Il y a  chez l’auteur de Femmes égyptiennes au bord du Nil quelques  bonnes  observations qui se veulent objectives et un fond mythique précis. Les nègres qu’il a observés à Alger étaient des Maures et des Métis touaregs. Fromentin généralise ses observations à la race noire tout entière. Il décrit ainsi les négresses : « ce sont comme les nègres des êtres à part. Elles arpentent les rues lestement d’un pas viril, ne bronchant jamais sous leur  charge… Elles ont beaucoup de gorge le buste long, les reins énormes …Leur maintien composé d’un dandinement difficile à décrire met encore en relief la robuste opulence de leurs formes, et de leurs haïks quadrillés de blanc flottent comme un voile nuptial autour de ces grands corps immodestes (Un année dans le Sahel, p.36)

En second lieu, une question semble opposer Noirs et Blancs, c’est la notion de goût. Le goût est une question éternelle  toujours débattue jamais résolue. Le goût européen, qui dérive du classicisme  gréco-romain a pour postulat la sobriété et la pureté des lignes, l’harmonie et la stylisation ; mais le goût nègre est aux antipodes de cet art apollinien : il suppose la profusion, l’opulence et le dyonysisme, encore que la stylisation ne soit pas inconnue de l’art nègre. L’européen se trouvant devant ce goût nègre qui ne répondait pas aux canons qu’on lui a enseignés a été désemparé et à chercher à le classer dans ses catégories européennes. Alors une catégorie lui est immédiatement venue à l’esprit : le baroque,

L’empreinte personnelle est si accentuée dans l’œuvre littéraire de Fromentin qu’on l’a souvent considéré comme occupant une position en quelque sorte  hors de son siècle, alors par ce pont qu’il jette entre le visible et l’invisible, il y adhère pleinement. Comme ceux de la génération de Baudelaire, Banville ou Leconte de Lisle, qui avaient environ vingt ans entre 1840 et 1845. Fromentin cherche avant tout à communiquer un état d’âme au moyen d’un art essentiellement évocatoire. Que l’artiste joue le rôle  « d’interprète »  comme il le préconisa dans  Un mot sur l’art  en 1841 ou bien qu’il considère le monde extérieur comme un » dictionnaire » comme c’est le cas dans Une année au Sahel, c’est toujours la même leçon esthétique qui se dégage de l’œuvre littéraire de Fromentin : « c’est qu’il s’adresse aux rêveurs, aux poètes qu’il qualifie dans son salon de 1845, comme « ceux qui voient par les yeux de l’âme au-delà de perspectives réelles.  Il cherche à recréer chez le lecteur ou le spectateur l’émotion qu’il avait ressentie à telle ou telle époque de sa vie et à laquelle il finit par donner une dimension supérieure en la transformant par la création artistique.