Encore un cas à rendre dingue : est-ce que l’éditeur et certains critiques ont bien lu le même livre? Est-ce que par hasard, dans le livre que j’ai acheté, on aurait par mégarde collé les pages d’un autre bouquin entre la couverture et la quatrième de couv.? Mais en écoutant l’auteur s’exprimer sur son livre, il faut se rendre à l’évidence : j’ai bien lu ce même livre, qui est d’ailleurs en passe d’être traduit en hollandais et en allemand et adapté pour le cinéma.
Un premier roman d’un quadragénaire sur un groupe d’amis également quadras qui se réunissent après 25 ans dans un refuge. Tous craignent la venue de l’un d’eux, qu’ils avaient très mal traité à l’époque et qui pourrait bien avoir envie de se venger. Et puis survient un événement inexplicable. Tous les appareils électriques refusent soudain de fonctionner : plus de lumière, plus de téléphone portable, plus de voiture (allumage électrique), plus de montre (personne n’en n’a de mécaniques). Seule issue : entamer un périple vers le premier village et là, ils ne trouvent personne. Nulle part. Tout le monde s’est comme évaporé, laissant les restes d’un gâteau, ou la voiture arrêtée au feu rouge.
D’ailleurs, dans le groupe, chacun s’évapore tour à tour, tout au long des 350 pages…Et c’est tout ce qu’il se passe. Ah, si, bizarrement, des animaux sauvages et exotiques se promènent en liberté (les cages des cirques sont aussi fermées électriquement?). L’auteur a voulu montrer là une génération perdue, celle qui est née trop tard pour la libération hippie et trop tôt pour la société de surconsommation actuelle. Las, les tourments psychologiques des personnages sont rudimentaires, voire inquiétants de bêtise : certains d’entre eux pensent jusqu’au bout que tous ces phénomènes surnaturels sont l’oeuvre machiavélique de ce camarade humilié qui goûte sa vengeance…
Ce qu’on peut reconnaître à l’auteur, c’est d’avoir mis en évidence le vide moral des personnages de sa génération. Mais l’absence totale de barrières et d’êtres humains en dehors de leur groupe ne les incite pas à remettre en cause leur philosophie de la vie, ou à se demander, par exemple : jusqu’où peut aller cette nouvelle liberté? Non, il faut juste s’organiser, trouver du monde quelque part. Point. Un vide sidéral. Mais si tel était le propos de notre auteur, il aurait pu nous épargner du temps en réduisant le nombre de personnages et donc, de pages.
Outre des images assez marquantes, comme pouvaient l’être celles de Twilight Zone (la 4e Dimension), le style ressemble plutôt à un script de cinéma assorti de nombreux dialogues, le travail d’adaptation au cinéma n’en sera que facilité. Je suggère d’ailleurs de faire jouer les 9 personnages par des célébrités internationales, pour agrémenter un peu ce vide sidéral.
En bref, une énorme déception pour un auteur qui a attendu si longtemps avant d’écrire et qui se réclame de Ferlosio et Cortazar. Il peut au moins se consoler avec les multiples critiques positives qu’il a reçues, et le fait que son livre a été réédité 8 fois depuis sa sortie il y a un an (du moins, c’est ce que dit la pub).