Résumé du livre :
Une jeune fille est accueillie par son professeur pour une leçon. Il commence par tester ses connaissances en lui demandant de réciter les saisons. Ensuite, il passe à une leçon d’arithmétique très simple mais que l’élève ne comprend pas alors qu’elle trouve les résultats de multiplications très complexes. Le professeur perd son calme, la bonne lui adresse de mystérieux avertissements. C’est alors qu’il passe à l’étude des langues néo-espagnoles interrompue de nombreuses fois par la distraction de l’élève à cause de ses maux de dents. Le professeur ne se contrôlant plus, menace l’élève avec un couteau… Puis une nouvelle élève arrive pour la leçon.
Bilan objectif :
La principale raison pour laquelle Ionesco écrit cette pièce est de nous faire réagir sur les comportements des êtres humains grâce à la progression rapide de l’action. En effet, le professeur dit traditionnel et calme devient de plus en plus énervé tandis que l’élève modèle devient de plus en plus distraite. Le lecteur comprend ces changements car c’est tout à fait humain de réagir ainsi. Pour cette raison nous pouvons supposer que Ionesco a écrit cette pièce pour montrer que les apparences sont trompeuses, qu’il faut savoir être patient et surtout qu’il faut savoir se contrôler contrairement aux personnages représentés dans ce livre.
On peut ajouter que cette courte pièce est un bon exemple pour illustrer et comprendre ce que l’on a coutume d’appeler le théâtre de l’absurde en même temps qu’il nous invite à réfléchir sur les fonctions du langage et les limites de la communication.
Bilan subjectif :
Ce livre m’a beaucoup plu, il est accessible à tous, très facile à lire car il est vivant, les actions se déroulent très rapidement ce qui est, je pense, un bon point car cela évite les longueurs. Même avec une fin plutôt tragique, cette pièce reste vraiment comique tout au long en plus d’être très surprenante. C’est une lecture très agréable que l’on pourrait considérer comme une détente et non comme une corvée.
Camille CapelliÂ
Extrait de La Leçon, d’Eugène Ionesco - ©Ed. Gallimard.
(Hatier - Profil Littérature)
(Gallimard - Folio)
LE PROFESSEUR
(…) Arithmétisons donc un peu
L’ÉLÈVE
Oui, très volontiers, Monsieur.
LE PROFESSEUR
Cela ne vous ennuierait pas de me dire…
L’ÉLÈVE
Du tout, Monsieur, allez-y.
LE PROFESSEUR
Combien font un et un?
L’ÉLÈVE
Un et un font deux.
LE PROFESSEUR, émerveillé par le savoir de l’ÉIève.
Oh, mais c’est très bien. Vous me paraissez très avancée dans vos études. Vous aurez facilement votre doctorat total, Mademoiselle.
L’ÉLÈVE
Je suis bien contente. D’autant plus que c’est vous qui le dites.
LE PROFESSEUR
Poussons plus loin: combien font deux et un?
L’ÉLÈVE
Trois.
LE PROFESSEUR
Trois et un?
L’ÉLÈVE
Quatre.
LE PROFESSEUR
Quatre et un?
L’ÉLÈVE
Cinq.
LE PROFESSEUR
Cinq et un?
L’ÉLÈVE
six.
LE PROFESSEUR
Six et un?
L’ÉLÈVE
Sept
LE PROFESSEUR
Sept et un?
L’ÉLÈVE
Huit.
LE PROFESSEUR
Sept et un?
L’ÉLÈVE
Huit… bis.
LE PROFESSEUR
Très bonne réponse. Sept et un?
L’ÉLÈVE
Huit ter.
LE PROFESSEUR
Parfait Excellent. Sept et un?
L’ÉLÈVE
Huit quater. Et parfois neuf.
LE PROFESSEUR
Magnifique Vous êtes magnifique. Vous êtes exquise Je vous félicite chaleureusement, Mademoiselle Ce n’est pas la peine de continuer. Pour l’addition vous êtes magistrale. Voyons la soustraction. Dites-moi, seulement, si vous n’êtes pas épuisée, combien font quatre moins trois?
L’ÉLÈVE
Quatre moins trois?… Quatre moins trois?
LE PROFESSEUR
Oui. Je veux dire: retirez trois de quatre.
L’ÉLÈVE
Ça fait… sept?
LE PROFESSEUR
Je m’excuse d’être obligé de vous contredire. Quatre moins trois ne font pas sept. Vous confondez:quatre plus trois font sept, quatre moins trois ne font pas sept… Il ne s’agit plus d’additionner, il faut soustraire maintenant.
L’ÉLÈVE
s’efforce de comprendre. Oui… oui…
LE PROFESSEUR
Quatre moins trois font… Combien?… Combien?
L’ÉLÈVE
Quatre ?
LE PROFESSEUR
Non, Mademoiselle, ce n’est pas ça.
L’ÉLÈVE
Trois, alors.
LE PROFESSEUR
Non plus, Mademoiselle… Pardon, je dois le dire… ça ne fait pas ça… mes excuses.
L’ÉLÈVE
Quatre moins trois… Quatre moins trois… Quatre moins trois?… ça ne fait tout de même pas dix?
LE PROFESSEUR
Oh, certainement pas, Mademoiselle. Mais il ne s’agit pas de deviner, il faut raisonner. Tâchons de le déduire ensemble. Voulez-vous compter?
L’ÉLÈVE
Oui, Monsieur. Un…, deux… euh
LE PROFESSEUR
Vous savez bien compter? Jusqu’Ã combien savez vous compter?
L’ÉLÈVE
Je puis compter… Ã l’infini.
LE PROFESSEUR
Cela n’est pas possible, Mademoiselle.
L’ÉLÈVE
Alors, mettons jusqu’Ã seize.
LE PROFESSEUR
Cela suffit. Il faut savoir se limiter. Comptez donc, s’il vous plaît, je vous en prie.
L’ÉLÈVE
Un, deux…, et puis après deux, il y a trois… quatre…
LE PROFESSEUR
Arrêtez-vous, Mademoiselle. Quel nombre est plus grand? Trois ou quatre?
L’ÉLÈVE
Euh… trois ou quatre? Quel est le plus grand? Le plus grand de trois ou quatre? Dans quel sens le plus grand?
LE PROFESSEUR
Il y a des nombres plus petits et d’autres plus grands. Dans les nombres plus grands il y a plus d’unités que dans les petits…
L’ÉLÈVE
… Que dans les petits nombres?
LE PROFESSEUR
A moins que les petits aient des unités plus petites. Si elles sont toutes petites, il se peut qu’il y ait plus d’unités dans les petits nombres que dans les grands… s’il s’agit d’autres unités…
L’ÉLÈVE
Dans ce cas, les petits nombres peuvent être plus grands que les grands nombres?
LE PROFESSEUR
Laissons cela. ça nous mènerait beaucoup trop loin: sachez seulement qu’il n’y a pas que des nombres. il y a aussi des grandeurs, des sommes, il y a des groupes, il y a des tas, des tas de choses.telles que les prunes, les wagons, les oies, les pépins, etc. Supposons simplement, pour faciliter notre travail, que nous n’avons que des nombres égaux, les plus grands seront ceux qui auront le plus d’unités égales.