“hymne” de Charles Baudelaire
Publié le 5 octobre 2007 par emmanuelle dans EAF - 1èresCharles Baudelaire n’est pas seulement le poète de l’angoisse et de l’horreur comme en témoigne ce poème dans lequel il célèbre la femme, véritable divinité.
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| A la très-chère, à la très-belle | |
| Qui remplit mon coeur de clarté, | |
| A l’ange, Ã l’idole immortelle, | |
| Salut en l’immortalité! | |
| Â | |
| 5 | Elle se répand dans ma vie |
| Comme un air imprégné de sel, | |
| Et dans mon âme inassouvie | |
| Verse le goût de l’éternel. | |
| Â | |
| Sachet toujours frais qui parfume | |
| 10 | L’atmosphère d’un cher réduit, |
| Encensoir oublié qui fume | |
| En secret à travers la nuit, | |
| Â | |
| Comment, amour incorruptible, | |
| T’exprimer avec vérité? | |
| 15 | Grain de musc qui gis, invisible, |
| Au fond de mon éternité! | |
| Â | |
| A la très-bonne, à la très-belle, | |
| Qui fait ma joie et ma santé, | |
| A l’ange, Ã l’idole immortelle, | |
| 20 | Salut en l’immortalité! |
Le jour du baccalauréat, vous devrez répondre à une question que votre examinateur aura pris soin de rédiger. Pour analyser ce poème, je vous propose donc celle-ci accompagnée d’un plan permettant d’y répondre.
Comment Baudelaire célèbre-t-il la femme ici?Â
I- Un éloge comme parodie d’un cantique religieux
1-      Un hymne en l’honneur de la femme
Déf. : poème chanté en l’honneur d’un dieu, d’un héros, d’un haut personnage.
Ici, la femme = être supérieur, déesse à laquelle l’auteur rend un culte.
Baudelaire détourne les termes réservés à la religion chrétienne : (champ lexical et vocabulaire à connotations mélioratives) « l’ange » v3 ; « idole immortelle » v3 ; « immortalité » v4 ; « mon âme » v7 ; « éternel » v8 ; « encensoir » v11 ; « éternité » v16 ; « Salut » v4 et 20
Forte exploitation de ce lexique présent dans chacune des strophes + titre qui fait écho à un autre poème « Hymne à la beauté » ; permet d’associer le féminin, le charnel, au divin.
2-      La musicalité
La célébration passe aussi par le rythme du poème qui permet une certaine élévation
- répétition du premier et du dernier quatrains quasiment à l’identique = sorte de refrain qui encadre le poème, litanie qui traduit la volonté de porter à l’extrême les qualités de l’aimée et de leur conférer un caractère immuable, éternel et ainsi de les arracher à la corruption du temps.
- v1 et 17 : anaphore de « A la très », formule de célébration + rythme régulier (litanie)
- phrases exclamatives qui traduisent l’élévation v4, 16, 20
- enjambements des strophes 2 et 3 : idée de fluidité (d’ailleurs associés à un lexique suggérant cette idée)
II- Un pouvoir évocateur, révélateur de sensations
Cf. série de correspondances dites « horizontales »
Pour définir la femme et ses facultés, Baudelaire va l’approcher d’équivalents imagés d’un idéal esthétique revêtant la forme d’une impression sensible.
2ème quatrain : identification à l’ « air »v6 et à l’eau « verse »v8. Ici, ce sont surtout le goût et le toucher qui sont sollicités. Ceci est renforcé par l’allitération en nasales qui souligne le mouvement suggestif d’un corps féminin ( « se répand » ; « verse » : verbes de mouvement)
La femme apparaît donc comme un élément indispensable à la vie du poète, un élément actif, un ferment.
3ème quatrain : la femme, l’amour qu’elle inspire et dont elle est la figure visible s’identifient au parfum = sollicitation de l’odorat. Cf. champ lexical « sachet » ; « parfume » ; « encensoir ».
ambiguïté des senteurs « toujours frais » / « cher réduit » qui évoque la sensualité de l’air alourdi de la chambre des amants
érotisme renforcé par l’image de l’encensoir « à travers la nuit » acte charnel ? (penser à d’autres poèmes comme « Correspondances » ou « La mort des amants »
4ème quatrain : encore sensation olfactive « grain de musc »v 15 = odeur profane liée à l’érotisme (provient des glandes abdominales d’un cervidé mâle, parfum des dandys)
 III- Un pouvoir de transcendance
Cf. correspondance dite « verticale »
Dans ce poème, Baudelaire donne une représentation spiritualisée de la chair car, pour lui, l’érotisme est un médium du transcendant.
Conception que Baudelaire se fait de la réalité : la matière et l’esprit fournissent l’équivalent symbolique des sentiments et des idées.
Conception aussi que la beauté et la femme ont une origine divine.
1er quatrain : association femme-lumière qui illumine le cœur du poète « qui remplit mon cœur de clarté » : elle joue le rôle de Dieu qui apporte vie, compréhension et connaissance par métaphore de la lumière.
La femme devient une figure céleste « ange » ; « idole » voire sacrilège et ne représente plus le péché (/Eve) mais le salut = rôle christique
Elle permet d’accéder à l’immortalité : cf. son rôle aux côtés du poète de muse inspiratrice. Pour Baudelaire, le poète voit dans la réalité ordinaire un aperçu du Ciel.
2ème quatrain : association femme/sel qui rappelle une image empruntée à la Bible et aux Evangiles « Vous êtes le sel de la terre » pour le Christ. Grâce à la femme, accès à l’immortalité. La sensualité est indissociable de la spiritualité : « mon âme inassouvie » ; « goût de l’éternel »
3ème quatrain : le parfum évoque le souvenir, la réminiscence du divin + « encensoir » utilisé pour honorer la nuit, la femme et l’amour.
4ème quatrain : mystère lié au divin d’où question « Comment[…] / T’exprimer avec vérité » : alliance des contraires, pouvoir absolu (cf. alpha et oméga) : « Grain de musc » / « éternité »
5ème quatrain : « bonne » peut désigner l’esprit de charité de la femme.
« la joie et la santé » du poète : la femme lui insuffle l’énergie nécessaire à la création, elle est le support de l’imagination poétique.
Conclusion: célébration particulièrement appuyée de la femme aimée et thème assez traditionnel si ce n’est dans le rapprochement entre sensualité et spiritualité = fort caractère blasphématoire car bien différent de l’idée de vierge présente dans la bible.
Compteur
22 décembre 2007 à 3:47
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