Les Jardins de lumière – Amin Maalouf

19 09 2009

Amin Maalouf nous fait découvrir la vie de Mani, oui, celui dont est tiré l’adjectif « manichéen » et dont l’enseignement, contrairement à ce qu’on pourrait penser, était consacré à la tolérance et à la non-violence (avant la lettre), avec une vocation eucuménique.

L’auteur nous emmène à l’aube du christianisme, au crépuscule de l’empire Romain, vers 260 après JC. Surtout, au faîte de la gloire de l’empereur Sassanide Shabhur. Il en faut peu à son talent de conteur pour nous plonger dans cette époque, dans la vie de Mani et de ceux qui l’entourent.

Même les a parte historiques ne parviennent pas à rompre le charme de l’histoire. C’est la deuxième fois que je me laisse emmener dans une belle Histoire avec un grand H, celle qui relate les faits d’hommes remarquables, que le courage ou l’inconscience lancent à contre-courant de leur temps. Ainsi de Omar Khayam (« Samarcande »), astronome et poète mulsuman qui avait l’audace d’écrire des odes au vin…

A la lecture de ces biographies, on est comme soulagés : dans notre histoire, dans notre passé, il s’est trouvé des êtres humains dont nous pouvons être fiers, qui font mentir ceux qui pensent que l’humanité n’a commis que des atrocités de tous temps.

Il y a eu des exceptions remarquables qui devraient être pour nous autant d’exemples à suivre. Merci à A.Maalouf de les avoir sorti de l’oubli!




A case of exploding mangoes – Mohammed Hanif

7 06 2009

Il faut sans doute un peu de patience. La patience de se plonger dans un monde âpre, le monde des militaires, de la marche au pas, des mouvements réglés au milimètre des parades militaires, le monde des dictateurs militaires – ici, le Général Zia, dictateur du Pakistan pendant dix ans, de leur paranoïa, de leur solitude et de leurs problèmes médicaux.

Tout commence avec l’arrestation de cet officier, fils d’un colonnel « suicidé », lorsque son camarade de chambrée disparaît soudainement. Nous somme en code 6 de sécurité, le maximum, car la sécurité du « président » dictateur est dangereusement menacée, ainsi qu’une sourate le lui a révélé un matin. Nous suivons parallèlement l’interrogation, la torture et la mise au cachot de l’officier et la vie du Général dans les semaines qui précèdent sa fin brutale. Et l’on comprend enfin pourquoi les mangues, pourquoi ce corbeau, pourquoi le crotale, pourquoi parfois, il vaut mieux ne pas mettre en route l’air conditionné.

Ce qui caractérise ce premier roman, c’est un tableau – précieux pour le lecteur occidental – sans concession et très précis du Pakistan de 1988, c’est l’humour dont il est semé et le détachement – dira-t-on cynisme ? – qui s’en dégage. Plusieurs épisodes, dans cette atmosphère lourde d’ambitions personnelles, de suspicions, d’intrigues et de codes, sont à proprement parler hilarants, à commencer par la consultation médicale du Général, en passant par l’épitaphe sur la tombe du Brigadier TM, la découverte horrifiée par plusieurs personnages du monde des civils et pour finir avec l’apothéose finale du meurtre à plusieurs mains, élément qui n’est pas sans rappeler « Six persons » de V.Swarup. Oups, j’ai osé comparer un auteur indien et un auteur pakistanais! Je ne pense pas qu’ils m’en voudront. Etonnament, je n’hésiterais pas non plus à le classer dans la catégorie « romans gays ».

Bref, un roman qu’il serait urgent de traduire dans la langue de Molière.




La cathédrale de la mer – Ildefonso FALCONES

23 05 2009

J’aime les romans historiques. Pas ceux, à la Ken Follet, où le poids de l’histoire ecrase littéralement les personnages et le lecteur. Non, ceux du quotidien, de l’individu et ce roman, au lieu de raconter trois générations à la suite, parle d’un homme, Arnaud Estanyol et de sa parentée. Les fées ne se sont pas penchées sur le berceau d’ Arnaud Estanyol. Arrivé dans des circonstances dramatiques à Barcelone, dans les bras de son père, alors qu’il avait quelques mois, il subit d’abord l’effroyable méchanceté de ses cousins et bien d’autres avanies avant d’embrasser la noble corporation des porteurs de marchandises (sortes de dockers de l’époque), qui consacrent leur temps libre à transporter d’énormes pierre destinées à l’une des cathédrale de la ville (Santa Maria de la Mer, d’où le titre).

En dépit d’un premier chapitre particulièrement plein de cette cruauté qu’on aime à étaler dans les romans d’aujourd’hui, ce livre assez épais se lit avidement. Ildefonse Falcones réussit, à mon sens, à éviter le genre égocentrique catalan (« c’est nous les plus beaux ») et à rendre l’intrigue suffisament passionnante pour que l’on supporte, voire que l’on suive avec intérêt, l’exposé détaillé du régime des gambistes (dernière profession de notre héros), des lois s’appliquant aux juifs, de la condition des prostituées, ou de la stricte morale de la corporation des porteurs de marchandises. On apprend quantité de choses et tout cela prend une forme si concrète qu’on a l’impression d’avoir été transporté et parachuté dans ce 14e siècle, aux débuts de l’inquisition.

On lui pardonnera alors quelques biais : d’abord, la condition des êtres humains est décrite sous un angle quasi-marxiste avant la lettre, où le peuple est conscient de sa condition d’exploité, et où la cathédrale, seconde héroïne du roman, qui est la seule à être financée par le « peuple », devient une sorte de symbole de justice et d’égalité sociale. Mais un pauvre docker sentait-il, à l’époque, toute l’injustice d’être né pauvre et de devoir le rester? Accordons au moins à l’auteur l’honnêteté, dans une post-face de préciser ce qui, dans la narration, tient de la fiction et ce qui a existé.

On doutera aussi qu’un happy end aussi…radical soit probable, mais il nous fait tellement de bien! Et on est reconnaissant, finalement, à Falcones de nous avoir permis d’entrouvrir une porte sur le passé et de nous y avoir fait entrer de plein pied, pour le sentir presque dans sa chair.