La condamnation des spectacles dans l’antiquité
Samedi 22 décembre 2007Les divertissements tenaient une grande place dans l’antiquité romaine et, fort logiquement, des auteurs se sont exprimés sur le sujet soit pour les défendre, soit pour les condamner.
Parmi ces derniers, il convient de citer Tertullien, un auteur chrétien, qui dénonce toute l’immoralité de ce genre de divertissement dans son ouvrage intitulé justement Des Spectacles.
Voici un extrait du chapitre XXV en traduction juxtalinéaire:
An (Est-ce que par hasard) ille recogitabit de deo (celui-ci pensera à dieu) eo tempore (à ce moment là ) positus illic (installé là ) ubi nihil est de deo (où il n’y a rien de Dieu) ? Opinor (à ce que je crois), pacem habebit in animo (il aura la paix au cÅ“ur) contendens pro auriga (en se passionnant pour un aurige) pudicitiam ediscet (il apprendra la pudeur) attonitus in mimos (absorbé tout entier par les mimes). Immo in omni spectaculo (Bien plus ! dans tout spectacle) nullum scandalum occuret (il ne se présentera aucune abomination) magis quam (plus grande que) ille ipse accuratior cultus (cet excès même d’élégance) mulierum et virorum (des femmes et des hommes). Ipsa consensio (Le consensus lui-même), ipsa aut conspiratio (ou bien la conspiration elle-même) in favoribus (sur des favoris) aut dissensio (ou bien le désaccord) inter se (entre eux) de commercio (à propos de leur traffic) scintillas libidinum conflabellant (avivent les étincelles des passions charnelles). Denique (enfin), in spectaculo ineundo (en venant au spectacle) nemo prius cogitat nisi videri et videre (personne ne pense d’abord à autre chose si ce n’est à être vu et à voir). Sed tragoedo vociferante (Mais pendant qu’un tragédien déclame) ille (celui-là ) retractabit (repassera dans son esprit) exclamationes alicujus prophetae (les exhortations de quelque prophète) et inter effeminati tibicinis modos (et pendant les mélodies d’un joueur de flûte efféminé) secum comminiscetur (il imaginera en lui) psalmum (un psaume) et cum athletae agent (et quand les athlètes feront leur prestation) ille dicturus est (cet homme se dira que) repercutiendum non esse (il ne faut pas rendre les coups) ! Poterit ergo (il pourra donc) et de misericordia moneri (aussi être touché par la pitié) defixus (les yeux fixés) in morsus ursorum (sur les morsures des ours) et spongias retiariorum (et les éponges des rétiaires). Avertat deus a suis (Que Dieu détourne des siens) tantam voluptatis exitiosae cupiditatem!(un tel désir de plaisir funeste) quale est enim (en effet, de quelle nature est-ce – comment qualifier cette conduite qui consiste à -) tendere (aller) de ecclesia dei (de l’église de Dieu) in diaboli ecclesiam (à l’église du diable), de caelo (du ciel), quod aiunt (comme on dit), in caenum (à la fange)? Fatigare (à fatiguer) illas manus (ces mains) quas ad deum extuleris (que tu as tendues vers Dieu) postmodum (aussitôt après) laudando histrionem (à louer un histrion)? testimonium reddere (à rendre témoignage) ex ore (de cette bouche), quo Amen in Sanctum protuleris (par laquelle tu as proféré Amen pendant la messe), gladiatori (à un gladiateur), alii omnino dicere (à dire à tout autre) EIS AINÔNAS AP’ AINÔNOS (pour toujours depuis toujours) nisi deo et Christo (qu’à Dieu et au Christ)?
Notes de commentaire:
On peut voir qu’ici Tertullien dénonce tous les types de spectacles et pas seulement les plus sanglants. En effet, ils constituent un foyer par lequel les vices se développent (indifférence à la souffrance d’autrui, vanité, adultère…).
Quant à son argumentation, elle prend deux formes différentes: il recourt tout d’abord à l’ironie afin de montrer que le goût pour les spectacles est contradictoire avec la pratique de la religion à travers les valeurs de cette dernière. Puis, il s’en prend directement au lecteur-chrétien de façon polémique.
Tags : spectacles, Tertullien
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