Ephemeride

12 12 2008

Le 12 decembre 1969 restera a jamais dans la memoire collective pour de nombreux evenements majeurs

  • Adoption du reglement 2497/69 de la Comission Europeenne relatif aux bonifications et réfactions applicables aux prix de la betterave
  • Les auteurs du coup d’etat du Dahomey se remettent d’une cuite memorable
  • La Grece, dirigee par une junte militaire, est exclue du Conseil de l’Europe.
  • Adoption par le Parlement Canadien de la Loi sur l’aide sociale, qui fait suite aux recommandations du rapport Boucher, définit la notion de famille, de «chef de famille» et d’enfant à charge
  • Vote par le Parlement Belge de la Loi creant une rente viagere en faveur des deportes de la guerre 1914-1918 et des refractaires et des deportes pour le travail obligatoire de la guerre de 1940-1945
  • Naissance de Vincent, Maurice, Henri Olivier a Viroflay dans les Yvelines, connu et acclame au debut du XXIeme siecle comme le Fondateur du Web Pedagogique, epoux ideal, pere parfait et ami sans faille.
  • Fixation par le Conseil d’Etat du canton de Fribourg d’un nouveau tarif des honoraires et frais judiciaires en matiere penale
  • Explosion d’une bombe devant le siege de la Banque Mondiale pour l’Agriculture a Rome. Des anarchistes sont soupconnes. Les fameux anarchistes Jean-Paul et Yvonne Olivier sont rapidement mis hors de cause grace a un excellent alibi. Un film de Giovanni Bonfanti, 12 decembre, et une piece de theatre bien connue de Dario Fo, « Mort Accidentelle d’un anarchiste », que sauf erreur j’ai vue avec Sophie, retracent l’evenement et ses suites policieres.
  • Accord europeen sur le maintien des bourses aux etudiants poursuivant leurs etudes a l’etranger

Donc pour resumer, le 12decembre 1969 est une grande date. et le 12 decembre 2008 ne l’est pas moins puisque nous devons tous blogguer en choeur: BON ANNIVERSAIRE VINCENT !!!



Connaissez-vous les Etats-Unis ?

5 02 2008

Les élections présidentielles américaines sont toujours une formidable occasion de se souvenir que les Etat-Unis sont une fédération d’Etats librement associés, dont chaque membre à son identité, son histoire, ses symboles.

L’incroyable complexité des règles électorales en est un témoignage. Certains états pratiquent le caucus, un vote « avec les pieds » (chez les démocrates, les partisans de chaque candidat se regroupent phyiquement sous un calicot) tandis que d’autres se livrent à des élections primaires pour envoyer à la convention de leur parti un nombre de délégués calculé selon des règles complexes et souvent déroutantes (certains états les attribuent proportionnellement, certains le font selon une règle majoritaire comté par comté, d’autres encore accordent tous les délégués au seul candidat arrivé en tête). L’état de Washington tient même des caucuses et des primaires.
Le calendrier des primaires donne toujours lieu à des suprises. Les candidats étant généralement inconnus du grand public au niveau national au début du processus, gagner dans les premiers états a longtemps été essentiel. Grâce à la télévision et à internet, cet avantage est moins évident, et les premières primaires sont surtout l’occasion pour les candidats de se faire connaître, le jeu restant ouvert plus longtemps.

Connaissez-vous les États-Unis? Amusez-vous, sur cette carte de l’excellent site Politico, à nommer la capitale de chacun des états (attention, c’est rarement la plus grande ville!), et découvrez leur drapeau.



Mission accomplished

30 01 2008

Aux Etats-Unis, une époque s’achève. Tirez-en le bilan.



Bon anniversaire, Camarade Ceausescu

29 01 2008

A quelques jours près (en fait le 26 janvier), Nicolae Ceausescu, fameux tyran communiste de Roumanie, aurait eu 90 ans, s’il n’avait pas été promptement exécuté à l’issue de la rocambolesque révolution de 1989 (sur laquelle nous reviendrons dans un billet ultérieur). 1989, ce n’est pas hier et, moi qui baigne dans cette histoire auprès de mon épouse roumaine, je me rends compte que les bacheliers d’aujourd’hui doivent avoir une image bien floue de ce qu’étaient les dictatures folles de ces années de plomb.

En ce moment à Bucarest, Une Journée de la vie de Nicolae Ceausescu, une farce burlesque de Th. Denis Dinulescu aux airs de Ubu Roi ou de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, retrace avec un humour ravageur la montée vers le pouvoir, le règne et la chute de ce sinistre clown illettré et caractériel et de femme Elena, harpie mannipulatrice auto-proclamée « Savante de Renommée Internationale (et docteur honoris causa d’un certain nombre d’universités peu soucieuses du ridicule).

La piqure de rappel est utile aux jeunes, à qui la période n’évoque, pour peu qu’ils l’aient vécue, que de vagues souvenirs de biscuits Eugenia, de défilés du premier mai et de queues à la pompe sur la route des vacances, mais elle l’est aussi aux vieux qui peuvent encore en rire s’ils n’en ont pas trop souffert.


Lire la suite »



La bibliothèque de Babel

26 01 2008

Le texte le plus connu de Borgès est l’un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale, il contient l’Univers tout entier, et pourtant il tient en huit pages seulement. La Bibliothèque de Babel est une incroyable construction mentale, et une très belle métaphore du monde. Pas le monde sensible, mais un monde virtuel qui contiendrait le sens de toutes choses.

L’Univers est une bibliothèque. Un arrangement infini de salles hexagonales reliées par des couloirs et habitées par des hommes, dans lesquelles sont rangés un nombre incalculable de livres (fini, infini ? nul ne le sait).« La Bibliothèque est une sphère dont le centre véritable est un hexagone quelconque et dont la circonférence est inaccessible ». Par ce clin d’œil, Borgès nous renvoie à Pascal pour qui l’univers « est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part ». C’est une vision vertigineuse d’un infiniment complexe qui nous est proposé. Les éléments de base de ce monde sont à la mesure de l’homme avec ses pans de murs à cinq étagères de trente-deux volumes, ses couchettes d’astronaute et ses cabinets d’aisance. Mais le labyrinthe des galeries et la répétition ad nauseam du même paysage borné font tourner la tête aux hommes qui le peuplent et qui cherchent, forcément à en percer les secrets.

Car cette bibliothèque n’est pas qu’un paysage, elle est surtout le dépôt exhaustif des sens et des signes d’un monde totalement désincarné, qui se manifeste dans chacun des hexagones sous la forme d’une combinaison de 1,259,520,000 caractères composés exclusivement des 22 lettres de l’alphabet espagnol, du point et de l’espace. Le nombre d’hexagones étant à peu près infini, ces caractères rangés en volumes de 410 pages contiennent nécessairement tout ce qui peut possiblement être écrit dans toutes les langues possibles, humaines ou non. Attisant la soif de savoir des hommes, la Bibliuothèque est arpentée par des armées de chercheurs qui tentent d’en percer les mystères ou d’y trouver la confirmation de ce qu’ils savent. Ils oublient, les malheureux, que toute vérité inscrite dans l’un des livres de la Bibliothèque trouve quelque part dans une autre région de ces rayonnages, une infinité de réfutations, certaines fausses, certaines exactes. La Bibliothèque, c’est à la fois la promesse de la Connaissance absolue (que les développements de l’astrophyisque, de la génétique ou de l’informatique pourraient nous faire croire possible), et l’assurance de la vanité de toute recherche scientifique.

Ce dernier avertissement donne à ce texte une portée métaphysique très forte. Si cette Bibliothèque contient tout, alors ne doit-elle pas contenir aussi Dieu ou, mieux, être Dieu? Dieu qui nous laisse accéder à Lui, qui nous laisse libre d’étudier l’univers, de l’expérimenter, et de forcer ses mots de passe, mais qui nous met aussi face à une entreprise tellement démesurée qu’elle en perd toute signification. Il existe quelque part un livre qui contient tout les autres, et un homme qui l’a trouvé. « Il y a un bibliothécaire qui a pris connaissance de ce livre et qui est semblable à un dieu ». Cet homme, les musulmans l’ont trouvé, il s’appelle Mohamet. Mais comment savoir s’il a vraiment trouvé le bon livre ? Et si d’autres ne revendiquent pas le même exploit? Et il n’y a pas deux livres identiques…

En conclusion de son essai, sous la forme d’une note de bas de page, Borgès nous dit, en se cachant derrière une certaine Letizia Alvarez de Toledo, que toute cette construction est inutile, car il suffirait, pour contenir les informations de cette bibliothèque, d’un seul livre dont les pages seraient d’une minceur infinie. Ce livre existe, il s’appelle « Le Livre de sable », une autre célèbre fiction de Borgès. (1)

Pour ma part, je suis convaincu que ce livre absolu tient bel et bien entre les pages 491 et 498 du le Volume I des Œuvres Complètes de Jorge Luis Borgès.

(1) en 1941, lorsque Borgès écrivait ces lignes, les memoires flash n’existaient pas encore…



La Cerisaie, 105ème

17 01 2008

Il y a 104 ans à Moscou était créée La Cerisaie (j’écris ce post le 17 janvier !). Il restait à Tchekhov six mois à vivre, miné par la tuberculose.

On ne parle pas suffisamment de l’homme Tchekhov, un être sans doute unique dans l’histoire de la Russie (que je connais mal), médecin au dévouement exceptionnel, visionnaire, infiniment sensible à la souffrance du peuple russe cachée par l’état « d’hypnose générale » de son pays. Tchekhov croyait à la bonté de l’Homme, et a consacré sa vie à la démontrer. Il y a du Camus chez lui, ou pour être plus exact, il y a du Tchekhov en Camus. Tous deux voient en l’Homme un être seul face à son destin, mais qui peut refuser la fatalité et agir pour guérir le mal. Peut-être même Tchekhov est-il le modèle de Rieux, le médecin de La Peste.

Dans La Cerisaie, pourtant, Tchekhov est mélancolique. On badine, le monde avance, des trains amènent et emportent des gens, et l’argent balaie sur son passage les douceurs de la vie ancienne. La belle Lioubov (je l’ai toujours vue, toujours imaginée belle, comme son nom l’indique, Lioubov, Amour), comme les cerisiers de sa chère maison, est dépassée et, dans l’indifférence générale, n’a plus qu’à s’incliner face à un Lopakhine aux pieds sur terre et bon investisseur.

La Cerisaie, c’est Paris et ses vieux quartiers transformés en Galeries commerciales, c’est Saint-Tropez envahi par les yachts, c’est la laitière de Vermeer convertie en vendeuse de yaourts, c’est Mamie Nova dévorée par Chambourcy, c’est la madeleine de Proust conditionnée en paquets individuels à ouverture facile.

Mais c’est aussi un bon week-end en famille à la campagne, un bon brunch entre amis, une conversation légère. C’est un moment suspendu entre le passé et le présent, dont on profite d’autant plus qu’on le sait éphémère.

C’est hanami chez soi.

Bref, la Cerisaie est une pièce merveilleuse de délicatesse, que vous n’aurez aucun mal à voir au théâtre car elle reste à ce jour la pièce la plus jouée au monde.

En voici une version interprétée par Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault:

[ina]http://www.ina.fr/archivespourtous/popup.php?vue=partenaire&partenariat=54dac19cb3b9e39ead67d6f6c1828658&noresize[/ina]



Rupture et Sophistique

13 01 2008

Excellent cours de sophistique, administré en personne par un président de la République lors de ses vœux à la presse. Laurent Joffrin, directeur de journal « Libération », prend le micro, et dans sa question, souligne la forte présence médiatique du Président et la manière directive avec laquelle il mène la politique du Gouvernement, pour l’interroger sur une éventuelle dérive vers « une forme de pouvoir personnel, pour ne pas dire une monarchie élective ».

Le Président: « (…) monarchie, ça veut dire héréditaire (…) vous croyez donc que je suis le fils illégitime de Jacques Chirac, qui m’a mis sur un trône (…) un homme cultivé comme vous, dire une si grosse bêtise (…) la monarchie c’est l’hérédité, si c’est l’élection, c’est plus la monarchie, M’sieur Joffrin, ah non!, M’sieur Joffrin, les mots ont un sens, (…) ah ben non, mais, quand ça fait mal faut pas protester tout de suite, parce que ça se voit ».

Cette réponse haute en couleur (je vous en épargne l’analyse syntaxique, j’aurais l’air d’un vieux ringard qui ne comprend rien à la modernité et aux vraies gens) est presque un cas d’école, qui mériterait de figurer dans les manuels de sciences politiques, tant il est représentatif de la palette des artifices rhétoriques dont les grands manipulateurs d’esprits sont friands depuis la Grèce antique.

Je détourne le propos, je détourne le sens, je grossis le trait, je ridiculise mon adversaire, je lui fais dire ce qu’il n’a pas dit et j’en profite pour dire ce que, moi, j’ai à dire.

Voyons plus en détail…

Tout d’abord, je ne vous apprends sans doute pas que, dans cet échange, ne dit pas la plus grosse bêtise celui qui croit: monarchie ne veut pas dire « hérédité ». Les monarques peuvent être élus, ou choisis, comme ce fut longtemps à Rome, en France sous les capétiens (jusque à Philippe Auguste, même si tous firent formellement élire leur fils aîné), sous le Saint Empire Romain Germanique, ou encore en Pologne ou en Malaisie. Inversement, Jules César, choisi comme empereur, paya de sa vie le soupçon de dérive monarchique: la monarchie, c’est un mot grec, qui signifie « le pouvoir d’un seul ». N’importe quel élève du secondaire le sait (il faut rendre grâce à notre président du fait que le terme Monarchie Constitutionnelle, applicable par exemple au Danemark ou au Royaume-Uni, tendrait à laisser accroire que la « monarchie » se résume à la légitimité héréditaire d’un chef d’état, dans des pays où la pratique du pouvoir est par ailleurs tout sauf personnelle, puisque ce sont de purs régimes parlementaires).

Dans cette réponse, Nicolas Sarkozy détourne habilement le propos, et tronque celui de son adversaire en appauvrissant le sens des mots. Il reformule la question à sa convenance (« vous me parlez de monarchie, comme dans monarchie héréditaire et non de pouvoir personnel pour ne pas dire monarchie élective« ) ce qui lui permet de conclure à l’inanité de la question (puisque « monarchie, ça veut dire héréditaire« ).

Ensuite, il convient de tourner l’interlocuteur en ridicule. Par l’exagération et le jugement d’intentions, d’une part (« vous croyez donc que je suis le fils illégitime de Jacques Chirac, qui m’a mis sur un trône« ), puis en renversant le rapport de forces (« un homme cultivé comme vous, dire une si grosse bêtise » – comme quoi faire partie des élites ne met pas à l’abri de voir sa propre ignorance démasquée en public). L’adversaire tente-t-il de corriger le tir et de rétablir la vérité ? Trop tard, il n’a plus le micro, il est déjà disqualifié et même mauvais perdant (« ah ben non, mais, quand ça fait mal faut pas protester tout de suite, parce que ça se voit« ).

Plus subtilement, le Président joue sur deux autres tableaux afin de prendre l’avantage. D’une part, en laissant entendre que le journaliste l’accuse d’autoritarisme (« pouvoir personnel », avec comme référence sous-jacente la monarchie absolue d’un Louis XIV ou d’un Napoléon Ier), il a beau jeu de montrer qu’il n’en est rien, car le gouvernement est pluraliste, il s’exprime et l’opposition est libre. D’autre part, il rebondit sur son propre sophisme pour souligner à quel point son pouvoir, tout entier fondé sur une promesse de « rupture », ne s’inscrit justement pas dans un parcours dynastique qui serait la continuation de ce qu’a fait son prédecesseur (« le fils illégitime de Jacues Chirac« ). Comme si toutes les dynasties n’avaient pas eu un fondateur, du reste…!

Du grand art. Déjà, à l’époque de Protagoras, Gorgias et Trasymaque on ne craignait guère les analyses à froid d’un Platon ou d’un Aristote, car le peuple ne les écoutait pas. Ces raisonnements approximatifs, aujourd’hui, passeront assez inaperçus, et leur dénonciation sera le fait d’intellos grincheux. Les gens, ceux qui ont un vrai travail, qui ont autre chose à faire que de gloser, sont déjà passés à autre chose. Mais le futur bachelier, lui, fera son miel de ce bel exemple.

Voir aussi:

http://www.libelabo.fr/2008/01/08/%c2%abpouvoir-personnel%c2%bb-joffrin-repond-a-sarkozy/

pour l’analyse par Laurent Joffrin de sa déculottée par le Président de la République

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophisme

pour quelques exemples de sophismes, la technique ayant été soigneusement codifiée par des générations de rhéteurs.