L’âge d’or

Publié le 27 mai 2007 par emmanuelle dans Réviser, latin

Les auteurs latins de même que les auteurs grecs ont développé dans la littérature le mythe de l’âge d’or. Ils nous décrivent une époque globalement heureuse où les hommes vivaient en harmonie avec la nature. Je dis “globalement” car certains auteurs comme Lucrèce en ont donné une vision assez péjorative en définitive, s’inscrivant plutôt dans une lecture progressiste de l’histoire humaine.

Voici un échantillon de textes traitant de la question et permettant de vous faire une idée assez précise sur les caractéristiques de ce mythe.

Horace, Epodes, XVI, Traduction de Jules Janin, 1865.

Il nous conduira dans ces champs fortunés, ces plaines de l’âge d’or, ces îles fécondes, où chaque année une moisson nouvelle apparaît sur une terre ignorante de la charrue ! Ici la vigne est libre, et porte une abondante vendange ; ici l’olivier n’a jamais trompé les promesses de ses bourgeons ; jamais le figuier, paré de ses fruits, n’a senti la serpe inutile ; nous trouverons du miel dans le creux de tous les chênes ; des sources vives descendent, murmurantes, du sommet de tous les monts.
La chèvre accourt sans qu’on l’appelle, et d’elle-même aussi, la brebis contente apporte sa mamelle remplie. Dormez, bercail, l’ours vous protège ; broutez sans peur ces gazons épais respectés des serpents.
Nous irons de miracle en miracle ! En nos Elysées, le vent de bise retient son haleine et sa pluie glaciale. On n’y connaît pas ces étés qui dévorent la fleur et le fruit. Délicieuse saison divinement tempérée ! Et jamais l’Argonaute et sa race avare, la reine impudique de Colchos, les matelots tyriens, les compagnons d’Ulysse, exposés à tant de labeurs, n’ont touché cette terre heureuse, à l’abri des contagions, et des ardeurs d’un soleil sans pitié, qui déciment et qui brûlent les troupeaux.
Avant que l’airain, avant que le fer eussent altéré la pureté de l’or, Jupiter s’était réservé ce petit coin du monde. - Et voilà où je vous mène, ô braves gens, qui fuyez l’âge de fer.

Tibulle, Elégies, I-3, Traduction par Charles Héguin de Guerle, revue par A. Valatour, 1836

Que l’homme était heureux sous le règne de Saturne, avant que la terre fût ouverte en longues routes ! Le pin n’avait point encore bravé l’onde azurée, ni livré une voile déployée au souffle des vents. Dans ses courses vagabondes, cherchant la richesse sur des plages inconnues, le nautonier n’avait point encore fait gémir ses vaisseaux sous le poids des marchandises étrangères. Dans cet âge heureux, le robuste taureau ne portait point le joug ; le coursier ne mordait point le frein d’une bouche domptée ; les maisons étaient sans porte ; une pierre fixée dans les champs ne marquait point la limite certaine des héritages ; les chênes eux-mêmes donnaient du miel ; les brebis venaient offrir leurs mamelles pleines de lait aux bergers sans inquiétude. On ne connaissait ni la colère, ni les armées , ni la guerre ; l’art funeste d’un cruel forgeron n’avait pas inventé le glaive. Aujourd’hui sous l’empire de Jupiter, toujours les meurtres, toujours les blessures et la mer, mille routes conduisent en un moment à la mort.

Ovide, Les Métamorphoses, I, Traduction de G. T. Villenave, 1806.

L’âge d’or commença. Alors les hommes gardaient volontairement la justice et suivaient la vertu sans effort. Ils ne connaissaient ni la crainte, ni les supplices; des lois menaçantes n’étaient point gravées sur des tables d’airain; on ne voyait pas des coupables tremblants redouter les regards de leurs juges, et la sûreté commune être l’ouvrage des magistrats.
Les pins abattus sur les montagnes n’étaient pas encore descendus sur l’océan pour visiter des plages inconnues. Les mortels ne connaissaient d’autres rivages que ceux qui les avaient vus naître. Les cités n’étaient défendues ni par des fossés profonds ni par des remparts. On ignorait et la trompette guerrière et l’airain courbé du clairon. On ne portait ni casque, ni épée; et ce n’étaient pas les soldats et les armes qui assuraient le repos des nations.
La terre, sans être sollicitée par le fer, ouvrait son sein, et, fertile sans culture, produisait tout d’elle-même. L’homme, satisfait des aliments que la nature lui offrait sans effort, cueillait les fruits de l’arbousier et du cornouiller, la fraise des montagnes, la mûre sauvage qui croît sur la ronce épineuse, et le gland qui tombait de l’arbre de Jupiter. C’était alors le règne d’un printemps éternel. Les doux zéphyrs, de leurs tièdes haleines, animaient les fleurs écloses sans semence. La terre, sans le secours de la charrue, produisait d’elle-même d’abondantes moissons. Dans les campagnes s’épanchaient des fontaines de lait, des fleuves de nectar; et de l’écorce des chênes le miel distillait en bienfaisante rosée.

Ovide, Amours, III, élégie 8

Il en était bien autrement lorsque le vieux Saturne occupait le trône des cieux. Tous les métaux étaient ensevelis à de grandes profondeurs dans le sein de la terre ; l’airain comme l’argent, et l’or ainsi que le fer touchaient à l’empire des mânes ; il n’y avait point de trésors, mais ceux de la terre étaient plus précieux. De riches moissons sans culture, des fruits en abondance, et un miel savoureux déposé dans le creux des chênes. Alors, le laboureur ne déchirait point avec sa charrue le sein de la terre ; l’arpenteur ne lui assignait aucune limite. La rame, encore ignorée, ne tourmentait point une mer remuée jusque dans ses abîmes, et son rivage était pour les mortels les bornes infranchissables du monde.
Mortels, c’est contre vous-mêmes que vous avez été industrieux ; et vous avez trouvé, dans votre génie, une source de maux sans nombre. Homme, qu’as-tu gagné à entourer les villes de murailles et de tours ; qu’as-tu gagné à armer l’une contre l’autre des mains ennemies ? Qu’avais-tu à démêler avec la mer ? La terre aurait pu te suffire. Pourquoi ne pas envahir le ciel, comme un troisième royaume ? Que dis-je ? tu aspires aussi à l’empire du ciel. Quirinus, Bacchus, Hercule, et César après eux ont des temples.
Au lieu de fruits, nous arrachons à la terre des mines d’or. Le soldat possède des richesses acquises au prix de son sang. Les palais sont fermés au pauvre ; la fortune donne les honneurs ; c’est elle qui rend le juge si imposant, et le chevalier si fier.

Lucrèce, De la nature des choses, V, Traduction de A. Ernout, 1964

Alors vivait dans les campagnes une race d’hommes beaucoup plus dure, comme devaient l’être des créatures sorties de la dure terre ; race dont des os plus grands et plus solides formaient la charpente, dont les chairs étaient reliées par de forts tendons, et qui ne redoutait guère l’emprise ni du froid ni du chaud, ni la nouveauté de la nourriture, ni l’atteinte de la maladie. Durant de nombreuses révolutions du soleil à travers le ciel, ils prolongeaient leur vie vagabonde, semblable à celle des bêtes. Point de robuste laboureur pour diriger la charrue recourbée ; personne ne savait retourner la terre à l’aide d’un soc de fer, ni planter dans le sol de jeunes pousses encore tendres, ni retrancher avec la serpe les branches mortes des grands arbres. Ce que le soleil et les pluies leur donnaient, ce que la terre produisait spontanément était un présent suffisant pour contenter leurs cÅ“urs. Le gland du chêne composait le plus souvent toute leur nourriture ; et ces fruits que de nos jours tu vos en hiver mûrir et se colorer de pourpre, la terre les produisait alors plus nombreux et plus gros encore. Enfin le monde, dans la fleur de sa nouveauté, faisait croître en abondance une pâture grossière, qui suffisait aux misérables mortels.

J’ajouterai que ce mythe est intéressant dans la mesure où il se retrouve sous différentes formes à travers les époques. Ainsi peut-on le rapprocher des utopies ou bien du mythe du bon sauvage.

Un commentaire pour “L’âge d’or”

  1. Isabel dit :

    Holaa !je m’appelle Isabel et suis professeur des langues classiques dans la ville Ciudad Real (Castilla la Mancha), Espagne. J’ai vu votre blog et lui semble à moi très intéressant. Ainsi je demande votre approbation pour le lier dans le mien.

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