Histoire du toro

Photo de Manuel Vaquero prise dans les premières années du XXe siècle

 

“Cette mort que nous repoussons avec horreur n’ôte pas la vie; elle la suspend.”[1]

SÉNÈQUE

 

 Le toro est le premier protagoniste de ce qui est couramment appelé en Espagne la Fiesta nacional. Les espagnols ne disent-ils pas qu’ils vont a los toros? Il y a d’abord le toro, ensuite sa lidia et enfin le toreo, même en se considérant torerista. La primauté doit donc être donnée à la connaissance et à la compréhension de cet animal mystérieux et fascinant.

 Nous entendons souvent parler, en tant qu’aficionados, des encastes Parladé, Santa Coloma, Murube… mais d’où proviennent ces souches ? Les élevages actuels peuvent-ils être classifiés en différentes familles à partir de celles-ci ? Quel aspect doit avoir le toro en fonction de sa lignée ? Comment le taureau brave est-il élevé ? Existe-t-il différentes classes de taureaux de combat à partir de l’analyse de leur comportement ? Comment cet animal évolue-t-il dans l’arène ? Qu’est-ce que la bravoure ? Comment était le taureau d’autrefois, quels sont les problèmes de celui d’aujourd’hui et comment sera celui de demain, si toutefois il survit à la « dictature »  du politiquement correct ?

 

LES ORIGINES DU TORO DE LIDIA

Le toro de lidia, c’est à dire le taureau de combat, – que nous conviendrons d’appeler ici simplement et pour éviter tout amalgame, toro – est un animal aussi peu naturel que l’est, par exemple, le cheval de courses; il est le résultat d’une savante sélection effectuée par l’Homme afin de lui donner certaines caractéristiques ou bien d’en affiner d’autres qu’il possède déjà.

Le toro a cependant gardé un instinct sauvage malgré – ou grâce – à l’intervention de l’être humain, qui, depuis l’apparition des premières fermes d’élevage, a réduit ce quadrupède à la semi liberté dans les grands espaces de ces mêmes fermes, recherchant la bravoure et l’orientant dans le sens désiré. Cette mystérieuse bravoure – l’instinct agressif particulier à cet animal – lui viendrait de l’aurochs[2], également appelé uro, l’ancêtre de toutes les races bovines actuelles. Ce taureau primitif se trouvait principalement en Europe centrale et du nord, ainsi qu’en Asie. Faisant l’objet de chasses, cet animal disparut progressivement jusqu’à s’éteindre complètement entre le XVe et le XVIIe siècle[3]. De nombreuses peintures, ainsi que des ossements et des fossiles, témoignent de son existence à l’époque préhistorique en plusieurs points de ce qui deviendra l’Espagne. Certains pensent que les Celtes, d’origine indo-européenne, furent les introducteurs de cet animal dans la péninsule ibérique; d’autres avancent qu’il s’agirait plutôt des Carthaginois. Quoi qu’il en soit, un animal plus petit que l’aurochs et descendant de celui-ci, le bos primigenius, se trouvant notamment au sud des Pyrénées, fut réduit à la domesticité pour donner finalement, à travers  son probable descendant, le bos braquiceros[4], les actuelles races bovines domestiques; le toro brave serait l’héritier direct de l’instinct et l’aspect sauvages de ce dernier. Il ne sera pas de notre propos d’étudier dans le détail l’évolution de l’aurochs jusqu’aux différentes races bovines actuelles, car, en plus d’être fastidieuse, cette tâche est rendue ardue par les contradictions des différents spécialistes en la matière.

Au bas Moyen Âge, de nombreux troupeaux sauvages se trouvaient à proximité des agglomérations où avaient lieu les spectacles taurins. Le texte le plus ancien relatif auxdits spectacles date du XIe siècle d’après Álvarez de Miranda[5] (professeur d’Histoire des religions), mais ce n’est que trois cents ans plus tard  que les fêtes taurines commencent véritablement à se généraliser.

A partir delà et jusqu’au XVIIe siècle, les toros sont sélectionnés dans les élevages communaux parmi les bêtes les plus sauvages ou montrant des signes de bravoure. La corporation des bouchers[6]  était alors chargée de la sélection des animaux destinés à être combattus sur les places publiques. Le bétail brave se trouvait principalement en Andalousie, Castille et Navarre. Les toros de Ronda (Andalousie) et du Jarama (Castille) sont alors les plus renommés[7].

Les premières ganaderías bravas apparaissent dès le XVIIe siècle mais ne s’organisent vraiment de manière patente qu’à partir du suivant. Il est nécessaire de noter l’importance des toros fraileros – taureaux des moines – dans la formation du cheptel brave. Ces élevages furent formés avec l’impôt religieux obligeant les éleveurs à fournir un dixième de leur bétail – la partie la plus féroce généralement – à l’Église. On peut donc considérer les chartreux de Xérès comme les premiers ganaderos de l’Histoire. Ces élevages furent achetés par des particuliers à partir de 1835 avec la loi de Mendizábal qui supprima cet impôt religieux.

LES PREMIÈRES GANADERÍAS

Au XVIIIe siècle apparaissent donc les castes de toros braves que nous connaissons actuellement. En ce qui nous concerne, nous pensons que ces castes originelles sont au nombre de six.

castas fundacionales

Ortega y Gasset a écrit a propos des lieux où se trouvait le taureau brave : « Ces trois régions où l’on rencontrait le bovin furibond étaient: le pays basco-navarrais, la contrée qui va de Salamanque à la Manche et la basse Andalousie occidentale, sur les deux rives du Gualalquivir dans la dernière partie de son parcours. » [8]

La première de ces castes provenait de Navarre[9] et fut formée par un certain Agustín Ximénez Enríquez[10]. Il s’agit d’un toro de petite taille, aux cornes courtes et dirigées vers le ciel, de pelage roux ou châtain. Considérés très braves et agiles, ces “cornus” deviennent très difficiles avec une mauvaise lidia[11].

Il y eut deux castes originaires de Castille, l’une au nord, l’autre plus au sud :

La caste morucha[12] de Castille la Vieille comprenait le bétail du Raso de Portillo, probablement croisé avec des animaux provenant de Navarre. C’est un taureau de ce type, Barbudo, de l’élevage de Rodríguez San Juan, qui tua le fameux “Pepe-Hillo”, le 11 novembre 1801. Ce toro de grande taille, à la tête décharnée, noir listón, cornivuelto (voir glossaire), était peu harmonieux – même franchement laid, pour tout dire -, brave, mais assez faible.   

Les fameux Toros de la Tierra, qui paissaient sur les bords du Jarama à l’état sauvage, seront tout d’abord mis en élevage (pour leur viande mais aussi pour les festivités taurines) sur le site du Real Patrimonio (Patrimoine Royal) fondé au moins sous Philippe II (cet élevage sera en activité jusqu’en 1766). Leur caractère sera ensuite affiné avec la création de la caste dite jijona par la famille Jijón vers la moitié du XVIIe siècle avant d’être combattus pour la première fois à la Cour en 1679. Elevés dans les environs de Villarubia de los Ojos (province de Ciudad Real), ces toros étaient lourds, hauts et puissants; leur pelage était d’un roux vif, voire châtain ou marron; ils avaient aussi des cornes respectables et la réputation d’accentuer leur bravoure sous le châtiment des piques, puis de présenter par la suite des difficultés au dernier tercio. Un certain nombre d’élevages proviennent de cette caste comme celui des Flores d’Albacete ou ceux de Bañuelos, Aleas et Gaviria qui rachetèrent le bétail de la famille Jijón à partir de 182312bis.

Le toro andalou se divise quant à lui en trois castes principales:

La caste Cabrera-Gallardo, bien qu’ayant une base similaire, celle du toro andalou originel, le toro cartujano, est souvent divisée en deux castes (c’est le cas pour Areva et pour Mira, mais pas pour Uriarte : le premier affirmant qu’il est le fruit d’un croisement avec des animaux d’origine navarraise). Comme nous verrons par la suite, deux élevages sont aujourd’hui les héritiers de ces deux branches (ou castes) avec des caractéristiques bien distinctes qui sont sans doute plus le fruit du temps et des apports extérieurs que du matériau d’origine. Bref, ne confondons pas les encastes Miura et Pablo Romero avec leurs castes originelles prépondérantes (mais mélangée à l’autre… et à d’autres), Cabrera pour le premier, Gallardo pour le second. La première branche est donc celle de Luis Antonio Cabrera qui fonda son élevage dès 1740 avant d’être rendu célèbre par son neveu José Rafael. En 1852, Ildefonso Núñez de Prado, qui hérita de l’élevage, vendit à Juan Miura 172 vaches et demie et 6 mâles et demi (un animal de deux ans correspondant à une demi tête et trois de trois ans à deux têtes). Une autre branche de cette caste fut constituée par Benito Ulloa lorsqu’il acheta à Luis Antonio Cabrera une partie de sa ganadería. La deuxième branche est celle créée au Puerto de Santa María par Francisco Gallardo à partir de 1792, avec du bétail provenant directement, comme la branche Espinosa-Zapata, disparue avec la guerre civile, des élevages ecclésiastiques du bas Guadalquivir au travers du troupeau créé par le prêtre navarrais, établi dans la province de Cadix, Bernaldino de Quirós, qui avait récupéré du bétail des dominicains de Séville ayant appartenu aux chartreux de Xérès avant d’y ajouter des étalons de sa terre natale. Les toros caractéristiques de cette caste étaient longs, hauts et fins, de pelage noir, roux, cárdeno, berrendo en colorado, parfois sardo ou jabonero et souvent ojo de perdiz (œil de perdrix); ils étaient généralement braves, forts, puissants et développent le sentido (sens meurtrier) avec une mauvaise lidia.

La caste Vistahermosa vit le jour en 1774 quand le comte du même nom acheta l’élevage que Tomás Rivas avait développé avec ses frères au sud de Séville et aux portes du delta du Guadalquivir pendant  près de quarante ans. Ce toro était un animal de taille moyenne, fin et d’un poids peu élevé, avec une tête ramassée et des cornes courtes; son pelage était de couleur noire ou cárdena, mais aussi rousse. A la fois brave et noble, il accentuait sa bravoure sous le châtiment des piques et répondait avec promptitude aux sollicitations des matadors. En 1823, les héritiers du premier comte de Vistahermosa vendirent leur ganadería à Juan Domínguez Ortiz « Barbero de Utrera » pour la plus grande partie et d’autres lots de bétail à Salvador Varea, ainsi qu’à Fernando Freire (qui croisa le sang Vistahermosa avec des toros fraileros), Antonio Melgarejo (cette branche s’éteignit) et Francisco Giráldez (qui réalisa des croisements avec du bétail de caste Cabrera).

Vicente José Vázquez créa, quant à lui, dès 1778, une caste avec un mélange de bétail de Cabrera (à travers des animaux de Benito Ulloa acquis par son père, don Gregorio) et de Vistahermosa, en louant à l’Église des animaux provenants de la dîme après avoir essuyé les refus répétés du comte de Vistahermosa qui ne voulait vendre aucune tête à quelque prix que ce fût. Grâce à la sélection et à la tienta, il obtint un toro à la fois noble, brave et fort. La partie la plus importante fut vendue au roi Fernand VII qui croisa ce bétail, dans sa ferme d’Aranjuez, avec des animaux de caste jijona à travers les élevages de Gaviria et Julián Fuentes. Bien après la mort de ce monarque, en 1835, cette ganadería fut achetée par les ducs d’Osuna et Veragua. Le toro vazqueño, d’une taille moyenne, intermédiaire entre le toro de Vistahermosa et celui de Cabrera, constitue un type des plus harmonieux. Ses robes sont très variées : noire, cárdena, berrenda et quelquefois sarda ou jabonera. Impressionant à la sortie du toril, puissant et résistant, il tend à chercher sa querencia et à devenir dangereux dans le cas d’une lidia incorrecte.

 

ÉVOLUTION DES ÉLEVAGES  BRAVES

Nous devons préciser que nous nous sommes efforcés de suivre, dans les différentes étapes de l’histoire du taureau brave, une certaine cohérence dans l’ordre des castes et « sous-castes », ce qui souvent est à regretter dans nombre de livres spécialisés.

Par ailleurs, sans doute convient-il de définir certains termes. Dans l’arbre généalogique des élevages, les castes représentent le tronc originaire et les encastes – que nous pouvons également appeler souche, lignée, ou « sous-caste » bien que ces appellations ne soient pas spécifiquement taurines – sont les branches principales.

La caste morucha disparaît au début du XXe siècle et il en va presque de même pour celle de Navarre[13]. Les éleveurs castillans, notamment ceux de Salamanque, une zone quantitativement très importante, éliminèrent leur bétail autochtone pour parfois importer des troupeaux entiers d’Andalousie. Il reste cependant quelques gouttes de sang de la sous-caste Raso de Portillo dans certaines ganaderías. Il en va de même pour la caste Jijón aujourd’hui quasiment éteinte.

A l’intérieur des castes andalouses, celle de Vistahermosa se divise principalement en deux, et à partir de là en de nombreuses branches :

  • José Arias Saavedra, devenu l’héritier du « Barbero de Utrera » en 1834, vendit en 1863 une partie de son bétail à Dolores Monge, veuve de Murube – qui passa en 1917 à la famille Urquijo – et l’autre à Ildefonso Nuñez de Prado. De Murube dérive directement l’élevage de Contreras (1907) – bétail croisé par la suite avec quelques vaches jijonas (d’où les robes rousses) – ainsi que celui de Ibarra (1885). De ce dernier provient la ganadería de Fernando Parladé, créée en 1904, et par la voie de Carvajal celle de Villamarta, dès 1914. En partant également de Ybarra et en passant par Saltillo, d’origine Vistahermosa-Varea, on trouve la branche Santa Coloma fondée en 1905.

La branche Parladé, de loin la plus prolifique, se divise ensuite en quatre :

Tamarón (avec une influence Urcola comme l’a démontré André Viard)

Gamero Cívico

– García Pedrajas (à travers la ramification de Correa)

Rincón

L’autre grande branche, celle de Santa Coloma, se sépare en deux ramifications principales :

Buendía

Albaserrada (Saltillo-Santa Coloma)

  • La deuxième branche principale de Vistahermosa est celle de Salvador Varea, qui, après être passé entre plusieurs mains, dont celles de Picavea de Lesaca, devient la propriété en 1854 d’Antonio Rueda Quintanilla, marquis de Saltillo.

Dans la biographie de Juan Belmonte, écrite par Manuel Chaves Nogales, on peut lire ces paroles prononcées par le père du toreo moderne : « Les toros de lidia sont aujourd’hui un produit de la civilisation, une élaboration industrielle standardisée, comme les parfums Coty ou les automobiles Ford. […] Je crois que dans la fabrication du taureau on est arrivé au stradivarius. Cela ne veut pas dire que les taureaux qui sont combattus actuellement soient inférieurs en risque, force et bravoure à ceux qui l’étaient auparavant. […] On croit que le taureau a maintenant moins de force parce que dans la rencontre avec le cheval il ne dérive plus facilement celui-ci; mais ce qui faisait jadis tomber le cheval n’était pas la poussée de la bête, mais la blessure que la corne lui ouvrait dans le ventre. […] On n’a pas enlevé de la bravoure au taureau. On lui a enlevé du nerf. Le nerf ne sert qu’à rendre la lidia plus difficile, et le spectateur veut, avant tout, voir « lidier ». » [14]

ÉVOLUTION DU TORO DE LIDIA

« Costillares » et « Pepe-Hillo » expriment déjà en leur temps une nette préférence pour les castes andalouses.

Au milieu du XIXe siècle, les taureaux ont généralement de cinq à huit ans quand ils sortent du toril. Peu de temps après, le grand « Guerrita » sélectionnera lui-même, en éliminant les types les plus difformes, un bétail qu’il torée à l’âge de cinq ans.

Au moment de l’âge d’or de la tauromachie, c’est à dire au début du XXe siècle, alors que « Joselito » et Belmonte sont les protagonistes d’une impitoyable rivalité, le toro devient plus petit pour répondre à l’évolution esthétique imposée par le tremblement de terre (Belmonte). Dans la foulée, la caste morucha ainsi que celle de Navarre disparaissent n’étant plus conformes avec l’évolution du toreo. En 1917, le poids minimum pour les taureaux de corridas est fixé à 550 Kg entre juin et septembre et à 525 Kg les autres mois de l’année. Le règlement de 1930 nous apprend que le toro doit être « lidié » entre 4 et 7 ans avec un poids minimum qui descend à 470 Kg dans les arènes de première catégorie. Les novillos, quant à eux, ont de 3 à 6 ans.

La guerre civile espagnole élimine les derniers exemplaires de la caste jijona, ainsi que ses dérivés, et ravage le bétail brave dans son ensemble. De nombreux sementales sont tués et beaucoup d’élevages décimés. Le toro andalou monopolise dès lors le panorama taurin à travers ses différentes castes et sous-castes; il apparaît avec une taille encore plus réduite et une bravoure diminuée. Sa récupération tardera de nombreuses années avant de recouvrer le niveau d’avant-guerre. Dans ces conditions, il n’est pas étrange d’affirmer que l’administration franquiste se fit la complice, et ce, jusqu’à la fin des années 60, de la fraude généralisée sur l’âge des toros, afin de permettre la célébration d’une certaine quantité de spectacles, qui, et il s’agit là d’une réflexion toute personnelle, en compagnie du football et de l’Église, faisaient partie d’une trinité au service de la dictature du Caudillo, d’autant plus que ce divertissement populaire contribuait par sa valeur d’exutoire à faire oublier les privations de Liberté et les restrictions alimentaires. Il fallait cependant un torero comme « Manolete » pour – un instant au moins – faire oublier aux Espagnols ces états de fait, bien qu’on lui reprocha parfois d’avoir imposé la fraude de l’afeitado (coupage et limage des cornes, un thème sur lequel nous reviendrons). En 1962 le poids minimum passe à 423, 401 et 378 Kg pour les arènes de première, deuxième et troisième catégories respectivement. L`âge des toros  est réglementé de 4 à 6 ans et celui des novillos de 3 à 4 ans. En fait, ce règlement ne fait que légaliser ce qui se pratiquait déjà dans les arènes depuis plus de vingt ans.

L’afición, fatiguée par cette parodie de la Fiesta qui s’est montée en de trop nombreuses occasions, a imposé le retour au « toro de respect ». Ce mécontentement sera reflété dans le règlement de 1968 où sera prise une importante mesure, à savoir le marquage au fer des animaux pour éviter la fraude sur leur âge. On verra arriver en effet à partir de 1972 un toro beaucoup plus imposant et mieux présenté, mais aussi moins mobile. Actuellement les novillos sont toujours des animaux de trois ans et les toros en ont généralement quatre, mais aussi quelquefois cinq, les cinqueños, parfois pour profiter des invendus, surtout dans les arènes modestes. Les poids en vigueur sont de 450, 435 et 410 kg respectivement dans les trois catégories de plazas de toros. Un extrême en appelant un autre, un certain public a exigé un toro exagérément gros, surtout dans le nord de l’Espagne, avec un manque de mobilité et de force, obligeant ainsi les éleveurs à faire grossir artificiellement leurs animaux avant de les envoyer dans les arènes. Peu de ganaderos ont su ou pu rester modérés.

La phrase suivante d’Álvaro Domecq sur le toro et la Corrida d’autrefois nous paraît très intéressante : « Le concept « toro » se basait sur l’émotion et le danger. Il s’agissait d’un spectacle plus dur, comme la vie d’alors, qui induisait que le public même réclamait et exigeait cette dureté, cette sensation de force et de danger, qu’ils avaient dans leurs propres vies avec le manque de confort et les difficultés de l’époque »[16]

En résumé, le toro actuel a gagné en flexibilité, en finesse et en harmonie ce qu’il a perdu au niveau des cornes, de la taille et de la variété de pelages. Le toro primitif était en effet un animal plus développé du tiers antérieur et plus particulièrement pour ce qui est des cornes – on trouvait de nombreux cornalones – et du fanon, alors que sa poitrine était moins large et son cou moins musclé.


[1] In Tauromachie de Prévôt-Fontbonne (p. 80), Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1990.

[2] D’après le dictionnaire de M. Ortiz Blasco, Madrid, Espasa Calpe, 1991 : « Du celte auer, sauvage, et ochs, bœuf. Synonyme de uro, Bos Primigenius. Autrefois, ce terme s’employait dans les chroniques pour faire référence au taureau. »

[3] In El toro de lidia de Ramón Barga (p. 21), Madrid, Espasa Calpe, 1995 : « il existait un troupeau dans le bois de Jaktorow-Pologne , dont le dernier exemplaire femelle mourut en 1627.»

[4] In El toro de lidia de Ramón Barga p. 26 : “Des formes mutantes primaires, c’est le Bos braquiceros, derivée du Bos primigenius, laquelle a exercé une grande influence sur nos races actuelles, qui va occuper, pour notre fin, notre attention.”

[5] In Histoire de la Tauromachie de M. Bartolomé Bennassar (p. 13), s. l., Éd. Desjonquères, 1993 : “Alvarez de Miranda fait état de corridas de toros attestées dès les XIe et XIIe siècles; elles accompagnent presque toujours les noces de princes ou de grands seigneurs.”

[6] Voir El toro de lidia de R. Barga p. 55.

[7] En se basant sur différents “romances” Ramon Barga Bensusan écrit dans El toro de lidia (p. 59) : “Ceux de Ronda jouissaient d’autant de renom que ceux du Jarama.”

[8] In Sobre la caza, los Toros y el toreo (p. 131), Madrid, Alianza, 1999.

[9] Dans cette section, nous transcrivons le nom des castes en gras.

[10] Voir l’article de Richard Roigt dans la revue TOROS nº 1764 à propos des recherches de Ramón Ignacio Villanueva Saenz, coauteur de l’ouvrage Casta Navarra (Evidencia Médica S.L., Pamplona, 2005).

[11] Cf. “Glossaire”.

[12] Les termes morucha et jijona n’ont pas de majuscules car il s’agit d’adjectifs d’usage courant dans le langage taurin. Ce dernier provient du nom de son fondateur : Jijón.

[12 bis] Voir opus 56 de Terres Taurines.

[13] Depuis le début des années 2000 un élevage de cette caste est toutefois inscrit à l’Asociación de Ganaderías de Lidia sous la dénomination Alba Reta Guembe. Cf. l’article de Pierre Dupuy dans le nº 1688 de la revue TOROS. En janvier 2011, la ganadería Reta intègre l’UCTL. C’est la première fois qu’un élevage de caste Navarre y parvient.

[14] Juan Belmonte, Matador de toros de M. Chaves Nogales (pp. 315-16), Madrid, Alianza, 1970.

[16] In El toro bravo de Álvaro Domecq (p. 291), Madrid, Espasa Calpe, 2001 .

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