Une interview de François Henri Désérable

Cette interview a été réalisée par des élèves du lycée Jean Moulin de Pézenas, lors de la venue de l’auteur en janvier 2016.

Interview de François- Henri Désérable

Le 12 janvier 2016

– Pourquoi écrire sur Evariste Galois ?

Le processus a été long. J’ai découvert ce personnage à l’age de 14 ans lorsque j’ai lu un roman intitulé Le dernier théorème de Fermat. A cette époque je lisais peu, passant mon temps à jouer au hockey sur glace, néanmoins ce livre ma fait découvrir le personnage d’Evariste qui m’a depuis lors fasciné. Après mon premier livre je voulais écrire sur un duel, j’ai alors pensé à trois duels différents celui d’Evariste, Poushkine, et Hamilton. Après avoir fait des recherches j’ai découvert que la biographie d’Evariste était parsemée de trous, ce qui fut intéressant pour mon travail de romancier. D’autant plus qu’Evariste était très peu connu du grand public. Je voulais le sortir d’oubli.

-Qu’elle réaction attendiez -vous du lecteur ?

Je ne pense pas au lecteur lorsque j’écris car la lecture est par-dessus tout subjective. Je pense avant tout aux écrivains que j’admire, notamment Victor Hugo, Albert Cohen, Dumas mais surtout les vivants comme Jean-Philippe Toussaint ou Emmanuel Carrère. J’écris dans le but de ne pas décevoir mes pères en littérature. Je me définis comme leur fils illégitime. Une citation que j’apprécie dit « Je supporte très bien les critiques a condition qu ‘elles soient positives » néanmoins je trouve que la critique est enrichissante et nourrissante pour mon travail. 

– Qu’est ce qui vous a donné envie d’écrire ?

C’est le compte de Monte Cristo qui au lycée m’a donné le goût pour la lecture. Mais c’est le livre de Romain Gary, La promesse de l’aube, qui m’a donné par-dessus tout l’envie d’écrire. Quand il est devenu célèbre, Romain Gary citait le nom d’un vieil homme rencontré enfant qui lui avait demandé de se souvenir de lui quand il serait un grand écrivain connu ; et il l’a fait : chaque fois que Gary prononçait un discours, il s’arrangeait pour parler de ce vieil homme. C’est ainsi que je vois la littérature : vouloir exhumer du tombeau certains hommes. Belle du seigneur de Cohen a également été un livre qui m’a poussé à écrire.

– Quel est le rôle de cette femme à qui vous vous adressez en disant Mademoiselle ?

Dans ce roman le narrateur s’adresse à une certaine Mademoiselle, et c’est tout d’abord par souci du rythme. Ce mot de quatre pieds me permettait de relancer mes phrases quand j’en avais besoin. Mais aussi pour créer une proximité avec le lecteur, pouvoir l’emmener de Louis le Grand en prison et dans la chambre de la dernière nuit. Et enfin on peut considérer cela comme un jeu séduction du narrateur par rapport à une femme appelée Mademoiselle !

– N’avez vous pas peur de vous restreindre dans l’écriture, à cause de cette relation que vous entretenez par rapport à vos pères spirituels ?

Ces grands auteurs ont placé la barre très haute ainsi j’ai l’ambition de les égaler même si je sais que je ne leur arrive pas à la cheville. Lorsqu’on fait de la littérature il ne faut pas se prendre au sérieux, mais prendre la littérature au sérieux. C’est pour cela que je passe la majeure partie de mon temps à lire car le style d’un écrivain se forge à partir de sa lecture. Je n’ai pas peur de me restreindre non, car par exemple j’aime prendre des libertés dans mon écriture en faisant s’exprimer un narrateur contemporain qui évoque Facebook ou les sextape !! On m’a d’ailleurs reproché d’avoir parlé de Twitter dans mon roman disant que dans 50 ans cela n’existerait peut-être plus, et je répondrais alors qu’il faut vivre avec son temps. 

– Comment faire pour écrire ce que l’on pourrait appeler une phrase parfaite ?

Je me relis avec un certain déplaisir, et je suis d’ailleurs de plus en plus déçu. Je voulais néanmoins que chaque mot soit le plus parfait possible, je voulais que chaque phrase soit LA phrase afin de pouvoir faire trembler la page, c’est pour cela que mon livre est assez court. J’ai donc mis 2 ans à écrire ce petit livre. Mon écriture est serrée, rythmée, courte, ce qui reflète le courte vie d’Evariste. 

– Pourquoi appelé Dieu Le vieux ?

Tout d’abord parce que Dieu ne s’appelle pas Dieu dans tous les pays, je voulais qu’on voit le visage d’un être suprême : un vieux avec une barbe blanche, qui présiderait notre destinée. Pour ma part je ne prétends pas que Dieu n’existe pas mais je ne prétends pas non plus qu’il existe, je l’espère seulement. 

– Qu’elles sont les étapes de votre écriture ?

La première étape a été d’abandonner l’histoire des deux autres duels sur lesquels je voulais écrire, ensuite j’ai fait 6 mois de recherche sur Evariste Galois: de courtes biographies, parfois même erronées. J’ai également eu la chance de pouvoir consulter le mémoire et la lettre de la dernière nuit d’Evariste, ce qui fut un grand honneur et une immense émotion pour moi. Sa dernière lettre est particulièrement émouvante, l’on ressent une écriture de plus en plus pressante, sa passion pour Stéphanie et ce manque de développement par manque de temps ; à 20 ans il n’avait déjà plus le temps… Après cela il a fallu que je fasse des recherches sur l’époque, au niveau politique et social ce qui ne fut pas simple car il y a peu d’ouvrages qui décrivent en détail cette période des Trois Glorieuses. Nous nous la représentons tous seulement à travers le tableau de Delacroix, La liberté guidant le peuple. J’ai tout de même dû lire une dizaine de livres sur la Restauration.

Et puis je devais faire des recherches sur les mathématiques mais je vous dirais Comment écrire un livre sur un mathématicien sans rien comprendre aux mathématiques ? Je savais donc que je devais écrire ce livre sans trop parler des mathématiques ou bien les faire découvrir à travers un narrateur n’y comprenant pas grand chose ; ce que j’ai fait. J’ai donc eu 6 mois de recherche puis un an et demi pour écrire le livre. Toutefois je n’écris pas de manière chronologique : j’ai seulement besoin de la première phrase. J’ai très vite écrit la fin, puis le chapitre avec la mort de son père en dernier car j’ai eu beaucoup de mal à trouver comment rédiger et formuler cette mort. Le chapitre sur le choléra m’a lui aussi pris beaucoup de temps, cette épidémie à Paris a été très marquante, et on peut même dire que Evariste est une victime indirecte du choléra. En effet à cause de cette épidémie il est transféré dans cette maison de santé où il rencontre Stéphanie ce qui le mène vers son duel. 

-Avez vous des rituels d’écrivain ?

Non je ne pense pas avoir de rituels à proprement parler. J’écris souvent dans mon lit mais je ne veux pas avoir de rituels, être un fonctionnaire de l’écriture ; je crois en l’inspiration donc je ne peux en avoir. Je passe parfois des journées entières devant une page blanche, vous savez Oscar Wilde a dit un jour   « J’ai travaillé toute la matinée à la lecture des épreuves d’un de mes poèmes et j’ai enlevé une virgule . Cet après-midi, je l’ai remise . ». Parfois l’on avance très peu, c’est pour cela que je me consacre totalement à l’écriture et la littérature. J’aime toute de même beaucoup écrire la nuit, dans le silence absolu, mais je ne considère pas cela comme un rituel.

A qui vous adressez- vous dans l’exergue de votre roman lorsque vous citez des prénoms de femmes et A toi ?

Alors Toi désigne ma fiancée et ensuite Anne Claire et Hélène sont mes sœurs . Hélène est la seule a avoir lu mon livre mais chapitre par chapitre en désordre. Mes sœurs ne l’ont pas lu ! Et A toi, eh bien c’est toi aussi !

– Quelle importance donnait-vous à la Revue Décapage ?

La revue Décapage est une revue littéraire très drôle, où j’ai commencé à écrire. Je raconte toutes sortes de choses amusantes, des anecdotes et des expériences . Par exemple une remise de prix littéraire : le prix de la vocation. J »étais alors en duel avec 2 amis écrivains, et nous avons fait le pari que le gagnant donnerait un partie de son gain à chacun des perdants. Mais quelques secondes avant le verdict, une de mes amies s’est retirée du pari pensant qu’elle gagnerait. Or c’est moi qui ait remporté le prix, j’ai alors donné une partie de mon gain seulement à mon autre ami écrivain qui avait maintenu le pari avec moi . Je raconte également certaines de mes aventures avec un grand ami Clément Bénech. On se fait des canulars. Par exemple il m’a fait croire que j’ étais invité à La grande Librairie à la télé. Et ensuite j’ai frappé un grand coup. Je lui ai inventé un faux rendez -vous avec Patrick Modiano, qui a eu le prix nobel de littérature cette année. Il est allé chez lui. Imaginez la tête de Modiano ! Cette revue m’amuse beaucoup, on y trouve des histoires légères et drôles.

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