Pourquoi le jeu à l’école ?…

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 L’enfant et le jeu… à l’école…

Que peut apporter l’utilisation du jeu en classe ?

1- Le jeu est autotélique :

Il est ouvert à tous les possibles. Le jeu est sa propre finalité, il n’y a pas de production.

2- Le jeu est fonctionnel :

S’il n’a pas de finalité hormis lui-même, le jeu a un résultat ; il est fonctionnel, il prépare les gestes et les actions utiles à l’homme adulte, il est une expérimentation de soi-même, il concourt au développement moteur et psychologique. L’enfant qui joue, développe ses perceptions, son intelligence, ses tendances à expérimenter, ses instincts sociaux et la maîtrise de son corps.

3- Jouer est un comportement global :

L’enfant qui joue s’y investit complètement, toute son activité y est concentrée, il ne peut pas jouer en faisant autre chose.

4- Jouer est une activité volontaire :

On peut accepter ou refuser de jouer, mais ne pas y être contraint.

5- Jouer c’est prendre du plaisir : (même si on est sérieux)

C’est de l’ordre de la jubilation ; pensons particulièrement aux jeux de vertige où le plaisir est lié au risque, à la limite entre la stabilité et la chute. Dès qu’il y a déplaisir, on ne joue plus, on s’en va, ou on refait les règles.

6- Jouer c’est entrer en relation :

Même quand son activité est solitaire, c’est-à-dire sans coopération ni opposition motrice avec autrui l’enfant reste un être social et les autres ne sont pas absents de ses motivations ; il s’agit par exemple d’imiter, de s’initier à une pratique enviée, d’attirer l’attention sur sa personne. Lorsque les enfants jouent « à côter » les uns des autres, on note beaucoup d’influences réciproques sur les comportements. Les rencontres fortuites sont à l’occasion de découvrir l’existence des autres. Regarder un jeu c’est déjà jouer. Plus tard le jeu est un espace de rencontres, d’espacements, d’accommodements aux autres ; c’est un lieu d’apprentissage des règles sociales, de leur élaboration, de leur respect, de leur remise en cause, de leur modification.

7- Le jeu a toujours des règles :

Implicites au jeune âge, explicites plus tard, elles structurent le jeu. Faire n’importe quoi, n’importe comment, ce n’est pas jouer. La règle est indispensable au jeu, mais n’est pas la source du jeu. Les règles se définissent comme des lois unissant les éléments de la structure ludique dans l’espace et dans le temps. Elles assurent par exemple, l’entrée et la sortie du jeu : « on dirait que c’est le matin, on dirait que je suis la maman… »

8- Jouer c’est faire semblant :

On ne tombe jamais dans l’illusion. En jouant, l’enfant sait qu’il joue, qu’il fait comme si, même s’il en a une conscience implicite pour les plus jeunes. Cela s’illustre quelquefois dans les disputes quand on est traité de mauvais joueur, celui qui « se prend au jeu », qui perd cette notion du faire semblant (ex : bagarre).

9- Le jeu est symbolique, il a toujours rapport à l’inconscient :

Le jeu véhicule ainsi tous les désirs exprimés, toutes les frustrations enfouies, refoulées à la faveur de l’éducation. Dans le jeu, l’enfant projette ses relations, ses désirs. Les jouets prennent de l’importance dans ce qu’ils peuvent représenter de l’inaccessible : mots, avions… (ex : l’enfant règle des comptes).

10- Le jeu se déroule dans un temps et un espace spécifique :

Le jeu se donne des possibilités imaginaires de tracer un dedans et un dehors. Il existe des espaces qui facilitent et stimulent le jeu (forêt, espaces dégagés, squares) et d’autres qui n’interviennent qu’au moment où le jeu a des objectifs précis (terrain de foot).

Le jeu en maternelle…

« Le jeu c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie. L’enfant qui joue à l’école maternelle s’initie à la vie scolaire, et l’on oserait dire qu’il n’apprend rien en jouant ?  » P. Kergomard.

À l’heure où l’école maternelle accueille presque tous les enfants, de 3 à 6 ans, comment se situe-t-elle par rapport aux propos de P. Kergomard ?
- Le jeu n’est-il pas à l’opposé de la notion de travail ?
- Le jeu a-t-il toute sa place au sein de l’école, de la classe ? Comment y est-il considéré ?
- Les situations de jeu offertes aux enfants leur permettent-elles d’apprendre, de rencontrer les autres de grandir ?

L’enfant joue avec sérieux, pour lui ce n’est jamais ne rien faire. Dans son activité ludique il poursuit la difficulté, l’effort est accepté. Il se donne et respecte des règles, décide, s’exerce, sans risque d’échec. Le jeu est un non-travail « qui a sa propre raison d’être et trouve son but en lui-même » Martine Mauriras-Bousquet.

Le jeu doit être possible partout où vivent des enfants. À l’école maternelle des lieux et des moments lui sont-ils consacrés, de manière systématique ?
Les cours de récréation sont aménagées et favorisent des pratiques ludiques de toute sorte. Du matériel équipe les « salles de jeu » pour étayer les activités motrices.
Il y a des jeux, des jouets dans les classes et des coins jeux y sont installés. L’enfant joue donc à l’école, mais son jeu est très souvent organisé par l’enseignant, en fonction de ses intentions pédagogiques.
Jeux éducatifs, jeux de lecture, de mathématiques. Concession à l’âge et aux besoins reconnus des enfants le jeu est souvent un temps spécifique de la démarche pédagogique et devient vite passerelle vers des apprentissages sérieux.

« Tu pourras aller jouer quand tu auras fini ». Le temps du jeu suit le temps du travail, comme une récompense, ou comme un bouche-trou. C’est une simple récréation. Ainsi une hiérarchie s’installe : le futile s’oppose au sérieux, l’invisible à l’évaluable, le jeu à l’exercice, le jeu libre au jeu dirigé et l’initiative de l’enfant à celle de l’enseignant.

Le jeu libre devrait être intégré dans l’organisation spatiale et temporelle de la classe. Les jeux spontanés des enfants évoluent avec l’âge et les « coins » présents de la petite à la grande section devraient refléter et soutenir cette progression.
L’absence du regard de l’enseignant sur l’enfant qui joue, l’absence de modification et d’enrichissement des installations matérielles, des types de jeux offerts, le peu d’attention portée à la qualité et au bon état des objets, entraînent l’appauvrissement des conduites ludiques, langagières, et sociales…
Les enseignants ont un travail de valorisation de ces coins jeux à mener, et à réhabiliter dans les classes les pratiques ludiques authentiques des enfants.

À eux de composer le cadre pour :
Donner à jouer : les aménagements sont pensés, répondent aux besoins des enfants, leurs intérêts, et évoluent dans le temps.
Laisser jouer : l’enfant doit avoir l’initiative du jeu, la liberté et le temps nécessaire pour exercer son imagination, sa créativité.
Jouer avec : éventuellement, si l’enfant le sollicite l’adulte est disponible pour être partenaire à niveau égal, sans bouleverser le sens du jeu de l’enfant.

Les espaces de jeux de la classe doivent être l’objet d’une réflexion approfondie quant à leurs contenus, apprentissages que les enfants peuvent y faire. Ils nécessitent une préparation soigneuse (écrite et matérielle) au même titre que les autres activités.

Sources sur le site de l’Académie de Créteil : clic !