Le joueur d’échecs de Stefan Zweig (fiche de lecture)

avril 1st, 2008

Résumé du livre :

Tout commence par la rencontre entre le champion du monde des échecs et le narrateur et un de ses compagnons. Les trois personnages sont sur un paquebot de luxe prêt à partir de New York pour Buenos Aires. Le narrateur, passionné par les échecs, est bien décidé à jouer un partie contre le champion Centovich. Après de longues heures ce dernier décide d’accorder une partie au narrateur et à Mac Connor (riche patron écossais ayant rencontré la narrateur sur le bateau) et va même jusqu’à demander à tous les joueurs présents dans le fumoir de se regrouper pour l’affronter. Centovich gagne la première partie sans problème. Mac Connor veut sa revanche. Ils réussissent à accrocher le champion du monde grâce à l’intervention d’un mystérieux personnage nommé monsieur B. Celui-ci raconte que cela fait plus de vingt ans qu’il n’a pas touché à un échiquier mais il ne réussit guère à convaincre. Centovich, impressionné par monsieur B., décide de le défier.

Monsieur B raconte alors au narrateur pourquoi et comment il fut enfermé dans une cellule vide par les Nazis, n’ayant rien pour s’occuper hormis un livre d’échecs. Il explique qu’il y a développé une certaine logique ce qui lui a permis, pendant les interrogatoires, de ne dévoiler  aucune information aux Nazis. En même temps ces années passées en prison jusqu’à sa libération ont créé chez lui une sorte de traumatisme et l’ont rendu fou d’une certaine façon.

Le jour du défi arrivé, monsieur B remporte la première partie de la plus belle des manières mais il perd la deuxième. C’est alors qu’il se promet de ne plus jamais toucher un échiquier de sa vie.

 

 

Mon avis:

Ce livre m’a plu car il entretient un suspens durant tout le texte et j’aime beaucoup la part de mystère qui règne en chacun des personnages. Il reste facile de compréhension et est accessible à tous. Il présente tout de même une légère difficulté en raison de nombreux retours en arrière. Pour finir, j’ai beaucoup aimé la valeur morale du livre et le contexte historique de la deuxième guerre mondiale dans les camps de concentration.

Romuald François

La leçon d’Eugène Ionesco

mars 14th, 2008

Résumé du livre :

Une jeune fille est accueillie par son professeur pour une leçon. Il commence par tester ses connaissances en lui demandant de réciter les saisons. Ensuite, il passe à une leçon d’arithmétique très simple mais que l’élève ne comprend pas alors qu’elle trouve les résultats de multiplications très complexes. Le professeur perd son calme, la bonne lui adresse de mystérieux avertissements. C’est alors qu’il passe à l’étude des langues néo-espagnoles interrompue de nombreuses fois par la distraction de l’élève à cause de ses maux de dents. Le professeur ne se contrôlant plus, menace l’élève avec un couteau… Puis une nouvelle élève arrive pour la leçon.

Bilan objectif :

La principale raison pour laquelle Ionesco écrit cette pièce est de nous faire réagir sur les comportements des êtres humains grâce à la progression rapide de l’action. En effet, le professeur dit traditionnel et calme devient de plus en plus énervé tandis que l’élève modèle devient de plus en plus distraite. Le lecteur comprend ces changements car c’est tout à fait humain de réagir ainsi. Pour cette raison nous pouvons supposer que Ionesco a écrit cette pièce pour montrer que les apparences sont trompeuses, qu’il faut savoir être patient et surtout qu’il faut savoir se contrôler contrairement aux personnages représentés dans ce livre.

On peut ajouter que cette courte pièce est un bon exemple pour illustrer et comprendre ce que l’on a coutume d’appeler le théâtre de l’absurde en même temps qu’il nous invite à réfléchir sur les fonctions du langage et les limites de la communication.

Bilan subjectif :

Ce livre m’a beaucoup plu, il est accessible à tous, très facile à lire car il est vivant, les actions se déroulent très rapidement ce qui est, je pense, un bon point car cela évite les longueurs. Même avec une fin plutôt tragique, cette pièce reste vraiment comique tout au long en plus d’être très surprenante. C’est une lecture très agréable que l’on pourrait considérer comme une détente et non comme une corvée.

Camille Capelli 


Extrait de La Leçon, d’Eugène Ionesco – ©Ed. Gallimard.

(Hatier – Profil Littérature)

(Gallimard – Folio)

LE PROFESSEUR
(…) Arithmétisons donc un peu

L’ÉLÈVE

Oui, très volontiers, Monsieur.

LE PROFESSEUR
Cela ne vous ennuierait pas de me dire…

L’ÉLÈVE
Du tout, Monsieur, allez-y.

LE PROFESSEUR
Combien font un et un?

L’ÉLÈVE
Un et un font deux.

LE PROFESSEUR, émerveillé par le savoir de l’ÉIève.
Oh, mais c’est très bien. Vous me paraissez très avancée dans vos études. Vous aurez facilement votre doctorat total, Mademoiselle.

L’ÉLÈVE
Je suis bien contente. D’autant plus que c’est vous qui le dites.

LE PROFESSEUR
Poussons plus loin: combien font deux et un?

L’ÉLÈVE
Trois.

LE PROFESSEUR
Trois et un?

L’ÉLÈVE
Quatre.

LE PROFESSEUR
Quatre et un?

L’ÉLÈVE
Cinq.

LE PROFESSEUR
Cinq et un?

L’ÉLÈVE
six.

LE PROFESSEUR
Six et un?

L’ÉLÈVE
Sept

LE PROFESSEUR
Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit.

LE PROFESSEUR
Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit… bis.

LE PROFESSEUR
Très bonne réponse. Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit ter.

LE PROFESSEUR
Parfait Excellent. Sept et un?

L’ÉLÈVE
Huit quater. Et parfois neuf.

LE PROFESSEUR
Magnifique Vous êtes magnifique. Vous êtes exquise Je vous félicite chaleureusement, Mademoiselle Ce n’est pas la peine de continuer. Pour l’addition vous êtes magistrale. Voyons la soustraction. Dites-moi, seulement, si vous n’êtes pas épuisée, combien font quatre moins trois?

L’ÉLÈVE
Quatre moins trois?… Quatre moins trois?

LE PROFESSEUR
Oui. Je veux dire: retirez trois de quatre.

L’ÉLÈVE
Ça fait… sept?

LE PROFESSEUR
Je m’excuse d’être obligé de vous contredire. Quatre moins trois ne font pas sept. Vous confondez:quatre plus trois font sept, quatre moins trois ne font pas sept… Il ne s’agit plus d’additionner, il faut soustraire maintenant.

L’ÉLÈVE
s’efforce de comprendre. Oui… oui…

LE PROFESSEUR
Quatre moins trois font… Combien?… Combien?

L’ÉLÈVE
Quatre ?

LE PROFESSEUR
Non, Mademoiselle, ce n’est pas ça.

L’ÉLÈVE
Trois, alors.

LE PROFESSEUR
Non plus, Mademoiselle… Pardon, je dois le dire… ça ne fait pas ça… mes excuses.

L’ÉLÈVE
Quatre moins trois… Quatre moins trois… Quatre moins trois?… ça ne fait tout de même pas dix?

LE PROFESSEUR
Oh, certainement pas, Mademoiselle. Mais il ne s’agit pas de deviner, il faut raisonner. Tâchons de le déduire ensemble. Voulez-vous compter?

L’ÉLÈVE
Oui, Monsieur. Un…, deux… euh

LE PROFESSEUR
Vous savez bien compter? Jusqu’à combien savez vous compter?

L’ÉLÈVE
Je puis compter… à l’infini.

LE PROFESSEUR
Cela n’est pas possible, Mademoiselle.

L’ÉLÈVE
Alors, mettons jusqu’à seize.

LE PROFESSEUR
Cela suffit. Il faut savoir se limiter. Comptez donc, s’il vous plaît, je vous en prie.

L’ÉLÈVE
Un, deux…, et puis après deux, il y a trois… quatre…

LE PROFESSEUR
Arrêtez-vous, Mademoiselle. Quel nombre est plus grand? Trois ou quatre?

L’ÉLÈVE
Euh… trois ou quatre? Quel est le plus grand? Le plus grand de trois ou quatre? Dans quel sens le plus grand?

LE PROFESSEUR
Il y a des nombres plus petits et d’autres plus grands. Dans les nombres plus grands il y a plus d’unités que dans les petits…

L’ÉLÈVE
… Que dans les petits nombres?

LE PROFESSEUR
A moins que les petits aient des unités plus petites. Si elles sont toutes petites, il se peut qu’il y ait plus d’unités dans les petits nombres que dans les grands… s’il s’agit d’autres unités…

L’ÉLÈVE
Dans ce cas, les petits nombres peuvent être plus grands que les grands nombres?

LE PROFESSEUR
Laissons cela. ça nous mènerait beaucoup trop loin: sachez seulement qu’il n’y a pas que des nombres. il y a aussi des grandeurs, des sommes, il y a des groupes, il y a des tas, des tas de choses.telles que les prunes, les wagons, les oies, les pépins, etc. Supposons simplement, pour faciliter notre travail, que nous n’avons que des nombres égaux, les plus grands seront ceux qui auront le plus d’unités égales.

Pourquoi regarder « Aux champs » mardi?

mars 9th, 2008

Sans doute avez-vous été sensibles au cycle de nouvelles adaptées de Maupassant et qui passe en ce moment sur France 2. Outre le fait que la qualité soit souvent au rendez-vous, je tiens à vous donner quelques pistes d’analyse concernant une nouvelle en particulier: « Aux champs ».

Dans son récit, Maupassant plante le décor dès le début: deux familles issues de la paysannerie passent leur vie de façon plutôt très modeste jusqu’au jour où arrivent des nobles, les d’Hubières. Ces derniers, ne pouvant avoir d’enfants, proposent à l’une puis à l’autre famille d’adopter un de leurs enfants; de fait, la première refuse, la seconde accepte après avoir négocié le tarif.

A ce point de la lecture, assez naturellement, nous penchons du côté de la famille qui n’a pas « vendu » son enfant ( après tout, leur vie n’est pas mirifique mais les enfants bénéficient de l’attention de leur mère même si les pères les confondent un peu).

Des années après, l’enfant adopté revient. Il présente bien mais n’a pas pour autant renié sa famille d’origine et c’est là que tout bascule car Charlot, l’enfant qui aurait dû au départ être adopté, en veut à ses parents…et part.

Le lecteur se retrouve donc face à un dilemme. La décision des parents de ne pas céder leur enfant était-elle la bonne? là, pas de solution, de réponse toute faite car le lecteur est à même de décider et de penser ce qu’il veut de la situation.

Pour en revenir aux intérêts de la nouvelle, nous retrouvons ici deux éléments qui me paraissent très importants; d’une part, nous nous trouvons devant ce que l’on appelle une nouvelle à chute (il serait tellement plus simple que l’on nous donne une ligne de conduite!). D’autre part, comme souvent chez Maupassant, il nous fait entrer dans un univers réaliste (il fait partie de l’école naturaliste), mettant en scène la campagne normande mais aussi le monde de l’aristocratie. C’est bien sûr stigmatisé mais on y croit, du moins l’on pense que cela aurait pu arriver.

Du coup, je regarderai cette émission, notamment  parce qu’il est toujours intéressant de mesurer la distance qui peut séparer une œuvre littéraire de son adaptation.

La bête humaine de Zola (fiche de lecture)

mars 5th, 2008

Voici une première contribution d’élève qui sera suivie de bien d’autres encore permettant de générer ainsi des idées de lecture. Les œuvres choisies sont caractéristiques des XIX et XX èmes siècles.

Résumé:

Ce roman nous parle de l’impossibilité d’une personne, ayant des parents assassins, à résister à ses pulsions meurtrières

 

 

 

Roubaud est un employé des chemins de fer (sous chef de gare), il est marié à Séverine, une jeune femme plus jeune que lui d’une bonne quinzaine d’années.

 

Lors d’un voyage à Paris, Roubaud apprend que Séverine a couché avec son protecteur, M. Grandmorin, lorsqu’elle avait 16 ans. Roubaud, pris de folie due à sa jalousie, se met à battre sa femme. Puis il met en place un plan pour tuer Grandmorin.

 

Le hasard fait qu’ils sont aperçus par Jacques Lantier, lui aussi employé des chemins de fer. Cet homme ne peut désirer une femme sans avoir une incontrôlable envie de tuer cette dernière. Heureusement pour Roubaud et sa femme ils ont tué Grandmorin dans un train roulant à plus 80 Km/h; par conséquent Jacques n’a fait que les apercevoir.

 

Bien entendu le corps est découvert ainsi que le lieu du crime. Lantier qui a vu ce qui s’est passé, témoigne alors. Pour ne pas être trahi Roubaud envoie sa femme séduire Lantier afin qu’il ne parle pas. Le temps passe et Séverine et Jacques deviennent amants. Surprise, avec cette femme Jacques n’éprouve pas son désir de meurtre.

 

Alors, pour pouvoir vivre pleinement leur amour, ils décident de tuer Roubaud. Leur première tentative échoue. Ils remettent donc leur projet à plus tard mais, sur le point de réussir, Jacques a une de ses crises meurtrières et il tue Séverine.

 

Il y a un procès et ce sont Roubaud ainsi qu’un autre homme, qui sont suspectés dans l’affaire du meurtre de Grandmorin et sont condamnés. Quant à Jacques, il est tué lors d’une bagarre sur le train qu’il conduisait, sectionné par les roues de celui-ci.

 

Bilan objectif:

Ce roman exprime très bien le point de vue de Zola car selon lui une personne venant d’un milieu modeste ne pourra pas escalader l’échelle sociale. De plus, l’individu est marqué par ses origines, son milieu ce que l’on appelle le « déterminisme social ». Dans ce livre il prend l’exemple d’une personne, Jacques Lantier, qui a une mère meurtrière ce qui explique fort logiquement les pulsions meurtrières de son fils.

De plus, ce livre s’inscrit bien dans le mouvement du naturalisme: ici, c’est le milieu ferroviaire qui est choisi par Zola et, comme à son habitude, la documentation y est très précise.

 

Bilan subjectif:

D’après moi ce livre est intéressant bien que long par moment. Pour autant, il se lit sans trop de difficultés même pour les personnes qui n’aiment pas forcément la littérature du 19ème siècle.

Kathleen Bossavy

Les thèmes romantiques dans Pauline de Dumas

février 29th, 2008

Une de vos camarades, il y a déjà un certain temps, me demandait en quoi Pauline de Dumas était caractéristique du mouvement romantique. Voici quelques pistes permettant de nourrir votre réflexion à ce sujet.

Pauline est d’abord le roman d’un amour indicible et surtout impossible. De fait, l’héroïne, mariée avec Horace de Beuzeval, a découvert que ce dernier était un brigand. Ne voulant pas que son épouse dévoile son secret, il l’enferme dans un endroit complètement isolé, le but étant de la faire mourir! Or Alfred de Nerval, secrètement amoureux de Pauline depuis toujours la sauve, du moins pour un momen. de fait, il l’arrache au supplice de l’enfermement mais Pauline, pensant que son agonie était assurée, a bu le poison « délicatement » déposé auprès d’elle par son mari, au cas où elle  voudrait abréger  ses souffrances. Il en résultera une mort certaine malgré les soins qui lui seront dispensés.  Mais revenons à la vie de  Pauline et  Alfred.  Ce dernier  lui témoigne son amour mais accepte  de se  faire passer pour son frère afin de ne pas  risquer une seconde fois que Pauline se fasse  tuer (de fait, tout le monde la croit morte puisque c’est ce  qu’a manigancé  Horace).

Un  autre thème romantique développé par l’histoire est bien sûr celui de la solitude. Effectivement, Pauline n’a d’autre choix que de laisser croire qu’elle est morte ce qui l’isole irrémédiablement de sa famille. Par conséquent, elle souffre de devoir fuir ceux qu’elle aime.

Enfin, les paysages décrits correspondent bien à l’esprit du romantisme et ce, pour deux raisons. D’une part, l’auteur nous offre des paysages contrastés; on peut citer par exemple la tempête qui surprend Alfred ou bien le jardin idyllique dans lequel est enterré Pauline. Ces paysages sont à même de reproduire les tourments de l’âme humaine, la gamme de sentiments qui parcourt l’individu. D’autre part, le choix des lieux dans lesquels s’installent Pauline et Alfred ne semble pas innocent et correspondent plutôt à l’esprit romantique comme l’Angleterre qui a été le bercea, notamment, d’illustrent peintres.

Afin de compléter cette approche, je ne saurait trop vous conseiller la lecture de ce roman dans la collection « étonnants  classiques » de Garnier Flammarion. La présentation qui en est faite ainsi que les questions posées permettent vraiment d’approfondir la lecture de ce roman.

Sur ce, bonne lecture! Je tiens aussi à préciser que même de petits lecteurs peuvent tenter l’aventure car le roman n’est pas bien long et, qui sait, peut-être vous donnera-t-il envie de lire le comte de Monte Christo ensuite…

Génocides

janvier 30th, 2008

Je tiens à vous signaler qu’il y aura une conférence suivie d’un débat autour de la question génocidaire au théâtre de Coutances (Manche) ce samedi 2 février à partir de 14h00. L’entrée (de 3 euros) est à prendre sur place (la location du théâtre a un coût).

Pendant la conférence qui devrait durer jusqu’à 17h00, plusieurs témoins viendront raconter ce qu’ils ont vécu pendant cette période sombre de leur histoire (la Shoah, le pouvoir des Khmers rouges, le génocide rwandais).

Quant au débat, il tournera essentiellement sur la question du génocide en lui-même.

Si vous passez à Coutances ou si vous n’habitez pas loin, je vous invite grandement à venir car, contrairement à ce que certains pourront dire, on ne connait jamais assez la question.

Je précise enfin que cette journée est organisée par la junior association « Les sentiers de la mémoire », composée d’élèves qui s’investissent pleinement pour informer les gens sur le passé et faire en sorte que le « plus jamais cela » prenne véritablement un sens. Ils sont encadrés par deux professeurs du lycée Lebrun dont l’énergie n’est plus à démontrer: M. Vérove, professeur de Lettres et M. Savary, professeur d’Histoire.

Merci pour eux.

Si c’est un homme de Primo Levi

janvier 28th, 2008

Voici un livre qu’il vous faut lire absolument, même si, avec les modifications de programme, il n’est guère exploitable qu’en L dans le cadre du biographique. Mais, l’essentiel de la lecture n’est-il pas la connaissance?

Dans ce témoignage, Primo Levi décrit sa détention au camp d’Auschwitz III, en insistant sur des aspects de ce lieu infernal à travers des chapitres comme « nos nuits », « K.B »…Mais ce qu’il y a surtout d’exceptionnel ici, c’est l’écriture de Primo que les spécialistes ont qualifiée de « blanche ». De fait, l’auteur explique dans sa préface que son intention n’est pas d' »apporter de nouveaux chefs d’accusation » mais de se livrer « à une étude dépassionnée de l’âme humaine ». Par conséquent, le livre dépasse la simple autobiographie et semble nous expliquer, logiquement, comment on arrive à construire un tel lieu et quels sont les seuls moyens d’y survivre.

A bien y réfléchir, tout ceci ne peut que nous interpeller, non pas seulement parce que ce fait historique a été horrible mais bien parce qu’il semble pouvoir recommencer tellement l’explication qu’en donne l’auteur est rationnelle! Le Lager n’est pas l’oeuvre d’un fou isolé mais celle d’une masse de personnes qui ont vu, dans l’élimination des autres, une solution à leurs problèmes et par conséquent ont pu accepter voire même participer à cette entreprise.

Quand l’autre cesse de représenter une personne à nos yeux, il y a danger et c’est ce que l’auteur cherche à faire comprendre. Alors, si vous ne devez lire qu’un seul témoignage sur les camps, choisissez celui-ci!

le « registre » épidictique?

janvier 13th, 2008

Dans la rhétorique, nous pouvons distinguer plusieurs exercices qui font souvent le bonheur des concepteurs des écritures d’invention.

Ici ne nous retiendrons que deux aspects: le judiciaire et l’épidictique.

Le judiciaire, comme son nom l’indique, fait référence à des situations de justice et se divise en deux exercices opposés: le plaidoyer et le réquisitoire.

Le plaidoyer consiste à prendre la défense d’une personne en justifiant son comportement par exemple. Au contraire, le réquisitoire va avoir pour but d’expliquer les objets de la condamnation.

L’épidictique, dont le nom vient du verbe grec « deiknumi » signifiant montrer, se divise aussi en deux parties opposées qui sont l’éloge et le blâme.

Un éloge (qui est un nom masculin!) revient à souligner les qualités physiques et morales d’une personne ou bien l’excellence d’un comportement. Le blâme, quant à lui, va s’attacher aux défauts d’une personne ou d’un comportement.

Peut-on parler de « registre » épidictique ou bien s’agit-il d’un genre? Dans certains manuels, vous trouverez ce terme classé dans la rubrique « registre » ce qui, en certaines circonstances, peut s’avérer juste. Cependant, on peut remarquer que l’épidictique est souvent combiné avec un autre registre (le lyrique ou l’épique pour l’éloge, le polémique pour le blâme par exemple). Dans ce cas, il est plutôt légitime d’y voir un genre.

A noter, enfin, que certains passages de la littérature peuvent relever de plusieurs genres ou registre. Prenons l’exemple de la lettre écrite par Mme de Rênal. Puisqu’il s’agit d’une lettre, on peut parler de genre épistolaire. Seulement, l’intention étant de prendre la défense de Julien Sorel, il est aussi juste de parler de plaidoyer. Aussi, l’essentiel est-il de toujours justifier avec clarté ses propos.

Malgré toutes les promesses de prudence faites au directeur de sa conscience et à son mari, à peine arrivée à Besançon elle écrivit de sa main à chacun des trente-six jurés:

« Je ne paraîtrai point le jour du jugement, monsieur, parce que ma présence pourrait jeter de la défaveur sur la cause de M. Sorel. Je ne désire qu’une chose au monde et avec passion, c’est qu’il soit sauvé. N’en doutez point, l’affreuse idée qu’à cause de moi un innocent a été conduit à la mort empoisonnerait le reste de ma vie et sans doute l’abrégerait. Comment pourriez-vous le condamner à mort, tandis que moi je vis? Non, sans doute, la société n’a point le droit d’arracher la vie, et surtout à un être tel que Julien Sorel. Tout le monde, à Verrières, lui a connu des moments d’égarement. Ce pauvre jeune homme a des ennemis puissants; mais, même parmi ses ennemis (et combien n’en a-t-il pas!) quel est celui qui met en doute ses admirables talents et sa science profonde? Ce n’est pas un sujet ordinaire que vous allez juger, monsieur. Durant près de dix-huit mois nous l’avons tous connu pieux, sage, appliqué; mais, deux ou trois fois par an, il était saisi par des accès de mélancolie qui allaient jusqu’à l’égarement. Toute la ville de Verrières, tous nos voisins de Vergy où nous passons la belle saison, ma famille entière, M. le sous-préfet, lui-même, rendront justice à sa piété exemplaire; il sait par coeur toute la sainte Bible. Un impie se fût-il appliqué pendant des années à apprendre le livre saint? Mes fils auront l’honneur de vous présenter cette lettre: ce sont des enfants. Daignez les interroger, monsieur, ils vous donneront sur ce pauvre jeune homme tous les détails qui seraient encore nécessaires pour vous convaincre de la barbarie qu’il y aurait à le condamner. Bien loin de me venger, vous me donneriez la mort.

« Qu’est-ce que ses ennemis pourront opposer à ce fait? La blessure qui a été le résultat d’un de ces moments de folie que mes enfants eux-mêmes remarquaient chez leur précepteur, est tellement peu dangereuse, qu’après moins de deux mois elle m’a permis de venir en poste de Verrières à Besançon. Si j’apprends, monsieur, que vous hésitiez le moins du monde à soustraire à la barbarie des lois un être si peu coupable, je sortirai de mon lit, où me retiennent uniquement les ordres de mon mari, et j’irai me jeter à vos pieds.

« Déclarez, monsieur, que la préméditation n’est pas constante, et vous n’aurez pas à vous reprocher le sang d’un innocent », etc., etc.

Les oies du Capitole

décembre 26th, 2007

Quelquefois, on se dit que la tradition latine se perd!

Effectivement, en ces périodes de fêtes, il n’est pas rare de voir sur nos tables de l’oie, transformée en foie gras ou pas. Et là, même pas une petite pensée émue pour les oies qui sauvèrent par leurs cris et leurs battements d’ailes les romains réfugiés sur le Capitole.

Alors, si dans les jours à venir on vous propose de l’oie, en guise de consécration, racontez leur histoire que vous trouverez chez Tite-Live au livre V, chapitre 47:

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/LIV/V.html (cette adresse vous permettra d’accéder à la traduction de toute l’histoire romaine)

Et pour ceux qui n’auraient pas le temps de faire de telles recherches, voici le fameux texte: 

(1) Tandis que ces choses se passaient à Véies, à Rome la citadelle et le Capitole furent en grand danger. (2) En effet, les Gaulois, soit qu’ils eussent remarqué des traces d’homme à l’endroit où avait passé le messager de Véies, soit qu’ils eussent découvert d’eux-mêmes que près du temple de Carmentis la roche était d’accès facile, profilant d’une nuit assez claire, et se faisant précéder d’un homme non armé pour reconnaître le chemin, ils s’avancèrent en lui tendant leurs armes dans les endroits difficiles; et s’appuyant, se soulevant, se tirant l’un l’autre, suivant que les lieux l’exigeaient, ils parvinrent jusqu’au sommet. (3) Ils gardaient d’ailleurs un si profond silence, qu’ils trompèrent non seulement les sentinelles, mais même les chiens, animal qu’éveille le moindre bruit nocturne. (4) Mais ils ne purent échapper aux oies sacrées de Junon, que, malgré la plus cruelle disette, on avait épargnées; ce qui sauva Rome.

Car, éveillé par leurs cris et par le battement de leurs ailes, Marcus Manlius, qui trois ans auparavant avait été consul, et qui s’était fort distingué dans la guerre, s’arme aussitôt, et s’élance en appelant aux armes ses compagnons : et, tandis qu’ils s’empressent au hasard, lui, du choc de son bouclier, renverse un Gaulois qui déjà était parvenu tout en haut. (5) La chute de celui-ci entraîne ceux qui le suivaient de plus près; et pendant que les autres, troublés, et jetant leurs armes, se cramponnent avec les mains aux rochers contre lesquels ils s’appuient, Manlius les égorge. Bientôt, les Romains réunis accablent l’ennemi de traits et de pierres qui écrasent et précipitent jusqu’en bas le détachement tout entier.

Bon appétit et JOYEUSES FETES! 

La condamnation des spectacles dans l’antiquité

décembre 22nd, 2007

Les divertissements tenaient une grande place dans l’antiquité romaine et, fort logiquement, des auteurs se sont exprimés sur le sujet soit pour les défendre, soit pour les condamner.

Parmi ces derniers, il convient de citer Tertullien, un auteur chrétien, qui dénonce toute l’immoralité de ce genre de divertissement dans son ouvrage intitulé justement Des Spectacles.

Voici un extrait du chapitre XXV en traduction juxtalinéaire:

An (Est-ce que par hasard) ille recogitabit de deo (celui-ci pensera à dieu) eo tempore (à ce moment là) positus illic (installé là) ubi nihil est de deo (où il n’y a rien de Dieu) ? Opinor (à ce que je crois), pacem habebit in animo (il aura la paix au cœur) contendens pro auriga (en se passionnant pour un aurige) pudicitiam ediscet (il apprendra la pudeur) attonitus in mimos (absorbé tout entier par les mimes). Immo in omni spectaculo (Bien plus ! dans tout spectacle) nullum scandalum occuret (il ne se présentera aucune abomination) magis quam (plus grande que) ille ipse accuratior cultus (cet excès même d’élégance) mulierum et virorum (des femmes et des hommes). Ipsa consensio (Le consensus lui-même), ipsa aut conspiratio (ou bien la conspiration elle-même) in favoribus (sur des favoris) aut dissensio (ou bien le désaccord) inter se (entre eux) de commercio (à propos de leur traffic) scintillas libidinum conflabellant (avivent les étincelles des passions charnelles). Denique (enfin), in spectaculo ineundo (en venant au spectacle) nemo prius cogitat nisi videri et videre (personne ne pense d’abord à autre chose si ce n’est à être vu et à voir). Sed tragoedo vociferante (Mais pendant qu’un tragédien déclame) ille (celui-là) retractabit (repassera dans son esprit) exclamationes alicujus prophetae (les exhortations de quelque prophète) et inter effeminati tibicinis modos (et pendant les mélodies d’un joueur de flûte efféminé) secum comminiscetur (il imaginera en lui) psalmum (un psaume) et cum athletae agent (et quand les athlètes feront leur prestation) ille dicturus est (cet homme se dira que) repercutiendum non esse (il ne faut pas rendre les coups) ! Poterit ergo (il pourra donc) et de misericordia moneri (aussi être touché par la pitié) defixus (les yeux fixés) in morsus ursorum (sur les morsures des ours) et spongias retiariorum (et les éponges des rétiaires). Avertat deus a suis (Que Dieu détourne des siens) tantam voluptatis exitiosae cupiditatem!(un tel désir de plaisir funeste) quale est enim (en effet, de quelle nature est-ce – comment qualifier cette conduite qui consiste à-) tendere (aller) de ecclesia dei (de l’église de Dieu) in diaboli ecclesiam (à l’église du diable), de caelo (du ciel), quod aiunt (comme on dit), in caenum (à la fange)? Fatigare (à fatiguer) illas manus (ces mains) quas ad deum extuleris (que tu as tendues vers Dieu) postmodum (aussitôt après) laudando histrionem (à louer un histrion)? testimonium reddere (à rendre témoignage) ex ore (de cette bouche), quo Amen in Sanctum protuleris (par laquelle tu as proféré Amen pendant la messe), gladiatori (à un gladiateur), alii omnino dicere (à dire à tout autre) EIS AINÔNAS AP’ AINÔNOS (pour toujours depuis toujours) nisi deo et Christo (qu’à Dieu et au Christ)?

Notes de commentaire:

On peut voir qu’ici Tertullien dénonce tous les types de spectacles et pas seulement les plus sanglants. En effet, ils constituent un foyer par lequel les vices se développent (indifférence à la souffrance d’autrui, vanité, adultère…).

Quant à son argumentation, elle prend deux formes différentes: il recourt tout d’abord à l’ironie afin de montrer que le goût pour les spectacles est contradictoire avec la pratique de la religion à travers les valeurs de cette dernière. Puis, il s’en prend directement au lecteur-chrétien de façon polémique.