Août 27 2016

In memoriam

Publié par Giraldillo dans Humeur      

Le bruit de la mer :

En février 1939, mon grand-père Juan, blessé par un éclat d’obus et bientôt accompagné de près d’un demi-million de camarades, passait la frontière (il ne la repasserait que près de 40 ans après, à une époque où son neveu Pepín venait de renoncer à sa carrière de novillero). Notre République avec un gouvernement de gauche depuis 1936 (bien que le Front Populaire ait pris fin en octobre) n’était sûrement pas préparée à une telle déferlante et cependant l’accueil fut indigne du pays des droits de l’Homme (et le pire c’est que, n’apprenant pas de son histoire, le même sort fut réservé aux Harkis plus de 20 ans après). Dans le camp d’Argelès (photo) c’est avec 100 000 autres personnes qu’il fut entassé gardé par les gendarmes et les tirailleurs sénégalais dont ils gardaient un piètre souvenir. L’homme n’est ni bon ni mauvais disait Sartre mais il est ainsi fait qu’il fait souvent subir à autrui ce qu’il a subi lui-même. Ceux-là étaient semble-t-il trop contents de faire subir à des blancs ce que ceux-ci leur avaient fait subir. Bref, pendant les longs mois de leur captivité, après avoir construit les baraquements qui les abriteraient de la tramontane, les Espagnols (dont certains Français disaient qu’ils avaient une queue de singe) avaient tout le loisir de regarder les collines avoisinantes et le fort Saint Elme qui domine Collioure (son nom ne signifie-t-il pas ‘la colline libre’ ?), ce charmant village de pêcheurs qui fit un temps parti du royaume de Mallorque puis de celui de l’Espagne jusqu’en 1659.

Ces ‘rouges’ d’Espagnols laissèrent des traces (j’en suis une), surtout dans le sud-ouest et 10 ans plus tard, en 1949 donc (bien que le début de son histoire taurine date semble-t-il de 1889), Collioure commencerait pour plus de 60 ans à donner de manière ininterrompue des courses de toros, présidées par ce même Fort Saint Elme construit sous Charles Quint (voir article ‘Avec le temps…’).

J’étais là en août 2011 pour ce qui serait, sans qu’on le sache, la toute dernière course de ce splendide village qui héberge depuis 1939 la dépouille du grand poète sévillan Antonio Machado. Certains disent que le village est maintenant redevenu fréquentable, en tous cas il est bel et bien catalan. D’ailleurs, après avoir fait disparaître ce qui n’est qu’un symbole c’est aujourd’hui au symbole du drapeau (en parlant de ça, la contagion s’étend si j’en juge par le fait que le drapeau français a une fâcheuse tendance à disparaître dudit château des Templiers) que la Catalogne s’attaque et c’est désormais l’idée même d’Espagne qui est en danger.

Mais ce qui m’a frappé ce jour-là, outre la démesure des novillos de Christophe Yonnet, c’est qu’un tiers du public initial (arènes aux trois quart remplies) est parti au cours de la novillada. Ces vacanciers nordistes, pour bon nombre d’entre eux, étaient venus par curiosité mais le spectacle proposé a choqué leur sensibilité. J’ai le souvenir d’une adolescente sortie en pleurs. Pour elle au moins il ne s’agissait pas de minauderies de sa conscience mais d’un sentiment vrai. Et pourtant… ces animaux ne ressemblaient ni de près ni de loin à des animaux de compagnie sans défense. Mais voilà… il n’y a que le côté violent de la corrida qui lui est visiblement apparu (pour le reste il fallait être un aficionado confirmé) car de nos jours on ne côtoie plus la mort : on éloigne les enfants lors du décès de leurs grands-parents et surtout on ne tue plus le poulet à la maison. La sensibilité a changé, nous vivons pour le meilleur et pour le pire et malgré les crises une période plus douce. Dans ce regard plein de larmes que j’ai aperçu, j’ai vu un instant de la sensiblerie. Je crains hélas que ce soit un sentiment vrai.

Un sentiment semblable sans doute à celui qui m’a animé sur la plage d’Argelès là où il ne reste plus aucune trace visible du passage des Espagnols, pas même une stèle à la mémoire de ceux qui y ont perdu leur vie (cela risquerait de choquer la sensibilité des plagistes).

Il ne restera in fine que ce et ceux qui peuplent nos mémoires et les traces que nous en auront laissé, par la transmission orale ou écrite.

Voici les quelques notes que j’avais prises lors de cette course :

Mardi 16 août 2011, novillada piquée , ¾ d’entrée

Arènes de Collioure

DURE NOVILLADA DE YONNET

6 utreros 6 des héritiers de Christophe Yonnet (tous noirs et très bien présentés, une véritable corrida) : tous 3 piques, sauf le 1er qui en prit 2 (le 5e fit tomber le picador). Compliqués la plupart. Les meilleurs, en restant âpres, furent les 3 premiers. Les 2 derniers furent mansurrones mais encastés.

 

Carlos DURÁN (bleu marine et or) : silence et silence

Novillero très superficiel. Beaucoup de recursos et peu de toreo fondamental.

Raúl RIVERA (blanc et or) : silence et silence

Novillero-banderillero. Assez superficiel à son premier, il abrège à son 2e après un bref macheteo. Ce 5e novillo avait mis l’ensemble du quadrille en déroute, donc très mal lidié. Les complications n’ont fait que s’accentuer.

Emilio HUERTAS (en substitution de Damián Castaño) (framboise et or) : silence et silence

Bon quite par chicuelinas au deuxième. Son premier trop et mal piqué est arrivé à l’arrêt au dernier tiers. Au dernier, deux séries aidées à gauche incluant une « espantá » puis macheteo plus élégant que le précédent. Quelques sifflets.

 

Tout çà, c’est du passé. Il ne reste presque plus de républicains espagnols pour témoigner. A Collioure, après les pêcheurs d’anchois et les grands peintres, c’est la tauromachie qui a disparu et avec elle une certaine idée de la liberté.


Mai 7 2016

L’eau et le feu

Publié par Giraldillo dans Humeur      

Nous annoncions déjà  l’an dernier que les jeunes poussaient fort mais on pouvait craindre qu’il ne s’agisse que d’un feu de paille. La Corrida , comme la culture espagnole en général, a plus à voir avec l’émotionnel qu’avec le rationnel et j’ai, je le  sais, le défaut de m’enflammer moi-même assez vite, mais ce que Roca Rey a montré aux dernières Fallas laisse envisager, avec une apparente sérénité à faire mourir d’envie de Dalaï Lama lui-même, qu’il est là pour tout détruire. Avec lui et je vais écrire là l’énormité qu’un commentateur de la boîte à images s’est retenu de dire en direct, les traités de tauromachie risquent de partir en fumée dans un gigantesque autodafé. Espérons que Dieu ou un hasard chanceux lui donne le temps d’écrire son propre livre. Sur quoi pourrait déboucher sa tauromachie après vingt ans de métier, le temps qu’il faut pour devenir un maître dans quelque domaine que ce soit, si lorsqu’on n’a même pas soi-même ce nombre de printemps, on est déjà au niveau des plus sages parmi les sages ? Le temps le dira quand beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts mais lorsqu’on possède à part égale autant de courage et de quiétude, autant de passion que de tempérance, qu’on est à la fois l’eau et le feu, on est comme les Byzantins au temps de Justinien : invincible grâce à l’eau enflammée, le fameux feu grégeois et on réécrit la Loi.


Août 1 2015

Carpe diem et tempus fugit

Publié par Giraldillo dans Humeur      

Lorsque le dimanche de Pâques, Espartaco sortit des arènes de la Maestranza en étant hissé vers les cieux au travers de la mythique Porte du Prince par ses partisans mais sans avoir coupé les trois oreilles réglementaires, certains, en Andalousie comme ici, y ont vu le symbole d’une génération qui aurait encore de quoi en remontrer aux plus jeunes en matière d’ambition. Sans être de l’époque de Mathusalem, j’ai connu l’époque du maestro d’Espartinas et s’il est vrai qu’il est sorti autant de fois par ladite Porte que le Pharaon de Camas, la comparaison avec le mythe au brin de romarin s’arrête là. On peut être étonné d’autant de nostalgie par rapport à un torero de records qui aura marqué plus par sa technique que par son aura. Car ce qui restera d’Antonio Ruiz c’est son grand professionnalisme, sa capacité à profiter au maximum des charges de ses adversaires, à base de temple il est vrai. Certains ont vu en lui un lidiador mais pour arborer ce titre il lui a manqué des triomphes face aux fers les plus durs. Celui de torero valiente ne lui va pas non plus, pas plus que celui de torero largo ou même populaire (il n’y avait pas de cohues aux guichets autant que je me souvienne) et encore moins celui d’artiste. Il fut surtout un torero regular, dans tous les sens du terme, auquel on avait rarement quelque chose à reprocher mais il n’a jamais rendu Séville folle, soyons honnêtes, et l’envolée émotive récente est vite retombée. Il y a chez beaucoup de personnes en général et d’aficionados en particulier une nostalgie du temps passé qui exalte, en la revêtant d’un halo de perfection, les années de leur jeunesse voire une période mythique qu’ils n’ont pu connaître. Et pourtant il est fort à parier que les aficionados d’aujourd’hui auraient été déstabilisés par le toreo de l’Âge d’Or et sûrement déçus par son toro, quand bien même il soit réputé comme étant au point d’équilibre parfait entre caste, puissance et noblesse (et je me tairai sur le sort des chevaux). Le temps qu’il nous est donné de vivre n’est sûrement pas plus parfait qu’un autre mais une chose est sûre, contrairement à ce qu’on entend trop souvent, il y a encore des hommes capables d’affronter des toros. Et j’en veux pour preuve la dernière feria de San Isidro (mais pas que) où l’on a parlé d’un grand nombre de triomphes (usurpés pour certains, diront d’aucuns) mais où il y a aussi et surtout eu un grand nombre de blessés et, notons-le, face à des animaux moins volumineux que ces dernières années, plus dans le type de la race brave. Les places étant de plus en plus chères certains matadors semblent prêts à dépasser les limites de la raison. Faut-il s’en réjouir ? Je ne saurais le dire. Défendons l’intégrité du toro de lidia et l’éthique de cette dernière, notamment pour le tercio de varas mais n’oublions pas, en tous cas, de respecter ces êtres humains capables d’un courage d’un autre temps. Il est dommage que le public français n’ose s’enthousiasmer que trop rarement et, qu’au contraire, fusent trop souvent (comme depuis le tendido 7) des invectives souvent aussi mal placées qu’injustes. Leurs auteurs devraient se jeter dans la piste comme espontáneos pour nous montrer comment il faut faire ou bien avoir l’humilité d’attendre la fin de l’arrastre pour s’exprimer. Un peu de respect !


Jan 8 2015

Hommage à Charlie

Publié par Giraldillo dans Humeur      

On a le droit d’être en désaccord mais la violence contre les personnes n’a aucune circonstance atténuante.

Vive la liberté !

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Août 15 2014

Histoire toriste

Publié par Giraldillo dans Histoire, Humeur      
Israel Lancho encorné par un toro de Palha en 2009. Photo Gorka Lejarcegi.

Il me semble que par les temps qui courent une histoire de la taur(ist)omachie devrait être proposée tant les divergences sont énormes entre les différents secteurs de l’‘afición’. En fait, à la base, se pose le problème de savoir si l’on peut être aficionado sans être « toriste », sans être un défenseur de la «corrida vérité».

Bien-sûr, au début de la tauromachie à pied, il n’était pas possible de faire de distinction entre « tauromachie vérité » et « tauromachie spectacle » (la touristomachie ?), quoi qu’il faille remettre en question le mythe d’un toro autrefois plus brave et plus « encasté », comme celui d’une ‘lidia’ quasiment immuable depuis la nuit des temps. Le taureau actuel est certainement d’une hauteur au garrot plus réduite mais ses cornes sont plus harmonieuses et globalement mieux présentées que celui d’antan. Certaines cornes difformes étaient, je le concède, impressionnantes et on évite aujourd’hui, autant que faire se peut, celles qui partent vers l’extérieur pour ne pas rendre la lidia plus difficile et favoriser le toreo (le spectacle ?). On peut s’interroger sur cette pratique mais, à moins de privilégier la présentation sur la bravoure, on n’aura jamais les toros de Pampelune pour toutes les arènes, même pour celles de seconde catégorie. Que fait-on donc avec le reste du cheptel brave ? En ce qui concerne le poids, on a, depuis les années 70, dépassé ce qui se faisait au début du XXe siècle. Pour ce qui est du comportement, rappelons qu’au XIXe siècle de nombreux toros restaient collés aux planches et beaucoup d’autres étaient condamnés aux banderilles de feu. De nos jours, combien d’animaux sont condamnés aux banderilles noires ?

Même si le clivage actuel n’existait pas au tout début de la tauromachie moderne, les foules se sont souvent divisées en deux camps, chacun ayant envers l’autre (c’était une époque où l’on aimait les grands discours et autres diatribes) un comportement on ne peut plus véhément. J’imagine que l’aficionado « toriste » actuel se serait senti plus proche de l’école de Ronda mais qu’il se serait surtout passionné, comme tout le monde du reste, pour le sévillan Pepe Hillo, le premier à « se croiser » (et à en mourir). Il aurait sans doute ensuite apprécié le courage de El Chiclanero, d’El Espartero plus tard ou encore celui d’un torero plus modeste comme Cara-Ancha ou bien encore Reverte, il aurait, je pense, préféré Frascuelo à Lagartijo mais, entre temps, aurait probablement, si tant est qu’il lui eût été donné de vivre aussi longtemps, dénigré, comme beaucoup d’autres, les empereurs Paquiro et Guerrita, des toreros vedettes qui avaient suffisamment de pouvoir pour choisir leurs taureaux.

Arrivé au XXe siècle, il aurait peut-être hésité entre le savoir-faire de Machaquito et la témérité de Bombita, puis aurait été partisan de Gallito (et conspué son frère), lidiador par excellence ayant opéré la synthèse de la tauromachie de mouvement avec la nouvelle tauromachie statique, et aurait honni Juan Belmonte, ce Judas par la faute de qui tout a commencé, car à partir de lui les toreros vont banderiller de moins en moins et surtout parce qu’il entraînera la diminution du poids des toros (dont le règlement de 1930 est le reflet) et que c’est le premier à vouloir imposer sa ‘faena’ à tous les toros, conception contraire à l’idée même de ‘lidia’. Dans les années 20, il aurait probablement goûté le courage et l’art des banderilles d’un torero somme toute de second plan, Maera, puis apprécié Cayetano Ordóñez et parfois Domingo Ortega (mais je me trompe peut-être, un aficionado « toriste » n’a peut-être été partisan que du toro et jamais de quelque torero que ce soit. Chicuelo ? De la merde, comme dirait Jean-Pierre Coffe. Gitanillo ? N’en parlons pas).

Après-guerre (d’Espagne), notre aficionado « toriste » aurait sacrément fait la tronche, mais bon les vedettes tuaient des petits « miuras » (souvent « afeités »), à commencer par Manolete, dont un d’entre eux lui resta en travers. (Les frères Vázquez ? Aux oubliettes !, même s’ils toréaient souvent les « miuras », qui ne correspondaient déjà pas à la pleine expression de leur Art.) Mais c’est peut-être aux années 50 que l’on peut faire remonter les prémisses du « torisme » avec  Rafael Ortega ou César Girón, mais aussi et surtout Antonio Bienvenida (qui lança sa guerre contre l’‘afeitado’ en 1953) et le gladiateur Dámaso Gómez, face aux vedettes qu’ont été Dominguín (dont Palha était tout de même un de ses élevages préférés) ou Ordóñez, adulé de beaucoup, qui a notamment triomphé face à de « pabloromeros » mais qui choisissait la plupart du temps ses opposants parmi un bétail qui n’avait, 20 ans après, toujours pas repris ses formes d’avant-guerre. Dans les « sixties » : Gregorio Sánchez, Jaime Ostos, Diego Puerta, quelquefois Camino et plus souvent Andrés Vázquez ont été les préférés de l’afición « toriste ». Je ne suis pas sûr qu’elle ait valorisé comme il se doit quelqu’un comme El Viti malgré les 2 oreilles coupées à Madrid à un « miura » en 65 ou son triomphe dans une corrida de Pablo Romero, toujours à Madrid mais en 71, (Aux chiottes ! Romero, Paula, El Cordobés, Palomo, tous ensemble, sans discrimination. Mais c’est un peu comme si on disait que Balzac ou Zola – je précise que cette comparaison n’est valable que pour Curro et Paula – c’est de la merde parce qu’ils privilégient l’histoire sur le style. Mais bon, chacun ses goûts. Je voudrais simplement rappeler que Séville n’a pas découvert Curro Romero – qui a aussi rendu Madrid folle assez souvent – à 60 ans – moi si et j’en suis désolé – mais que dans ses dernières années elle admirait ses détails comme des réminiscences de temps plus glorieux  – la mémoire collective de celle-ci se rappelant sans doute aux bons souvenirs du XVIIe, siècle de son apogée).

Nous arrivons aux années 70, qui auraient pu mettre tout le monde d’accord avec le retour d’un toro sérieux d’aspect mais qui, contre toute attente, va voir le « torisme » s’exacerber avec Paquirri, Ruiz Miguel et Dámaso González mais aussi Limeño et deux José Luis, Galloso et Parada, ainsi qu’un Manolo Cortés (torero artiste triomphateur d’un « miura » à Valence en 1978) ou un Angel Teruel, qui, malgré son style élégant (n’étant pas un belluaire je ne suis pas sûr que les « toristes » l’aient, lui non plus, apprécié à sa juste valeur, mais il est vrai qu’ils ne sont pas les seuls) ne rechigne pas à toréer les « miuras » et même à en triompher comme à Madrid en 1976.

La décennie de 1980 est loin d’être la meilleure, tauromachiquement parlant, et les noms les plus en vue seront José Antonio Campuzano, Manili et Luis Francisco Esplá (dans les années 90 aussi), ou bien encore José Luis Palomar ou parfois Pepe Luis Vargas, face à des Capea (pourtant triomphateur de victorinos en 88), Robles, Espartaco, très régulier mais pas avec le bétail le plus dur, Manzanares et surtout (le misérable) Ojeda, qui oblige le toro à des circonvolutions en rien naturelles qui seront le début d’une évolution (involution ?) à défaut d’une révolution. Dans les années 90, César Rincón entrera en grâce, aux côtés de toreros comme Mendes, Liria et surtout El Fundi. De l’autre côté du miroir, Ponce, même s’il triomphe parfois face à du bétail de respect (un victorino à Madrid en 96 par exemple) et Joselito.

En ce début de XXIe siècle, c’est El Cid, torero classique de grande qualité bien qu’un peu froid, qui est sans doute le plus à même de porter le flambeau « toriste », même s’il a tendance à tomber dans la facilité depuis qu’il gagne quelque argent. A côté de lui, le populiste (dans la veine du « torisme » s’entend, mais non pour cela dénué de courage) Padilla, le spectaculaire et toujours vaillant Ferrera, le lidiador pur Rafaelillo ou l’excellent et trop méconnu Urdiales, pour ne citer qu’eux (et en attendant la confirmation de deux Aguilar, d’un Robleño, d’un Fandiño ou encore d’un Mora) symbolisent à divers degrés la tauromachie vérité face au spectacle donné par El Juli (bien qu’il parvienne à triompher des victorinos à Bilbao en 2001 et 2002 ou qu’il tue une corrida complète de Miura par la suite à Valence et pour ne parler que des grandes arènes) et José Tomás. (Il n’a qu’à faire pareil avec des miuras ! Il est vrai qu’il a triomphé avec un Cebada à Pampelune en 96 et avec un toro de El Sierro d’origine « Atanasio », à Madrid en 99, mais ça ne compte pas ! Castella ? Un pur produit de la corrida spectacle. Morante ? Du pareil au même. Manzanares ? Un fils à papa.)


Juin 5 2014

Olé Fandiño

Publié par Giraldillo dans Humeur      

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Les sévillans le savent bien : un silence vaut plus que mille mots. En ne dédicaçant pas sa première faena au roi, comme Castella avant lui, Fandiño a eu l’audace d’être fidèle à lui-même comme il l’est dans sa manière de toréer. Il est difficile, voire impossible, de dissocier l’institution de la personne à moins de s’adresser au roi comme le faisait la réalisatrice Pilar Miró en l’appelant « citoyen Jean Charles ». S’il l’avait fait, alors oui ,on aurait pu l’accuser de chercher à politiser un après-midi de toros. Là il a choisi de ne pas se renier et ce n’est pas un petit-fils de républicain-aficionado qui s’en plaindra, d’autant plus que les partis républicains actuels sont majoritairement anti-taurins dans leurs programmes. Le roi est aficionado et c’est très bien mais heureusement qu’il y a des gens qui suivent leurs routes en se foutant pas mal de la pensée dominante et en refusant de faire allégeance. Vive la République et vive Fandiño.


Avr 18 2014

Equilibre et vérité

Publié par Giraldillo dans Humeur      

Les positions médianes sont souvent décriées, on veut des prises de position claires. Donc je dirai sans ambages que la voie médiane du « toréisme », celle que je défends, exprime le fait que la mièvrerie et la superficialité n’est ni plus ni moins dommageable que la sauvagerie pure qui entraîne « l’intoréabilité ». On en est certes loin, mais si les postulats des tenants de cette dernière tendance s’imposait in fine ce serait assurément et à court terme la fin de la tauromachie et non son renouveau, supposément basé sur un retour aux sources. Lors de la dernière feria de Nîmes les deux tauromachies se sont données rendez-vous : d’un côté Manzanares face à un garcigrande, de l’autre Robleño face à un miura d’antan. En tant qu’aficionado il faut être capable de voir ce qu’il y a d’intéressant dans l’un et dans l’autre cas même si le point d’équilibre n’était sans doute nulle part. Ceci dit, entre grâce et mérite, si on m’obligeait à choisir, je choisirais la première. Robleño lui-même s’est cru obligé après sa lidia de déclarer, à l’intention des télespectateurs de Canal+ Toros, qu’il savait toréer, reconnaissant de facto que toréer n’était pas cela alors qu’on était bel et bien dans l’idéal du « torisme » intransigeant. Vous en vouliez de la vérité, voilà la mienne !

 Car La seule vérité possible se trouve dans le sentiment, par définition unique, d’un aficionado passionné, même s’il est une incarnation de l’individualisme contemporain, à moins qu’elle ne soit dans un lieu impossible à atteindre, celui de l’équidistance de l’ensemble de ces sentiments individuels.


Avr 11 2014

Papier et internet

Publié par Giraldillo dans Humeur      

Sans être de ceux qui croient que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes je ne pense pas que l’actuel soit aussi décadent qu’on le prétend. Comme on dit, il y a à manger et à boire, du bon et du moins bon. Et à propos des nouveaux supports, si d’aucuns veulent contribuer à améliorer le monde virtuel (pour peut-être finir par influer sur le réel), bienvenus soient-ils. Les portes sont grandes ouvertes. Aux anciennes générations qui critiquent à tout-va notre époque, je dirais la chose suivante : si vous voulez nous instruire, instruisez-nous ! Soyez des papis patients, faites-nous découvrir combien nous sommes dans l’erreur au lieu d’être de vieux grincheux nostalgiques. Et à l’être racontez-nous ce qui vous a précisément fait vibrer dans les temps anciens.

 J’ai la prétention d’apporter ici, comme d’autres bloggeurs, ma modeste contribution à une meilleure compréhension de la chose taurine et ceux qui ont des opinions contraires n’ont qu’à essayer de nous convaincre du bien-fondé de leurs positions. Comme dit un dicton bien connu en Espagne et qu’on attribue à la mère de Boabdil, souverain déchu de Grenade : « Ne pleure pas comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme », ceci à l’adresse de ceux qui se lamentent que les générations montantes seraient plus incultes que la leur et qu’elles ne seraient pas capables de percevoir toute la profondeur d’une lidia vraie. Et si c’était vous qui aviez des œillères et qui ne perceviez pas les trésors que vous avez sous les yeux ! Enfin, je ne suis pas partisan de refaire la querelle des Anciens et des Modernes, je préférerais que nous arrivions à un terrain d’entente, mais il est parfois si difficile de croire que nous partageons la même passion.


Avr 4 2014

Critiques et aficionados

Publié par Giraldillo dans Humeur      

Si toutes les opinions ne se valent pas elles sont toutes en prendre en compte et il est certain qu’aujourd’hui la parole des soi-disant spécialistes est entrée dans l’ère du soupçon pour reprendre l’expression chère à Nathalie Sarraute. J’ai connu l’époque où on attendait impatient sa revue hebdomadaire et où on prenait souvent pour argent comptant ce que nous contaient les critiques. Si la longueur des reseñas s’est bien réduite c’est aussi parce que l’internaute est plus qu’un lecteur et qu’il veut voir des images pour se rendre compte du degré de concordance entre la vision du critique et la sienne propre. Elle est d’ailleurs d’autant plus sienne quand il n’est influencé par aucun groupuscule d’un côté ou par des amitiés taurines de l’autre. Personne n’est dupe, n’est pas plus indépendant celui qui prétend le plus l’être. Peut-on d’ailleurs être objectif tout en étant un acteur du mundillo ? Même les instances taurines sont hélas souvent imprégnées d’un esprit politicard avec ses courants et ses groupes de pression. A chacun sa vérité.

 


Mar 28 2014

Toros et l’intransigeance

Publié par Giraldillo dans Humeur      

indexQuelques temps après mon retour dans le pays de mon enfance, après avoir passé sept années en terres andalouses, je me suis abonné à une revue qu’un certain nombre d’aficionados décrivaient comme une référence.

J’avoue avoir été déçu et je finis par me désabonner en expliquant dans une lettre mon désaccord avec la ligne éditoriale. Car je crois qu’il faut chercher là la raison première de sa déliquescence et non dans d’éventuelles têtes de turcs. La vérité c’est que trop souvent, dans cet exemple comme dans d’autres, la presse taurine, bien avant internet, avait perdu son rôle pédagogique, jugeant sans doute qu’elle ne devait s’adresser qu’à des aficionados confirmés et érudits. La mort d’un organe de presse, quelle que soit ses opinions n’est jamais une bonne nouvelle et je le dis avec d’autant plus de sincérité que je me targue de défendre la diversité mais je ne m’associe pas pour autant aux lamentations des bienpensants. On a cru la « vielle dame » morte et on se sait désormais si elle va véritablement ressusciter ou si, après un acharnement thérapeutique, elle va agoniser de sa belle mort. En tous cas, personne ne l’aura tuée.

 Je reconnais toutefois le rôle de cette revue ou d’une partie de sa rédaction, ne serait-ce que par effet d’aimantation, dans la voie d’une tauromachie plus équilibrée et surtout dans le renouveau du tercio de piques. Le radicalisme peut être un moteur pour susciter des changements mais l’extrémisme qui n’accepte pas les opinions contradictoires ne conduit à rien de bon. Et malheureusement une partie de l’afición est victime d’une certaine tendance qui lui fait perdre ses repères au lieu de lui inculquer des valeurs. Elle crée un trouble qui ne profite à personne en faisant douter certains de la valeur de ce qu’ils ont sous les yeux car, disons-le clairement, si on doit se battre contre les abus, le vrai mensonge serait de ne pas reconnaître la valeur des œuvres réalisées par des toreros aussi différents qu’El Juli, Ponce ou Fandiño lors de la dernière feria de Bilbao même face à du bétail d’origine Domecq. Idem pour les Fallas qui viennent de se terminer. Et dire cela ne va en rien contre la pureté de la Fiesta ! Ce n’est pas non plus défendre les puissants !