La Cerisaie, 105ème
17 01 2008Il y a 104 ans à Moscou était créée La Cerisaie (j’écris ce post le 17 janvier !). Il restait à Tchekhov six mois à vivre, miné par la tuberculose.
On ne parle pas suffisamment de l’homme Tchekhov, un être sans doute unique dans l’histoire de la Russie (que je connais mal), médecin au dévouement exceptionnel, visionnaire, infiniment sensible à la souffrance du peuple russe cachée par l’état « d’hypnose générale » de son pays. Tchekhov croyait à la bonté de l’Homme, et a consacré sa vie à la démontrer. Il y a du Camus chez lui, ou pour être plus exact, il y a du Tchekhov en Camus. Tous deux voient en l’Homme un être seul face à son destin, mais qui peut refuser la fatalité et agir pour guérir le mal. Peut-être même Tchekhov est-il le modèle de Rieux, le médecin de La Peste.

Dans La Cerisaie, pourtant, Tchekhov est mélancolique. On badine, le monde avance, des trains amènent et emportent des gens, et l’argent balaie sur son passage les douceurs de la vie ancienne. La belle Lioubov (je l’ai toujours vue, toujours imaginée belle, comme son nom l’indique, Lioubov, Amour), comme les cerisiers de sa chère maison, est dépassée et, dans l’indifférence générale, n’a plus qu’à s’incliner fac
e à un Lopakhine aux pieds sur terre et bon investisseur.
La Cerisaie, c’est Paris et ses vieux quartiers transformés en Galeries commerciales, c’est Saint-Tropez envahi par les yachts, c’est la laitière de Vermeer convertie en vendeuse de yaourts, c’est Mamie Nova dévorée par Chambourcy, c’est la madeleine de Proust conditionnée en paquets individuels à ouverture facile.
Mais c’est aussi un bon week-end en famille à la campagne, un bon brunch entre amis, une conversation légère. C’est un moment suspendu entre le passé et le présent, dont on profite d’autant plus qu’on le sait éphémère.
C’est hanami chez soi.
Bref, la Cerisaie est une pièce merveilleuse de délicatesse, que vous n’aurez aucun mal à voir au théâtre car elle reste à ce jour la pièce la plus jouée au monde.
En voici une version interprétée par Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault:
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