Registres pathétique et tragique
Publié le 3 avril 2007 par emmanuelle dans Réviser, méthodeVoici un petit récapitulatif vous permettant de distinguer deux registres assez proches et que, par conséquent, on a souvent tendance à confondre.
En bref, on peut voir que les deux registres se distinguent par deux éléments: la situation et l’attitude du héros
Dans le pathétique, on a le sentiment que la situation malheureuse à laquelle est confronté le héros aurait pu être évitée contrairement au tragique où tout est commandé par des forces qui dominent le héros et de ce fait font de la situation une fatalité.
L’attitude du héros est aussi différente: le héros pathétique est écrasé par sa douleur et se montre faible contrairement au héros tragique qui fait preuve d’une évidente lucidité et affronte la situation, non sans souffrir, mais de manière plus digne.
Voici, pour passer de la théorie à l’exemple, deux extraits d’Andromaque de Racine:
| Acte III-scène 6 Andromaque Ah ! Seigneur ! vous entendiez assez Des soupirs qui craignaient de se voir repoussés. Pardonnez à l’éclat d’une illustre fortune Ce reste de fierté qui craint d’être importune. Vous ne l’ignorez pas : Andromaque, sans vous, N’aurait jamais d’un maître embrassé les genoux.Pyrrhus Non, vous me haïssez ; et dans le fond de l’âmeVous craignez de devoir quelque chose à ma flamme. Ce fils même, ce fils, l’objet de tant de soins, Si je l’avais sauvé, vous l’en aimeriez moins. La haine, le mépris, contre moi tout s’assemble ; Vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble. Jouissez à loisir d’un si noble courroux. Allons, Phoenix.Andromaque Allons rejoindre mon époux. Céphise Andromaque Andromaque est ici pathétique: victime, elle avoue sa faiblesse à l’égard de Pyrrhus |
Acte V-scène 5 Oreste Grâce aux dieux ! Mon malheur passe mon espérance ! Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance ! Appliqué sans relâche au soin de me punir, Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir. Ta haine a pris plaisir à former ma misère ; J’étais né pour servir d’exemple à ta colère, Pour être du malheur un modèle accompli. Hé bien ! je meurs content, et mon sort est rempli. Où sont ces deux amants ? Pour couronner ma joie, Dans leur sang, dans le mien, il faut que je me noie ; L’un et l’autre en mourant je les veux regarder : Réunissons trois cÅ“urs qui n’ont pu s’accorder… Mais quelle épaisse nuit tout à coup m’environne ?De quel côté sortir ? D’où vient que je frissonne ? Quelle horreur me saisit ! Grâce au ciel j’entrevoi… Dieux ! quels ruisseaux de sang coulent autour de moi !Pylade Ah ! Seigneur !Oreste Quoi ? Pyrrhus, je te rencontre encore ? Trouverai-je partout un rival que j’abhorre ? Percé de tant de coups, comment t’es-tu sauvé ? Tiens, tiens, voilà le coup que je t’ai réservé. Mais que vois-je ? A mes yeux Hermione l’embrasse ! Elle vient l’arracher au coup qui le menace ? Dieux ! quels affreux regards elle jette sur moi ! Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ? Eh bien ! filles d’enfer, vos mains sont-elles prêtes ? Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? A qui destinez-vous l’appareil qui vous suit ? Venez-vous m’enlever dans l’éternelle nuit ? Venez, à vos fureurs Oreste s’abandonne. Mais non, retirez-vous, laissez faire Hermione : L’ingrate mieux que vous saura me déchirer ; Et je lui porte enfin mon cÅ“ur à dévorer. Oreste est un héros tragique: il reconnaît la toute puissance divine, se sait le jouet des dieux mais ne cherche pas d’hypothétique salut et continue à agir. |
Compteur
11 juin 2007 Ã 10:45
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