire le bon choix, je joins à cet article deux diaporamas. Pour les télécharger, cliquez sur les liens ci-dessous :

Le nouveau lycée professionnel

Le nouveau lycée général et technologique

(changez l’extension .ppt en .pps si vous n’arrivez pas à lire le diaporama)

Pour connaître les dates des portes ouvertes des lycées publics de la Loire, rendez-vous sur le site du CIO de Firminy.

Les portes ouvertes des lycées publics de Firminy auront lieu …

Lycée Jacob Holtzer
Samedi 6 Mars 2010
de 9h à 12h

Lycée Albert Camus
Samedi 13 Mars 2010
de 9h à 12h

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