Les frères et soeurs dans les Contes de Perrault

Publié le 7 décembre 2007 par dans Comprendre

Une de vos camarades me demandait, dans un de ses messages, quel était le rôle des frères et des soeurs dans les Contes et s’il ne fallait y voir que « des opposants aux héros qui les pousseraient à aller de l’avant »

La question est intéressante et mérite que l’on s’y attarde un peu (d’autant plus que je n’ai pas le souvenir d’avoir vu passer une telle question au bac – pourquoi pas cette année?).

Prenons tout d’abord les quelques exemples que l’on trouve dans les contes afin de nourrir notre réflexion sur le sujet:

Le premier constat que l’on peut faire est que cette catégorie de personnages est assez peu représentée (ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils ne sont pas importants!) De fait, on ne peut se pencher que sur cinq contes: Cendrillon, La Barbe bleue, Riquet à la Houppe, Le petit Poucet, Maître chat. Vous me direz que sur onze, c’est déjà pas mal! Seulement, pour certains des contes cités, leur rôle est assez minime.

Voyons, maintenant, leurs caractéristiques dans chacun des Contes:

- les soeurs de Cendrillon sont assez laides tant physiquement que moralement. Cependant, on peut penser que lorsqu’elles se comportent mal avec Cendrillon, c’est plus par sottise qu’autre chose. De fait, elles n’hésitent pas à lui demander de l’aide pour se préparer et répondent de bonne grâce à ses questions au retour du bal. Bien sûr, elles demandent pardon à la fin pour leur comportement désagréable.

- La soeur Anne dans la Barbe bleue a conservé des rapports harmonieux (ou intéressés?) avec sa soeur puisqu’elle jouit des richesses de celle-ci et monte en haut de la tour pour avertir sa soeur de la venue de leurs frères. Quant à ces derniers, ils sauvent effectivement leur soeur en tuant la Barbe bleue.

Dans Riquet à la Houppe, la jeune fille belle mais sotte entre en concurrence avec sa soeur, intelligente mais laide. Cependant, ce sont les circonstances et les autres personnages qui font qu’il y a rivalité entre les deux soeurs car celle qui est laide n’a pas l’intention délibérée de nuire à sa soeur.

Dans le maître chat, le héros a deux frères qui se voient dotés d’un héritage plus conséquent et plus utile, à première vue, en raison du droit d’aînesse. Mais là encore, les frères n’y sont pour rien.

Enfin, les frères du petit poucet ont une place privilégiée dans la famille mais n’agissent à aucun moment.

A la fin de ce parcours, peut-on encore affirmer que les frères et soeurs sont des opposants aux héros? Cela me paraît bien hasardeux, d’autant plus que lorsque l’on emploie le terme d’ »opposant », cela renvoie au schéma de Greimas et désigne les personnages qui empêchent le héros d’atteindre son but. Or, dans les Contes, les frères et soeurs n’agissent pas! Aussi, me semble-t-il plus juste d’affirmer qu’ils ont surtout comme fonction de mettre en relief les qualités intrinsèques du héros, faisant office de négatif (photo inversée). Bien sûr, le fait qu’ils ne soient d’aucune utilité pour la plupart va nécessairement conduire le héros à se prendre lui-même en charge puisqu’il ne peut compter sur leur secours. Seule exception à la règle: les frères et la soeur dans la Barbe bleue qui viennent effectivement en aide à leur soeur. Cependant, là encore on constate que c’est parce qu’ils sont devant le fait accompli qu’ils agissent, la soeur cherchant sans doute autant à se sauver elle-même que sa soeur et les deux frères, ayant été invités au préalable, ne pouvant que défendre leur soeur sur le point d’être assassinée.

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