Mai 6 2017

San Isidro historique

Publié par Giraldillo dans Histoire      

La première feria de San Isidro a eu lieu il y a 70 ans, en 1947 donc, avec 5 courses à peine. Cette feria est devenu avec le temps une sorte de Mundial taurin, un mois durant avec une trentaine de spectacles, environ 22 corridas à pied, 4 de rejoneo et autant de novilladas. L’affiche accessible ci-après est censée réunir le meilleur de la tauromachie de tous les temps :

Affiches des cartels représentatifs de l’Histoire du toreo

Clic sur un nom pour le portrait correspondant :

I. Pedro Romero, Costillares et Pepe Hillo

II. Paquiro, Cúchares, El Chiclanero et Cayetano Sanz

III. Lagartijo vs Frascuelo

IV. Luis Mazzantini, El Espartero et Guerrita

V. Antonio Fuentes, Bombita, Machaquito et El Gallo

VI. Rodolfo Gaona, Gallito, Juan Belmonte

VII. Sánchez Mejías, Chicuelo, Granero, Márquez, Lalanda, Niño de la Palma

VIII. Cagancho, Gitanillo y Armillita

IX. M. Bienvenida, D. Ortega, Victoriano de la Serna

X. Manolete, Pepe Luis Vázquez, Carlos Arruza et Antonio Bienvenida

XI. L.M. Dominguín, M. González, R. Ortega

XII. Julio Aparicio, Litri et Antonio Ordóñez

XIII. Manolo Vázquez, César Girón et Antoñete

XIV. G. Sánchez, J. Ostos, Puerta et El Viti

XV. Curro Romero, Paco Camino et Rafael de Paula

XVI. El Cordobés, Palomo Linares et Paquirri

XVII. Ángel Teruel, Ruiz Miguel et Dámaso González

XVIII. Manzanares, Niño de la Capea et Julio Robles

XIX. Paco Ojeda, Espartaco et César Rincón

XX. Joselito, Enrique Ponce et Julio Aparicio

XXI. José Tomás, Morante et El Juli

XXII. Castella, Manzanares, Perera et Talavante

+ El Fundi, Esplá, Fandiño, Ferrera, Juan Bautista, Limeño, Martínez, Padilla, Posada, F. Rodríguez, Silverio, A. Vázquez


Nov 26 2016

Rivalités (VI)

Publié par Giraldillo dans Histoire      

LAGARTIJO Y FRASCUELOAprès la rivalité Pedro Romero-Costillares et bien-sûr celle qui a opposé Joselito à Belmonte, le duo Lagartijo vs Frascuelo est, entre les deux autres, le plus célèbre de l’histoire taurine. Il a fonctionné vingt ans durant sur la base du respect mutuel comme en témoigne ce geste du premier lorsqu’il offrit sa montre à son compagnon qui venait de lui dédicacer la mort d’un toro l’année 1873 où il passa plusieurs mois arrêté en raison d’un grave coup de corne.

C’est en 1868 que les deux toreros andalous ont débuté leur affrontement, précisément à Grenade, terre du deuxième, Salvador Sánchez, le 7 juin. Il s’est poursuivi 4 jours plus tard avec une concurrence acharnée aux quites face aux toros de Saltillo, notamment lorsqu’ils se couchèrent tous deux devant un animal dans une émulation qui alla jusqu’à la témérité.

Lagartijo d’un an l’aîné de Frascuelo a pris l’alternative en 1865 et son rival en 1867.

La rivalité commence à Madrid le 19 septembre 1869. Les arènes de la capitale du royaume seront en effet le cadre de leur lutte pour ce qu’on appelle aujourd’hui le leadership mais qui pour eux était partie intégrante du pundonor, l’honneur du torero qui ne veut pas que quiconque soit meilleur que lui en démontrant tout à la fois son courage, ses facultés, son élégance et même son inventivité.

Le 19 juillet 1874 fut l’un des moments phares de ladite rivalité pour la dernière corrida dans les vieilles arènes de la Puerta de Alcalá. Lagartijo et Frascuelo rendirent compte d’un lot d’Aleas.

La rivalité se poursuit aussi à distance comme lorsque le premier s’annonce face à un encierro de Miura et que le second en fait autant avec un de Veragua.

Durant une décennie la rivalité se maintint au sommet puis Rafael Molina devint plus prudent, à l’image de ses estocades et de sa célèbre media lagartijera. Frascuelo semble prendre le pas sur son adversaire à la fin de la décennie 70.

Un autre grand succès commun eut lieu le 30 octobre 1884 dans la capitale espagnole face à du bétail de Miura.

Il ne toréa plus à Séville à partir de 1885 et à Madrid les toros de Palha mirent en évidence les toreros vétérans au prinptemps 1889, l’année où se termine leur rivalité, le 6 octobre, par un dernier mano a mano.

Frascuela prit sa retraite au printemps suivant et Lagartijo poursuivit sa décadence trois années supplémentaires.

Les deux matadors étaient avant tout cela, d’excellents estoqueadores, même si le Cordouan finit par tomber dans la facilité technique que donne l’expérience. Il était un immense banderillero et l’un des premiers à revêtir d’élégance toute suerte du toreo. Face à lui, le Grenadin était le Courage par antonomase, un grand lidiador qui malgré des manières plus rustres ne se laissait pas gagner la partie. Il fut durement châtié par les toros surtout vers 1877 (cornade dans l’abdomen) et 1888, ce qui précipita son retrait. Une véritable opposition de styles et une émulation correspondant à des valeurs d’un autre temps ont été la base de cette rivalité, loin des calculs du marketing moderne, des inimitiés ou des combats de bureau auxquels on assiste dans l’actualité. Il convient cependant de préciser que la rivalité était au moins aussi importante dans les gradins que dans l’arène entre les partisans de l’un ou l’autre sur fond de lutte politique, Lagartijo étant le torero du peuple et Frascuelo celui de la noblesse à une époque où l’Espagne se cherchait déjà entre Monarchistes et Républicains.

Frascuelo fut violemment attaqué par un secteur de l’afición madrilène notamment en 1871, 1876 et 1880 où ses fracasos furent d’anthologie.

Notons pour finir que le premier Calife de Cordoue rivalisa aussi au début de sa carrière avec Cúchares et à la fin avec le grand Guerrita.


Nov 5 2016

Les grands toros de l’histoire

Publié par Giraldillo dans Histoire      

Les noms de toros dont on se souvient sont souvent des toros assassins ou bien ceux qui, sans avoir fait quoi que ce soit de spécial, se sont retrouvés le bon jour pour participer ou confirmer l’alternative d’un torero qui deviendrait célèbre. D’autres sont connus parce qu’un maestro a été capable d’extraire leur quintessence et a permis leur grâce – comme Arrojado de Cuvillo, gracié à Séville en 2011 – sans qu’ils puissent être considérés comme de grands toros, et puis il y a ceux de toujours, d’hier et peut-être de demain, des animaux qui peuvent non seulement permettre au torero, par leur bravoure, de s’exprimer mais qui le font en vendant cher leur peau – on a l’exemple de ce toro quasi parfait en Cobradiezmos, de Victorino, dont la vie a été pardonnée à la Maestranza en 2017. Et puis il y a les toros qu’on appelle les alimañas, c’est-à-dire la vermine, que personne ou presque ne voudrait ériger en modèle mais qui continueront à vivre dans l’esprit de ceux qui les ont vu combattre. Il peut s’agir de mansos « encastés » ou bien de braves qui gagnent du terrain comme ce Canario de José Escolar « lidié » par Robleño à Mont-de-Marsan en 2012 après avoir blessé Castaño.

Sinon, voici une liste non-exhaustive que j’aimerais bien qu’on m’aide à compléter de ce qu’on entend par grands toros :

Jaquetón, toro cárdeno de Agustín Solís, est à Madrid, depuis 1877, la bravoure par antonomase, même si on va voir du côté de la sublime ville natale de Pizarro sa tête disséquée et que le mythe s’effondre devant cette tête très pauvre au regard des canons d’exigences actuels. On pourra toujours se consoler avec les 43 piques d’un autre cárdeno, Almendrito, toro de Pérez de la Concha « lidié » à Almería en 1876 ou avec l’immense (au sens propre) Cucharero qui, l’année suivante, dans les arènes de Malaga, prit 10 piques (sans que le sang coule) et donna beaucoup de fil à retordre à Lagartijo. Avant eux, il y avait eu aussi Centella, de José María Torres, gracié à Cadix en 1851, recordman ex-æquo du nombre de piques avec la bagatelle de 53 et de 9 chevaux tués, Estornino, de Picavea de Lesaca, à Malaga, qui reçut plus de 40 piques et qui traversa l’arène en chargeant sous le fer ou Machorro, à Xérès, qui en prit la même année 33 en tuant 3 chevaux et qui, bien que grâcié, refusa de quitter le lieu du combat. En 1860, Contador (sans être dopé), de Joaquín Jaime Barbero, chargea la cavalerie 39 fois, ce qui lui valut la grâce et Llavero, de Carriquiri, « lidié » à Saragosse, fut l’autre toro à avoir reçu 53 piques. Zancajoso, de Anastasio Martín, quant à lui, fut le premier toro à avoir été gracié à Séville, en 1861, après avoir pris 33 piques et tué 11 chevaux. Le colorao Marismeño, de Murube, prit à Ronda 51 piques et tua 11 chevaux. En 1866, Jaqueta, de Miura, à Cordoue, se fit châtier en 36 rencontres où il tua 10 chevaux. Un mot pour Libertado de Vicente Romero García, qui, gracié à Xérès en 1864 après avoir été châtié 36 fois et tué 6 chevaux, mourut non loin de là, à Cadix, dans une autre corrida, en 1869. Nous en terminerons avec le XIXe siècle avec Parrillero, de Laffitte (mais élevé par José Bermúdez dont l’origine est Gallardo-Cabrera-Hidalgo), qui prit 39 varas et tua 12 chevaux à Séville en 1873 et, dans un autre genre, avec Playero de Murube qui fut gracié par Reverte dans les mêmes arènes en 1897 après 6 piques mais en raison surtout de son extraordinaire noblesse qui permit même, dit-on, à la duchesse d’Albe de le caresser. Dix ans auparavant un animal de la même ganadería, Manzanito, avait eu droit au mouchoir orange au même endroit ce qui fait un total de trois indultos à Séville au XIXe siècle.

Il convient de préciser que la technique de la pique évoluant, le contact avec le cheval devint de plus en plus fréquent et que le nombre de varas s’est progressivement réduit. Comme le rappelait il y a peu l’auteur du site terredetros dans une conférence, pour considérer qu’un toro était de grande bravoure il fallait environ 35 piques vers la moitié du XIXe siècle puis 10 à la fin de celui-ci et 6 au début du suivant.

Au XXe siècle, on distinguera particulièrement Gamito, de Vicente Martínez, vainqueur de la corrida-concours à Madrid en 1911, Cantinero, de Santa Coloma, qui fut le premier auquel on coupa une oreille à Séville dans l’ère moderne; c’est ni plus ni moins que Joselito El Gallo qui s’en chargea et c’était en 1915. Bravío, du même élevage, « lidié » à Madrid en 1919 est considéré comme l’un des plus braves de ceux qui ont foulé l’arène de la capitale espagnole. La même année au même endroit, Barrenero (7.7.3), d’Albaserrada, mit en difficulté Gaona qui ne parvint pas à le tuer dans le temps imparti. En 1930, Mancheguito, du marquis d’Albayda, prit, à Salamanque, 6 piques, fit tomber 5 fois la cavalerie et tua 2 chevaux malgré le caparaçon. En 1942, à Madrid, Colombiano de Pablo Romero. En 1970, à Nîmes, Yeguero de Isaías et Tulio Vázquez prend 4 monumentales piques et permet un grand triomphe à Limeño. En 1973, à Madrid, Capitán de Hernández Plá. Velador de Victorino Martín, gracié à Madrid en 1982 par Ortega Cano. Des toros de Pérez de Vargas comme Guitarrero à Séville en 1982 ou Trompetillo à Nîmes en 1986. Lamparillo de Miura à Arles en 1990 (3 avis à Víctor Mendes). Garapito de Palha en 1992 à Vic Fezensac. A Madrid, Bastonito de Baltasar Ibán en 1994 et Segador de Cuadri en 1998. A Grenade, Marquito d’Ana Romero gracié par Ortega Cano et à Bilbao en 1996, Madrilito de Atanasio Fernández.

Cobradiezmos

Cobradiezmos, de retour chez lui

Un mot pour quelques sementales comme Diano (1903-1920) de Ibarra, qui acheté par l’élevage de Vicente Martínez donna d’excellents résultats en mélangeant son sang Vistahermosa avec celui de la caste jijona et dont la vie se perpétue de nos jours dans l’élevage de Montalvo, ou encore Alpargatero, de Parladé, père fondateur des encastes Conde de la Corte, Atanasio et Domecq avant d’être occis par Curro Posada en 1916 à Madrid. Chez Graciliano, l’étalon qui a été la base de l’encaste avait pour nom Mesonero. On peut citer encore Murciélago de Joaquín del Val, élevage de caste Navarre, gracié à Cordoue en 1879 par Lagartijo et après 24 piques et récupéré par Antonio Miura, élevage où il serait l’aïeul de tous les toros roux, et aussi Gaitero de Conde de la Corte ou bien Guitarrero de Palha.

Quelques lignes aussi, en nous concentrant sur les arènes de Madrid, pour ces excellents toros qui ont permis de grandes faenas, comme celle réalisée par Chicuelo a Corchaíto, de Graciliano, en 1928 et qui allait poser à la fois les bases du toreo et du toro moderne, celle de Belmonte à Tramillero, de Paco Coquilla, qui lui valut une queue en 1935, celle d’Antonio Bienvenida au toro Gracioso de Conde de la Corte en 1952, celle de Manolo Vázquez à Lagunillo de Juan Cobaleda, celles réalisées par Antonio Ordóñez à Bilbilarga d’Atanasio Fernández mais en 1960 ou à Comilón de Pablo Romero en 1965, bien-sûr celle d’Antoñete à Atrevido d’Osborne, l’année suivante, celle de Curro Romero à Chorrón de Benítez Cubero en 1967, celle de Paco Camino à Serranito (vuelta posthume) de Pablo Romero en 1971, celle de Manzanares (père) à Clarín de Manolo González ou bien celle d’Aparicio à Cañego d’Alcurrucén en 94.


Oct 29 2016

Rivalités (V)

Publié par Giraldillo dans Histoire      

Après la rivalité entre Guillén et Cándido eut lieu celle entre El Sombrerero et Leoncillo qui au-delà de l’aspect strictement taurin fut une transposition dans les arènes de la lutte politique entre Absolutistes et Libéraux.

Le premier, Antonio Ruiz est né à Séville entre 1777 et 1792 (?) et a débuté comme deuxième épée aux ordres de Guillén en 1808, au tout début de la guerre d’indépendance. De caractère semble-t-il irascible, ce fils de chapelier était plus incliné vers l’autoritarisme des partisans de Fernando VII.

L’apogée de sa carrière se situe vers 1824-1825 puis il tirera sa révérence en 1835 après une série de fracasos. Devenu négociant en huiles et semences puis Carliste, ne reconnaissant pas la reine Isabel II, et peu enclin à la diplomatie commerciale, il finit par se ruiner après s’être fâché avec la plupart de ses clients.

Il toréa pour la dernière fois en 1859 dans sa Maestranza et aux côtés de Cúchares et El Tato puis s’éteignit peu après, le 20 juillet 1860.

Torero d’une intelligence technique rare, il fut un temps professeur à l’école de tauromachie de Séville. Il tuait aussi bien a volapié qu’a recibir.

Juan León est né le 2 septembre 1788 dans la même ville que son futur rival qu’il connaissait depuis toujours dans le milieu des chapeliers et des aficionados que fréquentait son père de par son métier et son inclination à la chose taurine. Comme lui, il a fait ses armes à l’abattoir de Séville qui servait d’école face à du bétail à moitié brave.

Une fois que la génération précédente a pris sa retraite, El Sombrerero et Leoncillo prennent la relève à partir de 1820-1821 jusqu’à l’apparition de Paquiro dix ans plus tard. Juan León fut lui aussi l’élève de Curro Guillén – auquel il essaya de faire un quite salvateur lors de son coup de corne mortel à Ronda en 1820 – après avoir débuté dans les arènes andalouses en 1810. En 1818 il était déjà deuxième épée à Madrid puis première épée trois ans plus tard. Milicien pendant la période constitutionnelle, il affirmait aussi haut ses idées que ne le faisait son grand rival. D’ailleurs, à Séville, en 1824, Leoncillo s’habilla de noir, couleur des Libéraux, quand il sut qu’El Sombrerero porterait un habit d’un blanc virginal ce qui lui valut les foudres d’une bonne partie du public. Cette anecdote prouve le courage du personnage après le retour de l’Absolutisme l’année précédente avec l’aide des troupes françaises de Louis XVIII, suite aux trois années libérales qui ont suivi le coup d’Etat du général Riego en 1820 à Las Cabezas de San Juan. Les années suivantes il ne toréa pas à Madrid, victime d’ostracisme politique. Il prit sa retraite en 1846 puis revint en 1850, par besoin, ayant vécu de manière dissolue et dispendieuse, avant de se retirer définitivement l’année suivante suite à un coup de corne reçu à Aranjuez. Il mourut à Utrera en 1854.

En bon sévillan, il s’agissait selon Cossío d’un torero aérien capable d’improvisation, remarquable à la naturelle, un précurseur de Cúchares mais au toreo défensif à la fin de sa carrière qui le fit surnommé par Nestor Luján Le Grand Tricheur.


Oct 8 2016

Les dynasties toreras

Publié par Giraldillo dans Histoire      

Si la plupart des grands toreros ont des antécédents taurins assez obscurs, un certain nombre d’entre eux s’inscrit dans une tradition familiale bien affirmée avec parfois des toreros de renom sur plusieurs générations.

Dans l’actualité deux illustres dynasties perdurent, en attendant le réveil de quelques autres : les Rivera Ordóñez, avec Francisco (qui a pris dernièrement partie pour la lignée paternelle en prenant le surnom « Paquirri ») et Cayetano, qui sont en fait la convergence de deux familles toreras et les Silveti avec Diego, dernier représentant de cette lignée mexicaine.

La première a eu pour fondateur « El Niño de la Palma » dont le prénom était Cayetano, père d’Antonio Ordóñez, lui-même grand-père des deux toreros qui viennent d’annoncer une pause dans leur carrière.

La deuxième en est à sa quatrième génération et Diego est le fils de David Silveti, torero figura au Mexique. Il y a eu dans ce pays une autre grande dynastie, celle des « Armillita ».

Fernando « El Gallo » et ses deux fils dans le village sévillan de Gelves

En Espagne, la première dynastie a été celle des Romero puis au, XIXe siècle, celles des Arjona (« Cúchares ») et des Torres (« Bombita »). Début XXe, il y a eu celle des « Gallo » et des Belmonte puis celle des « Manolete » et des « Bienvenida » ou des « Dominguín » et pour celles qui sont arrivées jusqu’aux dernières décennies les « Vázquez », Camino, « Cordobés », « Litri », « Espartaco » ou Aparicio, pour ne parler que des plus connues, et les plus récentes Esplá et « Manzanares ».

Au-delà de l’aspect dynastique, certains frères ont connu le succès ensemble, c’est le cas des « Bombita », plus encore des « Gallo » bien-sûr, des « Vázquez », Pepe Luis et Manolo, des« Bienvenida », Antonio et Manolo mais sans oublier l’excellent banderillero que fut Pepe, des « Dominguín », Luis Miguel et Pepe (excellent banderillero), des mexicains « Armillita », des vénézuéliens « Girón », César et Curro, mais aussi, entre autres, des « Campuzano », José Antonio et Tomás.

Pour ce qui est des familles où le père et le fils ont connu de francs succès, il convient de parler, outre du « Niño de la Palma » et de sa progéniture, de « Cúchares » et de son fils « Currito » avant eux et du cas de Julio et Julito Aparicio ou des « Manazanares » après : ils ont tous triomphé à Madrid.

Mais la famille qui de loin a connu le plus grand nombre de bons toreros a été celle des « Bienvenida » qui furent au nombre de 9, le Papa negro ayant eu 5 de ses fils qui devinrent matadors. Nous y reviendrons prochainement.


Sep 24 2016

La France taurine (II)

Publié par Giraldillo dans Histoire, Statistiques      

Ces dernières années la France taurine acquiert une certaine indépendance.

On compte actuellement plusieurs écoles taurines importantes : celle du Grand Sud-ouest et celles de Béziers, Nîmes et Arles.

Le premier torero français à s’imposer en Espagne répond au nom de Sébastien Castella (il est présent dans toutes les ferias et en 2007 il est le premier français à triompher à Madrid en tant que matador mais non content de cela il répétera cette sortie a hombros deux fois de plus en 2009 puis une quatrième en 2015 ) mais un autre torero réussit à faire des saisons complètes : Jean-Baptiste Jalabert, plus connu comme Juan Bautista (lui aussi réussira l’exploit de triompher à Madrid, comme novillero d’abord puis fin 2007 et une autre fois en 2010). Il y a aussi des toreros comme Julien Lescarret ou Mehdi Savalli dont il convient de citer le nom et dans l’actualité une nouvelle génération prometteuse : Thomas Dufau, Thomas Joubert, Juan Leal ou Clemente et parmi les novilleros Andy Younès, Tibo (à l’espagnole) Garcia ou Adrien Salenc en attendant Baptiste Cissé.

Il y a aussi de plus en plus d’élevages : actuellement une vingtaine pouvant « lidier » en novilladas piquées ou en corridas (les plus réputés sont Margé ou Garnier) et certains encastes  sont rachetés en vue d’être sauvegardés : Valverde et Concha y Sierra par Jean-Luc Couturier. Blohorn connaît même des succès en Espagne.

Il existe aussi un activisme des aficionados au travers d’associations ou d’organes de presse (en particulier la doyenne, Toros, depuis 1924) qui ont une influence certaine sur certaines plazas se traduisant notamment par une revalorisation du tercio de piques qui, véhiculée par certains toreros (actuellement Castaño a repris le flambeau) s’étend en Espagne et permet au public d’outre-Pyrénées (celui de Saragosse, Pampelune ou même Madrid) de redécouvrir la beauté ce cette phase de la lidia et donc d’exiger qu’elle soit plus souvent mise en valeur. Je me souviens d’un commentaire d’un aficionado du 7 qui me disait il y a quelques années : « A Madrid, cette année, au cheval, tous les toros ont été cachés (tapados) ». Il le regrettait certes mais avec une forme de résignation peut-être très ibérique. Il ne faudrait pas que les Français reprennent sans s’en rendre compte de vieux réflexes de supériorité coloniale en croyant détenir LA vérité sur tout mais sur ce point elle semble être capable de faire bouger les lignes.

En ce qui concerne les organisateurs de corridas, qu’on appelle les empresas, les principaux sont Simon Casas (Nîmes bien sûr mais aussi Madrid, Saragosse et Valence et indirectement Les Saintes Maries et Mont-de-Marsan), les Jalabert (Arles) ou Robert Margé (Béziers, Palavas, St Gilles, Mauguio) contrôlent la tauromachie dans le sud-est. Dans le sud-ouest l’homme fort est Alain Lartigue (Bayonne, Vic, Parentis, Orthez, Roquefort, La Brède, Eauze, Tyrosse ou Soustons).

On dénombre 7 arènes (Nîmes, Arles, Béziers, Vic, Dax, Mont-de-Marsan, Bayonne) de première catégorie (classement sans rapport avec celui qui est pratiqué en Espagne) et 1 de seconde (Céret). Le point positif est l’apparition d’une feria à  Carcassonne mais il y a quatre points noirs  avec la disparition des arènes de Floirac, Fenouillet, Fréjus et Collioure.

Document La Dépêche du Midi

De plus, la tauromachie se renforce dans l’adversité en résistant à la langue bleue pendant 3 saisons entre 2005 et 2008.

Depuis 2006 le règlement national espagnol est remplacé par des règlements propres à chaque communauté autonome ce qui concourt indirectement à donner à la France taurine plus d’autonomie. Cette année là il y eut 71 corridas dans l’hexagone (ou la partie de celui-ci qui nous concerne), chiffre certes inférieur aux 89 de 2003 mais le marché français français reste relativement stable malgré la crise avec une moyenne supérieure à 73 corridas/an sur les 5 premières années de la deuxième décennie du XXe siècle. Il y a une baisse en 2015 avec 66 corridas mais le nombre de spectacles majeurs se maintient largement avec la croissance des novilladas piquées qui atteignent le chiffre de 48 (+15). Pour 2016 la prévision est de 68 corridas et 35 corridas soit 103 spectacles majeurs.

Malheureusement, le travail de lobbying de certaines associations animalistes semble porter ses fruits si l’on en juge par la décision du Conseil d’Etat de juillet 2016 qui rejette le recours de l’UVTF et de l’ONCT sur le retrait du site web du Ministère de la Culture de la fiche d’inventaire de l’’inscription au Patrimoine culturel français obtenue en 2011 et qui par la même refuse de se prononcer sur le fait de savoir si cette suppression suppose une radiation, au motif que lesdites associations sont parties prenantes dans ce processus, alors qu’il s’agit d’une inscription administrative et non politique qui fait suite à un long processus. Le flou subsiste et il est fort à parier qu’il va continuer en cette période électorale : il convient de ne fâcher personne. Dans les faits, il s’agit d’une suppression de fait même si le Ministère sait parfaitement qu’il s’agit d’une décision arbitraire car une culture ne peut-être désinscrite que parce qu’elle n’est plus. Et nous sommes !


Sep 17 2016

La France taurine (I)

Publié par Giraldillo dans Histoire      

La Corrida doit tout d’abord son implantation en France au substrat taurin : courses landaises et camarguaises. On retrouve d’ailleurs dans le sud-ouest des traces d’une forme autochtone de tauromachie depuis au moins 1445. Notons que dès 1702 une corrida est donnée à Bayonne à l’intention du futur Philippe V (le fondateur de la dynastie Bourbon en Espagne) le 4 janvier.

Mais la véritable naissance de la Corrida en France se situe au moment du IIe Empire. C’est le choix de Biarritz comme résidence d’été par Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III, qui a en grande partie permis l’organisation de corridas à Bayonne dès 1853 avec notamment Cúchares à l’affiche. Pour Nîmes, ce ne sera que 10 ans plus tard qu’il y aura des courses de toros complètes à l’espagnole.

L’essor vient dans l’avant-dernière décennie du XIXe siècle, à Nîmes d’abord puis dans un certain nombre de villes du sud (dont Bordeaux, Montpellier, Avignon ou Marseille).

En 1889 apparaissent à Mont-de-Marsan les arènes du Plumaçon. Cette année-là, pour l’exposition universelle, Paris eut droit à 28 corridas sans mise à mort, car celle-ci était interdite. Le rappel à l’ordre à la loi de 1885 fut lettre morte à Nîmes, Bayonne, Dax et Mont-de-Marsan puis respecté un temps avant la reprise de la fronde au début des années 90.

 Au début du XXe siècle apparaît le premier torero français d’une certaine importance : Pierre Boudin « Pouly III » qui prit l’alternative en Arles en 1920 (où il coupe une queue deux ans plus tard avant d’en devenir quelques années plus tard le directeur) puis à Barcelone l’année suivante et la confirma dans la capitale espagnole en 1922.

 Après la seconde guerre mondiale l’ancrage va devenir définitif.   Il faudra de fait attendre 1951 pour que la tauromachie devienne légale mais seulement pour les villes de tradition taurine, ce qu’a confirmé récemment le conseil constitutionnel. L’année suivante Nîmes organisera sa première feria et depuis 1956 Hubert Yonnet (décédé en juillet 2014) est le premier éleveur français de bétail 100% espagnol (en 91 il a même vendu un lot à Madrid).

Nimeño II. Photo «SO».

Dans les années 80 la tauromachie connaîtra un boom avec en figures de proue Nîmes et Nimeño II (novillero à succès avec des triomphes comme à Pampelune en 76 ou à Madrid l’année suivante avant de prendre l’alternative mais il est gravement blessé par un miura en 89 en Arles). D’autres toreros se font un nom au niveau français : Richard Milian (alternative en 81, confirmation en 88 avec obtention d’une oreille, l’année où Nimeño réalisera une bonne faena dans ces arènes face à un victorino), Denis Loré ou Stéphane Fernández Meca. En 1990, le nombre de corridas organisées en France est de 66.


Août 13 2016

Les maîtres de la véronique

Publié par Giraldillo dans Histoire      

Pour les personnes incapables de voir la beauté du geste taurin, celles qui réduisent la tauromachie à quelques coups de chiffon, à des piques, des banderilles et un coup d’épée, il va de soi qu’un geste aussi bête consistant à faire passer un taureau autour de son corps en étirant les bras en vaut un autre. Cependant, ce geste naturel est rarement interprété dans toute sa plénitude. Une poignée seulement de toreros a réussi à l’interpréter en le sublimant.

Bien qu’ayant probablement été inventée par Costillares, le premier grand maître de la véronique, telle qu’on la conçoit aujourd’hui, est sans doute Juan Belmonte. Suivirent Chicuelo et surtout Gitanillo de Triana, par son temple et parce qu’il est le premier à baisser les mains. C’est ensuite Victoriano de la Serna qui reprendra, avec son style, ce savoir-faire.

Verónica BelmonteBelmonte

 Après la guerre, après Manolo Escudero, arrive Antonio Ordóñez puis ce sont Antoñete, Curro Romero, Rafel de Paula (en particulier de face), même si d’autres figuras ont bien exécuté ce lance, Camino, El Viti ou Puerta. Ensuite,  c’est Julio Robles qui reprit le flambeau.

Verónica CurroCurro

 Des toreros plus modestes ont également brillé dans ce lance censé imité la caresse du personnage biblique du même nom sur le visage de Jésus : Manuel Álvarez « Andaluz » dans les années 20, Fernando Domínguez dans les années 30 ou Juan Posada dans les années 50.

 Ces dernières années J.M. Arroyo « Joselito » ou Fernando Cepeda ont été les meilleurs interprètes de la reine des suertes de cape et c’est Morante qui indéniablement porte actuellement ce titre même si un torero comme David Mora est capable de bien toréer dans ce que certains appellent une figure.


Juil 23 2016

Badila

Publié par Giraldillo dans Histoire, Portraits      

BADILALe grand Badila, l’un des plus grands picadors de la fin du XIXe siècle, est né sous le nom de José Bayard à Tortosa le 19 mars 1858, d’un père français qui avait pour ami le picador Curro Calderón. Il commença sa carrière en 1870 avec Gonzalo Mora qui lui donna son surnom (badila : pelle à feu) : “Estás tan callado que parece que te tragaste el rabo de la badila”. Le 5 novembre 1876 il se présente à Madrid dans une novillada. Il est picador remplaçant d’Ángel Pastor avec la protection de Frascuelo, dont il est le factotum, parfois el valet d’épée. Il prend part à sa première corrida à Madrid le 28 janvier 1878 face à Lucerito de Miura. Il reçoit l’alternative le 1er juin 1879. A partir de 1881 il fait partie du quadrille de Pastor. Le 8 décembre, il s’exerce au rejoneo – ce qu’il refera parfois – face à un utrero, met pied à terre pour quelques passes dont 5 naturelles puis un pinchazo a recibir et finit par une pega, soit un abrégé des différentes tauromachies. A partir de 1884 et jusqu’en 1890, il est aux ordres de Mazzantini avant de travailler avec divers matadors. Il est gravement blessé à Montevideo le 1er janvier 1890 suite au terrible batacazo provoqué par Cigarrero de Miura. Le 12 mai de la même année, il pique les 6 toros de Veragua pour le départ de Frascuelo et pose des banderilles à cheval au 4e. Entre autres prestations marquantes, le 2 juin 95 il donne 6 piques à Mochuelo de Félix Gómez qui l’envoie valser. En pareilles circonstances, il avait l’habitude de provoquer le toro et de le toréer à la cape. En 1897 commence sa dernière époque où il rentre dans la cuadrilla d’Algabeño. En 1898 il alterne parfois la pique et le rejón. Le 26 avril 1900, à Valence, après avoir été renversé par Chato de Pablo Romero, il se mit à genoux, de dos face au toro. Durant sa carrière, à une époque particulièrement dure, il a assisté à la mort de plusieurs toreros, dont Dominguín, mort dans ses bras à Barcelone. En 1902, il est picador pour Reverte mais ne torée pas l’année suivante. Sa dernière corrida a lieu le 24 septembre 1905 à Madrid face à Señorito de Bañuelos. Il est mort le 28 février 1906.

Il a fait évoluer l’habit et l’équipement du piquero avec la gregoriana. Il fut aussi le vice-président de la première Association des picadors.

Badila 2Badila à Toulouse pour sa dernière saison


Juil 16 2016

Rivalités (IV)

Publié par Giraldillo dans Histoire, Portraits      

Dans les années 30 deux toreros mexicains qui n’ont pas vraiment atteint les positions les plus élevées dans leur profession, ont été les protagonistes d’une rivalité qui a fortement séduit l’afición espagnole, notamment celle de la capitale.

Luis Castro “El Soldado”, est né le 25 août 1912 à Mixcoac. Il rentre comme employé des abattoirs dans la perspective de sa vocation (le maniement de l’épée y a longtemps été accepté) avant de revêtir l’habit de lumières dans sa ville natale en 1932, sans aucune préparation mais avec succès, ce qui lui vaut de se présenter dans la capitale le mois suivant avant de faire  21 paseos de plus cette saison là (!!!). Il prend l’alternative le 5 mars 1933 et arrive en Espagne où il se présente à Madrid comme novillero le 20 juillet. Le 29 juillet de l’année suivante, commence dans la capitale espagnole sa grande rivalité avec Lorenzo Garza dans une course qui se transforme en mano a mano suite à la blessure de Cecilio Barral. Il coupe la queue de son premier, de Gamero Cívico. Le 17 mars 35 il reçoit son alternative européenne à Castellón des mains de Rafael El Gallo et en présence de Garza, coupant la queue de son toro d’alternative. Il la confirme le 2 mai avec El Gallo et Lalanda à l’affiche. Il est mort dans la capitale mexicaine en 1990. Il a toréé à la cape avec variété et majesté. Il a été l’un des meilleurs capeadores de sa génération et un torero complet qui banderillait, en particulier au quiebro, et auquel il ne manquait pas du courage. Une de ses particularités étaient ses estocades portées avec un mouchoir.

El Soldado

Lorenzo Garza, est né à Monterrey le 14 novembre 1909. Il torée 5 novilladas en 1932 en Espagne puis 15 l’année suivante où il prend l’alternative le 6 août à Santander des mains de Pepe Dominguín mais y renonce l’année suivante. Son immobilité et sa témérité impressionnent parfois mais c’est le 29 juillet, à Madrid, qu’on va vraiment commencer à s’intéresser à lui. Les arènes sont remplies les 9 et 23 août pour les mano a manos avec El Soldado. Il reçoit une nouvelle alternative le 5 septembre 1934 des mains de Juan Belmonte. En 1935, à son retour du Mexique, il torée 43 courses en Espagne. Entre les conflits syndicaux des toreros mexicains et espagnols, puis la Guerre Civile, il ne torée plus en Espagne jusqu’en 1945 où il coupe une oreille à Madrid et reçoit un coup de corne à Barcelone. Il est ensuite devenu acteur et s’est éteint dans son pays en 1978. Cossío dit qu’il se passait les toros près du corps mais qu’il n’était pas un grand dominateur.

Garza