le sens des métamorphoses (suite et fin)
Publié le 14 décembre 2006 par emmanuelle dans Comprendre, Réviser3- Une philosophie
Ovide a vécu au premier siècle, moment où les cultes à mystères ont fleuri dans la Rome antique malgré les efforts d’Auguste pour rétablir une religion officielle. Aussi, sans aller jusqu’à prétendre qu’Ovide se fait le chantre de ces cultes, on peut admettre que son ouvrage en est malgré tout imprégné. Ceci d’ailleurs apparaît de façon plus explicite avec la place accordée à Orphée et le discours de Pythagore qu’il retranscrit au livre XV. Ainsi, les Métamorphoses nous livrent-elles une philosophie sur la destinée des âmes. En effet, certaines modifications, plus que des métamorphoses, semblent plutôt s’apparenter à une métempsycose, au transport de l’âme dans une autre enveloppe charnelle avec ou pas réminiscence. Myrrha n’accouche-t-elle pas alors qu’elle a été transformée en balsamier ?
Dans le discours qu’il fait tenir à Pythagore, on remarque qu’il opère une certaine hiérarchie entre les règnes et c’est ce que l’on retrouve implicitement d’inscrit dans les Métamorphoses. Par exemple, la pétrification est marquée par son inertie et son caractère immuable. De plus, elle intervient toujours pour punir – on serait alors en présence d’une métamorphose descendante. Par ailleurs, à travers les autres exemples, on peut constater ce même phénomène de métamorphoses ascendantes et descendantes. Prenons le règne animal : les métamorphoses ascendantes consistent en la transformation en oiseau, les métamorphoses descendantes en tout autre animal. Pour bien appréhender cette idée, il faut approfondir les recherches par les symboles qui sont associés à chacun de ces animaux. Bon, il est vrai que ce n’est pas si simple et que certains cas peuvent paraître ambigus : peut-on en effet parler de récompense, de gratification lorsqu’un individu cherche à se suicider et qu’il est métamorphosé en oiseau (Daedalion dont on note par ailleurs la sauvagerie, Esaque, Alcyone) ? Quoi qu’il en soit, ces métamorphoses semblent plus positives…
A partir de là, on peut voir que la métamorphose suggère la réalisation d’un parcours initiatique à mener soi pour être éclairé- cette idée est présente dans tous les cultes à mystères comme l’Orphisme, le culte d’Isis ou encore le Mithraïsme.
Enfin, Ovide imprime dans ses pages l’idée de l’instabilité du monde, du changement perpétuel à l’instar du « carmen perpetuum » dont la métamorphose est le principe. Pour comprendre cette notion, il faut aller du côté des Epicuriens et notamment de la philosophie de l’atomisme : pour faire vite, le monde est composé d’atomes qui tombent de façon inclinée (clinamen). Chaque atome est doté de petits crochets. En tombant, les atomes se regroupent pour former d’autres êtres vivants. Lorsque l’on meurt, la matière se désagrège pour entrer à nouveau, sous forme d’atomes, dans le mouvement perpétuel de la chute. Ainsi, « Rien ne meurt, tout se transforme » comme l’exprime Lucrèce dans le De rerum Natura.
Maintenant, libre à chacun de conclure si oui ou non Ovide était un adepte de cette philosophie ou de ces cultes à Mystères. Cela pourrait expliquer en tout cas sa disgrâce à l’égard d’Auguste…Une chose est sûre, c’est qu’il s’est nourri de l’alexandrinisme pour écrire son œuvre et que, sceptique ou pas, elle en porte les stigmates.
Compteur
14 décembre 2006 à 11:45
[...] Le dernier article de la série sur le sens des Métamorphoses est disponible sur le blog d’Emmanuelle Colas : Littérature/Latin. [...]