Bon anniversaire, Camarade Ceausescu

29 01 2008

A quelques jours près (en fait le 26 janvier), Nicolae Ceausescu, fameux tyran communiste de Roumanie, aurait eu 90 ans, s’il n’avait pas été promptement exécuté à l’issue de la rocambolesque révolution de 1989 (sur laquelle nous reviendrons dans un billet ultérieur). 1989, ce n’est pas hier et, moi qui baigne dans cette histoire auprès de mon épouse roumaine, je me rends compte que les bacheliers d’aujourd’hui doivent avoir une image bien floue de ce qu’étaient les dictatures folles de ces années de plomb.

En ce moment à Bucarest, Une Journée de la vie de Nicolae Ceausescu, une farce burlesque de Th. Denis Dinulescu aux airs de Ubu Roi ou de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, retrace avec un humour ravageur la montée vers le pouvoir, le règne et la chute de ce sinistre clown illettré et caractériel et de femme Elena, harpie mannipulatrice auto-proclamée « Savante de Renommée Internationale (et docteur honoris causa d’un certain nombre d’universités peu soucieuses du ridicule).

La piqure de rappel est utile aux jeunes, à qui la période n’évoque, pour peu qu’ils l’aient vécue, que de vagues souvenirs de biscuits Eugenia, de défilés du premier mai et de queues à la pompe sur la route des vacances, mais elle l’est aussi aux vieux qui peuvent encore en rire s’ils n’en ont pas trop souffert.


Nicolae Ceausescu n’a pas toujours été, aux yeux des Roumains et de l’Occident, l’abominable tyran fou (Kim Il-Sung européen, du nom du dictateur nord-coréen avec lequel il s’entendait si bien) abattu en 1989. Lorsqu’il arrive au pouvoir en 1965, il succède comme premier secrétaire du Parti à Gheorghe Gheorghiu-Dej, stalinien bon tein (et passablement brutal, comme en témoigne le livre de Virgil Ierunca, Pitesti Laboratoire Concentrationnaire, ou sont décrites les premières expériences de reeducation politique par lavage de cerveau réalisées en Roumanie pour le compte du bloc soviétique), puis se fait élire Président de la République Socialiste de Roumanie en 1967.

En s’opposant publiquement à l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie, il se définit aussitôt comme une sorte de de Gaulle sub-carpatique, et s’affiche avec les grands du monde occidental, dont il reçoit des visites régulières: de Gaulle lui-même, Nixon, Giscard d’Estaing… viennent constater de visu le développement multilatéral et le bonheur d’une population effectivement encouragée, pour un temps, à profiter d’un vent de fantaisie (tenues légères, musique occidentale, vacances à la plage,…). Le Général se fend même de quelques mots en roumain sur le tarmac de l’aéroport d’Otopeni.

[ina]http://www.ina.fr/archivespourtous/popup.php?vue=partenaire&partenariat=9687d5ef2ea99e7194d58350866dcab8&noresize[/ina]

Les touristes affluent, dépéchés notamment par les comités d’entreprises contrôlés par les syndicats sympathisants communistes heureux de pouvoir démontrer que le bloc de l’est n’est pas hermétique.

La Dacia, conçue en collaboration avec Renault, est le symbole de cette époque prospère.Puis, le temps passant, Elena et Nicolae, encouragés par une cour servile, bâtissent autour d’eux un culte de la personnalité comme seuls Kim Il-Sung le coréen, Enver Hoxha l’Albanais ou le regretté Saparmurat Niyazov du Turkménistant ont su en entretenir. Ceausescu devient « Danube de la Pensée », « Très cher Conducator », il dicte leur cours aux rivières. Elena, formidable chimiste de renommée mondiale (elle connaît à peine la différence entre un gaz et un liquide), s’attribue la quasi-totalité des découvertes scientifiques du pays, et conçoit un régime alimentaire rationnel qui permettra de lutter contre l’obésité caractéristique de l’occident capitaliste, et d’assurer, par la frugalité honnête qu’il inspirera, le remboursement de la dette extérieure du pays (qui pendant l’Epoque d’Or des années 70 a reçu beaucoup d’argent des USA et de leurs alliés). Frugalité, le mot est faible, car le pays sera purement et simplement saigné à blanc: jusqu’en 1989, rationnement alimentaire, pénurie de carburant, pannes d’éléctricité, deux heures d’eau courante par jour (chacun a une baignoire pleine en réserve), chauffage minimal…

Coté culturel et politique, la chape de plomb devient très vite totale. La culture se résume à un folklore nationaliste mélé d’incroyables chants et poésies à la gloire des époux Ceausescu, dont le portait figure au frontispice de TOUS les livres publiés dans le pays, et à des manifestations sportives lors des diverses dates mémorielles du régime communisme. La soumission au Conducator est absolue et confine à la débilité (le public répétant en tapant des mains « Ceausescu et le peuple », « Ceausescu et le progres », « Ceausescu et le pain » pour ponctuer ses discours), la Securitate organise un gigantesque réseau de surveillance mutuelle et les travaux du canal Bucarest-Danube accueillent les récalcitrants.

Pendant les cinq dernières années du règne, aidé par les destructions du grand tremblement de terre de 1977, Ceausescu se lance dans un immense remodelage du Centre de Bucarest, où il construira le plus incroyable palais jamais conçu, un monstre de béton qui reste aujourd’hui, avec autour de lui son réseau d’avenues démesurées, le symbole de la souffrance de totu un peuple.

Un peuple qui se venge, ou croit se venger, le 22 décembre 1989, lorsque pour la première fois Ceausescu est hué sur la place du Comité Central (notez dans cette vidéo son déplorable talent oratoire, et les scansions du public, avant que ne démarre la révolte).


Il s’enfuira en hélicoptère, et sera vite rattrapé pour être ecécuté à l’issue d’un procès sommaire le 25 décembre, sous les yeux ahuris des télévisions du monde entier. Révolution ? Coup d’Etat ? De lourds doutes subsistent encore, tant ceux qui ont pris le pouvoir après ces évènements sont issus, ou proches, de l’ancien sérail. Aujourd’hui, faute d’éducation, et du fait d’une classe politique largement préoccupée par ses intérêts affairistes, Ceausescu trouve encore des admirateurs, tout au moins une certaine nostalgie de « l’Epoque d’Or »…


Actions

Informations

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire