Arènes sanglantes

On nous reproche de verser le sang des toros et quand un torero se fait tuer on dit que c’est bien fait pour lui. Où est l’Humanisme? Aujourd’hui, un homme est mort, encorné devant moi, à deux reprises. Si la blessure fait partie de la corrida, on ne peut accepter la mort de l’Homme. Et pourtant… elle surgit toujours à l’improviste et c’est elle qui finit par triompher de tout.

Je croyais avoir assisté à une bonne corrida de Baltasar Ibán avec une oreille coupée par Fandiño à son premier et une très bonne prestation de Juan del Álamo tout auréolé qu’il est de son récent triomphe madrilène. Je viens d’apprendre en rentrant chez moi, après 2h 45 de trajet que la représentation était bel et bien une offrande sans rédemption. Fandiño que j’avais vu toréé à Valence en solo, Fandiño que j’avais vu triomphé à Mont de Marsan, que j’avais vu coupé une oreille à Vic ne donnera plus aucune faena. On se souvient de sa manière de se jeter entre les cornes sans muleta pour occire son toro avant de sortir par la Grande Porte de Las Ventas en 2013. Torero républicain qui avait refusé d’offrir son toro au Roi, il les avait bien accrochées, au point de vouloir faire exploser le système en combattant 6 toros 6 des élevages réputés les plus durs, ni plus ni moins qu’à Madrid, Temple du toreo. C’était en 2015, ce fut un échec, on le sait. Depuis il était reparti de zéro, de village en villages. C’est dans celui d’Aire sur l’Adour qu’il rentre dans l’éternité.

Mes plus sincères condoléances aux siens, en commençant par son épouse qui lui a donné une petite fille il y a deux ans, et à Antoine, son valet d’épée, et Jarocho, son banderillero, qui assiste impuissant pour la deuxième fois en deux ans à la mort de son maestro.

Descansa en paz, Iván.


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