Ouvrons l’œil : Le traitement de l’information en temps de guerre

Dans le cadre du chapitre sur « Les enjeux de l’information » (Education civique / 4ème), nous avons présenté les médias, insisté sur la déontologie des journalistes et le pluralisme. Pour évoquer les notions de désinformation, de censure et de mise en scène de l’information, j’ai sélectionné deux médias originaux et inattendus : une chanson et une pochette d’album.

Objectifs :

  • Etudier une œuvre artistique pour comprendre le traitement de l’information en temps de guerre
  • Comprendre une guerre à travers deux angles de vue différents (objectif leçon)
  • Comprendre que la Guerre du Golfe de 1990-1991 marque un tournant pour le journalisme

Notions : média / désinformation / « guerre spectacle » / « guerre propre » / « frappe chirurgicale » / manipulation par l’image

LE DOCUMENT : Revolution.com est un album de No one is innocent, un groupe de rock français engagé. Il est sorti en 2004.

  1. Ecoute de la chanson « Us festival« 
  2. Travail sur la pochette
  3. Le fond vert amène au traitement médiatique lors de la guerre du Golfe de 1991 : les « pool », censure et désinformation, « guerre spectacle », mise en scène de l’information, manipulation par l’image).
  4. SEANCE SUIVANTE : Réflexion sur le jeu vidéo America’s army (notions de réel et de réalité virtuelle) à l’aide d’images et d’un article sur le « jeu vidéo comme arme de propagande » (autre article à venir)

US festival, No one is innocent (2004)

Des GI’s à l’affiche, c’est la tournée mondiale En vedette américaine dans tous les festivals Voici les stars, s’invitent à domicile Attention au départ, elles ont la détente facile.

Qu’importe la manière, qu’importe la manière Avec le Nouveau Testament dans la poche revolver.

Y’a des dollars à se faire dans l’Humanitaire Avec le Nouveau Testament dans la poche revolver Les cartouches ont bonne mine mais elles gardent la foi Un coup d’éclat et puis s’en va Kaboul, Santiago et Panama.

Qu’importe la manière, qu’importe la manière Avec le Nouveau Testament dans la poche revolver.

Avaler la pilule, la frappe est chirurgicale Sans anesthésie générale ni même locale, mon Général ! C’est juste préventif, ça ne peut pas faire de mal Toujours le même remède au chevet du malade. Kaboul, Santiago et puis Bagdad

Qu’importe la manière, qu’importe la manière Avec le Nouveau Testament dans la poche revolver.

Le fond vert et l’incrustation d’images

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Une guerre spectacle qui éloigne les téléspectateurs d’une vraie analyse

http://www.dailymotion.com/videox8ap6l

La vidéo de l’INA visionnée lors de l’IDD où un journaliste français raconte comment les médias ont été manipulés (clique sur la phrase)

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Source image : Photographie de Laurent Serroussi, Revolution.com, No One is innocent (2004)

Webographie :

Clichy-sous-bois, la banlieue en chantier

« J’ai honte d’être le représentant de la république dans une ville où des gens, à 15 kms de Paris, au XXI°siècle, dans une des régions les plus riches de l’Union européenne, vivent dans des conditions misérables. Je crois qu’avant les émeutes je n’aurais pas pu pousser ce coup de gueule parce qu’il n’aurait pas été entendu« .

http://www.dailymotion.com/videoxfbq56

Signé par Claude Dilain, le maire socialiste de Clichy-sous-Bois, ce coup de gueule nous renvoie à une triste date anniversaire. Il y a exactement cinq ans, le 27 octobre 2005, Zyed (17 ans) et Bouna (15 ans),  »deux jeunes des cités » meurent électrocutés dans un transformateur après une course-poursuite avec la police. Dès le soir, une flambée de violence touche Clichy-sous-Bois et l’émotion s’empare alors du pays.

Les mesures de couvre-feu et d’état d’urgence restent en mémoire. Des formules chocs aussi. La révolte de 2005 reste inédite par son ampleur, sa durée et les cibles des émeutiers : des voitures brûlent mais aussi des écoles, des gymnases, des centres sociaux, …  Pendant trois semaines, 300 communes françaises signalent des incidents et les médias du monde entier braquent leurs caméras sur l’Hexagone.

Cinq après, les médias français s’invitent à Clichy-sous-bois, l’épicentre de la colère des banlieues, pour y sonder l’avenir et l’espoir des habitants. Pour éprouver aussi le Programme national de rénovation urbaine (PNRU) qui parie sur un renouveau de l’urbanisme pour redonner du souffle aux quartiers populaires.


Le dossier spécial de Libération : « Clichy sans clichés »

- « Cinq ans après, l’éveil fragile de Clichy » : «Sur l’urbain on a bien avancé, mais sur l’humain, on est en échec», résume Bertrand Kern, un élu de Seine Saint-Denis.

Un reportage de France info

« Bruits des bull-dozers et des marteaux piqueurs » : ce reportage de France info raconte le changement de visage de Clichy-sous-bois, une ville en chantier. Il reste encore des « bidonvilles verticaux » (7000 habitants sur 30 000 ont été concernés par la rénovation urbaine) et le chômage reste fort (40% des jeunes de moins de 25 ans sont touchés). L’étiquette banlieue est encore difficile à enlever mais les projets de renouveau existent.

Une vidéo de Libération permet de visualiser le changement d’urbanisme à Clichy-sous-Bois : « 600 millions d’euros investis, 1624 logements démolis et, fait peu courant dans ces projets, davantage construits (2111)« 

Un article du Monde

« Les violences de 2005, c’était un cri d’alarme (…). Il y a toujours le même manque de reconnaissance et l’absence d’avenir » analyse Dominique de Villepin dans un article du Monde. Echec scolaire, chômage des jeunes, pauvreté et sentiment d’exclusion collent toujours aux basques des cités.

Pour en savoir plus :

Un article d’Europe 1 revient en images sur la chronologie des « violences urbaines » de 2005 :  « Comment les banlieues ont flambé ? ».

Un reportage de l’AFP sur Clichy-sous-bois

Un article de la p@sserelle sur l’histoire du logement en France de 1950 à aujourd’hui

Sources images




11 septembre 2010 : « The war on errorism »

Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, George W. Bush, alors président américain, lançait une guerre contre le terrorisme (The war on terrorism). Neuf ans plus tard, c’est une guerre pour combattre l’erreur (The war on errorism) qu’il faut mener. Les erreurs conjugués d’un pasteur recherchant le « quart d’heure de gloire » et de médias en quête de sensationnel pouvaient faire craindre une flambée de violences. Un emballement médiatique a eu lieu autour de cet acte isolé mais réfléchi (évoqué dans l’article « l’idiot du village planétaire »). Les raisons de la surmédiatisation sont identifiables :

  • Terry Jones a lancé son idée durant les vacances, moment où les médias n’ont pas grand chose à se mettre sous la dent.
  • Il choisit de faire sa « performance » lors de la date anniversaire du 11 septembre 2001, événement qui a changé le cours de l’Histoire.


  • Depuis quelques mois aux Etats-Unis le projet de construction d’une mosquée proche de Ground zero (emplacement des deux tours jumelles) crée la polémique. Le monde est inflammable et le pasteur a surfé sur l’atmosphère d’islamophobie qui existe aux Etats-Unis pour exister médiatiquement.

  • La brève d’un site internet méconnu sur le projet du pasteur est reprise par Yahoo puis la chaîne américaine ABC l’invite sur son plateau. L’emballement médiatique commence, les politiques s’en mêlent.

Dans son livre « Le cauchemar médiatique« , Daniel Scheidermann écrit qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Si les médias parlent d’un sujet, c’est que le contexte s’y prête (ici la date anniversaire du 11 septembre et la polémique sur la construction d’une mosquée à New-York). « Mais  l’emballement commence quand la fumée obscurcit si bien l’horizon, et terrifie si bien les observateurs, que chacun en oublie d’aller vérifier l’importance du feu » (page 21). Notons ici que les médias américains ont commencé leur mea culpa et la chaîne CNN a affirmé qu’elle ne diffuserait aucune image de l’autodafé (acte de brûler des livres en public) s’il avait lieu.

Pour les médias, combattre l’erreur, c’est de ne pas transformer une simple étincelle en un feu de forêt. Pour les citoyens, c’est de mettre en marche son esprit critique pour repérer l’emballement médiatique. Un tel geste fait l’affaire de tous les extrémismes. Sur ce dessin de presse, Terry Jones est représenté en apôtre d’Al Qaida et de Ben Laden. A qui profite le crime ? A ceux qui prêchent la violence et souhaite une campagne promotionnelle à peu de frais. The War on errorism, work in progress


Aux dernières nouvelles, Terry Jones aurait renoncé à son projet mais parions qu’il voudra  prolonger son quart d’heure de gloire. Aux médias et à nous d’en décider…


Sources :

Mon titre est emprunté à un album du groupe de punk-rock américain, NOFX (2003). En écoute, la chanson American Errorist (I hate, hate, haters)

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Les images ont été prises sur le site caglecartoons et sur la galerie de courrier international intitulée « Un quart d’heure de gloire »

Dans l’ordre

- Pastor Terry Jones, Emad Hajjaj, Jordan (8/09/2010)

- Burning the Koran, Christo Komarnitski, Bulgaria (10/09/2010)

- L’homme préhistorique découvre le feu. [Dove World Outreach Center est le nom de l'Eglise de Jones.] Dessin de Corrigan paru dans The Toronto. Star

- What would Jesus burn, John Darkow, Columbia Daily Tribune, Missouri (9/09/2010)

Terry Jones, l’idiot du village planétaire

Terry Jones. C’est le nom de l’idiot du village de Gainesville, en Floride (Etats-Unis). Cet inconnu, qui aurait dû le rester, est un chrétien extrémiste qui accuse l’Islam « de vouloir conquérir le monde » et trouve que le Coran est « rempli de mensonges« .  Alors pour la date anniversaire du 11 septembre 2001 (attaques terroristes d’Al-Qaida contre les Etats-Unis), Terry Jones a décidé de brûler des exemplaires du Coran dans sa ville. La raison ? : « Le 11 septembre 2010, nous allons brûler des exemplaires du Coran pour alerter le monde. Ce n’est ni un acte d’amour ou de haine. Mais nous voyons l’islam comme un danger ». Cet ignorant bourré d’intolérance joue à monter les religions les unes contre les autres. Faut-il vraiment faire la Une avec ce genre d’individu ?

Terry Jones ne représente que lui même : son mouvement est ultra-minoritaire, une cinquantaine de personnes seulement le suivraient à Gainesville. Mais un climat d’islamophobie (une peur de l’islam) semble se manifester depuis quelques temps aux Etats-Unis. Comme le note Le Monde, « le projet de construction d’un centre islamique près de Ground zero déchaîne les passions« . Alors, dans cette atmosphère particulière, quand un extrémiste veut jouer avec le feu, les médias se précipitent. Les journalistes de la chaîne CNN ressemblent vraiment à des pompiers pyromanes : parmi eux, Anderson Cooper, qui jouait déjà au reporter super-héros en Haiti (voir article de la p@sserelle : CNN en Haiti, le monopole du cœur), incarne parfaitement la télévision qui aime le show et le choc. Dans cette vidéo de CNN, il médiatise internationalement l’action isolée de Terry Jones et joue en même temps au redresseur de torts en rappelant les dangers qu’un tel geste fait courir pour les soldats américains en Afghanistan.

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Terry Jones représente la bêtise et les écueils de la médiatisation de notre monde devenu un village planétaire. Au risque de créer l’amalgame et d’encourager l’erreur, on braque des caméras sur lui et on lui tend le micro. Quand un extrémiste réussit à faire d’un geste inconsidéré et isolé un événement médiatique, il faut aussi se questionner sur la responsabilité des médias à traiter l’information. Dans ce court et excellent reportage, le journaliste commence par dire : « C’est une histoire qui n’aurait jamais dû voir le jour« . Pourtant le 11 septembre 2010, on parlera bien de Terry Jones, l’idiot du village planétaire. Après, les médias se demanderont si le battement d’ailes de ce papillon de mauvais augure peut déclencher une flambée de violences à l’autre bout du monde. Quand on participe à la métamorphose du ver en papillon, on aime bien savoir ce qu’il est capable de faire.

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Sources : Un article du Monde intitulé « Un pasteur américain maintient son projet de brûler le Coran »

Aller plus loin : Une interview de Terry Jones et les dix raisons qui expliquent son geste.

Image : AP / John Raoux

CNN en Haïti : le monopole du cœur ?

Depuis le 12 janvier, les projecteurs sont braqués sur Haiti. Sur notre petit écran, les images de la catastrophe défilent : les médias filment les larmes de ceux qui ont tout perdu, les corps des victimes et les violences pour arracher à manger et à boire. Images chocs tournées par des vautours (« Comment vous sentez-vous, coincé ici dans les décombres ? ») ou nécessaire information pour mobiliser la planète ?

Face à une catastrophe, la déontologie du journaliste est mise à rude épreuve. Dans le quotidien sénégalais Le Soleil, Modou Mamoune Faye pose le débat : « Les caméras des chaînes européennes, asiatiques, américaines… se bousculent pour avoir les « meilleures » images à servir à leurs téléspectateurs. Mais il y a quelque chose qui choque dans cette course effrénée vers le scoop (…). Au nom de la liberté d’informer, a-t-on le droit de tout montrer au point de verser carrément dans le journalisme macabre ? Quelle est la valeur informative de ces milliers de cadavres exposés au regard quelque peu… voyeur de milliards de téléspectateurs ?« 

Journaliste et super-héros ?

Un journaliste peut-il rester insensible à ce qui se passe autour de lui ? Bien sûr que non. Cette semaine, un reportage de la journaliste française Maryse Burgot montrait comment une équipe de France 2 avait aidé à faire hospitaliser Jerry Lafrance, un petit garçon blessé. Jerry doit être adopté prochainement par une famille habitant à côté de Nantes. Avant de diffuser ces images, France 2 avait pris soin d’avertir la famille adoptive de Jerry pour qu’elle ne découvre pas par hasard ce sujet tourné à Port-au-Prince.

Lundi, le journaliste de la chaîne américaine CNN, Cooper Anderson, s’illustre lui aussi, mais un registre beaucoup plus spectaculaire.

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Sur cette vidéo de CNN, on voit Cooper Anderson traîner un enfant ensanglanté, puis, après l’avoir rassuré, repart avec lui et le porte. Ensuite, l’enfant part avec un autre homme. Le site Eco89 fait le récit de cette scène : « Anderson Cooper raconte avoir entendu des coups de feu alors qu’il tournait un sujet avec son équipe ; des policiers tiraient en l’air pour effrayer les pillards. Quelques minutes plus tard, il aperçoit un homme qui lance des blocs de béton sur la foule amassée en bas d’un magasin pillé :

« Il a touché un petit garçon à la tête. Je l’ai vu s’effondrer (…) L’enfant était blessé et ne pouvait pas se lever. Il a essayé avant de retomber. Du sang coulait sur son visage. Il était conscient mais il ne pouvait vraiment pas bouger. J’ai eu peur que quelqu’un ne le voit couché là (…) J’ai eu peur qu’il se fasse tuer.« 

Sur son blog, Cooper Anderson raconte en détail son geste de bravoure, le tout accompagné d’un reportage photo saisissant. Mais, ne tombe t-on pas dans le sensationnel avec ce type d’images ? L’information est là : la situation critique en Haiti pousse certains à des extrémités pour s’en sortir, les plus faibles sont malmenés. Néanmoins le journaliste endosse ici volontairement l’étoffe des héros… alors qu’il a sous les yeux de multiples exemples de courage, d’abnégation et de dignité au quotidien. Les héros ordinaires sont sûrement moins télégéniques…

CNN semble s’être fait une spécialité de ce « journalisme émotionnel » : Eco89 explique « qu’une autre vedette de CNN, Sanjay Gupta, chirurgien et journaliste médical de CNN, couvre également la catastrophe pour la chaîne, qui ne diffuse pas seulement ses analyses, mais également ses opérations. »

Lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, la chaîne américaine CNN possédait le monopole des images. Avec le séisme en Haiti, CNN recherche t-elle le monopole du cœur ?


Sources images

Le séisme en Haïti mobilise les dessinateurs de presse

Internet a été le premier média à rendre compte des conséquences du séisme en Haiti. Utilisant sa webcam, un journaliste haïtien décrivait la gravité de la situation à Port-au-Prince. Aujourd’hui, tous les médias sont en mesure de traiter la catastrophe mais dans ce flot d’informations et d’images, il est précieux de s’arrêter sur l’œuvre des dessinateurs de presse. En quelques coups de crayons, ils fixent une situation, une émotion. Après avoir parcouru plusieurs sites, l’image symbole du séisme en Haiti est le bras tendu. Un S.O.S vers le sauveteur fouillant les décombres, un cri du corps pour un plat chaud et l’eau qui manquent cruellement.  Un signal de détresse envoyé au monde entier pour agir et vite.

MAUVAIS SORT ?

12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude 7 ravage le pays mais pas toute l’île d’Hispanolia. La République dominicaine est heureusement épargnée par le séisme. « Pourquoi nous ? » implore cet habitant les larmes aux yeux… Terre du vaudou, certains en viennent à se demander qui leur a jeté le mauvais sort.

Bob Englehart, The Hartford Courant

LES DEUX GENOUX A TERRE

Avant le 12 janvier, Haiti avait déjà un genou à terre. Les inégalités sociales sont criantes (80% de la population vit sous le seuil de pauvreté), les conditions sanitaires sont désastreuses (37% de la population a accès à l’eau potable) et le pays peine à reconstruire une démocratie. Après le 12 janvier 2010, à l’ombre de la mort de dizaine de milliers de personnes, Haiti a les deux genoux à terre et lance un S.O.S.

Simanca Osmani, Cagle Cartoons, BrazilRJ Matson, Haiti grita por Ayuda

Olle Johansson, Sweden, Haiti

L’AIDE… D’URGENCE !

Un aéroport saturé, un Etat en miettes, une incapacité à organiser les secours : le peuple compte sur la communauté internationale pour leur venir en aide. Mais avant, il faut démêler la situation, sécuriser les lieux pour permettre aux victimes de recevoir l’aide attendue.

John Cole, The Scranton Times-Tribune

LES MEDIAS ET LA CATASTROPHE

Une question de déontologie se pose toujours pour les journalistes et les cameramen. Où arrêter sa quête d’images dans le vif d’une catastrophe ? Faut-il tout filmer pour rendre compte de la situation ? Les journalistes ne sont pas des secouristes et relaient une information qui mobilise l’opinion internationale. Ils sont responsables de l’information qu’ils nous transmettent. La surmédiatisation du tsunami de 2004 avait été accompagnée par des dons disproportionnés : pendant ce temps, d’autres souffraient, bras tendus vers le ciel… Coquin de sort, revoilà encore Haiti…  Attendre la catastrophe pour venir en aide aux plus démunis, triste, triste sort…

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Sources images :

Tous les dessins datent de janvier 2010 (sauf le dernier). Ils sont l’œuvre de dessinateurs du monde entier ce qui montre que la mobilisation et l’émotion sont mondiales.

PS @ Tiffany (3°2) : Je viens juste de voir que tu avais écrit un article sur la situation en Haiti. Si tu veux l’actualiser, je le publierai par la suite.

Les décodeurs de l’information

Parallèlement au chapitre d’Education civique sur « Les enjeux de l’information », des élèves de 4°3 vont participer à l’IDD « Les décodeurs de l’information ». Les objectifs de ce travail sont ceux que met en avant le CLEMI (Centre d’éducation aux médias du Ministère de l’Education nationale) :

  • « connaître le système des médias, déchiffrer les messages d’information et découvrir la nécessité d’une lecture critique et pluraliste de l’actualité »
  • « accompagner la parole des élèves dans le cadre scolaire, pour les former à la responsabilité et à l’exercice de la liberté.« 

LE PROJET

Lors de l’IDD, nous travaillerons sur l’évolution de l’information et certains ratés médiatiques pour expliquer ce qu’est  (ou doit être) le métier de journaliste. Ainsi, la désinformation ou l’ »emballement médiatique » seront traités à partir d’exemples précis. Au fil de l’étude, des questions se poseront : qui fait l’info ? quel rapport entretient le pouvoir avec les médias ? …

LA REALISATION

L’objectif de l’IDD est la construction d’une vidéo présentant le métier de journaliste et les pièges à éviter face aux médias . Le travail se fera en classe (décryptage / prise d’informations avec les enseignants / écriture du script), au CDI (revue de presse) et en salle informatique (rédaction d’articles / montage de la vidéo avec deux élèves).

Médias et démocratie : corrigé et paragraphe argumenté

Le contrôle d’éducation civique avait pour thème « Médias et démocratie ». Galadriel (3ème 3) a réussi un sans fautes sur l’analyse de documents et les repères. Elle a su développer une rédaction argumentée et organisée et montrer que « la liberté des médias est nécessaire à la démocratie ». 20/20.

Voici sa copie. La partie sur les repères chronologiques et spatiaux est à corriger à l’aide du manuel.

Les ficelles de l’Histoire : Dieudonné, marionnettiste et pantin

 « Sachez en tout cas une chose,  vos applaudissements vont retentir, vous verrez dans les médias, dès demain matin, peut-être même jusqu’assez loin… Robert, je crois que vous méritez bien ce prix.  Le sketch ne serait pas complet… je vais demander à Jacky mon fidèle technicien de remettre à Robert «le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence». Jacky dans son habit de lumière. Photographes lâchez-vous ! Remarquez le scandale ! Ovation ! »

Le 26 décembre, la bêtise et l’ignorance ont atteint le Zénith. Dans cette salle parisienne, l’humoriste Dieudonné décerne à la fin de son spectacle « le prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » à Robert Faurisson. Dans ce qu’il nomme un sketch, Dieudonné appelle les spectateurs à ovationner un négationniste. Le négationnisme consiste à nier l’importance et même la réalité du génocide des juifs lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

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Robert Faurisson prétend que les chambres à gaz sont un mythe et les 6 millions de morts juifs une invention. Des historien(ne)s ont démontré avec brio comment les négationnistes manipulent et tronquent les sources, tirent les ficelles de l’Histoire pour déjouer un complot imaginaire. Un mensonge qui s’explique le plus souvent par l’antisémitisme c’est-à-dire la haine des juifs. Pour Pierre Vidal Naquet, les négationnistes sont des « assassins de la mémoire » car en niant la réalité de la Shoah (=le génocide juif) ils tuent les victimes une deuxième fois.

Pourquoi Dieudonné invite t-il une personne aussi décriée ? Dans le Journal du Dimanche, il dit ne pas être d’accord « avec toutes les thèses » de son invité surprise. Quand celui-ci glisse à l’humoriste sur scène « Je peux te compromettre », Dieudonné crie en guise de réponse « Liberté d’expression ! ». L’artiste défendrait ainsi une noble cause. Mais Dieudonné mélange tout et son goût pour la provocation vire à l’indécence. L’idée de déguiser en faux déporté juif un technicien pour remettre un « prix » à quelqu’un qui nie l’existence des chambres à gaz sert-elle aussi la liberté d’expression ? Il ne fait que piétiner la mémoire d’hommes et de femmes.

Lors de ce pastiche de cérémonie, Faurisson  agit tel un pantin dont Dieudonné tire momentanément les ficelles. Pour recevoir « l’ovation », le marionnettiste lève le bras du nominé. Pourtant, cet homme qui avoue ne « pas avoir l’habitude de ce genre d’accueil » profite du tremplin médiatique dressé par Dieudonné. De Dieudonné ou de Faurisson, qui est la marionnette de cette mascarade ? Les deux. Mais chacun y trouve son compte : l’existence médiatique.

Le négationniste sait que le public venu applaudir Dieudonné n’a peut-être que des lointains échos de la polémique dont il est l’objet : « Vous ne savez pas ce que je dis, ce que je maintiens. La plupart d’entre vous ne savent pas ou savent ce que les médias osent dire à mon propos, toutes les sottises qu’ils peuvent prêter aux révisionnistes ». Faurisson profite de l’occasion pour replacer son éternelle théorie du complot : au complot juif, au complot historique s’ajoute le complot médiatique. Les médias mentent et vous cachent la vérité. Faurisson cherche à capter une audience aujourd’hui très limitée, fort heureusement.

Pour Dieudonné , la motivation affichée (« Liberté d’expression ! ») paraît fragile quand on entend ou lit ses déclarations. Sa première pensée à l’accueil de son hôte sur scène est la place que tiendra le scandale prémédité dans les médias le lendemain :

« Sachez en tout cas une chose,  vos applaudissements vont retentir, vous verrez dans les médias, dès demain matin, peut-être même jusqu’assez loin ».

Faire scandale est pour lui une arme médiatique. Cette stratégie devient coutumière à Dieudonné. Alors qu’en 1997 il se présentait aux élections législatives contre une candidate d’extrême droite, Dieudonné affirme en 2008 que Jean-Marie Le Pen est le parrain de sa fille. D’après le JDD, «ce n’est pas vrai mais l’audience que cette information m’a donnée m’aurait coûté plusieurs millions de publicité sur TF1 ou France 2 (…) Les journalistes ne viennent plus voir mes spectacles, ils ne réagissent que lorsque je fais scandale« . Provoquer pour exister : un triste dessein pour un humoriste…

Le scandale auto-proclamé du Zénith est une provocation antisémite de plus de la part de Dieudonné (voir l’article de wikipedia). La présence dans la salle de négationnistes et de Jean-Marie Le Pen (qui réaffirma cette année que les chambres à gaz étaient « un détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale») donnent une consistance particulière à cette scène.

Un appel à la vigilance et à toujours regarder dans quel but certains tirent les ficelles de l’Histoire.

E.G

Sources :

La vidéo du 26 décembre 2008 au Zénith

http://www.lepost.fr/article/2008/12/29/1369194_dieudonne-un-scandale-minutieusement-prepare-depuis-un-mois.html#xtor=ADC-218

Article du Journal du Dimanche, 28 décembre 2008, par Mathieu DESLANDES et Marie-Christine TABET

http://www.lejdd.fr/cmc/politique/200852/dieudonne-derape-encore_175242.html

Article de wikipedia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dieudonné_(humoriste)

Sur le négationnisme

Nadine FRESCO, Les redresseurs de morts, 1980. Un texte brillant sur le négationnisme.

http://www.anti-rev.org/textes/Fresco80a/

Les médias et l’Afrique : clichés ou triste réalité ?

Les Clés de l’actualité viennent de publier « Les Clés du monde : toute l’actu de l’année 2008« . Les articles sont clairs, accessibles et en prise avec les préoccupations des élèves du collège. En somme, un très bon outil de travail pour comprendre l’actualité mondiale. Cet ouvrage est organisé en 5 parties :

- rubriques (politique, économie, culture, …)

- prospectives

- atlas (approche par continent)

- statistiques

- annexes (lexique, sources, index)

Des articles courts, à la portée du plus grand nombre, permettent de faire le point sur la crise financière, l’élection d’Obama, la construction européenne ou sur l’économie des jeux vidéos (à lire le mystérieux « syndrome de la raclette » touchant les possesseurs de la Wii…)


Afro-pessimisme

Arrivé à la partie « Atlas », on feuillette avec intérêt les articles classés par continent. Pourtant, le traitement de l’Afrique va certainement nourrir dans l’esprit des lecteurs une approche stéréotypée de cet espace mondial. La liste de tous les articles est assez éloquente :

Congo : le naufrage

Afrique du Sud : un président intérimaire, attaques xénophobes

Algérie : le yoyo pétrolier

Côte d’Ivoire : le pouvoir en équilibre précaire

Kenya : sous aide alimentaire

Mauritanie : nouveau coup d’état

Rép. dém. du Congo : Laurent Nkunda, l’homme de la terreur

Somalie : alerte aux pirates

Soudan : le président accusé de génocide

Tchad : la force européenne impuissante

Zimbabwe : le pays s’enfonce dans la misère

Les photos publiées (manifestation, attentat, sécheresse, censure, génocide, chars d’assaut, pirate, rebelles) sont révélatrices d’une vision catastrophiste du continent africain. Pour que les journaux télévisés évoquent en profondeur l’Afrique, il faut le plus souvent une guerre, une famine ou un scandale (Affaire Elf, L’arche de Zoé). En boucle, les mêmes images imprègnent notre rétine : des habitants chétifs, des armes, des pleurs. Il en va de même pour des films sortis récemment comme Lord of War ou Blood Diamond : leur titre suffit à planter le décor.

Il ne s’agit pas de nier ces réalités : l’Afrique est le continent le plus pauvre au monde et reste durement touché par plusieurs fléaux. Mais, l’empilement de sujets négatifs forge le stéréotype tenace d’une Afrique à feu et à sang… alors qu’il y a des Afriques et des nuances à apporter.

Un constat : L’Afrique n’est pas exclue de la mondialisation. Le Ghana a en profité (exportation de minerais) mais le ralentissement de l’économie mondiale affectera à coup sûr le pays (baisse de la demande et donc du prix). Malgré un IDH très bas, le Ghana a une croissance économique plus forte que la France. Evidemment, en partant de plus bas, les chiffres de la croissance économique ne peuvent être que plus forts. Il faut dire aussi que cette croissance économique ne profite pas à tout le monde et contribue à creuser les inégalités. Mais l’Afrique fait aussi des progrès ! Si la situation n’est pas idéale, des signes encourageants sont notés par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques) en ce qui concerne la démocratie et la lutte contre la corruption.

La coupe du monde de football organisée par l’Afrique du Sud en 2010 illustre cette Afrique en mouvement qu’on aurait aimé voir s’inviter dans les pages des « Clés du monde 2008″. Un pays africain est en mesure d’organiser l’événement sportif le plus médiatisé au monde et la construction du Durban stadium est une image forte de l’Afrique de demain.

Reste aussi à s’interroger sur les manuels d’Histoire Géographie. Un rapport récent de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) a mis en lumière  que des images présentes dans les manuels scolaires  »véhicuent des représentations stéréotypées qui peuvent être à l’origine des discriminations. »   Illustrer les chapitres sur l’Afrique demandera réflexion.


Par exemple, un document montrant un restaurant Mac Donald’s dans une capitale africaine est-il forcément le meilleur signe de développement de l’Afrique ? Penser l’Afrique avec notre regard d’occidental ne reflétera pas la réalité. Ce dessin de Chappatte nous le montre bien.

E.G

sources :

photo du Durban stadium, le Moses Mahbida Stadium

http://fr.sports.yahoo.com/080828/72/wss3.html?event=football_p

OCDE, des progrès démocratiques ont été accomplis :

http://www.oecd.org/dataoecd/10/39/40583550.pdf

Rapport de la HALDE :

http://www.halde.fr/IMG/pdf/DP_manuels_scolaires_VF-2.pdf

Débat sur l’afro-pessimisme :

http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/etpays/Afsubsah/AfsubsahVoc.htm

Le Bondy Blog Dakar « pour casser l’image stéréotypée » de l’Afrique dans les médias :

http://www.dakarblog.info/